LE ROI DE THÉÂTRE
0 Trente fois le char de Phébus a fait le tour du liquide » empire de "Neptune et de la surface sjihérique delà terre; n et (renie fois douze lunes ont de leur lumière empruntée » éclairé ici-bas trente fois douze nuits, depuis i|ue l'amour «•a joint nos cœurs, et l'hympiiée eos mains, par les liens » sacrés d'une commiinautéinilissolublc. "
HAMLET
ai 9
B.VCTISTA , sur le Uléilro.
» Puisse l'astre des nuiis, puisse l'astre des jours '! Miile fois (le nouveau recommencer leur coiirs, » Avant que notre amour subisse quelque atteinte! » Mais bien souvent, bêlas ! je frissonne de crainte I) A voir votre pileur et voire arcablement ! » Les femmes, vous savez, n'aiment qu'en s'alarmanl I
G0>ZAGIE, sor le Uii'Atro.
0 Ah! ta crainte a raison, ma pauvre bien-aimée, » La vie en moi s'éteint lentement consumée, a Je vais bientôt mourir. >Iais toi, tu resteras u Pour être heureuse encor! qui sait? dans d'autres bras!
BAIJTISTA, sur le liiéiitrc.
» Un nouveau mariage ! oh ! vous blasphémez I grâce I » Que vous ai-je donc fait? Moi, si vile et si basse! n Pour qu'une femme, enlin, prenne un second époux, » Il faut que le premier soit tombé sous ses coups ! »
HAiiLET, regarda»! sa mcre à travers les branches de l'éventail qu'il a pris di s mains d'Ophélie.
VoUà l'absinthe !
COXZAGCE.
« Vos paroles, sans doute, au fond du cœur sont prises, » Mais celte vie, hélas ! est pleine de surprises
» Qui rompent nos desseins, ou nos desseins de fcu,
i> D'eux mêmes pâlissant, s'éleijinent avant peu.
" Ver;, le fruit tient bien fort à la branche qui pousse;
11 M^lr, sur les gazons mous il tombe sans secousse.
» Les sermens qu'on se fait dans l'exaltation
» Meurent du même coup avec la passion,
'1 El la réalité trahit toujours le rêve,
» Et, contraire à nos vœux, notre destin s'achève,
» En ce monde changeant, où, sans exagérer,
» Les larmes savent rire et les rires pleurer!
RAITISTA.
» Qu'au fond du désespoir tombent mes espérances!
u Que tout désir peur moi Se traduise en souffrances!
» Que seule avec mon crime on me jette en prison !
» Que mes yeux n'aient que pleurs, ma coupe que poison 1
'1 Que j'éprouve aux enfers la vengeance jalouse, —
» Si ta veuve, ù mon roi, devient jamais épouse! »
n\MLET.
Après tant d'imprécations!
GONZAGrE.
« Eh bien ! je le crois donc. — Mais le sommeil joyeux 1 Engourdit ma douleur et me ferme les yeux... » Laisse-mei reposer un instant, bien-aimée.
LA UniVE DF. THEATRE.
» Puissions-nous compter encore en nombre égal les rt* B volutions du soleil et de la lune, avant que notre amour » prenne fin!!Mais, hélas! depuis quelque temps je vous » trouve si souffrant, si triste , si changé, que cela m'in- » quièle. Toutefois, monseigneur, que mon inquiétude ne » vous chagrine pas, car les femmes craignent d'autant plus » qu'elles aiment davantage. Leurs alarmes sont en raison » de leur amour; chez elles ces deux sentimens ou sont nuls, " ou sont portés à l'oxlrème. L'ex))érience vous a prouvé » toute l'élenduodema tendresse; el'eest la mesure exacte » de ma crainte. Quand oii aime beaucoup, l'appréhension » la plus légère devient terreur; dans un cœur où les moin- » dres craintes s'exagèrent et grandissent, il y a beaucoup " d'am-sur. »
LE nOI DE THEATRE.
« Cependant, ma bien-aimée, avant peu il faudra que je « le quille; mes organes cessent insensiblement d'accomplir n leurs fondions ; quant à toi, tu resteras après moi dans ce » monde, pour y vivre honorée et chérie; et sans doute lu a retrouveras dans un époux aussi tendra... — »