‹ Le siècleChapitre 84 sur 216 · SCÈNE Y1!I · texte numérisé non relu

SCÈNE Y1!I

Le5 PBFcf.DENS, LES COMÉDIENS.

I \ coin: m F. \.

Salut au prirce Haraict !

IIAMI.F.T.

Vou's è'.ps bien vpnus. messieurs, rîans ma demeure, Et, par ma loi ! je veux vous rnîeiulre sur l'beare ; Car j'ai besoin de vous. Demain, bon fauconnier, .le pri^lenils vous laneer,— je sais sur quel gibier. Voyons, pour commenee r, à toi, mon eamarade. Kn allendan', |cun-Iu nous dire une tirade? 'liens, ce morceau, tu sais, (juc j'aimais^aliends donc. . Celait dans le récit d'Énéas â Didon.

i.r. coiiLPîUN.

Je sais...

liVMI.KT.

F.Bcore un moi, si tu veux le permettre.

i.i; r.o^ii niEV. Parlez ! ïN'ftes-vous pas le seigneur el le maître?

iî\mu:t.

Je vou 'raif te donner des conseils.

i.F. <;ovii;pu:\.

Monseigneur!...

HAJjI.r.T.

Tu les suivras ?

LL co«édîi:n.

Comment ! c'est pour moi trop d'bonneur !

liMILET. .

De tel acieur fameux que j'ai vu sur la scùRC, Et dont la giossc voi-i m'a fait bien de la peine, Ke va pas, compagnon, imilant le travers, Comme un crimir public, beugler les pauvres ver.-.

11 ne faut pas non plus de ton geste rapace, Findu comme un compas, accjparer l'espace. Reste mailre de toi : jamais d'effel criard ! Garde aux troubles du cœur la digniié de r:Tf, Et quand la passion enlraine, gronde et tonne, Tàcbe que l'on adnrre avant que l'on s'i'tonne. Q)i:cl supplice d'entendre el de voir des lourdauds. Oui, niellant sans remords un amour en lambeaux, D 'cliirent à la fois la pièce el vos oreilles • Taudis que le public, à ces grosses niervcilies, Slupi'fai!. applaudit les grands cds. les grands bras, El siille un noble acieur qui ne l'assourdit pas. Le fouet à ses braillards drapés en matamore Oui sur l'alfrcux tyran enchéiissent encore ! Kviteces défauts.

LE co.:ï:Dii;\.

Prince, je làciicr.ti.

iiAMr.f-T.

Pourtant, pas de froideur el \n^ d'à r maniéré! Accorde habilcm.ent ton geste et la parole. Et fais que la nature éclate dans lonrùie. - La nature avant tout! La scène est un miroir Où riiommc tel qu'il est, bien et ma', se doit voir ; Où siècles (|u'on oublie et pays qu'on ignore, Ueprennent leur allure et viennent vivre encore. Si l'image est outrée ou le refiel pâli. Que le vulgaire y trouve un cbef-d'œuvre accompli, Un esprit éclairé qui vous fera la guerre. Pour vous, doit l'emporter, seul, sur tout le vulgaire. Oh! j'ai vu maint acteur dont ©n disait grand bieu Et dont l'aspect pourtant n'avait rien de chrétien, Ni même de païen, ri d'humain, à vrai dire ! Et qui, geslicul'.nt, hurlant, comme en délire, SerabUil un pauvre essai qu'un grossier apprenti Pour singer la nature avait un jour bàli.

Je vous renvoie pour le resle à la |;rcmicre partie de la cimplainte"; car voici (|ui me force d';;béger.

Kulii'iii TROIS ou Ol-VTRE COMÉDIE.NS.

r.w.i.ïi'r, co-ii'.iiiani.

VoJs êtes les i ienvcnuf, messieurs, tous lesbienveir.is — Je suis charmé de le voir en bonne santé. — Soyez les bienvenu-!. mes bons amis. — G mon vieil ami, comme ton mentun s'esi ombragé depuis que je ne l'ai vu ! Voudrais-lu en Danemark me donner de l'ombrage? — Ah! vous voil;"i,ma jeui;c detnoiselli' ! Par ISolre-DaUH', depuis que je ne vous ai vue, vous vous êtes rapprochée du eicl, de la hauteur d'une galoihc : fasse le ciel (|ue votre voix, sembiabl." à une monnaie t'e mauvais aloi, ne soil pas liop altérée pour avoir cours ** ! — Mcssieur.'-, vous èles tous les bienvenus ; allons droit au fait c mine l.s faiitonaicrj français, ([ni donnent la chasse à la première proie venue : voyons, mon Ire?. nous un nchamillon de votre savoir-faire; allons, une liradc bien pa- Ihélique.

IS'oublle pas, je te piie, de dire cette tirade comme je l'ai prononcée devant loi, en y mettant du feu cl de l'énergie ; mais si lu la débites .1 la f:ço:i de la plupart de nos comédiens, j'aimcviis autant v(r!r ma prose dans la bouche du crieur pfbijc. Ne va |ias non plus fcrdie l'air ainsi avec les bras; mels de la nKjdérati-'ii en loul; au njlieii mènie d'.i torrent, de la tem|Ji'ie, de l'ouragan d- la passion, song»- à observer une mesure qui en :l(!ouc.i^sc r<X|ires>iiin. Oh I rien ne me

* Il s'u;,'il ici (!c trs nr c!s que 1rs gens du î euple, ;i coït»" èpnq-ic lie laiiné", allaienl tbin!;'nt on ilcmni rinnt l'iiTiniôni'. llniTi-

IpI «iic des l)rilies do ces réels, cl i noi? Po c-

uliis II la cn.'iipUiitli- OiipiiiiHle.

" Ceci s';i'!r. SMS il i u acW'.j.r ri. - >'e fi-ninies ,

riiHiHli,' r'i-*.:i>l ril-:im> il i>ufi' rjOqilr.

blcFse au vif comme d'enierdre de robustes gaillards à la large perruque, déhirer une passi >n en lambeaux, écorcber les oreilles des habiiués du parierre, ù qui, [jo'.ir la plupart (lu icmps, il ne faut qu'une j amominif ah^urde el du bruit, (juon me loueile ces drôles cpii iranilient du Teiinagani* el enchérissent sur Hérode lui-même "*. Evite ce défaut, je te prie.

l'nV.'iïîKn r.OMÎiDiEV.

Je vous le promets, monseigneur.

nWILF.T.

Ne va pas cependant |é.ber j)3r irop de froideur; mais qu'en cela ton propre discerneinent le serve de suide. Accom mode l'action a la parole, la iiarole à l'action, en observao toujours avec soin de ne jamais dépasser les bornes du natu rel ; car tout ce ipii va au iMa s'tcarle dw but lie la scène, qui a été de tout lenips et est encure mainteiiaiil de rélléidiir la na lure comme dans un miroir: de montrer a la vertu ses pro près trails, à la vanité sa propre image, :i tous les temps et à tous les âges leur physionomie et leur empreinte. Si l'on va au del:"i de ce but, ou qu'on reste en deçà, on pourra faire rire l'ignorant, mais on alllii^era l'homme judicieux, dont le suffrage ft lui seul a plus de poids que celui d'une sille loul en» lièrV. Qh ! j'ai vu jouer et j'ai entendu louer .1 haute voix des acieuiS(|ui,Dieu me pardonne, n'ayanl rien de chrétien dans la voix ni rien de chiviien, de p:iï n ou mèirie d'humain dans la tournure, se démeiiaicnl cl hurlaient de telle sorie, que je les ai loujoiirs crus l'ouvr^ige de (juclque ignorant apprenti de la nature qui, voulant faire des hommes, avait manqué sa

• C'e-l le iii'îu que tos vieux romancieis dooneol au dieu des Sft'vasin'.

•• Le c:ira<''f re donn'i h lîéroile dans les auciens m.vslcres était iOMjnurs rehii d'un tyran l'Iein de violence.

IIAMLET.

Et qu', troii(i«é, manqué, gauche e( sans harmonie, Pour noire liumanité n'était qu'uno ironie !

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