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DOUBLE PATE DES SULTANES ET EAU CAMATIYE

tS CÉSAR BIROTTEAU,

DÈCOl I E R 1 E M E I: ' I. II. Il V S E

APPROUVÉE r.Ul L'iNSTITCT IIK FUA.NCF.

\s long-temps une pote pour /es mains et u pour le visage, donnant un résultat SUp par l'Eau de Cologne dans /'u- tore de tu toilette, étaient gé-

>nl désirées par les deux sexes en Europe, iprès avoir consacré de <'■ à l'étude dudermi il de

V épidémie chez les deux Sexes, qui, l'un comme l'autre, attachent arec raison le plus grand prix à la doua ur, a la souplesse, au brillant, au velouté de la peau , le sieur llirotleau, parfumeur avantageusement connu dans la capitale et à l'étranger, a découvert unePâte et une Eau ajuste titre nommées, dés leur apparition , merveilleuses perles

S de l'a ris. En ij'f ; i

. au possèdent d'étonnantes propriétés pour agir sur ! toi rément , effet imvian

iconsidérémentjui y 'a i , jom "' ■ es par d'ignorantes cupidités. Cett sur Ut division des tempérament ^ qui se /.. grandes classes indiquées par la couleur de la Pâte et de

■ >' roses pour l< derme i! /'' pid • personnes de constitution lymphatique, et blanches pour ceux des personnes qui jouissent d'un tempérament sanguin. Cette Pâle est nommée Pâte des Sultanes, parce que cette découverte avait déj rail par un médecin

arabe. Elle (t clé approuvée paltt' Institut sur le rapport de notre illustre chimiste Vai Qi ELEV, ainsi que l'Eau établie sur les principes qui ont dicté la composition de la Vide.

Celle précieuse Vide, qui exhale les plus doux parfums, fait donc disparaître 1rs taches d< i aussi ur les plus n bt lies, bUmchit les épidémies les plus récaicitrans, et dissipe les sueurs de la main, dont se plaignent les femmes non mains que les hommes.

L'Eau Carminative enlève ces légers boutons qui, dans certains momens, surviennent inopinément aux femmes, et contrarient leurs projets pour le bal ; elle rafraîchit et ravive les couleurs en ouvrant ou fermant li s pores selon les exigences du tempérament ; elle est si connue déjà pour arri'l/r les outrages du temps, que beaucoup de dames t'ont, par reconnaissance, nommée i.'amiê de la de u té.

L Eau de Cologne est purement et simplement un parfum banal sans efficacité spéciale . tandis que In Double Pâte des Sultanes et l'Eau Carminative, sont deux compositions opérantes, d'une puissance motrice agissant sans danger sur les qualités internes et les secondant ; leurs odeurs essentiellement balsamiques et d'un esprit divertissant réjouissent le cœur r-t le terreau admirablement, charment les idées et les réveillent; elles sont aussi étonnantes par leur mérite que par hue simplicité ; enfin, c'est un attrait déplus afj ■es, et un moyen de séduction que les hommes 1 acquérir.

IX SIÈCLE. — MUSÈl LITTÉRAIRE. — l.

L'usage journalier de l'Eau dissipe les cuissons occasionnées par le Jeu du rasoir ; elle préserve étalement les lèvres de la gerçure et les maintient rouges ; elle efface naturellement a la longue les taches de rousseur et finit par redonner du ion aux chairs. Ces effets annoncent toujours en l'homme un équilibre parfait entre les humeurs, ce qui tend ci délivrer les personnes sujettes a la migraine de cette horrible maladie. Enfin, l'Eau Carminative, gai peut être employée par les femmes dans toutes leurs toilettes, prévient les af- ■ cutanées en ne, gênant pas la transpiration des lissus, tout en leur communiquant eu velouté persistant.

S' adresser, franc déport, à monsieur César Birottc m, successeur de Rayon, ancien parfumeur de la reine Marie - Antoinette, a la Peine des Roses, rue Saint-Honoré, à Paris, près la place I euiloive.

Le prix du pain de Pâte est de trois livres, et celui d bouteille est de six livres.

Monsieur César Birotteau , pour éviter toutes les contrefaçons, prévient tepublic que 1:: Pâte est enveloppée d'en papier portant jure, et que les bouteilles uni un cachet incrusté dans le verre.

Le succès fut dû, sans que César s'en doutât, à Constance qui lui conseilla d'envoyer l'Eau Carminative et La Pâte des Sultanes par caisses à tous les parfumeurs de France et de l'étranger, en leur offrant un gain de trente pour cent, s'ils voulaient prendre ces deux articles par grosses. La Pâte et l'Eau valaient mieux en réalité que les cosmétiques analogues et séduisaient les ignorans par la distinetion établit' entre les tempéramens :Jes cinq cents parfumeurs de France, alléchés parle gain, achetèrent annuellement chez Birotteau chacun plus de trois cents grosses de Pâte et d'Eau, consommatii ii qui lui produisit des bénéfices restreints quant à l'article, énormes par la quantité. César put alors acheter les bicoques et les terrains du faubourg du Temple, il y bâtil de vastes fabriques et décora magnifiquement son magasin de la Pieinc des Roses ; son ménage éprouva les petits bonheurs de , et sa femme ne trembla plus autant.

i idame César prévit ' .' lanslesl iilsa son mari à se l'aire principal locataire de la maison où ils occupaient la boutique el l'entresol, it a mettre leur appartement au premier étage. lue circonstance heureuse décida Constance a fermer les yeux sur les folies que Birotteau fit pour elle dans son appartement. Le parfumeur venait d'être élu juge au tribunal de commerce. Sa probité, sa délicatesse connue et la considération dont il jouissait lui valurent cette dignité qui le classa désormais parmi les notables commerçans de Paris. Pour augmenter ses connaissances, il se leva dès cinq heures du matin, lut les répertoires de jurisprudence et les livres qui traitaient des litiges commerciaux. Son sentiment du , iste. sa rectitude, son bon vouloir, qualités. essentielles dans l'appréciation des difficultés soumises aux sentences consulaires, le rendirent un des juges les plus estimés. Ses défauts contribuèrent également à sa réputation. En sentant son infériorité, César subordonnait volontiers ses lumières à celles de ses collé gués, flattés d'être si curieusement écoutés par lui : les uns recherchèrent la silencieuse approbation d'un homme censé profond, en sa qualité d'écouteur ; les autres, enchantés de sa modestie et de sa douceur, le vantèrent. Les justiciables louèrent sa bienveillance, son esprit conciliateur, et il fut souvent pris pour arbitre en des contestations où son bon sens lui suggérait une justice décadi. Pendant le temps que 'durèrent ses fondions, il sut se composer un langage farci de lieux communs, semé d'axiomes et de calculs traduits en phrases arrondies, qui doucement débitées sonnaient aux oreilles des gens superficiels comme de l'éloquente. Il plut ainsi à celte majorité naturellement médiocre, a perpétuité condamnée aux travaux, aux vues du terre à terre. César perdit tant de temps au tribunal, que sa femme le contraignit i refuser désormais ce coûteux honneur.

Vers 1815, grâce à sa constante union et après avoir vulgairement cheminé dans la vie, ce ménage vit commencer UHe ère de prospérité que rien ne semblait devoir interrompre. (Extrait de la Comédie humaine.) 2

DE BALZAC

Monsieur et madame Ragon, leurs prédécesseurs, leur oncle Pillerault, Roguin le notaire, les Matifat, droguistes de la rue des Lombards, fournisseurs de la Reine des Roses, Joseph Lebâs, marchand drapier, successeur des Guillaume, au qui pelote, une des lumières de la rue Saint-Denis,

j Popinol frère de madame Ragon, Chiffreville, delà maison Protez el Chiffreville, monsieur et madame Cor.hin, employés au Trésor « commanditaires des Matifat, l'abbé : oraux confesseur el directeur des gens pieux de cette coterie, et quelques autres pei imposaient le cercle de leurs amis.

Malgré les sentimens royalistes de Birotteau, l'opinion pu- ■■;, étail alors en s;t faveur, il passait pour être très riche,

ioiq il ■ pos: laï < mille francs en dehors

commerce'. La régularité de ses affaires, son exactitude, son habitude de ne rien devoir, de ne jamais escompter son papier et de prendre au contraire des valeurs sûres à ceux auxquels il pouvait être utile, son obligeance lui méritaient un crédit énorme. I! avait ("ailleurs réellement gagné beaucoup d'argent; mai:, ses constructions et ses fabriques en avalent beaucoup absorbé. Puis sa maison lui coûtait près de vingt mille francs par an. Enfin l'éducation de Césarine, fille unique idolâtrée parConstance autant que par lui. nécessitait de fortes dépenses. TS t le mari ui la femme ne regardaient à Tardent quand il s'agissait de faire plaisir à leur fille, donl ils n'avaient pas voulu se séparer.

Imaginez les jouissances du pauvre paysan parvenu, quand il entendait sa charmante Césarine répétant au piano une i!e Steibell ou chantant une romance ; quand il lui voyait écrire correctement la langue française; quand il l'admirait lui lisant Racine père et lils, lui en expliquant les beautés, dessinant un pay âge ou faisant une sépia ! Quel bonheur pour lui que de revivre dans une fleur si belle, si pure, qui n'avait pas encore quitté la tige maternelle, un ange enfin dont les grâci s naissantes, dont les premiers développemens avaient été. passionnément suivis ! une fille unique, incapable de mépriser son père ou de se moquer de son défaut d'instruction,, tanl elle était vraiment,/c?/net/î/fe.

En venant a Paris, César savait lire , écrire et compter, mais son instruction en était restée là, sa vie laborieuse l'avait empêché d'acquérir des idées et des connaissances étranau commerce de la parfumerie. Mêlé constamment à des gens à qui les sciences, les lettres étaient indifférentes, et dont l'instruction n'embrassai! que des spécialités -, n'ayant pas de temps pour se livrer a desétudes élevées, le parfumeur devint un homme pratique. Il épousa forcément le langage, les erreurs, les opinions du bourgeois de Paris qui admire Moli ire, Voltaire et Rousseau sur parole, qui achète leurs 03UV1 s sans les lire ; qui soutient que l'on doit dire armoire, parce que les femmes serraient dans ces meubles leur or el leurs rebes, autrefois presque toujours en moire, et que l'on a dit par corruption armoire. Potier, 'l'aima, mademoiselle Mars, étaient dix fois millionnaires et ne vivaient pas comme les autres humains : le grand tragédien mangeait de la chair crue, mademoiselle Mars faisait parfois fricassée des perles, pour imiter une célèbre actrice égyptienne. L'empereur avait dans ses gilets des poches en cuir pour pouvoir prendre son tabac par poignées, il montai; à cheval au grand galop l'escalier de l'orangerie de Versailles. Les écrivains, lès artistes mouraient à l'hôpital par suite de leurs originalités : ils étaient d'ailleurs tous athées, il fallait bien se garder de les recevoit chez soi. Joseph Lebas citait avec effroi l'histoire du mariage de sa belle-sœur Augustineavee le peintre Sommet-vieux. Les astronomes vivaient d'araignées.

Cas points lumineux de leurs connaissances en langue française, en art dramatique, en politique, en littérature,' en science, expliquent la portée de ces intelligences bourgeoises. Un poète, qui passe rue des Lombards, peuUn v sentant quelques parfums rêver l'Asie. Il admire des danseuses dans une chauderie en respirant du vétiver. Frappé par l'éclat de la cochenille, il y retrouve les poèmes braharniques, les reliligions et leurs castes. En se heurtant contre l'ivoir brut, il monte sur le dos des < iépbans, dans une cage de mousseline, et y fait l'amour comme le roi de Lahore. Mais ht petit com-

merçant ignore d'où viennentet où croissent les produits sur lesquels H opère. Birotteau parfumeur ne savait pas un iôta d'histoire naturelle ni de chimie. En regardant Vauquelin comme un grand homme, il le considérai! comme uni' lion M'était de la force de cet épicier retiré qui résumait ainsi une discussion sur la manière de faire venir le thé : — Le thé ne vient que de deux caravane un par le

Havre, dit-il- d'un air finaud*! l'aloôs et l'o-

pium ne se- trouvaient que rue dis Lombards. L'eau de rose prétendue de Constantinople se fai tu de Cologne,

à Paris. Ces noms de lieux éta es pour

plaire aux Français qui ue peuvent supporter les choses de leur pays. Un marchand français devait dire sa déco anglaise, afin de lui donner de la vogue, comme en Angleterre un droguiste attribue la sienne à la France.

Néanmoins César n re entièrement otni

bête : la probité, la bonté jetaient sur les actes de sa vie un reflel qui les rendait respectables, car une belle action fait accepter toutes les ignorances possil estant succès

lui donna de l'assurance. A Paris, l'assurance est acceptée pour le pouvoir dont elle est le signe. Ayant apprécié César durant les trois premières années de leur mariage, sa femme fut en proie à des transes continuelles; elle représentait dans cette union la partie sagace et prévoyant* 'oppo-

sition, la crainte; César y représentait l'audace, l'ambition, l'action, le bonheur inouï delà fatalité. Malgré les appa- . le marchand était trembleur , landisque sa femme avait en réalité de la patience et du i usi un homme

pusillanime, médiocre, sans instrucii n, sans idées, sans connaissances, sans caractère, et qui ne devait point réussir sur la place la plus glissante du monde, arriva, par son esprit de conduite, par h sentiment du juste, par la bontéd'une âme vraiment chrétienne, par amour pour la seule femme qu'il cet jamais possédée, à passer pour un homme remarquable, courageux et plein de rési lution. Le public ne voyait que les résultats. Hormis Pillerault et le juge Popinot, les personnes de sa société, ne voyant César que superficiellement, ne pouvaient le ju urs, les vingt ou trente amis qui re réunissaient entre eux disaient les mêmes niaiseries, répétaient les mêmes lieux se regardaient tous comme des gens supérieurs dans leur pai lie. Les femmes faisaient assaut de bons dîners el de toilettes; chacune d'elles avait tout dit eu disant un mot de mépris sur son mari. Ma dame Birotteau avait seule le bon sens de traiter le sien avec honneur et respect en public : elle voyail en lui l'homme qui, malgré ses secrètes incapacités, avait gagné leur fortune, et dont elle partageait la considération. Seulement, elle se demandait parfois ce qu'était le monde , si tous les hommes prétendus supérieurs ressemblaient à son mari. Cette conduite ne contribuait pas peu àrmainlenir 1 estime respectueuse aecordée au marchand dans un pays où les femmes sont assez portées à déconsidérer leurs mari-- el à s'en plaindre.

Les premiers jours de l'année 1844, si fatale à la France impériale, furent signalés chez les Birotteau par deux événèmens peu marquans dans tout autre ménage, mais de natttre a impressionner des âmes simples comme celles de César et de sa femme, qui, en jetant les yeux sur leur passé, n'y trouvaient que des émulions douces. Us avaient pris pour premier commis un jeune homme de vingt-deux ans, nomme Ferdinand du Till'et. Ce garçon, qui sortait d'une maison de parfumerie où l'on avait refusé de l'intéresser dans les bénéfices, . et qui passait pour un géuie,- se remua beaucoup pour entrer à la Reine des Roses, dont les êtres, les forces et les mœurs intérieures lui étaient connus. Birotteau l'accueillit et lui donna mille francs d'appointemens, avec l'intention d'en faire son successeur. Ferdinand eut sur les destinées de cette fa- , mille une si grande influence, qu'il est nécessaire d'en dire quelques mots.

D'abord, ce gars se nommait simplement Ferdinand, son nom de famille. Cette anonymie lui parut un immense avantage au moment où Napoléon pressa les familles pour y trouver des soldats. 11 étail cependant ne quelque part, par le fait de quelque cruelle et voluptu îuse fantaisie. Voici le peu de

CESAR BfROTTEAU

renseignemens recueillis sur son état civil. En 1795, une pauvre fille du Tillet, petit endroit situé près des Andelys, était venue accouefier nuitamment dans le jardin du desservant de l'église du Tillet, et s'alla noyer après avoir frappé au\ Le bon prêtre recueillit l'enfant, lui donna le nom du saint inscrit au calendrier ce jour-là, le nourrit et Féleva comme son enfant. Le cuTé mourut en 1804, sans laisser UHe succession assez opulente pour suffire à l'éducation qu'il avait commencée. Ferd | dans Paris, y mena une existence de flibustier t'ont les hasards pouvaient le mènera l'échafaud ou à la fortune, au barreau, dans l'armée, au commerce, à la domesticité. Ferdinand, obligé de vivre en vrai Figaro, devint commis voyageur, puis commis parfumeur à Taris, où il revint après avoir parcouru la France, étudié le monde, et pris son parti d'y réussir a tout prix. En 1845, il jugea nécessaire de constater son âge et de se donner un état civil, en requérant au tribunal des Andelys un jugement qui fit passer son acte de baptême des registres du presbytère sur ceux de la mairie, et y obtint une rectification en demandant qu'on y insérât le nom de du Tillet, sous lequel il s'était fait connaître, autorisé par le fait de son exposition dans la commune. Sans père ni mère, sans autre tuteur que le procureur in | seul dans le monde, ne devant de comptes a personne, il traita la Société de Turc à Mure e:i la trouvant marâtre : i! n nul d'autre guide que son intérêt, et tous les moyens de forlune lui semblèrent bons. Ce Normand, armé de capacités dangereuses, joignait à son envie de parvenir les âpres défauts reprochés à tort ou à raison aux natifs de sa provim manières patelines faisaient passetson esprit chicanier, car c'était le plus ru udiciaire ; mais s'il côn audacieusement le droit d'autrui,.il ne cédait rien sur il prenait son adversaire parle temp .-.i! le lassait par une inflexible vol inté^on principal mérite consistait en ci Scapinsde lavieilk comédie : il possédait leur fertilité de ressources, leur adresse à côtoyer l'injuste, leur démani de prendn e i qui est b >u à garder. Enfin, il comptait appliquer à son indigence le mot que l'abbé Terray disait au nom del'État, quitte à devenir plus lard honnête homme. Dojic d'une activité passionnée, d'une intrépidité militaire a demander à tout le monde une bonne connue une mauvaise action en justifiant sa demande par la théorie de l'intérêt pers il méprisait trop les i. i tril ter l> s croyant touscorru] : il était trop peu délicat sur le choix des moyens en les rouvant tous bons, il regardait trop fixement le succès et l'argent comme l'absolution du mécanisme moral pour ne pas réussir lot ou lard. Un pareil homme, placé entre le bagne et des millions, devait être vindicatif, absolu, rapide'dans ses déterminations, mais dissimulé comme un Cromwell qui voulait couper la lêle à la Probité. ?a profondeur était cachée sous un esprit railleur et léger. Simple commis parfumeur, il ne menait peint de bornes à son ambition; il avait embrassé la Société par un coup d'ail haineux en se disant : — Tu seras à moi ! et il s'était juré a lui même de ne se marier qu'à quarante ans. Il se tint parole.

Au physique, Ferdinand était un jeune homme élancé, de taille agéable et de manières mixtes qui lui permettaient de prendre an besoin le diapason de toutes les sociétés. Sa figure chafouine plaisait à la première vue; mais plus tard, eu le pratiquant, on y surprenait des expressions étranges qui se peignent à la surface des gens mal avec eux-mêmes, ou dont la conscience grogne à certaines heures. Son teint très ardent sous la peau. nielle des Normands avait une couleur aigre. Le regard de ses yeux tairons doublés d'une feuille d'arpent était fuyant, maïs terrible quand il l'arrêtait droit sur sa vielime. Sa voix semblait éteinte comme celle d'un homme qui a longtemps parIé;Ses lèv'res minces ne manquaient pas degràce; mais son nez peintu, son front légèrement bombé trahissaient un défaut de race. Enfin, ses cheveux, d'une coloration semblable à celle des cheveux teints en noir, indiquaient un métis social qui tirai taon esprit d'un grand seigneur libertin, sa bassesse d'une paysanne séduite, ses connaissances d'une éducation inachevée, el ses vices de son état d'abandon.

Birotteau apprit avec le plus profond étonnement que son commis sortait très élégamment mis, rentrait fort tard, allait

au bal chez des banquiers ou chez des notaires. Ces mœurs déplurent à César : dans ses idées, les commis devaient étudier les livres de leur maison, et penser exclusivement à leur partie. Le parfumeur se choqua de niaiseries, il reprocha doucement à du Tillet de porter du linge trop lin, d'avoir des cartes sur les ;uellesson nom était gravé ainsi :F. m Tn.i et; mode qui, d. ;;s sa jurisprudence commerciale, appartenait exclusivement aux gens du monde. Ferdinand était venu chez cet Orgon dans les intentions de Tartuffe : il lit la cour à madame César, tenta de la séduire, et jugea son patron comme elle le jugeait elle-même, mais avec une effrayante promptitude. Quoique discret, réservé, ne disant nue ce qu'il voulait dire, du Tille; dévoila ses opinions sur les hommes ci : de manière à épouvanter une femme timorée qui partageait les religions de son mari, et regardait connue un ci .. di causer le plus léger tort au prochain. Malgré l'adresse dont. usa madame Birotlcaii, du Tillet devina le mépris qu'il inspirait. Constance, à qui Ferdinand avait écrit quelques le: très d'amour, aperçut bientôt un changement dans les manières de son commis, qui prit avec elle des airs avantageux, pour faire croire à leur bonne intelligence. Sans instruire son mari de ses raisons secrètes, elle lui conseilla de renvoyei Ferdinand. Birotteau se trouva d'accord avec sa femme en ce point. Le renvoi du commis fut résolu. Trois jours avant de le congédier, par un samedi soir, Birotteau ti: le compte mensuel de sa caisse, et y trouva trois mille Iran s de moins. Sa consternation fut affreuse; moins pour la perle que pour les soupçons qui planaient sur trois commis, une cuisinière, un garçon de magasin et des ouvriers attitrés. V qui s'en prendre? madame Birotteau ne quittait point li côi ptoif. Le commis chargé de la caisse était un neveu de monsieur B nommé Popinot, jeune homme de dix-neuf ans, logé chez eux, la probité même. Ses chiffres', en désaccord avec la somme en caisse, ao usaient le déficit et indiquaient que h soustraction avait été faite après la balance. Les deux époux i é I se la re et de surveiller la maison. Le lendemain (li rece\ ùenl leurs amis. Les familles qui i omp s lient i el pèce de coterie se festoyaient à. tour de rôle. É

>tte, Roguin le notaire mit sur le tapis de vieux louis que madame César avait reçus quelqu s jours auparavant d'une, nouvelle mariée, madame d'Êspard.

— Vous avez volé un tronc, dit en riant le parfun Hoguin dit avoir gagné cet argent chez un banquier à da

. Tillet, qui confirma la réponse du notaire, sans rougir. !.. parfumeur, lui, devint pourpre. La soin- finie, au moment où

ami alla srcouclier. Birotleau 1 1 mnena dans le maga- 1 sirusous prétexte de parler affaire.

— Du Tillet, lui dit le bra\e homme, il manque trois mil'.' francs à ma caisse, et je ne puis soupçonner personne; la circonstance des vieux louis semble êlie trop contre vous pour que je ne vous en parle point; aussi ne nous coucherons-nous pas sans avoir trouvé l'erreur. Car après tout, ce ne peut être qu'une erreur. Vous pouvez bien avoir piis quelque chose en compte sur vos appoiuieinens.

Du Tillet dit effectivement avoir pris les louis. Le parfumeur alla ouvrir son grand livre, le i nc< nmisne se trouvait pas encore débité.

— J'étais pressé, je devais faire par 1 0] .not, dit Ferdinand.

— Cest juste, dit Birotteau bo i la froide insouciance du Normand, qui connaissait bien les braves gens èhez lesquels il était venu dans l'intention d'y faire fortune.

Le parfumeur et «on commis passèrent la nail en vériucati nsque le digne marchand savait inutiles. En allant et venant, César glissa treis billets de basque de mille francs dans la caisse en les collant contre la bande du tiroir, puis il feignit d'être accablé de fatigue, pan i d irmirel ronfla. Du Tillet le réveilla triomphalement- et afficha une'joie excessive d'av jiréclairci l'erreur. Le lendemain, Birotteau gronda publiquement le petit Popinot, sa femme, et se mit ch colère à propos de leur négligence. Quinze jours après, Ferdinand du Tillet entra chez un agent de changi . La parfumerie ne lui contenait pas, dit-il, il voulait étudie:- la banque. En sortant de chez Birotteau, du Tillet parla de -Mme César de

ta

DE BALZAC

manière à faire croire que son patron l'avait renvoyé par jalousie. Quelques mois après,- du Tillel vint voir son ancien patron, et réclama de lui sa caution pour vingt mille francs, afin de compléter les garanties qu'on Lui demandait dans une affaire qui le mettail sur le chemin de la fortune. En remarquant la surprise que Birôtteau manifesta de cette effronterie, du Tillet fronça le sourcil el lui demanda s'il n'avait pas confiance en lui. Matifal el deux négocians en affaires avec Birôtteau remarquèrenl l'indignation du parfumeur, qui réprima sa colère en leur présence. Du Tillet était peut-être redevenu honnête homme, sa faute pouvait avoir étécausée par une maîtresse au désespoir ou par une lentative.au jeu, la réprobation publique d'un honnête homme allai! jeter dans une voie de crimes et de malheurs un homme encore jeune et peut-être sur la voie du repentir. Cel ange prit alors la. plume et lit m< aval sur les billets de du Tillet en lui disant qu'il rendait de grand cour ce léger service à un garçon qui lllj avait eie très-utile Le sang lui montait au visageen faisant ce mensonge officieux Du Tillet ne soutint pas le regard de cet homme, ci lui voua sans'doute en ce moment cette haine sans trêve que les anges des ténèbres ont conçue contre les anges de lumière Du Tillet tint si bien le banlantier en dansant sur la corde roide des spéculations financières, quil resla toujours élégant et riche en apparence avant de 1 être en réalité. Des qu'il eu, „n cabriolet, il ne le quitta plus ; 1 se maintint dans la sphère élevée des gens qui mêlent les plaisirs aux affaires, en faisant du foyer de l'Opéra la succursale de la Bourse, 1rs Turcarets de l'époque. Grâce à madame RoguiD, qu'il connutchez Birôtteau, il se répandit promptement parmi 1rs :!1h de finanee les plus haut placés. En ce moment, Ferdinand du Tillet était arrivé à une prospérité qui n'avait rien de mensonger. A.u mieux avec la maison Nucingen oùRoguin l'avait fait admettre, il s'était lie promptementavec les frères Relier, avec la haute Banque. Personne ne savait d'où venaient à ce garçon les immenses capitaux qu'il faisait mouvoir, mais on attribuait son bonheur à son intelligence et à sa probité.

La Restauration lit un personnage de César, à qui naturellement le tourbillon des crises publiques ûtalaw a ire ! ces deux accidens domestiques. L'immutabilité de ses opinions royalistes, auxquelles il était devenu fort indiffèrent depuis sa blessure, mais dans lesquelles il avait persisté par décorum , le souvenir de son dévouement en vendémiaire lui valurent de hautes protections, précisément parce qu'il ne demanda rien. Il fut nommé chef de bataillon dans la garde nationale, quoiqu'il fût incapable de répéter le moindre mol de commandement. En 1845, Napoléon, toujours ennemi de Birôtteau. le destitua. Durant les Cent-Jours, Birôtteau devint lu béte noire des Libéraux de son quartier; car en 181 "> seulement comméncèrenl les scissions politiques entre les négocians, jusqu'alors unanimes dans leurs vœux de tranquillitédonl les affaires avaient besoin. A la seconde Restauration, le gouvernement royal dut remanier le corps municipal. Le préfet voulut nommer Birôtteau maire. Grâce à sa femme, le parfumeur accepta seulement la place d'adjoint qui le mettait moins en évidence. Cette modestie augmenta beaucoup l'estime qu'on lui portait généralement et lui valut l'amitié du maire, monsieur Flamet de La Billardière. Birôtteau, qui l'avait vu venir à la Reine des Roses au temps ou la boutique servait d'entrepôt aux conspirations royalistes, ledésigna lui-même au préfet de la Seine , qui le consulta sur le Choix à faire. Monsieur et madame Birôtteau ne furent jamais oubliés dans les invitations du maire; Enfin madame César quêta souvent à SaintRoch, en belle et bonne compagnie. La Billardière servit chaudement Birôtteau quand il fut question de distribuer au Corps Municipal les croix accordées, en appuyant sur sa blessure reçue à Saint Uoeh, sur son attachement aux Bourbons et sur la considération dont il jouissait. l:e ministère qui voulait, tout en prodiguant la croix de la l.éçion-d'lloimeur afin d'abattre l'œuvre de Napoléon, se faire des créatures et rallier aux Bourbons les différons commerces, les hommes d'art et de science, comprit .loue Birôtteau dans la prochaine promotion. Cette faveur, en harmonie avec l'éclat que jetait Birôtteau dans 9on arron-

dissement, le plaçait dans une situation où durent s'agrandir les idées d'un homme à qui jusqu'alors tout avait réussi. La nouvelle que le maire lui avait donnée de sa promotion fut le dernier argument qui décida le parfumeur à se lancer dans l'opération qu'il venait d'exposer à sa femme, atin de quitter au plus vite la parfumerie, et s'élever aux régions de la haute bourgeoisie de Paris.

César avait alors quarante ans. Les travaux auxquels- il se livrait dans sa fabrique lui avaie I donné quelques rides prématurées, et avaient légèrement ai te chevelure touffue qnela pression de son chapeau lustrait circulairement. Son front, où, par la manière dont ils étaient plantés, ses c heveu t dessinaient cinq pointes, annonçait la simplicité de sa vie. Ses gros sourcils n'effrayaient point . car ses yeux bleus s'harmoniaient par leur limpide regard toujours franc à son front d'honnête homme. Son nez cassé à la naissance et gros du bout lui donnait l'air étonné des gobe-mouches de Paris. Ses lèvres étaient très-lippues , et son grand menton tombait droit. Sa figure , fortement colorée, ;'i contours carrés, offrait, par la disposition des rides, par l'ensemble delà physionomie, le caractère ingénùement rusé du paysan. La force générale du corps, la grosseur des membres, la carrure du dos, la largeur des pieds, tout dénotait d'ailleurs le villageois transplanté dans Paris. Ses mains larges et poilui grasses phalanges de ses doigts ridés, ses grands ongles carrés eussent attesté son origine, s'il n'en étail pas resté des vestiges dans toute sa personne, il avait sur les lèvres le sourire de bienveillance que prennent les marchands quand vous entrez chez eux; mais ce sourire commercial é;au l'image de son contentement intérieur et peignait l'état de son âme douce. Sa défiance ne dépassait jamais les affaires, sa ruse le quitlail sur le seuil de la Bourse ou quand il fermait son grand livre. Le soupçon était p ,ur lui ce qu'étaient ses factures imprimées, une nécessité de la figure

offrait une sorte d'à tique, de fatuité m

bonhomie qui le rendait original à voir en lui évitant une ressemblance trop complète avec la plate figure du bourgeois parisien. Sans cet air de naïve admiration et de foi en s;, personne, il eût imprimé trop de respect: il se rapprochait ainsi des hommes en payant saquote part de ridicule. Habituellement en parlant il se croisait les n ains derrière le dos. Quand il croyait avoir dit quelque chose de galant ou de saillant, il se levait imperceptiblement sur la pointe des pieds, i deux reprises, et retombait sur ses talons lourdement, comme pour appuyer sur sa phrase. Au fort d'une discussion on le voyait quelquefois tourner sur lui-même brusquement, faire quelques pas comme s'il allait chercher des objections et revenir sur son adversaire par un mouvement brusque. Il n'interrompait jamais, el se trouvait souvent victime de celte exacte observation des convenances, car les autres s'arrachaient la parole, et le bonhomme quitlait la place sans avoir pu dire un mot. Sa grande expérience des affaires commerciales lui avait donne des habitudes taxées de manies par-quelques personnes. Si quelque billet n'était pas payé, il l'envoyait à l'huissier, et ne s'en occupait plus que pour recevoir le capital, L'intérêt et Mes frais, l'huissier devait poursuivre jusqu'à ce que le négociant fût en faillite ; César cessait alors touie procédure, ne comparaissait :'i aucune assemblée de cadenciers, et gardait ses titres. Ce système et. ssn implacable mépris pour les faillis lui venaient di monsieur Ragon qui, dans le cours de sa vie commerciale, avait fini par apercevoir une si grande perte de temps dans les affaires litigieuses, qu'il regardait le maigre ei incertain dividende donné par les concordats comme amplement regagne par l'emploi du temps qu'on ne perdait point à aller, venir, faire des démarches et courir après les excuses de l'iniprobite.

— Si le failli est honnêie homme el se refait, il vous payera, disait monsieur Bagou. S'il reste sans ressource et qu'il soit purement malheureux, pourquoi le tourmenter? S e'est un fripon, vous n'aurez jamais rien. Votre sévérité connue vous fait passer pour intraitable, et comme il est impossible de transiger avec \ous, tant que l'on peut paver, c'est VOUS qu'on paye.

César arrivait ft un ronde* vous à l'heure dite, mais dix mi-

CESAR BIROTTEAU

-nutes après, il partait avec une inflexibilité que rien ne faisait plier; aussi son exactitude rendait-elle exacts les gens qui traitaient avec lui.

Le costume qu'il avait adopté concordait à ses mœurs et sa physionomie. Aucune puissance ne l'eût fait renoncer aux cravates de mousseline blanche dont les coins brodés par sa femme ou sa fille lui pendaient sous le cou. Son gilet de piqué blanc boutonné carrément descendait très-bas sur son ii assez proéminent, car il avait un léger embonpoint. Il portaifun pantalon bleu, des bas de soie noire et des souliers j rubans dont les nœuds se défaisaient souvent. Sa redingote vert-olive toujours trop large, et son chapeau à grands bords lui donnaient l'air d'un quaker. Quand il s'habillait pour les soirées du dimanche, il mettait une culotte de soie, ries souliers à boucles d'or, et son infaillible gilet carré dont iesdeux bouts s'entr'ouvraient alors afin de montrer le haut de son jabot plissé. Son habit de drap marron était à grands pans et à longues basques, il conserva, jusqu'en ISi!>, deux chaînes de montre qui pendaient parallèlement , mais il ne mettait la seconde que quand il s'habillait.

Tel était César Birotteau, digne homme à qui les mystères qui président a la naissance des hommes avaient refusé la fade juger l'ensemble de la politique et de la vie, de s'élever au-dessus du niveau social sous lequel vit la classe moyenne, qui suivait en toutes choses les erremens de la routine : toutes ses opinions lui avaient été communiquées, et il les appliquait sans examen. Aveugle mais bon, peu spirituel mais profondément religieux, il avait un cœur pur. Dans ce cœur brillait un seul amour, la lumière et la force de sa vie ; car son désir d'élévation, le peu de connaissances qu'il avait acqtrrsts, tout venait de son affection pour sa femme et pour sa fille.

Quant à madame César, alors âgée de trente-sept ans, elle ressemblait si parfaitement à la Vénus de Milo que tous ceux qui la connaissaient virent son portrait dans cette belle statue quand le duc de Rivière l'envoya. En quelques mois, les chagrins passèrent si rapidement leurs teintes jaunes sur son éblouissante blancheur, creusèrent et noircirent si cruellement le cercle bleuâtre où jouaient ses beaux yeux verts, qu'elle eut l'air d'une vieille madone ; car elle conserva toujours, au milieu de ses ruines, une douce candeur, un regard pur quoique triste, et il fut impossible de ne pas la trouver toujours belle femme, d'un maintien sage et plein de décence. Au bal prémédité par César, elle devait jouir d'ailleurs d'un dernier éolat de beauté qui fui remarqué.

Toute existence a son apogée, une époque pendant laquelle les causes agissent et sont en rapport exact avec les résultats. Ce midi de la vie, où les forces s'équilibrent et se produisent dans tout leur éclat, est non-seulement commun aux êtres organisés, mais encore aux cités, aux nations, aux idées, aux institutions, aux commerces, aux entreprises qui, semblables aux races nobles et aux dynasties, naissent, s'élèvent et tombent. D'où vient la rigueur avec, laquelle ce thème de croissance et de décroissance s'applique à tout ce qui s'organise ici-bas? car la mort elle-même, a, dans les temps de fléau, son progrès, son ralentissement, sa recrudescence et son sommeil. Notre globe lui-même est peut-être une fusée un peu plus durable que les autres. L'Histoire, en redisant les causes de la décadeace de tout ce qui fut ici-bas, pourrait avertir l'homme du moment où il doit arrêter le jeu de toutes ses facultés, mais ni les conquérons, ni les acteurs, ni les femmes, ni les auteurs n'en écoutent la voix salutaire.

César Birotteau, qui devait se considérer comme étant à l'apogée de sa fortune, prenait ce temps d'arrêt comme un nouveau point de départ. 11 ne savait pas, et d'ailleurs ni les nations, ni les rois n'ont tenté d'écrire en caractères in< ffaçables la cause de ces renversement dont l'histoire est grosse, dont tant de. maisons souveraines ou commerciales offrent de »i grands exemples. Pourqoi de nouvelles pyramides ne rappelleraienfrelles pas incessamment ce principe qui doit dominer la politique des nations aussi bien que celle des particuliers: Quand l'effet produit n'est plus en rapport direct ni en }>roporlion égale avec sa cause, la désorganisation commence? Mais ces înonumcns existent partout, c'e6t les

traditions et les pierres qui nous parlent dupasse, qui consacrent les caprices de l'indomptable Destin, dont la main efface nos songes et nous prouve que les plus grands évenemens se résument dans une idée. Troie et Napoléon ne sont que des poèmes. Puisse cette histoire être le poème des vicissitudes bourgeoises auxquelles nulle voix n'a songé, tant elles semblent être dénuées de grandeur, tandis qu'elles sont au même, titre immenses : il ne s'agit pas d'un seul homme ici, mais de tout un peuple de douleurs.

En.s'eiidonnant, César craignit que le lendemain sa femme ne lui fit quelques objections péremptoires, et s'ordonna de se lever de grand matin pour tout résoudre. Au petit jour, il sortit donc sans bruit, laissa sa femme au lit, s'habilla lestement et descendit au magasin, au moment ou le garçon en ôtait les volets numérotés. Birotteau, se vovant seul, attendit le lever de ses commis, et se mit sur le pas de sa porte en examinant comment son garçon de peine nommé Raguet s'acquittait de ses fonctions, et Birotteau s'y connaissait! Maigre le froid, le temps était, superbe.

— Popinot, va prendre ton chapeau, mets tes souliers, fais descendre monsieur Célestin, nous allons causer tous deux âiix Tuileries, dit-il en voyant descendre Anselme.

Popinot, cet admirable eontrepied de du Tillet, et qu'un de ces heureux hasards qui font croire, a une Providence avait mis auprès de César, joue un si grand rùlc dans cette histoire qu'il est nécessaire de le profiler ici. Madame Ra;*on était une demoiselle Popinot. Elle avait deux frères. L'un, le plus jeune de la famille, se trouvait alors juge suppléant au tribunal de première instance de la Seine. L'aîné avait entrepris le commerce des laines brutes, y avait mangé sa fortune, et mourut eu laissant à la charge des Ragon et de son frère le juge qui n'avait pas d'enfans, son fils unique, déjà privé d'une mère morte en eouches. Pour donner un état à son neveu, madame Ragon l'avait mis dans la parfumerie en espéranf.le voir succéder à Birotteau. Anselme Popinot était petit et pied-bot, infirmité que le hasard a donnée à lord Byron. à Walter Scott, à monsieur de Talleyrand, pour ne pas décourager ceux qui en spnt affligés. 11 avait ce teint, éclatant t plein de taches de rousseur qui distingue les gens dont les cheveux sont rouges; mais son front pur, ses yeux de la couleur des agates gris-veiné, sa Julie bouche, sa blancheur et la grâce d'une jeunesse pudique, la timidité que lui inspirait son vice de conformation révélaient à son profit des sentimens protecteurs: on aime les faibles. Popinot intéressait. Le petit Popinot, tout le monde l'appelait ainsi, tenait à une famille essentiellement religieuse, où les vertus étaient intelligentes, où la vie était modeste et pleine de belles actions. Aussi l'enfant, élevé par son oncle le juge, offrait-il en lui la réunion des qualités qui rendent la jeunesse si belle : sage et affectueux, un peu honteux, mais plein d'ardeur, doux comme un mouton, mais courageux au travail, dévoué, sobre,, il était doué de toutes les vertus d'un chrétien des premiers temps de l'Église.

En entendant parler d'une' promenade aux Tuileries, la proposition la plus excentrique que put faire à cette heure son imposant patron, Popinot crut qu'il voulait lui parler d'établissement; le commis pensa soudain à Césarine, la véritable reine des Roses, l'enseigne vivante de la maison et de laquelle il s'éprit le jour même où, deux mois avant du Tillet, il était entré chez Birotteau. En montant l'escalier, il fut donc obligé de s'arrêter, son cœur se gonflait trop, ses artères battaient trop vlblemment; il descendit bientôt suivi de Célestin, le premier commis de Birotteau. Anselme et sou patron cheminèrent sans mot dire vers les Tuileries. Popinot avait alors vingt et un ans, Birotteau s'était marié ù cet âge; Anselme ne voyait donc aucun empêchement à son mariage avec Césarine, quoique la fortune du parfumeur et la beauté de sa tille fussent d'immenses obstacles à la réussite de vœux si ambitieux; mais l'amour procède par les élans de l'espérance, et plus ils sont insensés, plus il y ajoute foi; aussi plus sa maîtresse se trouvait loin de lui, plus ses désirs étaient-ils vifs. Heureux enfant qui, par un temps où tout sv nivelle, où tous les chapeaux se ressemblent, réussissait à «réer de» distances entre la fille d'un parfumeur et lui, rej*-

DE BALZAC

ton d'une vieille famille parisienne ! Malgré ses doutes, ses inquiétudes, il était heureux : il dînait tous les jours auprès de Césarïne I IJnis en s'appliquant aux affaires de la maison, il y mettait un cèle, une ardeur quv dépouillait le travail de toute amertume; en faisanl toul au nom de Césarine, il n'était jamais fatigué, (.'liez un jeune homme de vingtans, l'amour se repaîl de dévouement.

— Ce sera un négociant, il parviendra, disait de lui César à madame Ragon en vantant l'activité d'Anselme au milieu des mises de la fabrique, en louant son aptitude à comprendre les finesse?, de l'art, en rappelant l'âprelé de son travail dans les niomens où les expéditions donnaient, et où les manebes retroussées, les bras nus, le boiteux emballait el cl liait à lui seul plus de caisses que les autres commis.

Les prétentions connues et*avouées d'Alexandre Cio:iat, premier clerc de Roguin, la fortune de son père, riche fermier de la Brie, formaient des obstacles bien grands au triomphe du l'orphelin; mais ces difficultés n'étaient cependant point encore les plus âpres à vaincre : Popinot ensevelissait au fond de son cœur de tristes secrets qui agrandissaient l'intervalle mis entre Césarine et lui. La fortune des Ragon, sur laquelle il aurait pu compter, était compromise; l'orphelin avait le bonheur de les aider à vivre en leur apportant ses m igres appointemens. Cependant il croyait au succès! 11 atait plusieurs fois saisi quelques regards jetés avec un apparent orgueil sur lui par Césarine; au fond des ses yeux bleus, il avait osé lire une secrète pensée pleine de caressantes espérances. Il allait donc, travaillé par sou espoir du moment, tremblant, silencieux, ému, comme pourraient l'être en semblable occurrence tous les jeunes gens pour qui la vie est en bourge

— Popinot, lui dit le brave marchand, la tante va-t-elle bien?

— Oui, monsieur.

— Cependant elle me parait soucieuse depuis quelque temps, y aurait-il quelque chose qui clocherait chez elle? Ecoute-moi, garçon, faut pas faire le mystérieux avec moi, je suis quasi de la famille, voilà vingt-cinq ans que je connais ton oncle Ragon. Je suis enrré chez lui en gros souliers ferrés, arrivant de mon village. Quoique l'endroit s'appelle /es Trésoriëres , j'avais pour toute fortune un louis d'or que m'avait donnéma marraine, feu madame la marquise dTxelles, une parente à monsieur le due et madame la duchesse de Lenoneourt , qui sont de nos pratiques. Aussi ai-je prié tous les dimanches pour elle et pour toute sa. famille; j'envoie en Touraiue à sa r.iece, madame de Morlsauf, toutes ses parfumeries. Il me vient toujours des pratiques par eux, comme, par exemple, monsieur de Vandenesse, qui prend pour douze cents francs par an. On ne serait pas reconnaissant par bon cœur, on devrait l'être par calcul : mais je te veux du bien sans arrière-pensée et pour toi.

— Ah ! monsieur, vous aviez, si vous me permettez de vous le dire, une fière caboche I

— Non, mon garçon, non, cela ne suffit point. Je ne dis pas que ma'cabôchc n'en*vaille pas une autre; mais j'avais de la probité, mordicus! mais j'ai eu de la conduite, mais je n'ai jamais aiméque ma femme. L'amour est un farneux véhicule, un mot heureux qu'a employé hier monsieur fle \ illèle à la tribune.

— L'amour ! dit Popinot. Oh ! monsieur, est-ce que'.'...

— Tiens, tiens, voilà le père Roguin qui vient à pied par le haut de la place Louis XV, à huit heures. Qu'est-ce que le bonhomme fait donc là? se dit César en oubliant Anselme Popinot et l'huile de noisette.

Les suppositions de sa femme lui revinrent à la mémoire, et, au lieu d'entrer dans le jardin des Tuileries, Birotteau s'avança vers le notaire pour le rencontrer. Anselme suivit son palrmi a distance, sans pouvoir s'expliquer le subit intérêt qu'il prenait à une chose en apparence si peu importante; mais tris-heureux des efteouragemens qu'il trouvait dans le dire de César sur ses souliers ferrés , son louis d'ov et l'amour. '

Roguin, grand et gros homme bourgeonné, le front tràsdécouvert, à cheveux nelre. os manquait pas iadi» da physio-

nomie; il avait été audacieux et jeune, car de petit clerc il était devenu notaire ; mais, en ce moment, son visage, offrait, aux yeux d'un habile observateur . les tirai lemi as . les fatigues de plaisirs cherchés. Lorsqu'un homme se plonge dans la fange des excès, il est difficile que sa ligure ne soit pas fangeuse eu quelque endroit; aussi lescontonrs des rides, la chaleur du teint étaient-ils, chez Roguin, sans noblesse. Au lieu de cette lueur pure qui flambe sous l< i tissus des hommes contenus et leur imprime une Heur de santé, l'on entrevoyait chez lui l'impureté d'un sang fouetté par des efforts contre lesquels regimbe le corps. Son nez était Ignoblement retroussé, comme celui des gens chez lesquels |< 5 humeurs, en prenant la route de cet organe, produisent une infirmité secrète qu'une vertueuse reine de France croyait naïvement être un malheur commun à l'espèce, n'ayant jamais approché d'autre homme que le roi d'assez près pour reconnaître son erreur. En prisant beaucoup de tabac d'Espagne. Roguin avait cru dissimuler son incommodité, il en avait augmenté les inconvéniens qui furent la principale cause de ses malheurs.

N'est-ce pas une flatterie sociale un peu trop prolongée que de toujours peindre les hommes sous de fausses couleurs, et de ne pas révéler quelques-uns des vrais principes de leurs vicissitudes, si souvent causées par la maladie ? Le mal physique, considéré dans ses ravages moraux, examiné dans ses influences sur le mécanisme de la vie. a peut-être été jusqu'ici trop négligé par les historiens des mœurs. Madame l avait bien deviné le secret du mén

x Dès la premièienuit deses noce., la charmante fille unique du banquier Chèvre! avaiï. conçu pour le pauvre notaire une insurmontable antipathie, et voulut aussitôt requérir le divorce. Trop heureux d'avoir une femme riche de cinq cent mille francs sans compter les espérances, Roguin avait supplié sa femme de ne pas intenter une action en divorce, en la laissant libre et se soumettant à toutes les conséquences d'un pareil pacte. Madame Roguin, devenue souveraine maitresse, se conduisit avec son mari comme une courtisai un vieil amant. Roguin trouva bientôt sa femme trop chère, et, comme beaucoup de maris parisiens, il eut un second ménage en ville. D'abord contenue dans de sages bornes, cette dépensé fut médiocre.

Primitivement. Roguin rencontra, sans grands frais, des grisettes très heureuses de sa protection ; mais, depuis trois ans, il était rongé par une de ces indomptables passions qui envahissent les hommes entre cinquante et soixante ans. el que justifiait l'une des plus magnifiques créatui ss de ce temps, connue dans les fastes de la prostitution sous le sobriquet de la belle Hollandaise, car elle allait retomber dans ce gouffre où sa mort l'illustra. Elle avait été jadis amenée de Bruges à Paris par un des cliens de Roguin . qui . forcé de partir par suite des événemens politiques, lui en ht présent en 1816. Le notaire avait acheté pour sa belle une petite maison aux Champs-Elysées, l'avait richement meublée et s'était laissé entraîner à satisfaire les coûteux caprices de cuttr femme, dont les profusions absorbèrent sa fortune.

L'air sombre empreint sur la physionomie de Roguin, et qui se dissipa quand il vit son client, tenait a des événemens mystérieux où se trouvaient les seen Is de la fortune si rapidement faite par du Tillet. Le plan formé par du Tillet changea dès le premier dimanche où il put observer chez son patron la situation respective de monsieur et madame Roguin. Il 1 ail venu moins pour séduire madame César que pour s<faire offrir la main de Césarine en dédommagement d'une passion rentrée, et il eut d'autant moins de peine .1 renonce! à ce mariage qu'il avait cru César riche et le trouvait pauvre. Il espionna le notaire, s'insinua dans sa confiance, se lit présenter chez la belle Hollandaise,] étudia dans quels terme* elle était avec Roguin, et apprit qu'elle menaçait de remercier son amant s'il lui rognait son luxe. La belle Hollandais* était de ces femmes folles qui ne s'inquiètent jamais d'où vient l'argent ni commeut il s'acquiert, et qui donneraient une fête avec les écusd'ua parricide. Elle ne pensait jamais le lendemain à la veille. Pour elle, l'avenir était son après-diner, el la Tin du moi* l'éternité», même quand elle avait des

CESAR BIROTTEAU

mémoires fi payer. Charmé de rencontrer un premier levier, du Tille! commença par obtenir de la belle Hollandaise qu'elle aimât Roguin pour trente mille franes par an au lieu de cinquante mille, service que les vieillards passionnés oublient rarement.

Après un soup r très aviné, Roguin s'ouvrit a du Tillet sur sa crise financière. Ses immeubles étant absorbés par l'hypothèque légale de sa femme, il avait été conduit par sa passion à prendre dans les fonds de ses.cliens une déjà supérieure à la moitié de sa charge. Quand le resl dévoré, l'infortuné Roguin se brûlerait la cervelle , car il croyait diminuer l'horreur de la faillite en imposant : publique. Du Tillet aperçut une fortune rapide et sure qui brilla comme un éclair dans la nuit de l'ivresse, il rassura Roguin et le paya de s > i onfianee*en lui faisant tirer ses pistolets en l'air. — En se hasardant ainsi, lui dit-il, un h< Dîme de TOtre portée ne doit p..s se conduire comme un soi i ! marchera tâtons, mais opérer hardiment. Il lui conseilla de prendre des a présent une forte somme, de la lui confier pour être jouée avec audace dans une partie quelconque, à la Bourse, ou dans quelque spéculation choisie entre les mille qui s'entreprenaient alors. En caswle pain, ils fonderaient à eux deux une maison de banque oè l'on tirerait parti des dépôts, et donl les bénéfices lui serviraient à contenter sa passion. Si la chance tournait contre eux. Roguin irait vivre à l'étranger au lieii de se luer, parce que son du Tillet lui serait fidèle jusqu'au dernier sou. C'était une corde à portée demain pour un homme qui se noyait, et Roguin ne s'aperçut pas que le commis parfumeur la lui passait autour du cou.

Maine du - uin. du Tillet s'en servit pour éta-

blir à la fois s n pi :!••• ir sur la femme, sur la ma!:: sur le mari 'Prévenue d'un désastre qu'il!!' était loin de soupçonner, madame Roguin accepta les soins de du Tillet, qui sortit alors Je chez le parfumeur, sûr de son avenir. Il n'eut pas de peine à convaincre la maîtresse de risquer une somme, afin de ne jamais être obligée de recourir à la prostitution s'il lui arrivait quelque mal lie r. La femme régla ses affaires, amassa promplemenl un petit capital, et le remit à un homme en qui son mari s 'liait, car le i la d'abord cent mille francs à son complice, Placé près de madame i de manière a transformer les intérêts de cette belle IV: affection, du Tillet sut lui inspirer la plus violente passion. Ses trois commanditaires lui constil naturellement une pari -, mais, mécontent de cette part, il eut l'audace, en les faisan*- jouer à la Bourse, de s'entendre avec un adversaire qui lui rendait le montant des pertes supposées, car il joua pour ses cliens et pour lui-même. Aussitôt qu'il eut cinquante mille fraïics, il fut sur de faire une grande fortune; il porta le coup d'oeil d'aigle qui le caractérise dans les phases où se trouvait alors la France : il joua la baisse pendant la campagne de France, et la hausse au retour des Bourbons. Deux mois après la rentrée de Louis \\ lit, madame Roguin possédait deux 'eut mille francs, 't Su Tillet cent mille écus. Le notaire, aux yeux de qui ce jeune homme était un ange, avait rétabli l'équilibre dans ses affaires. La belle Hollandaise dissipait tout, elle liait la proie d'un infâme cancer, nommé Maxime de Trailles, ancien page de l'empereur. Du Trllet découvrit le véritable nom de celle fille en faisant un acte avec elb\ Eile se nommait Sarah Gobseck. Frappé delà coïncidence de ce nom avec celui d'un usurier dont il avait entendu parler, il alla chez ce vieil escompteur, la providence des enfans de fau ille, afin de reconnaître jusqu'où, pourrait aller sur lui le crédit de sa parente., l.e Brutus des usuriers lut implacable pour sa petite nièce, mais du Tillet sut lui plaire en se posant comme le banquier de Sarah, et comme ayant des fonds à faire mouvoir. La nature normande ,et la nature usurière se convinrent l'une à l'autre. Gobseck se trouvait avoir besoin d'un homme jeune et habile pour surveiller une petite opération a l'étranger.

Fn Auditeur au C.onseil-d'Etat, surpris par le retour des Bourbons, avait eu l'idée, pour se bien mettre en cour, d'aller en Allemagne racheter les titres des dettes contractées par les princes pendant leur émigration. 11 offrait les bénéfices de

cette affaire, pour lui purement politique, à ceux qui lui donneraient les fonds nécessaires. L'usurier ne voulait lâcher les sommes qu'au fur et à mesure de l'achat des créances, et les faire examiner par un lin représentant. Les usuriers ne se tient à personne-, ils veulent des garanties; auprès d'eux, l'occasion est toul : de glace quand ils n'ont pas besoin d'un homme, ils sont patelin i et disposésà la bienfaisance quand leur utilité s'y trouve. Du Tillet connaissait le rôle immense sourdement joué sur la place i! i Paris par les Werbrust et Gigonnet, escompfeurs il:; commerce des rues Paint-Denis et Saint-Martin, par Palma, banquier du faubourg Poissonnière. presque toujours intéressés avec Gobseck. 11 offrit donc une caution pécuniair en se faisan) accorder un intérêt et en sieurs employasses dan > leur comnieree d'aï . :' - \ qu'il h ur .; ; i sérail iPainsi

des appuis. Il accompagna monsii lin des

un voyage eni lanl les

Cent-Jours, e( revint'à la sea ide resl uralion, ayant plus augmenté les êlémensdc sa fortune que sa fortune elle-même. Il était entré dans les secrets des plus habiles calculateurs de Paris, il avait conquis l'amitié de l'homme dont il était le surveillant, car cet habile escamoteur lui ^vait mis à nu les ressorts et la jurisprudence de la hante politique Du Tillet était un de ces esprits qui entendent à demi-mot, il acheva de se former pendant ce voyage. Au retour, il retrouva madame Roguin fidèle. Quant au pauvre notaire, il attendait Ferdinand avec autant d'impatience qu'en témoignait sa femme, la belle Hollandaise l'avait denouveau ruine. Du Tillet questi .nnala belle Hollandaise, et ne retrouva pas une dépense équivalente aux sommes dissipées. Du Tillet découvrit alors le secret que Sarah Gobseck lui avait si soigneusement caché, sa folle passion pour s, dont les débuts

dans sa carrière de vices et de débauche annonçaient ce qu'il fut. un de as garnemens politiques nécessaires à tout bon gouvernement, et que le jeu rendait insatiable. En faisant cette découverte, du Tillet comprit l'insensibilité de Gobseck pour sa petite-nièce. Dans ces conjonctures, le banquier du Tillet, car il devint banquier, conseilla fortement à Roguin de garder une poire pour la soif, en embarquant ses cliens les plus riches dans une affaire où il pourrait se réserver de mines, s'il était contraint à faillir en recommençant le jeu de la Banque. Après des hauts et des bas, profitables seulement à du Tillet d à madame Roguin, le notaire entendit-enfin sonner l'heure di sa diconfitî . S h agonie: fut alors exploitée par son meilleur ami. Du Tillet inventa la spéculation relative aux terrains situés autour de la Madeleine. Naturellement les cent mille francs dépo es par Birotteau ehez Roguin, en atlendant un placement, furent remis à^du Tillet qui, voulant perdre le parfumeur, lit comprendre à Roguin qu'il courait moins de dangers à prendre dans ses filets ses amis intimes. — Un ami, lui dit-il, conserve des ménage- Biens jusque dans sa colère. Peu de personnes savent aujourd'hui combien peu \alait h cette époque une toise de terrain autour de la Madeleine, mais ces terrains allaient nécessairement être vendus au-dessus de leur valeur momentanée à cause de l'obligation où l'on serait d'aller trouver des propriétaires qui profiteraient de l'occasion ; or,du Tillet voulait être à portée de recueillir les bénéfices sans supporter les perles d'une spéculation à long terme. En d'antres termes, son plan consistait à tuer l'affaire pour s'adjuger un cadavre qu'il savait pouvoir raviver. En semblable occurence , les Gobseck, le* Palma, les Werbrust, les Gigonnet se prêtaient mutuellement la main; mais du Tillet n'était pas assez intime avec eux pour leur demander leur aide; d'ailleurs il \onlaitsi bien cacher son bras tout en conduisant l'affaire, qu'il put recueillir les profils du vol sans en avoir la honte ; il sentit donc la néees site d'avoir à lui l'un de ces mannequins vivans nommés dans la langue commerciale hommes de paille. Son joueur supposé de la Bourse lui parut propre à devenir son âme damnée, et II entreprit sur les droits divins en créant un homme. D'un an cien commis-voyageur, sans moyens ni capacité, excepté celle déparier indéfiniment sur toute espèce de sujet en ne disant rien, sans sou ni maille, mais- pouvant comprendre un rotte et le jouer sans compromettre la pièce ; plein de l'honneur le

DE BALZAC

plus rare, c'est-à-dire capable de garder un secret et de se laisser déshonorer au profit de son commettant, du Tillet lii un banquier qui montail et dirigeait les plus grandes entreprises, le chef de la maison Claparon. La' destinée de Charles Claparon était d'ê,tre un jour livré aux juifs et aux pharisiens, si les affaires lancées par du Tillet exigeaient une faillite, et Claparon le savait. Mais, pour un pauvre diable qui se promenait mélancoliquement sur les boulevards avec un avenir de quarante sous dans sa poche quand son camarade du Tillet le rencontra, les petites parts qui devaient lui être abandonnées dans chaque affaire furent un Eldorado. Ainsi son amitié, sou dévouement pour du Tillet corroborés d'une reconnaissance irréfléchie, excités par les besoins d'une vie libertine et décousue; lui faisaient dire amen à tout. Puis, après avoir vendu son honneur, il le vit risquer avec tant de prudence, qu'il finit par s'attacher à son ancien camarade, comme un chien à son maître. Claparon était un caniche fort laid, mais toujours prêta faire le saut de Curtius. Dans la combinaison actuelle, il devait représenter une moitié des acquéreurs des terrains comme César Birotteau représenterait l'autre. Les valeurs que Claparon recevrait de Birotteau seraient escomptées par un des usuriers de qui du Tillet pouvait emprunter le nom, pour précipiter Birotteau dans les abîmes d'une faillite, quand Roguin lui enlèverait ses fonds. Les syndics de la faillite agiraient au gré des inspirations de du Tillet qui, possesseur des écus donnés par le par-fumeur, et son créancier sous différens noms, ferait liciter les terrains et les achèterait pour la moitié de leur valeur en payant avec les fonds de Roguin et le dividende de la faillite. Le notaire trempait dans ce plan en croyant avoir une bonne part des précieuses dépouilles du parfumeur et de ses co-intéressés ; mais l'homme â la discrétion duquel il se livrait devait se faire et se fit la part du lion. Rogujn, ne pouvant poursuivre du Tillet devant aucun tribunal, fut heureux de l'os à ronger qui lui fut jeté, de mois en mois, au fond de. la Suisse où il trouva des beautés au rabais. Les circonstances, et non une méditation d'auteur tragique inventant une intrigue, avaient engendré cet horrible plan. La haine sans désir de vengeance est un grain tombé sur du granit; mais la vengeance vouée à César, par du Tillet. était un des mouvemens les plus naturels, ou il faut nier la querelle des anges maudits et des anges de lumière. Du Tillet ne pouvait sans de grands inconvéniens iiner le seul homme dans Paris qui le savait coupable d'un vol domestique, mais il pouvait le jeter dans la bouc et l'annihiler au point de rendre son témoignage impossible. Pendant long-temps sa vengeance avait germé dans son cœur sans lleurir, caries gens les plus haineux font à Paris trèspeu de plans ; la vie y est trop rapide, trop remuée, il y a trop d'accidens imprévus ; mais aussi ces perpétuelles oscillations, si elles ne permettent pas la préméditation, servent-elles trèsbien une pensée tapie au fond du politique assez fort pour guetter leurs chances fluviatiles. Quand Roguin avait fait sa confidence a du Tillet, le commis y entrevit vaguement la possibilité de détruire César, et il ne s'était pas trompé. Sur le potnf de quitter son idole, le notaire buvait le reste de son philtre dans la coupe cassée , il allait tous les jours aux Champs-Elysées et revenait chez lui de grand matin. Ainsi la défiante madame César avait raison. Dès qu'un homme se résout à jouer le rôle que du Tillet avait donné à Roguin, il acquiert les talens du plus grand comédien, il a la vue d'un lynx et la pénétration d'un voyant, il sait magnétiser sa dupe; au^ssi le notaire avait-il aperçu Birotteau long-temps avant que Birotteau ne le vît, et quand le parfumeur le regarda, il lai tendait déjà la main de loin.

— Je viens d'aller recevoir le testament d'un grand personnage qui n'a pas huit jours à vivre, dit-il de l'air le plus naturel du monde; mais l'on m'a traité comme un médecin de village, on m'a envoyé chercher en voiture, et je reviens à pied.

Ces paroles dissipèrent un léger nuage de défiance qui avait obscurci le front du parfumeur, et que Roguin entrevit; aussi le notaire se garda-t-il bien de parler de l'affaire des terrains le premier, car il voulait porter le dernier coup à sa victime.

— Après les testamens, les contrats de mariage, dit Birotteau, voilà la vie. Et à propos de cela, quand épousonsnous la Madeleine? lié! hé! papa Roguin ! ajouta-t-ii en lui tapant sur le ventre.

Entre hommes la prétention des plus chastes boHrgeoi- est de paraître égrillards.

— Mais si ce n'est pas aujourd'hui, répondit le notaire d'un air diplomatique, ce ne sera jamais. Nous craignons que l'affaire ne s'ébruite, je suis déjà vivement pressé par deux de mes plus riches cliens qui veulent se mettre dans cette spéculation. Aussi est-ce à prendre ou à laisser. Passe midi, je dresserai les actes et vous n'aurez la faculté d'y êlreque-jUSqu'à une heure. Adieu. Je vais précisément lire les mil que Xandrot a dû me dégrossir pendant cette nuit.

— Eh ! bien, c'est fait, vous avez ma parole, dit Bir-

en courant après le notaire et lui frappant dans la main. Prenez les cent mille francs qui devaient servir a la dot d< fille.

— Bien, dit. Roguin en. s' éloignant.

Pendant l'instant que Birotteau mit à revenir auprès du petit Popinot, il éprouva dans ses entrailles une chaleu lente, son diaphragme se contacta, ses oreilles tintèrent.

— Qu'avez-vou tir? fui demanda le commis en voyant à son maître le visage

— Ah! mon garçon, je viens de conclure par un seul mot une grande affaire-, personne n'est maître de ses

pareil cas. D'ailleurs tu n'y es pas étranger,, Aussi, t'ai-je amené ici pour y causer plus à l'aise, personne ne. nous écoutera. Ta tante est : quoi donc a-t-elle perdu son argent ? dis-le moi.

— Monsieur, mon oncle et ma tante avaient leurs fonds chez monsieur de Nucingen, ils ont été forcés de prendre en remboursement des actions dans les mines de Worstchin, ([ni ne donnent pas encore de dividende, et il est difficile à leur âge de vivre d'espérance.

— Mais avec, quoi vivent-ils ?

— Ils m'ont l'ait le plaisir d'accepter mes appointemens.

— Bien. bien. VnselmeJ dit le parfumeur en laissant voie une larme qui roula dans ses yi ux, tu es digne de l'ai ment que je te porte. Aussi vas-tu recevoir une haute i pense de ton application à mes affaires.

En disant ces paroles, le négoi ianl grandissait autani propres yeux qu'à ceux de Popinot ; il y mit cette bourgeoise et naïve emphase, expression de sa supériorité posti

— Quoi ! vous ailliez deviné ma passion pour?. . — Pour qui? dit le parfumeur.

— Pour mademoiselle Césarine.

— Ah! garçon, tu es bien hardi, s'écria Birotteau. Mai* garde bien ton secret, je te promets de l'oublier, et tu sortiras de chez moi demain. Je ne t'en veux pas; à ta place, diable ! diable ! j'en aurais fait tout autant. Elle est si' belle !

— Ah, monsieur! dit le commis qui sentait sa chemise mouillée tant il se tressuait.

— Mon garçon, cette affaire n'est pas l'affaire d'un jour : Césarine est sa maîtresse, et sa mère a ses idées. Ainsi rentre en toi-même, essuie les yeux, tiens ton cœur eu bride, et n'en parlons jamais. Je ne rougirais pas de l'avoir poui dre: neveu de monsieur Popinot, juge au Tribunal de Première Instance; neveu des Ragon. tu as le droit de faire tou chemin tout comme un autre ; mais il y a des mais, d< des*/'.' Quel diable de chien me lâches-tu là dans unversation d'affaire ! Tiens, assieds-toi sur cette chaise . l'amoureux fasse place au commis. Popinot, es-tu homme d< cœur? dit-il en regardant son commis. Te sens-tu le courage de lutter avec plus fort que toi, de te battre corps à corps?...

— Oui, monsieur.

* — De soutenir un combat long, dangereux?...

— lie quoi s'agit-il ?

— De couler l'huile de Macassarl dit Birotteau, se dies saut en pied comme un héros de l'iutarque. Ne nous abusons pas, l'ennemi est fort, bien campé, redoutable. L'huile de Macassara été rondement menée. La conception est habile. Les

' fioles carrées oui l'originalité de la forme. Pour mon projet.

CÉSAR BIROTTEAU

:'ai pensé à faire les nôtres triangulaires ; mais je préférerais, après de mûres réflexions, de petites bouteilles de verre mince clissées en roseau; elles auraient un air mystérieux, et le consommateur aime tout ce qui l'intrigue.

— C'est coûteux, dit Popinot. Il faudrait tout établir au meilleur marché possible, afin de faire de fortes remises aux détaillans.

— Bien, mon garçon . voilà les vrais principes. S

bien, l'huile de Macassar se défendra! elle est spécieuse, elle a un nom séduisant. On la présente comme une importation étrangère, et nous aurons le malheur d'être de notre pays. Voyons, Popinot, te sens-tu de force à tuer Macassar? D'abord tu remporteras dans les expéditions d'outre-mer : il parait que Macassar es; réellement aux Indes-, il est plus naturel alors d'envoyer le produit français aux Indiens que de leur renvoyer ce qu'ils sont censés nous fournir. A toi les paeotilleursl Mais il faut lutter à l'étranger, lutter dans 1 partemens ! Or, l'huile de Macassar a été bien affichée, il ne faut pas sedéguiser sa puissance, elle est poussée, la connaît'.

— Je la coulerai ! s'écria Popinot l'œil en feu.

— Avec quoi? lui dit Birotteau. Yoilà bien l'ardeur des jeunes gens. Ecoute-moi donc jusqu'au bout.

Anselme se mil comme un soldat au port d'armes devant un maréchal de France.

— J'ai inven une huile pour exciter la pousse des cheveux, raviver le cuir chevelu, maintenir la couleur des chevelures mâles el femelles. Cette essence n'aura pas moins de succès que ma pâte et mon eau; mais je ne veux pas exploiter ce secret par moi-même, je pense a me i

du corn :i, mon enfant, qui lanceras mou huile

. it latin qui signifie cheveux, comme l'a dit monsieur Alibert, médecin du roi. Ce mol se trouve dans la ti i rénice, où Racine a mis nu Comagène, amant de cette belle reine »i ci

lequel amant, par flatterie jt donné ce nom

à soi) royaume! Coi Is génies ont de l'esprit! ils

Le petit Popinot renthès I nment dite pour lui qui avait de

l'insti .; *

— Anseliu. . . \eux sur toi pour fonder ui

son de roguerie, rue Lombards, dit

Birotteau. Je serai ton associé secret, je te baillerai : mi» ; s fonds. \y. es l',liuile. Comagène, nous essaierons de l'essem menthe. Enfin, nous .

en la révolutionnant, en vendant ses produits concentrés au lieu de les vendre en nature. Ani jeune ho... rotent?

Anselme ne pouvait répondre, tant il était oppressé, mais ax pleins de l- idaient pour lui. Cet

lui semblait dictée par une indulgente paternité qui lui disait : Mérite Césarine in devenant riche et considéré.

— Monsieur, répondit-il enfin en prenant l'émotion de IVirotteau pour de l'étonnement, moi aussi je réussirai!

' — Voilà comme j'étais ! s'é< ria le parfumeur, je n'ai pas dit un autre mot. Si tu n'; 's pas nia tille, tu auras toujours une fortune. Eli! bien, garçon, qu'est-ce qui te prend?

— Laissez-moi espérer qu'en acquérant l'une j'obli l'autre.

— Je ne puis t'empêcher d'espérer, mon ami, dit Birotteau ton. io par le ton d' \nselme.

— Eh! bien, monsieur, puis-je dès aujourd'hui prendre mes mesures pour trouver une boutique alin de commencer au plus lût?

— Oui, mon enfant. Demain nous irons nous enfermer tous deux à la fabrique. Avant d'aller dans le quartier de la rue des Lombards, lu passeras chez Livingston, pour savoir si 1.1.1 hydraulique pourra fonctionner demain. Ce soir, nous irons, à l'heure du dîner, chez Illustre et bon monsieur Yauquelin pour le consulter. Ce sa-.ant s'est occupé loul ment de la composition des cheveux, il a recherché que'le était leur substance colorante, d'où elle provenait, quelle était lacontextur. .. Tout est lu, Popinot. Ta sauras

LE SIÈCLE. — MUSÉE LlTTtRAIUL. — I.

monsecret,et il ne s'agira plus que del'exploiteravee, intelligence. Avant d'aller ckez Livingston, passe chezPieri Bénard. Mon enfant, le désintéressement de monsieur Yauquelin est une des grandes douleurs de ma vie : il est impossible de lui rien faire accepter. Heureusement, j'ai su par Chlffreville qu'il voulait une Vierge de Dresde, gravée par un certain Muller, et, après deux ans de correspondance en Allemagne, Bénard a fini par la trouver sur papier de Chine, avant la lettre : eHe coûte quinze cents francs, mon garçon. Aujourd'hui, notre bienfaiteur la verra dans son antichambre eu nous reconduisant, car elle doit être encadrée, tu t'en assureras. Nous nous rappellerons ainsi à son souvenir, ma femme et moi, car quant à la ri voilà seize ans que nous prions Dieu, tous les jours, pour lui. Moi je ne l'oublierai jamais; mais, Popinot, enfoncés dans la science, les savans oublient tout, femmes, amis, obligés. Nous autres, notre peu d'intelligence nous permet au moins d'avoir le cœur chaud, ('.a console de ne pas être un grand homme. Ces messieurs de l'Institut, c'est tout cerveau, tu verras; vous ne h s rencontrez jamais i\àu^ une église. Monsieur Yauquelin est toujours dans son cabinet ou dans son laboratoire, j .. Croire qu'il pense à Dieu en analysant ses ouvrages. Yoilà qui est entendu : je te ferai les fonds, je te laist erai la pos session de men secret, nous serons de. moitié, saas qu'il soit besoin d'acte. Vienne le succès! nous arrangerons nos 11 Cours, mon garçon , moi je vais à mes affaires. Ecoute dune, Popinot, je donnerai dans vi igl j turs un grand bal, fais-toi faire un habit , viens-y comme un commerçant déjà calé...

Ce- dernier trait de bonté émiit tellement Popin saisit la grosse main d sat la baisa. Le bonhom flatte l'amoureux par , eus épris sont

s de tout.

— Pauvre garçon, dit Birotteau en le voyant courir àtra-

-. Tuileries, si Césarine l'aimait ! mais il est boiteux, il a les cheveux de la couleur d'un bassit:, el les sont' si sipe,ul-ics .'. necro r; ei l i-as Cizàns ... sa mère veut la voir la femme d'un notaire. Alexandre Ciottai la fera riche : la richesse rend tout supportable, tandis qu'il n'y a pas de bonheur qui ne su v uhbe à la misère. Enfin, j'ai résolu de laisser ma fille ie jusqu'à con-

curren :e d'une folie.

Le voisin de md de para-

pluies, d'ombrelles et de cannes, nommé Cayren, Lam eieii, qui faisait de mauvaises affaires, el queBirottew avait obligé déjà plusieurs fois. Caj on oe dei andaitpas que de se restreindre à sa boutique au riehe par-

fumeur les deux pièces du premier tant son bail.

— Eli ! bien, voisin, lui dil familièremenl Bin

trant chez le marchand de parapluies , ma femme consent à l'augmentation de notre local ! Si vous voulez , nous irons chez monsieur Molineux à onze heures.

— Moucher monsieur Birotteau , reprit le marci, parapluies , je ne vous ai jamais ri di andé pour cette cession, mais vous -.avez qu'un bon commerçant doit faire argent de tout.

— Diable! diable ! répondit le parfumeur, je n'ai pas des mille et des cents. J'ignore si mon architecte, que j'attends, trouvera la chose praticable. Avant de conclure, m'a-t-il dit, sachons si vos planchers sont de niveau. Puis il faut que monsieur Molineux consente à laisser percer le mur, et le mur est-il mitoyen ? Enfin j'ai à faire retourner chez moi l'escalier, pour changer le palier, afin d'établir le plain-pied. Voilà bien des frais, je neveux pas me ruiner.

— Oh! monsieur, dit le Méridional, quand vous serez rui-

soleil sera venu coucher ayee la terre, et il auront fait des petits !

Birotteau se caressa le menton en se soulevant sur la pointe

des pieds el retombant sur ses talons.

— D'ailleurs, reprit Cayron, je ue vous demande pas autt< chose que de méprendre ces valeurs-là...

Et il lui présenta on petit bordereau de cinq mille fran«> composé de seize billets.

(Extrait do la Comidie humaine-) 5

DE BALZAC

— Ali ! dit le parfumeur en feuilletant les effets, de petites broches, deux mois, trois mois...

— Prenez-les moi à six pour cent seulement, dit le marchand d'un air humble.

— Est-ce que je lais l'usure '.' dit le parfumeur d'un air de reproche.

— MotrDieu, monsieur, je suis allé chez votre ancien commis du Tillet ; il n'en voulait a aucun prix, sans doute pour savoir ce que je consentirais à pi ri

— Je ne connais pas ces signatures là, dit le parfumeur.

— Mais nous a' s de si drôles de noms dans les cannes

et les parapluies, c'est des colporteurs !

— Eli ! bien, je ne dis pas quejep enne tout, mais je m'arrangerai toujours des plus courts.

— Pour mille francs qui se trouvent 1 quatre mois, ne me laissez pas courir après les sangi ue qui ni us tirent le plus clair de nos bénéfices, fai 1 i-moi tout, monsieur. J'ai si peu recours a l'escompte, je n'ai nul crédit ;voilà ce qui nous tue nous autres petits détaillans.

— Allons , j'accepte \os bro 1 élestin fera le compte. K onze heures, soyez prêt. Voici mon architecte, monsieur Grindot, ajouta le parfumeur en voyant venir le jeun? homme avee lequel il avait pris la veille ' ; 2 rous chez monsieur de La B411ardière. Contre la coutume des gens de talent, vous êtes ex.iet. monsieur lui dit César en déployant ses grâces commerciales les plus distinguée < itude, suivant un mot du Roi, homme d'esprit autanl que grand pi litique, est la politesse des rois, elle est aussi la forl tne di • tiégocians. Le temps, le temps est de l'or, surtout pour vous artistes. L'architecture 1 tlaréunion ' ts arts, je me suis laissé direcela. Ne passons point par la boutique , ajoula-t-il en montrant la fausse porte coi hère de sa maison.

Quatre ans. auparavant, monsieur Grindot avait remporté le grand >■ ix d'an liiti c'ture, il revenait de Rome après un séjour de trois ans aux frai in Italie le jeune ar-

tiste'songeait à l'art, à Paris il mgeait à la fortune. Le gouvernement peut seul d nnerlesmilli resàun

architecte pour édifier sa .gloire ; en I de Rome, il est

si naturel de se croire Fom rcier que tout archi-

tecte anihilt-ux 11 'il au nu ut-' . imiire

libéral, devenu royaliste, lâch Ion de se faire protéger par les gens iulluens. Quand un grand ; iduit ainsi.

ses camarades l'appellent un intrigant. Le jeune architecte avait deux partis â prendri - larfumèur ou le mettre

: contribution. Mais Birotteau l'adjoint, Birotteau le futur possesseur par moitié des terrains de la Madi leine, autour de laquelle toi ou tard il se bâtirait un beau quartier, était un homme à ménager. Grindot immola donc le gain présent aux bénéfices à venir, il écouta patiemment les plans, les redites, les idées d'un de ees bourgeois, cible constante des traits, des plaisanteries de l'artisti , éternel objet de ses mépris, et suivit le parfumeur en hochant la tête pour saluer ses idées. Quand le parfumeur eut bien tout expliqué, le jeune architecte essaya de lui résumer à lui-même son plan.

— Vous avez à vous trois croisées de face sur la rue, plus la croisée perdue sur l'escalier et prise par le palier. Vous ajoutez à ees quatre croisées les deux qui sont de niveau dans la maison voisine, en retournant l'escalier pour aller de plain-pied dans tout l'appartement, du côté de la rue.

— Vous m'avez parfaitement compris, dit le parfumeur étonné.

— Pour réaliser votre plan, il faut éclairer par en haut le nouvel escalier, et ménager une loge de portier sous le socle.

— Un soele...

— Oui, c'est la partie sur laquelle reposera...

— Je comprends, monsieur.

— Quant a votre appartement , laissez-moi carte blanche pour le distribuer et le décorer. .1 * eux le rendre digne...

— Digne ! Nous avez dit le mot, monsieur.

— Quel temps nie donnez-vous pour opérer ce changement de décor ?

— Vingt jours.

— Quelle somme voulez-vous jeter à la tète des ouvriers? dit Grindot.

— Mais à quelle somme pourront monter ces réparations ?

— Lu architecte chiffre une construction neuve à un centime près, répondit le jeune homme; mais comme je ne sais pas ce que c'est que d'enfiler un bourgeois... tpardon ! monsieur, le mot m'est échappé) ; je dois vous prévenir qu'il est impossible déchiffrer des réparations el âges. A peine en huit jours arriverai approximatif. Accordez-moi votre confiance : vous aurerun charmant escalier éclairé parle liant, orné d'un joli vestibule sur la rue, et sous le socle...

— Toujours ce socle...

— Ne vous en inquiétez pas, je trouverai la place d'une petite loge de portier. \ os appartenons iés, restaures avec amour. Oui, monsieur, je v< is l'art .-1 non la fortune ! Avant tout, ne dois-je pas faire parler de moi pour arriver? Selon moi, le meilleur moyen est de ne pas tripoter avec les fournisseurs, de réaliser de beaux effets à bon marché. '

— Avee de pareilles idées, jeune homme, dit liirotteau d'un ton protecteur, vous réussirez.

— Ainsi, reprit Grindot, traitez directement avec vos maçons, peintres . serruriers, charpentiers, menuisiers. Moi je me charge de régler leurs mémoires. Accordez-moi seulement deux mille francs d'honoraires, ce sera île l'argent bien placé. Laissez-moi maître des lieux demain à midi et indiquez-moi vos ouvriers.

— Y quoi peut se monter la dépense à vue de nez ? dit Birotteau.

— Dix a douze mille francs, dit Grindot. Mais je ne compte pas le mobilier, car vous le renouvelez sans doute. Vous me donnerez l'adresse de votre tapissier, je dois m'en tendre avec lui pour assortir les couleurs, afin d'arriver ;: un ensemble de bon goût.

— Monsieur Braschon, rue Saint-Antoine, a mes ordres, dit le parfumeur en prenant un aïrducal.

L'architecte écrivit l'adresse sur un de qui viennent toujours d'une jolie femme.

— Allons, dit Birotteau, j .Seulement, attendez que j'aie arrangé la bail des deux chambres voisines et obtenu la permission d'ouvrir le mur.

— Prévenez-moi par un billet ce soir, dit l'architecte. Je dois passer la nuit à faire mes plans, el nous préférons encore travailler pour les bourgeois à travailler pour le roi de Prusse, c'est-à-dire pour nous. Je vais toujours prendre les mesures, les hauteurs, la dimension des tableaux, la portée des fenêtres...

— Nous arriverons au jour dit, reprit Birotteau, sans quoi, rien .

— Il le faudra bien, dit l'architecte. Les ouvriers p ront les nuits, on emploiera des procédés pour séV I peintures; mais ne vous laissez pas enfoncer par les entrepreneurs, demandez-leur toujours le prix d'avance, et constatez vos conventions !

— Paris est le seul endroit du monde on l'on puisse frapper de pareils coups de baguette, dit Birotteau en se laissant aller à un geste asiatique digne des Mille et vne Nuits. Vous me ferez l'honneur de venir à mon bal. monsieur. Les hommes à talent n'ont pas tous le dédain dont on accable le commerce, et vous y verrez sans doute un savant du premier ordre, monsieur Y auquelin de l'Institut ! puis monsieur de La Billardière, monsieur le comte de Fontaine, monsieur Lebas, juge, et lé président du Tribunal de commerce: des magistrats : monsieur le comte de Granvillede la Cour royale et monsieur Popinot du Tribunal de première instance; monsieur Camusot du Tribunal Be Commerce, el monsieur Cardot son beau-père... enfin peut-être monsieur le duc de l.enoneourt, premier gentilhomme de la chambre du roi. Je réunis quelques amis autant... pour célébrer la délivrance t\v. territoire... que pour fêter ma... promotion dans l'ordre de la l.cgiond'Honneur...

Grindot lit un geste singulier.

— Peut-être... me suisje rendu digne de cette... insigne... et... royale... faveur en siégeant au tribunal consulaire et en combattant pour les Bourbons sur les mantes de Saint-

CESAR BIROTTEAU

Roch au 13 vendémiaire, où je fus blessé par Napoléon. Ces titres...

Constance, vêtue en matin, sortit de la chambre à coucher de Césarine où elle s'était liabillée: son premier coup d'œil arrêta net la verve de son mari, qui ch reliait à formuler une phrase normale pour apprendre avec modestie ses grandeurs au prochain.

— Tiens, mimi, voici monsieur de Grindot, jeune homme distingué d'autre part, et possesseur d'un grand talent. Monsieur est l'architecte que nous a recommandé monsieur de La Billardière, pour diriger nos petits travaux ici.

Le parfumeur se cacha de sa femme pour faire un signe à l'architecte en mettant un doigt sur ses lèvres au mot petit, et l'artiste comprit.

— Constance, mons ur va prendre les mesures, les hauteurs ; laisse-le faire, ma bonne, dit Birotteau qui s'esquiva dans la rue.

— Cela sera-t-il bien cher? dit Constance à l'architecte.

— Non, madame, six mille francs, à vue de nez...

— A vue de nez! s'écria madame Birotteau. Monsieur, je vous en prie, ne comme ncez riAi sans un devis et des marchés signés. Je conn; is les façons de messieurs les entrepreneurs : six mille veut dire vingt mille. Nous ne sommes pas en position de faire des folies. Je vous en prie, monsieur, quoique mon mari soi: bien le maître chez lui, laissez-lui le temps de réfléchir.

— Madame, monsieur l'adjoint m'a dit de lui livrer les lieux dans ving ; i si nous tardons, vous seriez exposés à entamer la dépi nse sans obtenir le résultat.

— Il y a déj ens s dit la belle parfumeuse.

— Eh! mad fous qu'il soit bien glorieux pour nu architecte qui veut élever des monumens de déi appartement? Ji ne à ce détail une pour obliger monsieur de La Billardière,»! si je vouseffraie...

il tit un mouvement de retraite.

— Bien, bien dit Constance en rentrant dans sa chambre, où elle s ; jeta la tête sur l'épaule de Césarinè. Ah ! ma fille! ton père se ruine! Il a" pris un architecte qui a des moustach i, et qui parle de construire des

•monumens! Il va jeter la maison par les tenêtres pour nous bâtir un Louvi 'i -i jamais en retard pour une folie;

il m'a parlédeson • lit, il l'exécute ce matin.

— Bah! maman, faire à papa, le bon Dieu l'a toujours protégé, dil Ce: arine en embrassant sa mère et se meilaut au piano pour montrer à l'architecte que la fille d'un parfumeur n'était pas étrangère aux beaux-arts.

Quand l'architecti entra dans la chambre à coucher, il fut surpris de la beauté de Césarinè, et resta presque interdit. Sortie de sa chambrette en déshabillé du matin. Césarinè, fraîche et l'use comme une jeune fille est rose et fraiche à dix-huit ans, blonde et mince, les yeux bleus, offrait au regard de l'artiste celte élasticité, si rare à Taris, qui fait rebondir les chairs les plus délicates, et nuance d'une couleur adorée parles peintres le bleu des veines dont le réseau palpite dans l.s clairs du teint. Quoique vivant dans la lymphatique atmosphère d'une boutique parisienne où l'air se renouvelle difficilement, où le soleil pénètre peu, ses mœurs lui donnaient les bénéfices de la vie en plein air d'une Transtévérine de Rome. D'abondans cheveux, plantés comme ceux de son père el i manière à laisser voir un cou bien

attaché, mis. . m les soignées, comme les soignent

toutes les demoiselles de magasin à qui le désir d'être remarquées a inspiré les minuties les plus anglaises en fait de toilette. La beauté de cette belle fille n'était ni la beauté d'une lady, ni celle des di rançaises, mais la ronde el

rousse beauté des Flamandes de Rubens.Césarine avait le nez retroussé de sua pi ri . mais rendu spirituel par la fini sse du modelé, semblable à celui des nez essentiellement IV si bien réussis chez Largillière. Sa peau, comme une pleine et furie, annonçai! la vitalité d'une vierge. Elle avait le beau front de sa lairci par la séréniti

fille sans sou . bleus, noyés dans un riche fluide,

exprimait ii! la grâce tendre d'une blonde heureuse. Si le h nheur ôtait à sa têtccc^c poésie que les peintri

solument donner à leurs compositions en les faisant un peu trop pensives, la vague mélancolie physique dont sont atteintes les jeunes tilles qui n'ont jamais quitté l'aile maternelle lui imprimait alors une sorte d'idéal. Malgré la finesse de ses formes, elle était fortement constituée : ses pieds accusaienl l'origine paysanne de son père, car elle péehail par un défaut de rare et ; ut-être aussi par la rougeur de ses maiTls, signature d'une vie purement bourgeoise. Elle devait arriver tôt ou tard à. l'embonpoint. Envoyant venir quelques jeunes femmes élégantes, elle avait fini par attraper le sentiment de la toilette, quelques airs de tête, une manière de parier, dise mouvoir, qui jouaient la femme comme il faut et tournaient lacervell i à tous les jeunes gens, aux commis, auxquels elle parai: ait très-distinguée. Popinot s'était juré de ne jamais avoii d'autre femme que Césarinè. Cette blonde fluide qu'un regard semblait traverser, prête à fondre i n pleurs pour un mot de reproche, pouvait seule lui rendre le sentiment de la supériorité masculine. Cette charmante tille inspirait l'amour sans laisse" le temps d'examiner si eili avait assez d'esprit pour le rendre durable: mais à quoi bon ce qu'on nomme à Paris Vesprit, dans une classe où l'élément principal du bonheur i si le bon sens et la vertu? Au moral, Césarinè était sa mère un peu perfectionnée par les superfluités de l'éducation : elle aimait la musique, dessin crayon noir la Vierge à la Chaise, lisait les œu1 den sdames Cottin et Riceoboni, Bernardin de Sain! Pierre,Fénelon, Racine. Elle ne paraissait jamais auprès de sa mère dans le comptoir que quelques momens avant de se mettre à tabh . ou pour la remplacer en de rares occasions. S mère, comme tous ces parvenus empresses de cultiver l'ingratitude de leurs enfans en les mettant au-dessus d'eux, si plaisaient à déifier Césarinè, qui, heureusement, avait les vertus de la bourgeoisie et n'abusait pas de leur faiblesse.

Madame Birotteau suivait l'architecte d'un air inqu solliciteur, en regardant avec terreur et montrant à les mouveméns bizarres du mètre, la canne des architi tes el des entrepreneurs, avec laquelle Grindot prenait ses mesi EHe trouvait à ces coups de baguette un air c fort mauvais augure, elle aurait voulu les mur

ces moins grandes, et n'osait questionner le jeune homme sur les effets de cette sorcellerie.

—Soyez tranquille, madame, je n'emporterai rien, dit l'artiste en souriant.

Césarinè ne put s'empêcher de rire. r

— Monsieur, dil Constance d'une voix suppliante en r.r reniacquant même pas le quiproquo de l'architecte l'économie, et, plus tard , nous pourrons vous récompenser...

Avant d'aller chez monsieur Molineux, le propriétaii maison voisine. César voulut prendre chezRoguin l'acte sous signature privée qu'Alexandre Crottat avait du lui préparer pour cette cession de bail. En sortant, Birotteau vil du Tiilet à la fenêtre du cabinet de l'.oguin. Quoique la liaison di son ancien commis avec la femme du notaire rendîl assez naturelle la rencontre de du Tille! à l'heure où se faisaient les traites relatifs aux terrains, Birotteau s'en inquiéta, m son extrême confiance L'air animé de du Tillet annonçai) une discussion.

— Serait-il dans l'affaire? se demanda-t-il par suite de sa prudence commerciale. Le soupçon passa comme un éelaîr dans son unie. Il se retourna, vit madame Roguilt, et la présence du banquier ne lui parut plus aloi s si suspecte. — Cependant, si Constance avait raison? se dit-il. Sn;

couler des idées de femme? J'en parlerai d'ailleurs a mon oncle.ee matin. De la cour Bartave, où demeure ce monsieur Molineux, à la rue des Bourdonnais il n'y a qu'un saut.

Un déliant observateur, un commerçant qui dans sa carrière aurait rencontré quelques fripons, tût été sauvé; mais lesantécédens de Birotteau, l'incapacité de son esprit peu propre à remonter la chaîne des inductions par lesquelles un homme supérieur arrive aux causes, tout le perdit. Il trouva le marchand de parapluies .en grande tenue, el s', n allait avec lui diez le propriétaire, quand Virginie, sa cuisinière, le saisit par le bras.

DE BAL'/AC

— Monsieur, madame ne veut pas que vous alliez plus loin...

— Allons, s'écrîa Birotteau, encore des idées de femme!

— .....Sans i i tasse de café qui vous attend.

— Ali ! c'est vrai. Mon voisin, dit Birotteau à Cayron, j'ai tant de choses en tête que je n'écoute pas mon estomac. Faites-moi le plaisir d'aller en avant, nous nous retrouverons a la porte de monsieur Molineux, à moins que vous ne montiez pour lui expliquer l'affaire, nous perdrons ainsi moins de temps.

Monsieur Molineux étafl un petit rentier grotesque, qui n'existe qu'à Paris, comme un certain lichen ne croît qu'en Eslande. Cette comparaison est d'autant plus juste que cet homme appartenait à une nature mixte, à un Règne Animovégétal qu'un nouveau Mercier pourrait composer des cryptogames qui poussent , fleurissent ou meurent, sur, dans eu ■ plâlreux de différentes maisons étranges et i nés ou ces êtres viennent de préférence. Au premier aspect, cette plante humaine, ombellifère, vu la casquette

■ tubuléequi la couronnait,;! tige entourée d'un pantalon verdâtre, à raci i& bul u es enveloppées de chaussons en lisière, offrait une physionomie blanchâtre et plate qui certes ne trahissait rien de vénéneux. Dans ce produit bizarre, vous eussiez reconnu l'actionnaire par excellence, croyant à toutes les nouvelles que la Presse périodique baptise de son encre, et qui a tout dit en disant : Lisez le journal ! Le bourgeois essentiellement ami de l'ordre, et toujours en révolte morale avec le pouvoir auquel néanmoins il obéit toujours, créature faible en masse et féroce en détail, insensible

un huissier quand il s'agit de son droit, et donnant

du mouron frais aiv; oiseaux ou des arêtes de poisson à son

iuittance de loyer pour seriner un

canari I me un geôlier, mais apportant son argent

affaire, et tâchant alors de se rattraper

■ s crasse avarice mee h cette fleur hybride

par l'usage ; pour être éprouvée , sa nauséabonde amertume voulait la coction d'un commerce q nque où ses intérêts se trouvaient mêlés a ceux des hommes. %Comme tous les Parisiens, Molineux éprouvai; un besoin de domination, il souhaitait celle pari de souveraineté e par chacun et même par unportier, sur plus ou moins de victimes , femme, enfant, locataire, commis, cl ou singe, auxquels on rend

par ricochet les moi reçues dans la sphère supé-

rieure où l'on aspire. Ce petit vieillard ennuyeux n'avait ni . ni enfant, ni neveu, ni nièce-, il rudoyait trop sa femme de mén faire un souffre-douleur , car elle

. omplissant rigoureusement son service. Se tyrannie étaient donc trompés ; pourles ire, il avait patiemment étudié les lois sur le contrat le lou t: ; el sur le r mi ; il avait approfondi lajurisrudence qui i i i Paris dans les infiniment petits <■ is, servitudes, impôts, charges, e'-Dieu, tuyaux de descente, lillies sur la voie publique , et voisinage d'éta- ,i k et son activité, -tout son^ esprit passait à maintenir son étal de propriétaire au grand ,1 en avait t'ait un amusement, et son imail en monomanie. J,l aimait à protéger les e les envahis emens de l'illégalité; niais les ai >nl rares, sa passion avait donc fini par ires i n locataire devenait son ennemi, son;::; n feudataire ; il croyait avoir droit à sesn comn ■■ un homme grossier celni qui pa: :i dire auprès de lui dans les escaliers. Il es quittances, et les envoyait à midi lejour de l'échéance. Le contribuable ei i v a i t un comie, les irais, toute lacavah ie judiciair allait aussitôt, a-.ee la rapidité de ce que Hteur des hautes œuvres appelle la mécanique. Molineux n'accordait ni ternie, ni délai, sou cœur avait un calus a lo — Je vous prêterai de l'argei t si vous en avez besoin, disail-il à un nomme solvable . mais payez-moi mon loye

retard entraîne "une perte d'intérêts dont la loi ne nous indemnise pas.

I s fantaisies capriolantes des loi s qui n'offraient rien

ant les institutions de leurs devanciers, ni plus ni moins que des dynasties, il s'était octroyé une charte, mais il l'observait religieusement. Ainsi, le bonhomme ne réparait rien.. aucune cheminée ne fumai'., • étaient pro-

ses plafonds blancs, ses corniches irréprochables, les parquets inflexibles sur leurs lambourdes, les peintures satisfaisantes: la serrurerie n'avait jamais que'trois ans, aucune vitre ne manquait, les fêlures n'existaient pas, il ne voyait de urei au carrelage que quand on quittait les iieux, il se faisait assister p voir d'un serrurier,

d'un peintre-vitrier, gens, disait-il, fort accom preneur était d'ailleurs libre d'améliorer ; mais si l'impru- !< il restaurait son appartement, le peti | nsait

nuit et jour à la manière de le déloger peur réoccuper l'appartement fraîchement décoré : il le guettait, l'attendait etenlaniaii :s mauvais proi

de la législation parisienne sur les baux, il les connaissait. Processif, écrivailleur, i! minutait des lettres douces et polies à ses locataires ; mais au fond de son style comme sous su mine fade et prévenante se cachait l'âme deShylock. Il lui fallait toujours six mois d'avance, imputables sur le dernier terme du bail, et Ie-cortége des épineuses conditions qu'il avait inventées. Il vérifiai; si les lieux étai

fisans pour répondre du loyer. Avait-il un nouveau locataire, il le soumettait à la police il ne

voulait pas certains états, le plus au l'effrayait.

Puis, quand il fallait passer bai!, i! gardait l'acte el '. épelàil pendant huit jours en craignant ce qu'il n<

ire. Sortide ses idées de ■ Jean-Baptiste

x paraissait bon, serviable ; il j :i sans

oui mu ma) a propos; il riait qui fait rire les bourgeois, parlait de ce; actes arbitraires des bouli ei qui avaient la

reà l'ae.'. poids, de la connivence de la police , des hèle la Gauche. Il lisail du curé Meslier et aiiait ù la messe, faute de pouvoir choisir entre le déisme el le christianisme ; mais i( point

le pain bénit et plaidait alor i ustraireaux ;

tions envahissantes du clergé. L'infal nnaire

écrivait à cet égard des lettres aux journaux que les journaux

lient pas et laissaient sans réponse. Enfin i! ressent-' blait à un estimable bourgeois qui met solennellement au feu ël, lire les rois, invente des poissons d'avril, fait tous les boulevards quand le temps est beau, va voir patiner, el se rend à deux heures sur la terrasse de la place Louis \\ les jours de feu d'artili e, avec du pain dan che, pour tire aux\

La Gour Batave, où demeurai: ce i '. est le pro-

duit d'une de ers spéculatii ie -'expli-

quer oès qu'elles sont exécu .-.usira-

le, à arcades et galeries inté taille,

ornée d'une fontaine au fond, une fontaine altérée qui ouvre sa gueule tle lion moins pour donner de l'eau que pour en dates passans, : ur doter le quartier Saint-Denis d'une son Cerne*

t, malsain, en! lignes par de hautes

pendant le jour, il obscurs qui vous el joignent le quartier îles halles au quarti tin parla fameuse rue Quincampoix. sentiers !

ressés gagnent Acf rhumati la nuit aucun

lieu dt Paris n'est plus désert, vous diriez les catacombes du commerce, u y e là piusieurs e: « ■ deBataves 1 1 bcauc iup d'i pi

temens de ce palais marchand i.' ni ' edela

cour commune où donnent te tes n sorte que

les loyers sont d'un prix minime I rait dans un des angles, au sixiè ;

ie • l'air n itall pur qu'à soixante-dix p i du sol.

Là, ce bon propriétaire jouissait de l'aspect enchanteur des

CESAR BIROTTEAU

moulins de Montmartre en se promenant dans les chenaux ■où il cultivait des fleurs, nonobstant les ordonnances de police relatives aux jardins suspendus de la moderne Babylene. Son appartement était composé de <;ualre pièces, non compris ses précieuses anglaises situées à l'étage supérieur : il en avait la clef, elles lui appartenaient, il les avait établies, il était en règle a cet égard. En entrant, une indécente nudité révélait aussitôt l'avarice de cet homme : dans l'antichambre, six chaises de paille, un poêle en faïence, et sur les murs tendus de papier verHwuteille , quatre gravures achetées à des rentes ; dans la salle à manger, deux bull'ets, deux cages pleines d'oiseaux, une table couverte d'une teile < irée, un baromètre, une porte-fenêtre donnant sur ses jardins suspendus et des chaises d'acajou foncées de crin ; le salon avait de petits rideaux en vieille étoffe de soie verte, un meuble en velours d'Uttecht vert à bois peint en blanc. Quant à la chambre de ce vieu-: célibataire, elle offrait des meubles du temps de Louis XV, défigurés par un trop long usage, et sur lesquels une femme vêtue de blanc aurait eu peur de se salir. Sa cheminée était ornée d'une pendule à deux colonnes entre lesquelles tenait un cadran qui servait de piédestal à une Pallas >a lance: un mythe. Le carreau était -encombré de plats pleins de restes destinés aux chats, et sur lesquels on craignait de mettre le pied. Au-dessus d'une commode en bois du rose un portrait au pastel (Molineux dans sa jeunesse). Puis des livres, des tables où se voyaient d'ignobles cartons verts; sur une console, feu ses serins empaillés; enfin un lit d'une froideur qui en eût remontré à une carmélite.

r Birotteau fut enchanté de l'exquisse politesse de

Molineux, qu'il trouva en robe de chambre de molleton gris,

illant son lait posé sur un petit réchaud en tôle dans

le coin de sa cheminée et son eau de marc qui bouillait dans

dans un petit pot de terre brune et qu'il versait a peti

ère. Pour ne pas déranger son propriétaire, le marchand de . lui s avait été ouvrir la porte à \ avait en vénération les maires et les adjoints i! i la ville de Paris, qu'il appelai! ses officit

■■r. A l'aspect du magistral , il se leva, resta debout, la tetti a la main, tant que le grand Birotteau ne fut pas *

— Non, monsieur, oui, monsie n ■ ah ! monsieur, si j'avais su avoir l'honneur <'. ■ au sein

liâtes un nn ;:: is municipal de Paris, croye

que je me serais fait un devoir de me rendre chez vous, ue votre propriétaire ou — surle point— de le — devenir. Birotteau lit un geste pour le prier de mettre sa casquette. Je n'en ferai rien, je ne me couvrirai pas que vous ne : converl si vi us êtes enrhumé; ma chambre est un peu froide, la modicité de mes le permet pas...

ihaits, monsieur l'a Birotteau avait éternué en cherchant ses actes. 11 les présenta, non sans dire, pour éviter tout retard, que monsieur Roguin, notaire, les avait rédigésàses frais.

— Je te pas les lumières de monsieur Roguin, vieux nom bien connu dans le notariat parisien ; mais j'ai mes petites habitudes, je fais mes affaires moi-même, manie

.ensable, et mon notaire esta.

— Mais notre affaire est si simple, dit le parfumeur habitué

li io i commereans.

— Si simple! s'écria Molineux. Bien n'est simple en matière de location. Ah! vous n'êtes pas propriétaire, monsieur, el vous n'en êtes que plus heureux. Si vous saviez jusqu'où les locataires poussent l'ingratitude, et à combien

;:s nous sommes obligés. Tenez, monsieur, j'ai un locataire...

ttolineux raconta pendant un quart d'heure comment mon- Gendrin, dessinateur, avait trompé la surveillance de ftier, rue Saint-Honoré. Monsieur Gendrin avait fait ■ ins obscènes que la I lierait, attendu la connivence de la police! Ce Gendrin. artiste profondément Immoral, rentrait avec des femmes de mauvaise vie et rendait l'escalier impraticable! plaisanterie bien digue d'un homme qui dessinait des caricatures contre le gouvernement. Et pourquoi ce» méfaits?... parce

qu'on lui demandait son loyer le quinze! Gendrin et Molineux allaient plaider, car, tout en ne payant pas, l'artiste prétendait rester dans son appartement vide. Molineux recevait des lettres anonymes où Gendrin sans doute le menaçait d'un assassinat, le soir, dans les détours qui mènent à la Cour Batave.

— Au point, monsieur, dit-il en continuant, que monsieur le préfet de poljee, à qui j'ai confié mon embarras... (j'ai profité de la circonstance pour lui toucher quelques mots sur les modifications à introduire dans les lois qui régissent la matière) m'a autorise à porter des pistolets pour ma sûreté personnelle.

Le petit vieillard se leva pour aller chercher ses pistolets.

— Les voilà, monsieur! s'écria-t-il.

— Mais, monsieur, vous n'avez rien à craindre de semblable de ma part, dit Birotteau regardant Cayron auquel il sourit en lui jetant un regard où se peignait un sentiment de pitié pour un pareil homme.

Ce regard, Molineux le surprit, il fut blessé de rencontrer une semblable expression chez un officier municipal, qui devait protéger ses administrés. A tout autre, il l'aurait pardonnée, mais il ne la pardonna pas à Birotteau.

— Monsieur, reprit-il d'un air sec, un juge consulaire des plus estimés, un adjoint, un honorable commerçant ne descendrait pas à ces petitesses, car ce sont des petitesses ! Mais, dans l'espèce, il y a un percement à faire consentir par votre propriétaire, monsieur le comte de Grandville, des conventions a stipuler pour le rétablissement du mur à lin de bail ; enfin, les loyers sont considérablement bas, ils se relève] nt, la place Vendôme gagnera, elle gagne! la rue de Castiglione va se bâtir! Je me lie... je me lie...

— Finissons, dit Birotteau stupéfait, que voulez-vous? je connais affaires pour deviner que vos raisons se tairont devant la raison supérieure, l'argent! Eh ! bipn, que vous faut-il ?

— Rien que de juste, monsieur l'adjoint. Combien avezvous de temps à faire de votre bail?

— Sept ans, répondil Birotteau.

— Dans sept ans, que ne vaudra pas mon premier étage ? reprit Molineux. Que ne louerait-on pas deux chi mbres garnies dans : e quartier-là? plus de deux cents francs par mois, peut-être! Je me lie, je me lie par un bail. Nous porte donc le loyer à i , francs. A ce prix, je consens à faire distraction de ces deux chambres du I03 > insieur Cayron que voilà, dit-il en jetant un regard louche au marchand, je vous les donne à bail pour sept années consécutives. Le percement sera à votre charge, sous la condition de me rapporter l'approbation et désistement de tous droits de monsieur le comtede Grandville. Vous aurez Irresponsabilité des évênemens de ce petit percement, vous ne serez point tenu de rétablir le mur pour ce qui me concerne, et vous me donnerez comme indemnité cinq cents francs dès à présent: on ne sait ni qui vit ni qui meurt, je ne veux courir après personn ire Ufmur.

— Ces 11 litions me semblent à peu près justes, dit Birotteau.

— Puis, dit Molineux, vous me compfc rez sepl c nt cin-

francs, hicetnunc, imputables sur les six derniers moisdt la jouissance, le bail en portera quittance. Oh! j'ae-

de petits effets, causés vali pour ne pas

perdre ma garantie, à telle date qu'il vous plaira. Je suis rond et court en affaires, rions stipulerons que vous fermerez la porte sur mon escalier où vous n'aurez aucun droit d'entrée... à vos frai:;... en maçon nerie. Rassurez- vous, je ne demanderai pas d'indemnité pour le rétablissement à la fiadu bail ; je la regarde comme comprise dans les cinq cents

Monsieur, vous me trouverez toujours juste

— Nous autre- comm :rçans ne sommes pas si pointilleux, ditle parfume;!.', il n'y aurait point d'affaire possible avec

formalités

— Ohldans , bien différent, et surtout dans la parfumerie où tout va comme un gant, dit le petit vieillard avec uo sourire aigre. Mais, monsieur, en roatièit

DE BALZAC

de location, à Paris, rien n'est indifférent. Tenez, j'ai eu un locataire, rue Montorgueil...

— Monsieur, dil Birotteau, je serais désespéré de retarder votre déjeuner: voila les ai tes rectifiez-les, tout ce que vous me demandi i < si tendu ; signons demain, échangeons aujourd'hui nos paroles, car demain notre architecte doit être maître des lieux.

r-Monsieur, reprit Molineux en regardant le marchand de parapluies, il y a le terme échu, monsieur Cayron ne veut pas le payer, nous le joindrons aux petits effets pour que le bail aille de janvier eh janvier. Ce sera plus régulier.

^ — Soit, dit Birotti lu.

— Le sou pour livre au portier...

— Mais, dit Birotteau, vous me privez de l'escalier, de l'entrée, il n'est pas juste. .

— Oh' vous êtes locataire, dit d'une voix péremptoire le petit Molineux à cheval sur le principe, vous devez les impositions des pories et fenêtres et votre part dans les charges. Quand tout est bien entendu, monsieur, il n'y a aucune difficulté. Vous vous agrandissez beaucoup, monsieur; les affaires vont bien?

— Oui, dit Birotteau. Mais le motif est antre. Je réunis quelques amis autant pour célébrer la délivrance du territoire que pour fêter nia promotion dans l'ordre de la Légiond'Honneur...

— Ah ! ah ! di; Molineux, une récompense bien méritée !

— Oui, dit Birotteau. Peut-être me suis-je rendu digne de cette insigne et royale faveur en siégeant au tribunal consulaire et en combattant pour les Bourbons sur les marches de Saint-Roch, au 15 vendémiaire, où je fus blessé par Napoléon; ces titres...

— Valent ceux de nos braves soldats de l'ancienne. armée. Le ruban est rouge, parce qu'il est trempé dans le sang répandu.

A ces mots, pris du Constitutionnel, Birotteau ne put s'empêcher d'inviter le petit Molineux, qui se confondit en remercîmens et se sentit prêt à lui pardonner son dédain. Le vieillard reconduisit son nouveau locataire jusqu'au palier en l'accablant de politesses. Quand Birotteau fut au milieu de la Cour Batave avec Cayron , il regarda son voisin d'un air goguenard.

— Je ne croyais pas qu'il pût exister des gens si infirmes! dit-il en retenant sur ses lèvres le mut bête.

— Ah ! monsieur, dit Cayron, tout le inonde n'a pas vos talens... '

Birotteau pouvait se croire un homme supérieur en présence de monsieur Molineux; la réponse du marchand de parapluies le lit sourire agréablement, et il le s-alna d'une façon royale.

— Je suis:': la Balle, se d.: Bi oll ci. faisons l'affaire des

Après une heure de recherches, Birotteau, renvoyé des daes île la Halle a la rue des 1. milliards, où se consommaient le- noisettes pour les dragées, apprit par ses amis lesMatil'at que le fruit sec n'était tenu eu gins que par une certaine madame Angélique Madou, demeurant rue Perrin-Gasselin, mai i ii où se trouvassent la véritable aveline de Proven ■ e.i la vraie noisette blanehe des ypes.

i :i rue Perrin-Gasselin est un des sentiers du labyrinthe carrément enfermé par le quai, la nie Saint-Denis, la rue de la Ferronnerie et la rue de la Monnaie, cl qui est comme les entrailles de la ville. Il y grouille un nombre infini de mares et mêlées, puantes etcoquettes, lehai et la mousseline, la soie e( les miels, les beurres et les m:', v surtout beaucoup de petits commerces dont ne te pas plus Paris que la plupart des hommes ne se doutent de ce qui se cuil dans leur pancréas, et qui avaient alors pour sangsue un i ertain Bidaull dil Gigonnet, escompteur, deme#ranl rue Grenétat. Ici, d'anciennes écuries sont habitées par des tonnes d'huile, les remises contiennent des myriades de bas de coton. Là se tient lé gros il. denrées xendurs en détail aux halles. Madame Madou , ancienne revendeuse de marée, jetée il y a dix ans dans le fruit s epar une liaison avec l'ancien propriétaire de son fonds, et qui avait long-

temps alimenté les commérages de la Halle, était une beauté virile et provoquante, alors disparue dan- un excessif embonpoint. Elle habitait le rez-de-chaussée d'une maison jaune eu i uines, mais mainti nue a chaque étage par des croix en fer. Le défunt avait réussi à se d< luire de ses corn urn us 1 1 vertir son commerce en monopole; malgré q défauts d'éducation, snn héritière pouvait donc le continuel de routine, allant et venant dans se., magasins qui occupaient des remises, des écuries èl d'anciens ateliers où elle combattait les insectes avec succès. Sans comptoir, ni caisse, ni livres, car elle ne savait ni lire, ni écrire, elle répondait par des coups de poing à une lettre, en la regardant comme un< insulte. Au demeurant bonne femme, haute en couleur, ayant sur la tête un foulard par-dessus son bonnel . se conciliant pai son verbe d'ophicléide 'estime des charretiers qui lui apportaient ses marchandises et avec lesquels ses 1 1 tilles finissaient par une petit blanc. Elle ne pouvait avoir aucune difficulté avec les cultivateurs qui lui expédiaient ses fruits, ils correspondaient avec de l'argent comptant, seule manière des'entendn entre eux el la mère Madou les allait voir pendant la belle saison. Birotteau aperçut cette sauvage marchande au milieu de sacs de noisettes, démarrons et de noix.

— Bonjour, ma chère dame, dil Birotteau d'un air :

— Ta chère, dit-elle. Hé! mon fils, tu me connais donc pour avoir eu des rapports agréabh s? Est-ce que nous avons gardé des rois ensemble?

— Je suis parfumeur et de plus adjoint au maire du deuxième arrondissement de Paris -, ainsi, comme magistrat eteon sommateur, j'ai droit à ce que vous ['.reniez un antre ton avei moi.

— Je me marie quand je veux, dit la virago, je ne consomme rien à la mairie el ne fatigue pas les adjoints. Quant a ma pratiq te, ■ ■ parle à mon idée. S'ils ne sont pas conl sns, ils vont se faire enfiler i

— \ oilà les effet: eau.

— Popole ! c'est mon filleul : il aura fait des sottises; venez-vous pour lui. mon respectable magistrat ? dit-elle en adoucissant sa voix.

— Non, j'ai eu l'honneur de vous dire que je venais en qualité de consommateur.

— Eh bien ! comment te nommes-tu, mon gars? Je t'ai pas core vu venir.

— Avec ce ton-là, vous devez vendre vos noisettes a bon marché? dit Birotteau qui se nomma et donna ses qualités.

— Ah! vous êtes le fameux Birotteau qu'a une belle femme ! Et combien en voulez-vous de ces sucrée-, ne nois mon cher amour?

— Six mille pesant.

— C'est tout ce que j'en ai, dit la marchande en parlant comme une flûte enrouée. Mon cher monsieur , vous

pas dans les fainéans pour marier les tilles et les parfumer! Que Dieu vous bénisse, vous avez de l'occupation. Excuse! du peu ! Vous allez être une fière pratique, el vous sen z inscrit dans le cœur de la femme que j'aime le mieux au monde...

— Qui donc ?

— Hé ! bien, la chère madame Madou.

— Combien vos noisettes?

— Pour vous, mon bourgeois, vingt-cinq francs le cent, si

i nez le tout.

— Vingt-cinq francs, dit Birotteau, quinze cents Iran s ! Et il m'en faudra peut-être des cent milliers par an.

— Mais voyez donc la belle marchandise, cueillie sans souliers ! dit-elle en plongeant sou bras range dan- tin sac d'avelines. El pas creuse! mon cher monsieur. Pensez donc que les épiciers vendent leurs ineiulians vingt-quatre sous la livre, et que sur quatre livres ils mettent plu- d'une livre de noisettes eu dedans. Faut-il que je perde sut ma marchandise pour vous plaire? Vous êtes gentil, mais vous ne me plaisez pas core assez pour ça ! S'il vous en faut tant, on pourra faire marché a vingt francs, car faut pas renvoyer un adjoint, ca

ùl malheur aux mariés! TAtczdonc la belle marchandise, et lourde' il ne faut pas les cinqu ' c'esl plein, le ver n'y est pas '

CESAR BIROTTEAU

— Allons, envoyez-moi six milliers pour deux mille francs et à quatre-vingt dix jours, rue du Faubourg-du-Temple, à ma fabrique, demain de grand matin.

— On sera pressé comme une mariée. Eh ! bien, adieu, mousieur le maire, sans ram une. Mais si ça vous était égal, ditelle en suivanl Birotteau dans la cour, j'aime mieux vos effets a quarante jours, car je vous fais trop bon marché, je ne peux pas coré perdre l'escompte! Avec ça qu'il a lecoeur tendre, le père Gigonnet, il nous suce l'âme comme une ai sirote une mouche.

— Eh! bien, oui, à cinquante jours. Mais nous pèserons par cent livres, -afin de ne pas avoir de creuses. Sai rien de fait.

— Ah! le chien, il s'y connaît, dil madame Madou. On ne peut pas lui refaire le poil. C'est ces gueux delà rue des Lombards -qui lui ont dil ça! ces gros loups-là s'entendent tous pour dévorer les pauvres ig'neavx.

L'agneau avait cinq pied; de haul el trois pieds de tour; elle ressemblait à une borne habillée en cotonnade à raies, et sans ceinture.

Le parfumeur, perdu dans ses combinaisons, méditait en allant le long de la i ne Saint-Honoré sur son duel avec l'huile de Macassar, il raisonnait ses étiquettes^ la l'orme (V ses bouteille: i th ilail la i in dubouebon, la couleur des

affiches. Et l'on dit qu'il <■'■■ a pas de poésie dans le commerce! Newton ne fil pa Iculs pour son célèbre bineme que Birotteau n'i ut ['Essence Comagt l'Huile redevint Essi I d'une expression à l'autre sans en connaître la vab nr. Toutes les combinaisons saient dans sa tète, el il prenait cette activité dans le vide pour la substan t. Dans sa préoccupa tion, il dépassa la rue des Bourdonnais et fut obligé derevenîr sur si s pas e n oncle.

Glaude-Joseph l'ill irault, autrefois marchand quincaillier à renseigne de la Cloche-d'Or, était une de ces physionomies belles en ce qu'elles sont : costume et mœurs, intelligence et cœur, langage et peu 'harmoniait en lui. Seul et

unique parent de m; : Leau, Pillerault avait concen-

tré toutes ses affections sue elle et sur Césarine, api i

perdu, dans le cours de sa carrière commerciale, sa femme et son fils, puis un enfant adoplif, li lils de sa cuisinière. Ces pertes cruelles avaient jet< ne dans un stoi

chrétien, belle doctrii sa vie et colorait ses der

niers jours d'une teinte à la 'ois chaude el froide comme celle qui dore les cou hers du . il en hiver. Sa tète maigre et creusée, d'un ton sévère, où l'ocre el le bistre étaient harmonieusement fondus, ►fliait une frappante analogie avi que les peintres donnent au Temps, m, sis en le vulgarisant •. car les habitudes de la vie coi u terciale avaient amoindri chez lui le caractère monumental el rébarbatif exagéré par les peintres, les statuaires el 'es fondi nrs de pendules. Détaille moyenne, Pillerault était plutôt trapu qW gras, la nature l'avait taillé pour le travail et la longévité, sa carrure accusait une forte charpente, car il était d'un tempérament sec, sans émotion d'épiderme ; niais non pas insensible. Pillerault, peu démonstratif, ainsi que l'indiquaient son attitude calme ci sa figure arrêtée, avait une sensibilité tout intérieure, sans phrase ni emphase. Sou œil, a prunelle verte mélangée' de points noies, était remarquable par une inaltérable lucidité Son front, ridé par des lignes droites et jauni par lt- temps était petit, serré, dur, rouvrit par des cheveux d'un gris argenté, tenus courts et comme feutrés. Sa bouche line annonçait la prudence et nou l'avarice. La vivacité de l'œil révélait une vie contenue. Enfin la probité, le sentiment du devoir, une modestie vraie lui faisaient comme une auréole en donnants sa figure le relief d'une belle santé. Pendant soixante ans, il avait mené la vie dure et sobre d'un travailleur acharné. Son histoire ressemblait à celle de César, moins les circonstances heureuses. Commis jusqu'à trente ans, ses fonds étaient engagés dans son commerce au moment où César employait ses économies en renies, enfim, il avait subi le maximum, ses pioches < I ses fers avaient été mis en réquisition. Son caractère m. el réservé, sa prévoyance et sa réflexion mathématique avaient agi sur sa manière de travailler. La

plupart de ses affaires étaient conclues sur parole, et-il avait rarement eu des difficultés. Observateur comme tous les gens méditatifs, il étudiait les gens en les laissant causer; il refusait alors souvent îles n. arches avantageux pris par ses voisins, qui plus tard s'en repentaient en se disant que Pillerault flairait les fripons. 11 préférait des gains minimes et sûrs à ces coups audacieux qui mettaient en question de grosses sommes. Il tenait les plaques de cheminée, les grils, les chenets grossiers, les chaudrons en fonte et en fer, les houes el les : n :. ires de paysan. Cette partie assez ingrat exigeait un travail mécanique Le gain n'était pas en raison du

labeur, il y avait peu de bc.e. . ttiéres lourdes, dif-

i remuer, à emmagasiner. Aussi avait-il cloué bien des caisses, fait bien des emballages, déballé, reçu hier des voitu-

cune forture n'était ni plus'noblen ni plus

légitime, ni plus honorable ■que la sienne, il n'avait jamais surfait, ni jamais couru après les affaires. Dan \ les derniers

on le voyait fumant sa pipe devant sa porte, regardant les passons et voyant travail >. En 481-i, époque

à laquelle il se retira, : a fortun i on iistail d'abord en soixan-

mille francs qu'il plaça sur le grand livre, el dont il eut cfnq mille et quelques cents franci en" quarante

mille francs payables en cinq ntérêt, le prix de son

fonds, vendu à l'un de ses commis. Pendant trente ans, en faisant ani p ni- cent mille fran ts d'affaires, il avait

ep! pour cent di i ette somme, 1 1 sa vie absorbait environ la moitié de ses gains. Tel fui son bilai es roi ins, peu de cette me..'. sans la com-

prendre. Au coin de la rue de la M la rueSaint-

i café David, où quêle, i a\ négâcians pfoi l'ad'option du fils'dela cui tin d quelques

plaisanteries, de celles qu'on adresse a un homme respecté, car le quincaillier inspirai; une estime re: ans l'a-

voir cherchée, la sic. : lui ussi, quand Pillerault.

perdit ce pauvre jeune homme, yeut-H plus de deux i ents personnesauconvoi,quiallèrentjusqu'aucin . cetemps,

il 'fut héroïque. Sa douleur contenue comme celle de tous les"

s forts sans faste, augmenta la sympathie du quartier •pour ce brave homme, mol | : r mit avec un

qui en étendait le sens et l'enn blissait. La sobriété de Claude Pillerault, devenue habitude ne p:u se plier aux plaisirs d'une vie oisive, quand, au sortir du commerce, il rentra dans ce repos qui affaisse tant le bourgeois parisien ; ii continua son genre d'i xisli ace el anima sa vieillesse par se i onvictions politiques qui, disons-le étaient celles dé l'extrême gauche. Pillerault appartenaità cette partie ouvrière agrégée parla révolution a la bourgeoisie. La seule tache de son caractère était l'importance qu'il attachait à sa conquête : il tenait à ses droits, à' la liberté, aux fruits de la révolution : il croyait son aisance et sa consistance politique compromises par les jésuites donl les libi eaux annonçaient le secret pouvoir, menacées par les idées \ve le Cons- \ilulionnel prêtait à Monsieur, n ëtail d'ailleurs conséquent avec sa vie. avec ses idées; il n'y avait rien d'étroit dans sa politique, il n'injuriait point ses adversaires, i! avait peur des' courtisans, il croyait aux vertus rèpub icaines : il imaginait Manuel pur de tout excès, le général Foj grand homme, Casimir Périer sans ambition, Lafayette un prophète politique, Courier bon homme. Il avait enfin de nobles chimères. Ce beau vieillard vivait delà vie de famille, il allait chei les Ragon et chez sa nièce, du / le juge Popinot, chez Joseph Lebas et chez les Matifat. Personnellement, quinze cents francs faisaient raison de tous ses besoins. Ouant au resie de ses revenus, il l'employait a de bonnes o'iivres, en prr.sens a sa petite-nièce : il donnait à dîner quatre l'ois par an à ses amis chez!' Roland, rue du Ha ,:v>\, el lesmeimtt au spectacle. Il jouait le rôle de ces vieux garçons sur qui les femmes mariées tirent des lettres di change à vue pour leurs fantaisies: une partie de campagne. l'Opéra, les Montagneslieaujou. Pillerault était ab i s beureui du plaisir qu'il donnait, il jouissait dans le cœur det autres'. Après avoir vendu son fonds, il n'avait pas voulu qflitl e quartier -a étaient ses habitudes, et il avait pris rue di Bourdonnais un petit

• as

DE BALZAC

appartement de trois pièces au quatrième dans une vieille maison.

De même que les mœurs de Molineux se peignaient dans son étrange mobilier, de même la vie pure et simple de Pillerault était révélée parles dispositions intérieures de son appartement composé d'une antichambre, d'un salon et d'une chambre. Aux dimensions pies, c'était la cellule du chartreux. L'antichambre . au carreau rouge et frotté, n'avait qu'une fenêtre ornée de rideaux en percale à bordures rouges, des chaises d'acajou garnies de basane rouge et de clous dorés; les murs étaienl tendus d'un papier vert-olive et décorés du! irmi I des Américains; du portrait de Bonaparte en premier consul, el delà Bataille d'Austerlitz. Le salon, sans doute arrangé par le tapissier, avait un meuble jaune à rosaces, un tapis, la garniture de cheminée en bronzé sans -. un devant de cheminée peint , une console avec un vase à il* urs sous verre, une table ronde à tapis sur laquelle était un porte-liqueurs. Le neuf de cette pièce annonçait assez un sacrifice fait aux usages du monde par le vieux quincaillier qui re a ent. Dans sa chambre, simple commecelled'un religieux ou d'un vieux soldat, les deux hommes qui apprécient le mieux la vie, un crucifix à bénitier frappait les r profession de foi chez un républicain stoïque émouvait profondément. lue vieille femme venait fai i l 'mais sou respect pour les femmes était ; qu'il ne lui laissai! pas cirer ses souliers, nettoyés par abonnement avec un décrotteur. Son costume était simple et invariable. Il portait habituellement une redingote et un pantalon de drap bleu , un gilet de rouennerie, une cravate blanche, etdessoulii • uverts ; les jours fériés, omettait un habit à boutons de métal. Ses habitudes pour son lever,! orties, son dîner, ses soirées et son retour au logis étaient marquées au coin de la plus stricte exactitude, car la régularité des mœurs fait la longue vie et la saute il nf question de politique entre César, les Ra >n,l'ahl s el lui, car les gens i1

en venirà des attaques sur le terrain i u . Comme son neveu et les Ragon, il avait une grande confian :e .1 Roguin. Pour lui, le notaire dePa-

trénérable, une image vivante de la des terrains, Pillerault s'était livré à un conl |ui motivait la hardiesse avec laquelle Cé-

sar avail combattu les pressentimens de sa femme.

Le parfumeur monfa les soixante-dix-huit marches qui menaient i ine de l'appartement de son oncle, en pensant q levait être bien vert pour toujours

. Il trouva la redingote et le pantalon 1 ri manteau placé à l'extérieur ; madame \aiih.i. .sait el frottait pendant que ce vrai philosophe enveloppé dans une redingote en molleton gris déjeunait au coin d lisant les débats parlementaires dans le nneloxk Journal du Commerce.

. le, dit César, l'affaire est conclue, on va dresser les actes. Si vi odant quelques craintes ou des regrets, il est encore temps de rompre.

— Pi iprais-je? l'affaire est bonne, mais longue à réaliser, comme toutes les affaires sûres. Mes cinquante mille francs sont à la Banque, j'ai touché hier les derniers cinq mil) • francs de ni s fonds. Quant aux Ragon ils y mettent ton;.: leur fortune.

— Eh! bien, comment vivent-ils?

— Enfin, sois tranquille, ils vivent.

— Mon oncle, je vous entends, dit liireiteau vivement ému et serrant les mains du vieillard austère.

— Comment se fera l'affaire? dit brusquement Pillerault.

— .l'y sciai pour trois huitièmes, vous et les Ragon pour un huitième; je vous créditerai sur mes livres jusqu'à ce qu'on ait décidé la question des actes notariés.

— Boni Mon garçon, tu es donc bien riche, pour jeter là trois cent mille francs? Il me semble que tu hasardes beaucoup en dehors de tan commerce, n'en souffrira-t-il pas? Enlin cela le regarde. Si tu éprouvais un échec, voilà les rentes à quatre-vingts, je pourrais vendre deux mille francs de mes consolides Prends-} garde, mon garçon : si tu avais recours

à moi, ce serait la fortune de ta fille à laquelle tu toucherais là.

— Mon oncle, comme vous dites simplement les plus belles choses! vous me remuez le cœur.

— Le général Foy me le remuait bien autrement tout-àl'hcure! Enfin, va, coin lus : les terrains ne s'envoleront pas, ils seront a nous pour moitié, quand- il faudrait attendre six ans, nous aurons toujours quelques intérêts, il y a des chantiers qui donnent des loyers, on ne peut donc rien perdre. Il n'y a qu'une chance, encore est-elle impossible. Roguin n'emportera pas nos fonds...

— "Ma femme me le disait pourtant cette raint.

— Roguin emporter nos fonds, dit Pillerault ci riant, el pourquoi?

— 11 a, dit-elle, trop de sentiment dans le nez , et , comme tous les hommes qui ne peuvent pas avoir de femmes, il est enragé pour..

A.prîG^vo;-.; I.;i oe -r un s.iuire < rn ri. o'I'ti Pille-

rault alla déchirer d'un livretun petit papier, écrivit la somme et signa.

— Tiens, voilà sur 1

pour Ragon et pour moi. Ces pauvres gens ont pourtant vendu à ton mauvae. a Tillet leur quinze actions ''ans les mines de \\ ortschin pou gens dans la pei

>i enfin ! Leur frère Popinot le juge n'en sait rien, ils se cachent de lui pour ne de se livrer à sa bienfaisan -^u ont

travaillé, comme moi,' pendant trente ansl

— Dit u

cria Birottcau, j'en serai doublement heureux. Adieu, mon oncle, vous vii clés Ragon, Roguin

etmonsieur ; emain,

. faire d'af...

— Tu donnes donc

— Mon oiiei ■ i :-. que le jour où le

Dieu fut mis à morl ux. On

interrompt Lien ton,.

— Ai : Pillerault.

— Su'1

cendant l'escalier, je ne sais pas s'il aurait son [ ; , mon oin ' -ce que lui fait la politique-: [1 serai! si

bien en n'y songeant] .qn'i

n'y a pas riait.

— Déjà • 1 chez lui.

— Monsieui

lestin en monta s <.\\\ marcha

— Oui, à six, sans . — la femme, a] rétetoul pour ma toilette, je vais chez monsieur Vauquelin, tu sais pourquoi. Une crava: ..tout.

Birottcau donna qui \ it pas

Popinot, devina que son futi 'babillait, et remonta

promptement dans sa 1 >ù il trouva a

Dresde maguifiquemi selon ses 01

— Eh! bien, c'esl gentil, dit-il fi sa fille.

— Mais, papa, dis 1 >t beau, sans que; moquerait de toi.

— Voyez-vous ci tic fuie qui gronde son père?... Eh! bien. ptmr mon goût j'aime autan andrcLa Vit

un sujet religieux qui peu! aller dans une chapelle.: mais Ileio et l.éandre. ah! je l'achèterai, car le ûacon d'huile m'a donné des idées.

— Mais, papa, je ne te comprends pas

— Virginie, un liacre! cria César d'une voix retentissante quand il eut fait sa barbe et que le timide Popinot parut en traînant le pied à cause de Césanne.

L'amoureux ne s'était pas encore aperçu que son infirmité n'existait plus pour sa maîtresse. Délicieuse prouve d'amour que les gens à qui le hasard inflige un vice corporel quelconque peuvent seuls recueillir.

— Monsieur, dit-il, la presse pourra manœuvrer demain.

— Eh! bien, qu'as-tu, Popinot ? demandaJCéear en voyant rougir Anselme.

— Monsieur, c'est le bonheur d'avoir trouvé une boutique.

CÉSAR BIROTTEAU

arrière-boutique, cuisine et des chambres au-dessus et des magasins pour douze eenls francs par an, rue des Cinq-Diamans.

— Il faut obtenir un bail de dix-huit ans, .dit Birotteau. Mais allons chez monsieur Yauquelin, nous causerons en route.

César etPopinol montèrent en fiacre aux yeux des commis étonnés de ces exorbitantes toilettes etd'une voiture anormale, ignorans qu'ils étaient des grandes choses méditées par le maître de la Reine des Roses.

— Nous allons donc savoir la vérité sur les noisettes, se dit le parfumeur.

— Des noisettes? dit Popinot.

— Tu as mon secret, Popinot, dit le parfumeur, j'ai lâché le mot noisette, tout est là. L'huile de noisette est la seule qui ait de l'aciion sur les cheveux, aucune maison de parfumerie n'y a pensé. En voyant la gravure d'Héro et de Léandre, je me suis dit : Si les anciens usaient tant d'huile pour leurs cheveux, ils avaient une raison quelconque, car les anciens sont les anciens ! malgré les prétentions des modernes, je suis de l'avis de Beileau sur les anciens. Je suis parti de là pour arrivera l'huile de noisette, grâce au petit Biànchon, l'élève en médecine, ton parent ; il m'a dit qu'à l'École ses camarades employaient l'huile de noisette pour activer la croissance de leurs moustaches et favoris. 11 ne nous manque plus que la sanction de l'illustre monsieur Yauquelin ; éclairés par lui, nous ne tromperons pas le public. Tout à l'heure j'étais à la Halle, chez une marchande de noisettes, pour acheter la matière première, dans un instant je serai chez l'un des plus grands savans de France pour en tirer la quintessence. Les proverbes ne sont pas sots, les extrêmes se touchent. Vois, mon garçon ! le commerce est l'intermédiaire des productions naturelles et de la science. Angélique Madou récolle, monsieur Yauquelin extrait, et nous vendons une essence. Les noisettes valent cinq sous la livre, monsieur Yauquelin va centupler leur valeur, et nous rendrons service peut-être à l'humanité, car si la vanité cause de grands tourmens à l'homme, un bon cosmétique est alors un bienfait.

La religieuse admiration avec laquelle Popinot écoutait le père de sa Çésarinc stimula l'éloquence de Birotteau, qui se permit les phrases les plus sauvages qu'un bourgeois puisse inventer.

— Sois respectueux, Anselme, dit-il en entrant dans la rue où demeurait Yauquelin, nous allons pénétrer dans le sanctuaire de la science. Mets la Vierge en évidence, sans affectation, dans la salle à manger, sur une chaise. Pourvu que je ne m'entortille pas dans ce queje veux direls'écria naïvement Birotteau. Popinot, cet homme me fait une impression chimique, sa voix me chauffe les entrailles et me cause même une légère colique"; il est mon bienfaiteur, et dans quelques instans, il sera le lien.

Ces paroles donnèrent froid à Popinot, qui posa ses pieds comme s'il eût marché sur des œufs, et regarda d'un air inquiet les murailles. Monsieur \ auquelin était dans son cabinet, on lui annonça Birotteau. L'a -avait le parfumeur adjoint au maire et très en faveur, il ie reçut.

— Yous ne m'oubliez donc pas dans vos grandeurs, dit le savant, mais de chimiste à parfumeur, il n'y a que la main.

— Hélas ! monsieur, de voue génie à la simplicité d'un bon homme comme moi, il y a l'immensité. Je vous dois ce que vous appelez mes grandeurs , et ne l'oublierai ni dans ce monde, ni dans l'auti

— Oh! dans l'autre, dit-on, nous serons tous égaux, les rois et les savetiers.

— Ost-à-dire les i . i s et les savetiers qui se seront saintement eond; ti au.

— Cest votre (ils? dit Vauquelin en regardant le petit Popinot hébété de ne rien voir d'exil tire dans le cabinet où il 1 1 : ail trouver des monstruosités, de gigantesques machines, des métaux volans, des substana s animées.

— Non. monsieur, mais un jeune homme que j'aime et qui vient implorer une bonté égal,' à votre talent ; n'est-elle pas infinie, dit-il d'un air fin. consulter une seconde fois, à seize ans de distance, sur une matière impor-

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