‹ Le siècleChapitre 98 sur 216 · LE ROI DE THÉÂTRE · texte numérisé non relu

LE ROI DE THÉÂTRE

0 Trente fois le char de Phébus a fait le tour du liquide » empire de "Neptune et de la surface sjihérique delà terre; n et (renie fois douze lunes ont de leur lumière empruntée » éclairé ici-bas trente fois douze nuits, depuis i|ue l'amour «•a joint nos cœurs, et l'hympiiée eos mains, par les liens » sacrés d'une commiinautéinilissolublc. "

HAMLET

ai 9

B.VCTISTA , sur le Uléilro.

» Puisse l'astre des nuiis, puisse l'astre des jours '! Miile fois (le nouveau recommencer leur coiirs, » Avant que notre amour subisse quelque atteinte! » Mais bien souvent, bêlas ! je frissonne de crainte I) A voir votre pileur et voire arcablement ! » Les femmes, vous savez, n'aiment qu'en s'alarmanl I

G0>ZAGIE, sor le Uii'Atro.

0 Ah! ta crainte a raison, ma pauvre bien-aimée, » La vie en moi s'éteint lentement consumée, a Je vais bientôt mourir. >Iais toi, tu resteras u Pour être heureuse encor! qui sait? dans d'autres bras!

BAIJTISTA, sur le liiéiitrc.

» Un nouveau mariage ! oh ! vous blasphémez I grâce I » Que vous ai-je donc fait? Moi, si vile et si basse! n Pour qu'une femme, enlin, prenne un second époux, » Il faut que le premier soit tombé sous ses coups ! »

HAiiLET, regarda»! sa mcre à travers les branches de l'éventail qu'il a pris di s mains d'Ophélie.

VoUà l'absinthe !

COXZAGCE.

« Vos paroles, sans doute, au fond du cœur sont prises, » Mais celte vie, hélas ! est pleine de surprises

» Qui rompent nos desseins, ou nos desseins de fcu,

i> D'eux mêmes pâlissant, s'éleijinent avant peu.

" Ver;, le fruit tient bien fort à la branche qui pousse;

11 M^lr, sur les gazons mous il tombe sans secousse.

» Les sermens qu'on se fait dans l'exaltation

» Meurent du même coup avec la passion,

'1 El la réalité trahit toujours le rêve,

» Et, contraire à nos vœux, notre destin s'achève,

» En ce monde changeant, où, sans exagérer,

» Les larmes savent rire et les rires pleurer!

RAITISTA.

» Qu'au fond du désespoir tombent mes espérances!

u Que tout désir peur moi Se traduise en souffrances!

» Que seule avec mon crime on me jette en prison !

» Que mes yeux n'aient que pleurs, ma coupe que poison 1

'1 Que j'éprouve aux enfers la vengeance jalouse, —

» Si ta veuve, ù mon roi, devient jamais épouse! »

n\MLET.

Après tant d'imprécations!

GONZAGrE.

« Eh bien ! je le crois donc. — Mais le sommeil joyeux 1 Engourdit ma douleur et me ferme les yeux... » Laisse-mei reposer un instant, bien-aimée.

LA UniVE DF. THEATRE.

» Puissions-nous compter encore en nombre égal les rt* B volutions du soleil et de la lune, avant que notre amour » prenne fin!!Mais, hélas! depuis quelque temps je vous » trouve si souffrant, si triste , si changé, que cela m'in- » quièle. Toutefois, monseigneur, que mon inquiétude ne » vous chagrine pas, car les femmes craignent d'autant plus » qu'elles aiment davantage. Leurs alarmes sont en raison » de leur amour; chez elles ces deux sentimens ou sont nuls, " ou sont portés à l'oxlrème. L'ex))érience vous a prouvé » toute l'élenduodema tendresse; el'eest la mesure exacte » de ma crainte. Quand oii aime beaucoup, l'appréhension » la plus légère devient terreur; dans un cœur où les moin- » dres craintes s'exagèrent et grandissent, il y a beaucoup " d'am-sur. »

LE nOI DE THEATRE.

« Cependant, ma bien-aimée, avant peu il faudra que je « le quille; mes organes cessent insensiblement d'accomplir n leurs fondions ; quant à toi, tu resteras après moi dans ce » monde, pour y vivre honorée et chérie; et sans doute lu a retrouveras dans un époux aussi tendra... — »

Page 1