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SCÈNE II

Lks Précédens , LE ROI, LA. RELNE, POLOXIUS, OPIIÉLIE . ROSENCRANTZ, Gl ILOENSTERN, MARCELLIS, Coibtisans.

Le roi !

i.\ IIIISSIEB, annonrant.

LE ROI, il Ham'et.

Comment se porte Hamlet, ce soir?

HAMLET

Ma foi ! On ne peut mieux! je vis en caméléon, moi ! Oui, je me nourris d'air, de vapeur, de promesse, Aussi, voyez plulùl. sire, tomme j'engraisse.

LE ROI

Vous parlez en énigme, et je n'y comprends rien.

IIAJILET.

Ni moi non p'us.

(\ Poîcnius.,

RJonsii'ur, vous disiez, je crois Men, Q{ie vous aviez joué jadis la comédie A l'université?

POLOMIS.

Cerle! et la tragédie!

On m'a dit même habile entre tous les acteurs.

Que jouiez-vous?

D.VMLET.

rOLOXIUS.

César ! et les conspirateurs

Vingt fois au Capitole ont conjuré ma rhulc; Vingt fois je fus lue par Dralus...

* lIAMLr.T.

0 la brute!

Tuer un pareil veau !

(Au servit -iiv qu'il a envoyé.)

Hé bien ! tous soi:l-i's prêts?

LE SF-UVITELB.

Ils atlcndent, seigneur.

L v Ri;i\F, à II mili't, lui montnuit un siogc a près d'elle.

VentZ donc ici près, Cher Hamict, vous asseoir.

HAMLET

JUrci, ma bonne mère, Mais un aimant plus fort m'attire.

(11 montre Opliélie.)

rOLO.NîVS, bas ,111 Roi.

Eli bieul chimère?

nUiLET, a Opliélie.

Madame, laissex-moi m'asse^ir à vos genoux. Et mon bonheur ici fera bien des jaloux.

(Il se couche ii ses pii ds.) ornÉijiE.

Qui vous rend donc si gai, seigneur?

nVHLET.

Qui? moi?

OrilfLlE.

Vous-même.

Entrent LE ROI, LA REINE, H.\MLET, POLONIUS, OPIIËLIE, ROSENCRANTZ, GUILDEXSTERN et autres.

LE ROI

Comment se porte notre neveu Hamlet ?

HVMLET.

On ne peut mieux, sur ma foi ; je suis au régime du camé-

léon, je me nourris d'air, je me repais de promesses ; vous j Madame, me permeitei-vous .^e me mctirei vos Kenoux» nepo5irrie».eHgraisser ainsi des chapons. •

LE ROI

Je ne comprens rien à cette réponse, Ham'et ; ce n'est pas à moi qu'iUe s'aJresse.

HAMLET

^'i à moi. A Polonius., Seigneur, ne m'avez-vous pas dit que vous aviez autrefois joué la comédie à l'université ?

poLoxns.

Il est vrai, monseigneur ; et je passais pour un acteur habile.

IIAMtET.

Quel rôle avez-vous joué?

POLOMIS.

Celui de .Iules César. On m'assassinait au Capitule; Bralus me poignardai!.

IIAMLET.

C'était bien brutal à lui de tuer en pareil lieu un si excellent veau. — tes acteurs sont-ils prèis ?

ROSEXCRAMZ.

Oui, monseigneur; ils attendent vo:re bon plaisir.

LA KEISE.

Viens ici, moa cher Hamlet ; assieds-toi pr^s de moi.

SIÈCLE, — III

IIlMLr.T.

Non, ma mM-p. nonirant 0[ihcl!c.} Voici un métal dont l'attraction est plus ^raiide.

roiOMiiS, au Roi.

Oh! oh ! que dites-vous de cela?

IIAMLET.

(I! ï';ii-i.-^,l aux pie-:ls dOpliMic; OPUÉLIE.

Non, monsci^'ncur.

1IA.ÏLET.

Je veux dir^; d'app-.iyer ma tête sur vos genoux.

OPHELIE

Oui, monseigneur.

HAMLET

Vous pensiez peut-être que j'avais une autre idée ?

OÎ'liÉLlE.

Je ne pensais rien. ■

1! VViLET. **

C'estlà une pensée di z!:c de trouver place au cœur d'une jeu»

ne fille.

OPHÉLIE

Quoi, monseigneur?

Rien.

OPHÉLIE

Vous êtes g-si, iBon seigneur.

Qui, moi?^

Oui, monseignotir.

n.lMLET.

OPUÉLIE.

tiS

SHAKSPEAUE.

HAMLET

Je suis votre bouffon. Quel est le but suprême Peur l'homme? S'égayer. Regardez, lair joyeux Qu'a ma môrere soir, et pourlant, sous ses yeux, Le roi mon père est mort, ne voi à pas — deux heures.

OPIICLIC.

Eli ! mais voilk deux mois !

IIVMtET.

Tauvre femme ; îti pleures Deux longs mois ton époux ! Que le diable, en ce cas. Porte s'il veut le deuil I quant à moi, j'^ suis las De ces vt'Iemcns noirs! Qu'on m'îiabiilo d'iicrminc! Deux mois sans que la mort par l'oubli se termine! Alors, par Notre-Dame ! il faut croire et je crois Que le nom d'un héros lui survivra six mois, Peurvu qu'il ait b;Ui cependant mainte église.- Sinon, Il mourra, lui que tout immortalise! Comme fea Mardi-Gras enierré par ce chant :

« [Il cliante.)

MTdi-Gra«,

Tu t'en vas!

(Le rideau de la scène du fond s'ouvre. L'acleur représentant le PROLOGUE parait.)

LE PnOlOGVE.

o Nous réclauions de l'assistance,

1» Pour les act?urs, sou indulgence;

» Pour la pièce, sa patience. »

(I! se retire.)

nVMLET.

Devise d'une bague ou prologue d'un drame ?

OPnÉLlE.

C'est bien court, monseigneur.

UVMLET.

Comme un amour de femme.

GO.NZ.VGUE et B.VITISTA, roi cl rciae de tliiatre, entrent sur la secoude sci'ne.

GO\ZACtE, sur k' théâtre.

(' Phébus a trente fois fait le tour de ce monde, n Semant de Heurs les prés, de perles semant l'onde; » La lune au front d'argent, blonde sœur d'Apollon, 1 Trente fois a blanchi la cime et le vallon, « Depuis quelQ âestin, pour d'autre.i dur et sombre, » Ne nous a fait qu'un toit, qu'un soleil et qu'une ombre.

11\MLCT

Ohîjesu's voire bouffon, cl voilà lo^t. Qu'a un homme de mieux à faire que d'ctre gai ? Tenez, legardcz comme ma mère a l'air joyeux; et cependant il n'y a que deux heures que mon père est mort.

oriiÉnE.

Hais noH, monseigneur, il y a doux fois deux mois.

IIAMLET.

Si longtemps que cela? oh! en ce cas, que le diable porte le deuil ; moi, je veux porter un viicnunl d'hermine. O ciel I mort dp|)uis deux mois, cl pas encore oublié ! on peut alurs espérer voir le souvenir d'un grand homme survivre six mois à sa mort ; mais, par Notre-Dame ! il faut pour cela qu'il ait bftti des églises , sans quoi il courl risque d'être oublié comme celui dont vuus connaissez l'cpUaphc :

Oh! oh! oh! oli! ali! .ih ! ah! ah!

Il est oublié mon dada *.

Les Iroinpellcs sonnent; la pantomime commence. On voit entier nn roi et unv reine qui paaisscnt éprouver l'un pour l'autre une viTe tendresse; ils s'embrassent; la reine se ])rnsterne devant lui, et sc-mlj^ lui faire les plus ardentes prolcslatinns il'anioiir : il la nlrve, il incline sa tùtc fur son cou ; puis il s'étend sur unr pelouse éuiaillée d.' Meurs. Lorsqu'elle le viiii eiulrnni, elle le quille; alors survient un autre personnajîe qui lui Ole sfi couronne, la baise, verse du poison dans roiville du roi, et sort. La reine revient, trouve le roi iBort, cl exprime par ses gestes son désespoir. L'empoisonneur revient, suivi de deux ou trois personnages muets, et .semble se lamenter avec elle. 1,9 eadavre est emperll. L'enin-àsonneur fait sa cour à la reine, et lui présente des cadeaux ; elle résiste d'abord, puis elle finit par agréer son amour ".

fils sortent.)

OPIIÉI.IE.

Que signifie cette scène , monseigneur ?

* Fer,0, for 0, tho hobby hona il forgot. ("est le refrain da quelque vieille chanson. M Iwhhij horse sigiîilie ;ifl"ecliou toute spéciale, idée favorite, marotte, dada ; les Anglais iliscnt : < It it his hobby horsc, » comme nous disons : « C'est sa marotte; c'<.st .son dada. ■> Du nsle, tous les commenlaires se sont mépris sur le sens do ce passage.

** Il est pi(p|)able que celle scène muette a été interc^léa après coup dans l'œuvre de Shakspeare; ciron ne voit pus pourquoi la pantomime ne produit aucun elTet sur rusurpateur, tandis que la sfènC dia'ogiiée le jette d jns un trouble si gran !.

HASILGT.

Cela n'annwice rien de bon; il y a quelque anguille sous

roche.

OPIIÉLIE.

Cette pantomime renferme sans doute le sujet de la pièce. Entre LE PROLOGIE.

HAMLET

Ce gaillard là va nous l'apprendre ; les comédiens sont incapables de garder un stcrei , ils ont l'habitude de tout dire.

ornÉLiE.

Va-t-il nous dire ce que signifiait celte panlomime?

IIAMLIT.

Assurément, il vous expli(iuera toutes les pantomimes que vous voudrez ; faites-lui-en voir de toutes les espèces, il vous en interprétera le sens.

OPUÉLIE.

■\'ous êtes un méchant; laissez-moi suivre la pièce.

LE rnOLOClE.

Pour notre drame en ce moment, Nous venims nous niellre liunîhlement Aux gen-ux de votre clémence.

Et réclamer votre indulgence.

IIAIILET.

Est-ce là un prologue ou la devise d'une bague?

OPnÉLIE.

C'est bien court, monseigneur.

IIAMLET.

Comme l'amour d'une femme.

Entrent UN ROI et UNE REINE.

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