‹ Le siècleChapitre 81 sur 216 · I.e chevalier errant fera sonner sa lame · texte numérisé non relu

I.e chevalier errant fera sonner sa lame

L'amoureux à bon prix soupirera sa flamme ;

Le bouffon nous mettra les deux mains sur les flancs ;

L'amante sans pitié hachera les vers blancs,

Plutôt que de celer son ardeur sans seconde...

Et je regarderai, moi, faire tout le monde.

(Bruit au dehors.)

GII!.DE\STKU\.

Ah ! les comédiens, je pense, monseignear.

IIAMI.KT.

Qu'ils soient les bienvenus, messieurs, dans Elseneur.

l'âme une telle tristesse, que cette merveilleuse mai hine, la terre, ne me semble plus (|u'un stérile promonloire; ce dais superbe, le ciel, ce magnilique firmament suspeiulu sur nos tètes, ce dôme majestueux où étincelle l'or d'innombrables étoiles, tout cela ne me paraît plus qu'un amas infect de vapeurs pestilentielles. Quel chef-d'œuvre (\\ie l'homme ! quelle élévation dans son intelligence! que ses facultés sont infinies! que sa forme est imposante et admirable! Comme sis actes le rapprochent de fange I sa raison d'un Dieu ! c'est la merveille du monde! le roi de la créaiion animée! et pourtant qu'esielle à mes yeux, celle quiniessence de poussière? L'homme ne saurait me plaire, — ni la femme non plus, quoique votre sourire semble dire le contraire.

no.SE\{;i'>\\Tz.

Monseigneur, une pareil!c intention n'était pas dans ma pensée.

HAIILEÏ.

Pourquoi donc avczvous ri quand j'ai dit que l'homme ne saurait me plaire?

nOSEXCRAXTZ.

C'est que je pensais que %\ l'homme n'avait plus le don de vous plaire, vous feriez un triste accueil aux comédiens que nous avons rencontrés en route, cl qui viennent ici vous offrir leurs services.

IIAMI.ET.

Celui qui joue les rois sera le bienvenu; sa majesté aura le tribut de mes hommages; le chevalier errant jouera du fleuret et du bouclier; l'amoureux ne soupirera pas en vain; le comiiiue achèvera en paix son rôle ; le bouffuii fera rire les reoins enclins à se désopiler la rate. Kulin l'amoureuse estropiera les vers blancs jjlulôt que de ne pas dire francliement ce qu'elle a sur le Cœur? — Qui s«nt ces comédiens?

IlOSE\CnA\TZ.

Ceux qui vous plaisaient tant, les tragédiens de la ville.

II WII.ET.

Pourquoi donc sont-ils devenus ambulans ? ils Irouveraient à être sédentaires plus d'honneur -et de profit. kosi;ncra\tz.

Je pense que les innovations rétentes les en ont empêchés.

IIASil.ET.

Leur réputation esl-cUe la même que lors(|ue j'habitais la ville? Leurs représentations sont-elles aussi suivies?

IlOSE\tUA.\TZ.

Non, certes.

IIVMI.ET.

Comment cela se fait-il? est-ce qu'ils commencent à se reuiiler? , •

ROSE^CRWTZ.

Point du tout ; leur zèle njp se ralentit pas ; mais vous saurez, mowseigneur, qu'il nous est arrivé une nichée d'enfans à peine sortis de leur cO(iuille, qui dans le dialogue le plus simple déclament sur le diapason le plus élevé, et que, pour cela, on ap'^daudit a ouliance *. Ils sont à la mode, et ont jeté une telle défaveur sur les comédiens ordinaires, c'est ainsi qu'ils les ;!j)|)ellenl, (|ue bien des gens p,-rtaiit l'épée ont peur (les plumes d'oies, et n'osent plus se présenter à leur ihiâtre habituel.

IIVULLT.

Comment, ce sont des eiifans'? Qui les entretient? qui les paye? leur intention est-elle de ne suivre leur professiou qu'aussi loBgtemps qu'ils conserveront leurs voix d'enfans de chœur? Et si par la suite ils deviennent à leur tour des comédiens ordinaires, ce qui est trèspiobable s'ils n'ont pas le moyen de faire autrement, ne seront-ils pas en droit de regarder comme leur ayant rendu un fort mauvais service les écrivains qui leur font aujourd'hui rava'er d'avancsleur pro- [ire héritage?

r<)si,\(:r\\tz.

Ma foi, on s'est donné bien du mouvement de pari et d'autre, et la nation ne s'est pas fait fauiedc les mettre aux prises. Il y a ea un moment oU il ne fallait pas espérer de recelte si le poète et les acteurs n'en venaient aux coups.

IIVMLET.

Est-il possible?

CIIILDEXSTERN.

Oh ! il y a eu bien des té;es en capilolade.

Il VjlEKT.

Et ce sont les enfans qui l'emportenl?

ROSEXCUl\TZ.

Oui, monseigneur, ils emporleul Hercule et son fardeau *'.

HAMLET

Cela n'a rien qui m'étonne : car mon oncle est roi de Danemark, cl ceux qui lui faisaient la moue du vivant de mon père donnent mainien;itit vingt, (|uarante, cinquante, cent ducats pour son portrait en miiii;iluie. Parla sangbieu! il y a l«-dedaiis quelque chose de suriK'.tursl, et que la philosophie devrait s'appliquer à découvrir.

(On euteud le b'uil d'une iinîue.)

(h;ildekster\'.

Aùîei les acteurs.

* .^haksiieare f:iil ici ;illii>ioîi h i^lu^ieurs Ihéùtres rivaux du sien, el *ii JDuaienI Us eiifjns de la ( li.i|ielle du roi.

*' Ceci est prol)ablemem une allusiou au ihéitie du Globe, qui avait \>o\\v c-niblème Hercule portant le glooo

IIA.MLET.

Je veux être pour eux tout plein ie courtoisie, Je les ai déjà vus, et leur troupe est choisie. Ke vous choquez donc point, vous #tes prévenus; Car, bien plus qu'eux cnror. vous éles bienvenus.— Mais mon oncle, mon père, et ma lanle, ma mère, S'abusent, quant à mol, d'une étrange chimère.

ROSENCRAMZ.

En quoi donc?

imiLET.

Je suis fou, quand le vent refroidi Souffle nord-nord-ouest; mais, s'il vient du midi, On nie verra toujours, tant je garde ma tête! Distinguer un hibou d'avec une cbouette.

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