‹ Le siècleChapitre 69 sur 70 · I.VI · texte numérisé non relu

I.VI

(1 ; ■ ...■■'■' 1 de ciuq I lépir le tri |iiilter m

ml la viia i c étaii dépljc-Je nlrée au front > ■ tescroi-

- . i n i i i . UII ; e ; .;

■ l > bo ■ , l'inti rieur d • la salle. Par

■ i u plein sur qu slque place Ai rs les i exali es pi njiieiil un étra icne absence

n'av-it aoti ;■ - aires allei ! s ;r;\ sa-

vans et aux I es antres étaient debout, il

ni avec la familiarité qui :

n'eSl r.slé cl i i' l'cmbraseni u • ie!ui iiii n'est ]a^ une Oa.nnie

urcux de s'èlie ren ontré day a i,ir é| ro.ivc le même p ri sur nn : ' Lrtela léi vo onliers on croira:!

■ . •!. un i ni ■ la vie, de !ajo:e d'avoir le mêmç i .. is ii uici is del opinii n qu'on a adop , L'i . - ; i1 ; n'était pas dou'.eu.-e . M>el seiait

ii n n'é oi: ni . i

le de Toi rail e u • fùl pas dél< s- • ■ !: ::■:.■ d ' ; ;■ n lanl

■ ' l n l'a ai. pu, aliu

■ :':.î;;il .!; Il 11^' '• (]U

avait vujjehu i niions. Lecrime ttu'là peu

p-ès pn uvé pour i I . i i is

vengeance du 1' talions

selon les postions. 1 une , excepté les mères d'un â^c

déjà avancé, s'étaie-it pron?n.:ées pour Abel; eljes n'épargnaient pas l 'S r illi ries ■•■ madeti l'be; l'a'r flambait de ces é;iith:t js : originale, folle, audacieuse, iuip ■ ni ' ' re. — Elle no nient pas, c\st possible, pen aient ces dunes: mais à quoi bou un procès, un jugement, n lamnali m ? — De plus dévouées encore à la eau e (i'Al; I il siient bauteiurnt qu'e'lcs ne rougiraie.il pas de IVp user a l'expiration de si peine.

f ai à qui toutes les sympathies élaunt acquises, c'était Calveyrac. li ail.ii a l ih par s m noble visage de soldat et

int, par .-a tendresse auprès du son ami, de s^n ma-

r sa parole mesurée, netle, ardeute dans les limites de la vérité, femmes du monde, femmes du peuple l'a. ait;. t d vinisë dans leur estime; c'était à qui l'aurait toujours connu ; on se ' a\.i'( parlt ! !'n • ■ i u enl inèir.i ■ grand professi ur '!.~ . Dieu avait p se la main sur s.m épaule et s'entretenait avec lui comme avec un frère. Mais li i. Calveyrac, n'entendait ni ccè-i lo es ni ces h unmages . dont II D • se i rôyail pas ili-ne ;

prêtait-il quelque attention aux paroles de l'homme illustre appuyé suri i I allaM fan^cessedu fau-

teuil au ' it assis depuis la suspension de

l'aud ence a la place de a a lame Dalzonne; ses clieve ix r res péli laieiilsursi n fronl comme ies flammes crises duo \ leau. Parfois il ne re i. n'< n i d i lii pas, il ne

voyait rien : i pensa;, il pensait a l'heure suprême qu'il ava i lui mêi le : s \.u -c a I : sentence des ju,.'.'s. S'il s'i iait compromis sa dignité de médecin et s. n aflfeetii n d'iiomme dais un esp dr dér.soire ! Il si i1 ser. il ridicule, il serai! haï, il au i un supp ice

;: , •■ i i ...... ' |] ourail ensuite vers Abel, lui |iarlait toul las

. (Te, ueiiscmeut el p b*, pour voir j isqu'à

quil pi lit ren lu de la fore

- •' I t il n'avait pas ■ ■■

ijuol chaos ' ei son inl rrmiie en équl

LE MEDECIN DU PECQ

s'était toujours dirigée vers la raison malgré les tempêtes du ciel et les fluctuations de la mer.

Calveyrac lui serrait la main et allait s'asseoir entre madame Dalzonne et madame Pingray, qui ne Avaient plus que par lui depuis qu'il avait reculé avec une espérance mystérieuse la minute d'arrêt.

Tous les témoins pourtant ne jouissaient pas du crédit de Calveyrac dans l'esprit de l'auditoire. Si l'on s'amusait beaucoup des niignai dises surannées de madame Maquette et de mademoiselle de Beaupréau, furt délabrées l'une et l'autre par l'extrême durée de la séance; si l'on se formait une opinion assez juste du baron de Fourneuf, plus craint encore que moqué, on avait généralement pris Champeaux en aversion; on sentait pour lui ce mépris instinctif par lequel on se porte sn idée aux plus détestables extrémités envers un tomme. N'est-il pas des brutalités spontanées dont ii est difficile de se dégager quand on est sur de ne pas y céder? C'est une vacance du bon sens; ce sont des envies méchantes, condamnables, qu'au lieu d'appeler diables bleus, bine deviht, de lVxpression anglaise qui a un autre sens, il conviendrait d'appeler diables rouges, red de vils. • ;

Lorsque le jury avait passé dans la salle de délibération, mademoiselle de Touralbe et Gianca s'étaient retirées dans un cabinet attenant au parquet du procureur du roi, sans doute ! dans l'intention délicate d'échapper a toute tentation orgueilleuse d'affecter un pressentiment de triomphe.

Vers une heure après minuit, l'animation de l'auditoire } s'affaissa, soit faute d'alimeus à jeter au brasier commun, ! soit a cause de la loi imposée à l'homme de payer au moins j son heure de tribut au silence lorsque tout accepte le sont- ! tneil autour de lui. Chaque parole s'éteignait, chaque regard se raccourcissait, chaque pensée, raréfiée par le jeune, s'ele- ! vait au-dessus de ce calme universel afin de n'être distraite dans les hauteurs par rien d'étranger à elle-même. Il y a de la religion dans toutes les espérances.

Centre de ces ondes lentes, monotones, pressé doucement, mais partout, du poids d'un sommeil exact à l'heure, dernière trace, dans sa rigoureuse ponctualité, de sa maladie vaincue, Abel, comme aux précédentes séances, peueba son front résigné, ferma les yeux. Les signes progressifs de l'assoupisse ment n'échappèrent pas à la vigilance de Calveyrac; il semblait les suivre avec une avide inquiétude. Il se rapprocha du fauteuil de l'accusé afin de s'assurer qu'il ne larderait pas à s'endormir. Le souffle d'Abel se retirait en frôlant doucement sa lèvre; encore une demi-heure de ce silence étendu sur l'auditoire, et le sommeil sciait complet.

La tranquillité tant souhaitée par Calveyrac.ne s'altéra pas; on eût dit qu'il l'imposait maintenant, debout près du fauteuil d'Abel endormi, et le regard tixe, lancé horizontalement sur deux mille têtes.

Dix minutes avant que trois heures ne sonnassent à la pendule de la salle. Calveyrac, dont l'attention s'était dirigée du côté de la porte par où sortiraient la cour et le jury, était devenu si impatient, si triste, si effrayé, qu'on souffrait pour lui.

Que ces dernières dix minutes lui furent éternelles, et comme il ne les oublierait jamais!

Mademoiselle de Touralbe et Bianca reprirent leurs places.

Enfin ia porte s'ouvre, et la cour et le jury rentrent. Trois heures sen> eut.

— Docteur Calveyrac, parlez, Ii i dit le président.

— Messieurs, dit Calveyrac, )'ai l'orgueil de l'avouer, sans moi cet homme n'existerait plus depuis un an; j'ai refait sa vie et sa raison. Aujourd'hui, je ne sais plus ions les abîmes que j'ai sondée pour les tessaisir; j'ai vieilli a la peine Toute énergie était n.orie en lui : je l'ai pris doucement cl l'ai relevé libre a fibre ; lùcbe suspendue à chaque instant, reprise, abandonnée avec désespoir. Cependant, au fond de son co2ur engouidi je sentis un jour vibrer deux

celle de la bienfaisance et celle de l'amour. Je m'arrêtai, je retirai furtivement la main de peur de les briser, j'attendis

LE SILI I i

Le corps devait vivre d'abord : le corps eut mes soins; le philosophe se cacha, le médecin agit. Dès que je crus comprendre que la tète était assez forte pour contenir, sans éclater, l'action de la pensée, je retournai à ces deux cordes précieuses. Ce ne fut pas en vain que j'y tou -hai. Que! ébranlement ! la générosité déborda: immensément riche, Abel répandit son or sur tout ce pays, .le le faisais passer comme par hasard près d'une misère, ci il la couvrait le lendemain sans me le dire. C'cait bien, t'était fait. INous avancions p u, mais nous avancions. Ainsi je lui inspirai des devoirs, des inquiétudes; je meul lai Sun temps, je peuplai ses jours et ses heures : la veille était liée au lendemain par le souci d'un mal à réparer, le lendemain au jour suivant parla préoccupation du Service rendu. Ne cberchei plus une chaumière en ruines autour de Saint-Germain. Rêveuse comme le malheur, son amené se retrouvait plus, à force d'avoir marché dans la solitude; elle ne comprenait que l'erreur et le désespoir. De toutes ces flammes errantes, stériles, livides, dévastait ices, je coiii|>osai un seul rayon, net, fécond, lumineux. Je l'avais rendu généreux, je le fis aimant. Sa tendre amitié pour madame Dalzonne, ange de bonté qui est la devant vous...

La voix de Calveyrac trembla. 11 y eut une pause dans son discours.

Il reprit en soupirant :

— Cette tendre amitié me servit de premier échelon pour le l'aire arriver à un sentiment plus doux et plus exclusif. Des occasions s'offrirent qui nous aidèrent. La meil eure nous sembla i'arrivte de mademoiselle de Touralbe à la maison de santé.

— Docteur! docteur! cria une voix.

Toute !a salle en frémissant reconnut la voix d'Abel, voix qui surtait des entrailles du sommeil*

Un indefinis-ab'e sourire plissa la figure du docteur, qui dit : Ecoulez-moi toujours.

— Nous crûmes, madame Dalzonne et moi, qu'Abel éprouverait aussitôt de l'amour pour mademoiselle de Touralbe : nous l'engageâmes dans celte occupation du cœur. L'entreprise n'était pas sans obstacles; je ne marchais qu'en second dans le travail des combinaisons propres à la faire réussir. Ma complice, madame Dalzonne, dictait les lettres qu'Abel remettait a mademoiselle de Touralbe. Vous connaissez (es lettres. Nous étions sincères en lui imposant le joug de celte passion, car nous ne reculions pas en idée de*anl un maliage possible. Mais nous ne réussîmes pas : mademoiselle de Touralbe n'aima pas Abel, et Abel, ce que nous n'avions pas prévit, aima ailleurs.

Champeaux eut un mouvement de dénégation. Il se levait : Calveyrac lui remit, sans parler, la lettre de Hourdon. Après l'avoir lue d'un trait, Champeaux se dit en s'asseyant :

— Je tuerai cet homme! Hourdon mourra!

A peine remarqua-i-on l'incident.

Calveyrac repiit •

— Oui, Abel aimait ailleurs. Hier, n'avez-vous pas entendu un cri déchirant au milieu de l'audience, un cri qui a démenti mademoiselle de Touralbe? Ce cri échappait à celle qu'aimait réellement Abel.

— Ouvrez-moi I ouvrez-moi denc! murmura Abel en dormant! ouvrez moi!

L'étonnement de la salle se renouvela : l'accusé parlait en dormant; il s'agitait.

— H aimait, continua Calveyrac. une jeune fille dont le tn.iii ne sortira pas delna bouche, dût ce nom, prononcé par moi, entraîner l'acquittement de l'accusé. Je ne dénonce per- • onne, je ne déshonore pas.

La foule n'aurait pas Obéi, si on lui eût interdit à coups ii i non le droil d'exhaler le grand bruit qu'elle fit a ce* i paroles de Calvtrylrac: Les élans de l'enthousiasme et de l'ad- . miraiion rompirent les pôilrim 3.

— C'était, poUrsuivit-il une fiile de. lu campagne, aoucil lie pendant quelques mois a la maison de saute.

sa

LEON GOZLAN

Abel se dressa a demi sur son fauteuil. Il était endormi ; nue sueur de rêve l'inondait. 11 répéta : ' — Ouvrez-moi! ouvrer-moi donc! moi qui vous aime!

Ensuite Abel se leva entièrement, et fil quelques pas à tAtoas, comme s'il eût cherché une porte le long d'un corridor. Quand il'crut l'avoir rencontrée, il frappa d'abord doucement, puis plus fort, enfin très fort, s'inipalientiM, suppliant qu'on lui ouvrit.

Comme on écoutait! comme on tremblait !

Voyant qu'on ne lui ouvrait pas, Abel murmura :

— hergeronnneite! maintenant que je sais que c'est vous, ouvrez-moi, Bergeronnette!

— Cette jeune lille. s'appelle donc Bergeronette 1 demanda le président, ou plutôt la salle entière d'une seule voix.

Calveyrac inclina le tête : il avait répondu.

— Eh bien! voilà, reprit Calveyrac avec une laoidité prophétique, avec une netteté d'accent à défier toute incrédulité, eh bien ! voilà comment Abel s'est introduit dans la chambre de mademoiselle de Touralbe, il a frappé, et l'on a ouvert... Vous avez ouvert ! insista Calveyrac en immobilisant du regard mademoiselle de Touialbe.

Et il ajouta :

— Parce que vous ignoriez sans doute qui frappait. Dans le trouble d'un premier sommeil rompu, vous avez ouvert, et alors vous avez été enlacée dans les bras d'un homme endormi. Cet homme ét^it Abel, mais Abel qui ailail chercher, non pas vous, mais celle qu'il vient de nommer lui-même, celle qui avant vous avait occupé votre chambre, la chambre bleue.

Abel, endormi, flottait sur le bras.de Calveyrac

— Voilà la vérité et la vraisemblance : mademoiselle de Touralbe a ouvert sa porte à un somnambule.

Si Calveyrac, debout sur le trépied de la sibylle antique, eût évoqué du tombeau l'ombre de quelque victime pour confondre l'audace d'un criminel impuni, il n'aurait pas plus vivement ébranlé l'esprit de la pâle assemblée témoin de cette ^cène si terrible, et pourtant si simple de somnambulisme. Jurés, juges illuminés d'une clarté soudaine, témoins frappés de surprise, accusateurs anéantis, le peuple, Calveyrac luii'iém ■■, éprouvaient l'épouvante dans la conviction. En jour rlè sortilège se répandait sur ce dernier épisode d'un procès changeait tout-à-coup et brusquement de face, s'êelaircissant de lui-même sur toute son étendue, brisant le soupçon sur la lêLe de l'accusé, se réduisant, d'une action • rue criminelle, à n'être que le fait du sommeil d'uu malado dont la passion s'était manifestée sans le concours de sa volonté. v Voilà, la vérité foudroyante qui éclata si miraculeusement aux jeux de tous, que tous auraient signé de leur sang l'innocence d'Ahel.

Aucune parole de démenti ne sortit de la bouche, dr mademoiselle de Touralbe, à qui tonte confusion fut épargnée par l'adresse de Calveyrac à mettre sur le conipiede l'égarement naturel d'un sommeil :o idainement brisé une déposition erronée.

i\len ne se comparerait à l'abattement de Champeaux.

Comprenant de quel poids serait son suffrage dans un moment si solennellement, acquis à la physiologie, médicale, ie célèbre professeur de l'Ilotel-Dieu prit un des flambeaux posés sur la table des juges, et le plaça Lotit aident devant les yeux ouverts du somnambule.

Les yeux u'Abel ne se fermer ni pas.

— Il dort profondément, dit l'illustre médecin. J'en étais déjà convaincu.

Ce témoignage entraîna l'opinion, il" dissipa les derniers doutes.

Les juges se levaient pour délibérer uue dernière fois. Calveyrac les retint par ces mots •

— Messieurs, j'ai à vous prouver, pour l'honneur de la , médecine, que celte Scène de somnambulisme n'est point un coup de théâtre arrangé par le charlatanisme. Ce phénomène >tn sommeil, mes Illustres confrères Ici présens vous l'atteste- . roht, est le résultat ordinaire des grandes maladies ner.cuses dont la Riiérison a traîné rn longueur. Obligé d'interroger

toutes les causes qui pouvaient me donner l'explication d'une action que, malgré votre arrêt, je n'aurais pas crue possible, je suis arrive, de recherche en recherche, à supposer, a soup çuniiti que le somnambulisme n'y élait pas étranger. Je n'ignorais pas qu'Abel en éprouvait les elfets, et qu'ils avaient même survécu à sa maladie. Témoin comme vous des accès de sommeil dont il a été saisi à chaque audience, j'ai «aiculé que c'était vers trois heures de la nuit 'qu'il atteignait la péiiode du somnambulisme. C'est aussi à trois heures de la nuit, messieurs, qu'il s'est trouvé dans la chambre de made» moisi lie de Touralbe. — Il me reste à vous dire, messieurs, que si je n'ai pas tenté plus tôt devant vous une expérience aussi décisive, c'est qu'il m'importait de connaître si l'intelligence de mon malade, soumise à tant de déchiremens, y résisterait. Elle y a résisté : j'avais sauvé l'homme comme je sauverai l'accusé.

A peine Calveyrac avait fini de parler, et les juges et le jury s'étant retirés, que la foule enivrée passa par-dessus les bancs, er s'élança dans le cercle des témoins pour entourer d'hommages le pauvre médecin du Pecq. Ses deux mains n'étaient plus libres, on les voulait de tontes parts. Deux jeunes femmes l'embrassèrent avec une illusion de sœur, et avec tant de joie et de larmes, qu'il en fut ému , et le peuple, qui est toujours si grand, si beau, si juste dans ses appréciations, ne se lassait pas de saluer d'énergiques approbations leur ami le docteur Calveyrac.

Champeaux avait quitté l'audience, honteux comme un procureur du roi obligé de subir un acquittement.

El madame Dalzonne! comme son regard était une prière à Dieu, un long remerciment à Calveyrac !

La tête d'Abel reposait sur les genoux de madame Pingray.

Enfin la cour rentra.

La main sur le cœur, le président du jury dit :

— ÎNon : sur toutes les questions, l'accusé n'est pas coupable. Ordonne qu'il sera mis sur-le-champ en liberté.

Quoique prévu, l'acquittement remua le cœur de l'assemblée, lasse, brisée, mais trouvant encore des forces pour ce bonheur, pour cette satisfaction immense conquise par trois jours d'espérances haletantes. On s'embrassait dans la salle comme si chacun avait obtenu l'acquittement d'un frère ou d'un tils.

Abel, éveil'é et soutenu par le docteur du Pecq d'un côté, et par madame Pingray de l'autre, traversa la salle entre une haie de joie et une haie d'attendriss ment. Quel rêve! que4 réveil pour lui! quelle nuit!

Et derrière venait madame Dalzonne, qui avait rejeté son voile sur son visage pour qu'on ne vit pas ses pleurs. Une voix lui dit tout bas (c'était une voix de femme) :

— La plus heureuse c'est vous, madame, n'est-ce pas?

Ma lemoiselle de Touralbe et Rianca eiaient sorties par une autre issue.

De Fourneuf, le chapeau à la main, semblait dire par son sourire incroyable : Le coupable, cela aurait pu être moi, puisque ce n'est pas lui.

Heureuses, mais tout empreintes encore de la tristesse éprouvée au sujet de Cabassol. madame Musquette et mademoiselle de lîeaupréau marchaient derrière de Fourneuf.

A la porte du tribunal, celui qui avait été députe pour assister a cette grande cause, au nom de la science médicale, et comme le pins renommé entre les plus dignes, celui- à, que la mort devait dans quelques années ravir à l'Europe, qui le pleure encore et le pleurera toujours, po-a -es èvres savantes sur le front de l'obscur médecin du Pecq, et lui dit :

Maintenant, frère, à Taris ! Paris vous all-ud, c'est Uqu'on couronne.

LE MÉDECIN DU PECQ

Épuisée pardes fatigues de tous genres, madame Dalzonne, qu> n'avaii été souieuùe ju qu'à la Do du procès nue par les mirac'es deh volonté, manqua de forç* quand il fallut reio>irner à Saint-Girrmain. Privée il ■ l'éi e'gie fat-tic née d'une ; i- Caâtion violente, elle s'affaissa au point d'êl'cobligée de rester à l'hôtel du Réservoir et de garder le lit. C'est qu-la secousse a»ait été rude, c'est qu'elle avait ébranlé en elle les ombrages Us plus épais et les plus d vux de son existence. Asiles paisibles, «a mémoire et son cœur avaient éié fou liés pendant trois mois avec rimpude-.ee qu'ymi tla justice, et ses pensées, même les plu? précieuses a garder, celles d nt le reyard ne contemple la braaté que dans un demi-jour f'irtif et à l'angle de l'écrin entr'ouvert, perles o irnUlrs de la so ilude, avaient passé di reliquaire aux rs<i es. De. uis que l'exaltation du dévouaient ava;t fait place à la joie réfléchie du succès, elle s'abandonnait à la la douleur des hontes é prouvées. Arrivée au but, elle était tombée ; et couchée sur la palme, elle mesurait, triomphante, mais abattue, et la longueur de la course et les précipices du bord.

Pendant les deux jours qu'elle lui retenue par son indisposition à l'hôtel du Réservoir, Abel et madame Pingray restèrent avec elle, laissant passer devant et madame Musquelte, et mademoiselle de Beaupréau.et mêm&deFoùrneuf, quoique monsieur le baron ne fut pas sans se plaire infiniment dans la très aristocratique ville de Versailles. Mais il avait au Pecq bC» habitudes de médisance : son ironie y respirait plus librement.

Quelle jouissance céleste pour madame Dalzonne. de voir, d'entendre près d'elle, autour de son fauteuil, Abel libre, Abel rétabli, riche et puissant d'une santé reconquise! Elle feimait parfois les yeux afin de réunir les douceurs du rêve et celles de la réalité, et afin de tenir son bonheur et d'en douter encore, de craindre un instant et de se rassurer aussitôt, ineffables coquetteries de lame, humaine. Elle avait cruellement souffert depuis trois mois, elle avait dévoré bien des affronts depuis le jour où elle avait paru sur le banc des limoins; mais que ce moment rendait légères ses pe'nes passées! que la grève du rivage semblait douce à tout son corps meurtri, qui s'y délassait en regardant briller l'étoile au liant du ciel tranquille ! La belle étoile était Abel, incliné sur elle, lui conseillant des soins, lui présentant de sa main chérie la boisson du malade, main effleurée du souille, caressée, bénie, car elle guérissait encore mieux que la boisson offerte. Divine compensation ! elle qui avail tant soigné autrefois, elle était soignée a son tour ; elle qui avait été la charil Mile, l'attentive. J'aimante, la miséricordieuse femme, elle t^ùtait la félicité d'être l'objet de l'attention et de l'amitié; après avoir été l'ange qui console, elle était l'ange consolé. C'est que madame Dalzonne avail acqu s le droit d'aimer sans contrainte depuis quelle avait tant enduré pour son amour. La crainte du monde s'était dissipée pir I.: nécessité d'affronter le i et elle se sentait enhardie de toute la hardiesse avec laquelle on l'avait arrachée à l'ombre de ses timides opinions.

Vais si les événemens la dégageaient des entraves de l'opinion, si l'air circulait plus largement autour de sa pensée affectueuse, les mêmes événemens l'obligeaient à ne pas reculer l'attachement d'Abel pour une autre femme qu'elle; dure expiation, feuille amère sous le fruit embaumé. Plus • plongeait dans la contemplation d'Abel, astre levé sur elle, et plus elle voyait entre elle et lui s'épaissir l'ombre, de même qu'en astronomie le cristal qui rapproche le pus es! celui dont l'eau menteuse exagère le plus aussi les masses d'air intermédiaires.

Elle ne se faisait pas illusion sur l'amour d'Abel pour Bergeronnette; et comment en aurait-elle eu la possibilité après tant de preuves? Mais elle acceptait son malheur; car la royauté superbe des premières affections était vain ce. cette rov.mte *uperbc ou ne s'admet pas le partage, cU l'on aimerait mieux Put perdre que de souffrir une seule prétention élrangi r

] Il y a une heure infaillible dans la vie d'une femme. Sonnet-

; elle : le manteau impérial descend des épaules, le sceptre s'in-

; cliiie, la couronne chancelle. C'est l'instant des concessions.

' Que de larmes' et qu'il faut cacher encore, de peur qu'on ■<•

| veuille pas prendre pour de la générosité ce qui en réalité

I n'en est pas, car l'abdication n'est au fond que peur.-et dou-

loureuse perspective de délaissement.

Et, comme elle avait risque de tout perdre, elle se sentait

! encore tristement satisfaite, malgré le partage auquel elle

. était obligée de souscrire. l\ eut-elle pour sa part que je pri -

| yilége d'avoir le plus souffert, elle la croyait la plus digne.

i «ar il se crée au fond du cœur de celle qui a la persuasion

d'avoir aimé la première une légitimité de droits pleine de

; force, et qui se suflit longtemps.

Pourquoi Abel eut-il essaye de la dissuader, quand il allait dégager sa liberté d'une manière franche et ouverte? Il accep- ) lait une position qu'elle avait d'avance acceptée. Déjà il s' oci cu pait de Bergeronnette en présence de madame Dalzorme. L'un • et l'autre, sans se craindre, sans se cacher, parlaient d'elle, de son afl'ect ion. de son courage. llss'estimaient davantage deeette sincérité, pénible mais fidèle expression de la probité cons- ; tante de leur caractère. Si un silence trop prolongé indiquait chez madame Dalzonne une faiblesse momentanée, un retour au passé, Abel relevait d'un mot celte tête frappée de melan- ! colie. Son langage, moins tendre que l'amour, mais moins ré- 1 serve aussi que l'amitié, empruntait à ces deux sentimens leurs plus persuasives expressions: et ce mélange, qui avait ■ toujours marqué le coin de son attachement pour madame ! Dalzonne, portait son baume et sa consolation aux endroits découverts et blessés. Ella n'était plus l'amante, mais elle était plus que la simple amie, plus que la chaste sœur, un être intermédiaire et bon; c'était la personnification courageuse, rare, d'une passion qui. au lieu de mettre entre elle et l'objet aimé le cloître et le voile, avait laisse tomber, à des conditions plus dures de résolution, la raison, le simple bon sens, voile léger, sans doute, et qu'il faut rattacher toujours par une perpétuelle vigilance.

Sans redouter d'être entendue de madame Pingray, protectrice maternelle de leurs entretiens, madame Dalzonne s'empara de la main d'Abel. et lui dit. faisant force d'âme, qu'elle serait heureuse le jour où il donnera5! son nom .1 la jeune fille de Bergerin, à celle qui s'était éltvée si haut au-dessus de sa naissance par ses sacrifices et son dévouaient. Elle parla de sa rivale avec une impartialité touchante; elle insista sur les qualités dont elle était douée, sur la précocité de sa raison naïve; elle fut sublime de fermeté: Sa paroW simple, lente, cordiale, avait l'austérité des dernières volontés d'un mourait'.

' — Aimez la comme je vous ai aimé. Abel, continua-t-eile : Je crois qu'elle n'aura rien à envier à aucune femme. J'ai eu autrefois de graves torts envers elle : elle ne vous en parlera jamais, je le sais. Pardonnez-les-moi pour elle, mon ami. afin qu'il n'y ait plus entre nous qu'un pass1 où nous puissions nous rencontrer sans douleur tous les tr. [s. Madame Dalzonne se lut un instant.

Ml. tait i - ■- |'i îds, bj-sini les pans du châle qui IV»veloppait.

— Ne lui défendez pas. reprit elle ensuite, de m'a voir pour amie. .1.- 1.' S'Mis. celte sévérité nie tuerait: je ne vivrais pas avec la pensée que vous ne me croiriez pas digne d'être la confidente de vire femme. Elle vous eu aimera mieux, mon ami...

E le -'arrêta une second.- fis.

Abel pleura.

— Ne pleurez pas ainsi, mon ami : je n'aurais pas le courage d ■ a ursiii\ re. Ne m i regard t pas, o a ne pleurez plus.

— Partons! dit-elle : j'ai tout dit ; partons pour Saint-Germain! Je suis tout-à fait bien.

L le -e leva.

— je suis plus forte que vous ne penses, mes amis, ajouta-l-elle quand elle l'ut debout, et blanche comme un morte. Je vous le prouverai bientôt je serai a votre mariage: oui, J'y serai. Allons! ne pleurez plus, Abel. N'est-ce pasâ moi A aervirdemerc à Bergeronnette? Je lui dois le voile et l'assi

MÛ

LEON GOZLAN

lance; ma place est à ses côtés le jour d • la cérémonie. Dieu m'en donne râla force .. Mais vous [il élirez toujours, Ahel ; et vou« auss', madame Pingray, vous aussi ! Prenez dont exemple sur moi.

Triste ex-mple! La douleur muette sèche et a'térée de madame Dalzonne n'éiaii pas la moins déchirante.

— Encore une fois partons! Mais que faisons-nous ici? partons!

En s'arrëtant à la pirle de l'appartement, elle ajouta d'une voix e:einle :

— Mon ami, j'ai aussi un présent à vus offrir, à vous, le mari de Bergeronnette. Je ne vous cacherai j as ce qq'il me coûte... Vous ne me comprenez pas... Tenez, je vais pleurer, je pliure comme vous maintenant... Mais où êtes-vous, madame Pingray?

— Vous vous appuyez sur mm bras. Venez ! vous êtes mal ki, ma fille. Partons, je vous en prie, je le veux.

— Conduisez moi... Oui, appelez-moi votre flilc... Partons!

xLvm.

Le silence qui avait accompagné les (rois amis pendant leur rapide voyage de Versailles au Pecq, régnait encore entre eux après qu'ils eurent été réinstallée dans li maison, Ils s'étaient réunis dans la chambre de madame Dalzonne, qui avait fait avertir les domestiques qu'elle lie serait visible pour personne dans la journée, excep'é pou (Mveyrac. Qu'on l'attendait impatiemment, malgré !a louchante préoccupation de revoir le foyer aimé, de retrouver dans le cadré de la croisée le paysage du bois de Vesinet, archipel de verdure et de saliie!

Il était dans le vœu le plus ard> nt d'Âbi 1 et de madame Dalzonne île revoir le docteur, pour savoir de lui ce qu'était devenue Bergeronnette- Onq heures depuis la fin du procès et depuis son retour à Fromainville. Que son esprit avait dû être agité, à elle aussi, pauvre enfant, et sa joie grande après l'acquittement si inespéré d' Ahel ! Ils allaient savoir tout eequ'cl e avait dit, tout ce qu'elle avait souffert, tout ce qu'elle avait pensé, en attendant de la revoir, dans la journée même, à la maison de santé, avec son père Bergei in , à qni une solennelle proposition serait soumise. Ainsi s'expliquait 14m pa ienee muelte d'Abel et de madame Dalzonne, l'un et l'autre très diversement affrétés des mêmes penséCs. Madame Pingrayles observait dans leur inquiétude, à laquelle die prenait une part affectueuse.

Et comme madame Dalzonne devinait bien ce que trahissaient les lueurs sereines par instant répandues sur le visage d'Abel! — Il FOurit, se disait-elle à l'heureux avenir qu'il prépare a sa jeune femme. Dans son âjne, il remercie Dieu d'être riche pour quelle le soit dans une heure. 11 si nge à tout ce qu'il lui donnera; il parcourt eu idée, penche sur son épaule, le chemin qui les mènera tous deux au fond de son pays. Voilà ies plaines, voila les maisons, voilà les campagnes, voiià les lacs qui seront a lai et à elle! voila le vieux i li teau qu'ils habiteront ensemble! El moi, je resterai ici .'je resterai seule ! seule, mon Dieu !

Madame Dalzonne passa doucemi ni la main sous son châle, tt dégrafa le corsage de sa robe. Elle « touffait.

La porte de IVppartemeut s'ouvrit : c'était Calveyrac.

— Mon ar.i, du Ahel t\H qu'il vit entrer Calveyra -, donnezmoi des nouvelles de Bergeronnette!

Calveyrac, se lut, mais non comme celui qui n.; sait pas, mais avec la douleur de celui qui craint de parler.

— Pourquoi ne l'a l-on pas vue Ici ? Vous avez dû passer à la ferme de Fronainvilie : que vous a-t-On dit?

— Ofl ne l'a pas revue a la f rme depuis l'autre jour, où elle s'arrêta un instant après son retour de Versailles.

— Mais cela fait trois jours, remarqua Al el, traverse d'un sinistre pressentiment, Lois jours entiers !

— Oui, trois jours entiers, répondit en soupirant le docteur. • J'espérais aussi !a rencontrer a La Fret te, rtiei sa tante.

— Eh bien? demanda Ahel.

— On ne l'a pas vue riiez sa lanle.

— Peut être l'abbé Vin»»', dit madame Dalzonne, pourrait j nous apprendre ou elle est.

— Je me suis également rendu chez l'abbé Vincent, qui n'en a pas entendu parler.

— Ati ' mon Dieu ! s'écria Ahel. oli peut-elle être allée? Que je suis effrayé de celte absence!

Calveyrac serra la main d'Abel.

— Serail-elle?... Mais elle serait donc morte, docteur, que ! vous ê e-. si triste, el que vous ne |>ar!rz pas.'

, — Vous vous souvenez du cri qu'elle a poussé à l'audience quand le. procureur du roi a conclu contre vous?

— Mais, docteur, ce u était pas 1 1 l'arrêt de la cour, reprit madame Dalzonne.

— Sans doute, mais elle a pris le réquisitoire pour l'arrêt. la malheureuse enfant, ce que j'ai compris en interrogeant

! l'abbé \ incent, qui, vous le savez, l'avait accompagnée chaque ! fois au tribunal, et qui l'avait ramenée à Fromaiiivillo.

— Qu 'llcdesjinée! murmura madame Dalzonne, effrayée des conséquences qu'une telle erreur avait pu produire dans l'esprit affaibli de Bergeronnette. Pauvre amie! pauvre enfant! Mais qu'a-t-elle dii ? qu'a-itllc pensé? qu'a-telle résolu ensuite? L'abbé Vincent doit le savoir, puisqu'ils sont, ditesvous, revenus ensemble de Versailles.

— Oui, répéta Ahel. qu'a-l-elle dit? qu'a-t- elle résolu?

— Elle a demandé à se confesser à l'abbé Vincent, qui lui a accorde celle pieuse satisfaction,, la nuit de leur retour i' i

— Doetcur, vous ne nous disiez pas cela!

— Je croyais qu'en me voyant vous ne nfiuter.-ogeriez pas sur l!( Egeronnelle

— Elle est \ ne perdue pour moi, perdue ' s'écria Ahel, partageant enfin le découragement du docteur. Oui, perdue! Cette ab.sei.ee de trois jours ! >>i chez elle ni chez ses parens! Nulle part! Et ictte eoufessi<>n faite à l'abbé Vincent après

1 le réquisitoire du procureur du roi, celle fatale confession! Bergeronnette n'est plus ! Je le pressentais : j'allais être trop heueux' Le bonheur était là. j'y touchais : il s'abime. IOile n'est plus! Quoi! morte! morte avec sa jeunesse cl son amour pour moi! Chère infant que j'ai tuée! car je l'ai tuée. Elle m'a cru condamné! elle m'a vu déshonoré, flétri, mort, car je seras mort de cela, et elle a voulu partir avant moi ! Al: ! ma-

! dame, vous ne saviez pas combien je l'aimais ! Elle avait été

1 si comjialissaute aux mauvais jours, et ils ont été -i longs! El quand j'ai ais essayer de la payer de tant de tendresse et de pitié, mourir ! Oh! mon Dieu! mourir! je ne puis le croire!

! c'ist une idée impossible!... Mon amie, dit-il à madame Dalzonne, en la ( oiisullaul comme si elle avait eu le | • noir de changer les chosi s. dissuadez-rnoi ! n'est-ce pas que c'est impossible? N'aurais je retrouvé la raison, la santé, la force, que pour perdre tout cela au moment d'en jouir? Que ne suisje encore malade, ei la savoir encore vivante, là- as, pauvre enfani, a Fromainulle, dans sa ferme! Bonne, belle, divine amie ! mon âme, ma sœur, ma compagne! que devenir maintenant7... le vous afflige, madame, dil Ahel m regardant doul mreusenient madame Dalzonne; mais vous l'aimiez aussi! El vous, di cteur, vous mon ami, venez, allons! allons encore

! la chéri In r, demandoi s-la parient ! Oh ' Mire imm< bilité me lue! Mais vous êtes donc convaincu, bien convaincu qu'Ole est morte?... Non' je ne le .rois pas' Vous partagt-z mon es poir, vous, mon amie, qui comprei ez ma désolât h n! Voye>, docteur : madame Dalzonne pense comme moi.

— Il y a piui- ne encore quelque espérance, murmura maj dame Dalzonne.

— Vous le pensez, n'est-ce pas? Oh! rendez-moi la vie alors, en m'aidanl à retrouver Bergeronnette.

Madame Dalzonne se leva, disposée a suivie \bcl partout où il voulrail aller.

— Venez! s'éeria-t-elle, quoique toute meurtrie deces élans d'amour el de désespoir d'Abel pour Bergeronnette, venez!

— Ah' je vous remercié, mou amie' Allons tous les deux, seuls. | uisquo le docteur ne veut pas nous accompagner

Ahel el madame Dalzonne se préparaient à sortir sans savoir . de quel cô:é ils se dirigeraient.

LE MEDECIN DU PECQ

— Démarche inutile, dit Calveyrac en les retenant tous (kux : Oii iriez-vous?

— Laisser-moi sortir! laisser-r.ous aller ! criaAbel. Vous êtes cruel! Heslez, vous, mais ne nous empêchez pas de passer.

— Est-ce que je ne votas suivrais pas. répondit Calveyrac en pressant Abel sur sa poitrine, si je n'étais sûr de 1 inutilité de >i;tre course? A qui vus ae!nsseriez-vous, mon ami, que Je n'aie dé à interroge? dans quel e»droit iriez-vous où je ne sois déjà allé' D-.'puis deux jours je n'ai pas p issé devant un village, un hameau, une maison, sans y chercher noire pauvre Bergeronnette ; voilà quarante-huit heures que je marche et que j Interroge I

— Alors tout est fini ! dit Abel : je ne chercherai plus que dans le ciel.

Il «affaissa sur un fauteuil, et il y demeura dans une tixilé d'airai.s semblable à celle dont fl fut frappé le jour de son attaque de catalepsie.

— Docteur, regardez ! Vous rapjelcz-vous? Quelle effrayante analogie!

— Ne craignez rien, répondit Calveyrac, la douleur est formidable comme la cause qui l'a produite, mais le danger est loin. Voyez : déjà il pleure.

— Ami, dit tout bas Calveyrac en passant son bras autour du cou d'Abri, ami! il vous reste un beau devoir à remplir sur la terre, et c'est Bergeronnette qui vous le lègue en la quittant!

Il ajouta, en étreignanl Ab 1 comme un (ils chéri :

— Ce devoir se personnifie, dans la moitié d elle-m nie, dans dans son plus vivant souvenir, dans son sang, dans son image... Tenez! s'écria le docteur en courant à la chambre voisine, et en revenant aussitôt, tenez!

— Que! est cet enfant? s'écria Abel en étendant les bras et en arrachant de ceux du docteur l'enfant qu'il avait apporté.

— Cest le votre! c est votre lils!

— Mon fils! Joie de ma vie! J'ai un fils] et Bergeronnette est »a mère! n'est-ce pas? Votre >isage à tous deux me le dit.

— Et c'est moi qui serai sa mère maintenant ! dit madame Dalzonne en posant le bel enfant sur ses genoux, et en l'embrassant de m>lle et mille baisers avec un inexprimable sentiment de jalousie vaincue et de céleste abnégation.

— 11 se nomme Abel comme vous, dit le docteur en voyant les nuages de la mort s'ouvrir et se dissiper sur le front d'Ahel, et l'auréole sublime de la paternité en prendre la place.

L'Innocente créature s'était endormie sur le sein de madame Dalzonne; son sourire s'était fermé sous ses paupières angéliques. et sa petite corolle de bouche laissait échapper un souffle pur. Dn gracieux bonnet de velours violet, orné d'un filet d'or, pressait son front, coiffure orientale semblable à eelle que portait le joyeux et impertinent enfant qui arrêta un jour, pendant une de leurs promenades, Abel et le docteur dans la forêt.

Ils se surprirent tous les trois à adorer ce messie couvert des rayons roses du sommeil.

Incident singulier, que n'avait pas regardé d'abord madame Dalzonne, le docteur était revêtu de son vieil habit de médecin aux armées.

La contemplation du bel enfant répandait une tranquillité bénie autour d'Abri ; il souriait sous ses pleurs : c'était la rosée et le soleil après une nuit d'orage.

— El maintenant, dit madame Dalzonne, que nos calamités sont finies, je suis prête, docteur, à tenir ma promesse. Quand voulez-vous que je sois votre femme? Je vous appartiens.

Abel sortit de sa rêverie à ces paroles de madame Dalzonne.

— Ceci vous étonne. Abel. J'avais dit au docteur de vous sauver, et que je serais sa femme, car il m'aime, lui.

— Je comptais, je l'avoue, sur la fidélité de votre serment ; mais c'est là un dévoùmenl que je n'accepterai pas, madame. Vous vous êtes engagée dans l'exaltation de la douleur, et je ne dois pas l'oublier. Je vous rends votre parole : vous êtes libre, madame; et vous êtes sauvé, vous, mon ami! Adieu

donc à tous deux! je pars! Mon frère n'est plus riche : ce frère, dont j'étais appelé à partager la grande fortune, une: révolution commerciale l'a ruiné; il est pauvre aujourd'hui, et il m'appelle à lui du fond de sa misère, pour relever sa famille; une lettre reçue pendant les débats de votre procès m'a instruit de sn position. Pourquoi vous en aurais-je attriste? Je pars, je vais exercer ma profession dans la Nouvelle-Hollande.

— Non, mou ami, nen ! vous ne ferez p«6 cela ! s'écria Abel en se jetant au cou du docteur. Nous qui vous devers tant!

— Vous qui De me devez rien, ami, que votre pardon, dent j'ai besoin pour le repos de ma conscience, car je me suis trompé souvent. Vous m'avez fait riche, Abel : je vous rends votre don, qui m'avait ébloui, car j'ai «lé si longtemps pauvre! Ce château, ces terres, ces revenus ne m'ont été acquis, ne le voyez-vous pas? que par l'ascendant que j'avais pris sur vous : cela est mal; reprenez-les. Le médecin vous devait ses soins; il vous les a donnés; il vous a guéri : son temps payé, vou» êtes quitte. Vous m'avez élé reconnaissant, oh ! je n'en donte pas; j'ai votre atnitir : pourquoi davantage?

— Non ! vous accepterez tout, docteur ! Mais la vie que vous m'avez rendue !

— Il est de mon devoir de la rendre, mon ami. Voudrie?vous lier votre reconnaissance au souvenir d'un malhonnê!* homme? Pardonnez-moi aussi, madame, d'avoir souffert que vous promissiez votre main. Voire serment vous a éle surpris à votre insu e! au mien, il vous a été dérobé par la puissance que vous me saviez d'anéantir l'accusation d'un mol, d'un senl mot. C'est encore le médecin qui vous a c'nconvenue, dont l'autorité vous a fait plier le genou : vous vouliez devenir ma femme pour sauver Abel; c'était là un marché, une condition que vous consentiez A subir. Je vous aime bien, madame, mais je n'y consens plus. Pardou, mais je vous ai tant aimée I

Que le docteur était grand de sa probité en parlant aiiis* sur deux têtes courbées par ces paroles trites, douloureuses, irrévocables !

— Quand au reste de ma vie, je ne sais ce que ma conscience en dira plus lar.l. C'est bien mêlé, bien ebscar. J'ai tenté pour vous, comme médecin, mon a:ii, des choses dont je frémis comme homme; j'ai porté la main «ur l'œuvre de la création et j'ai failli la troubler. Tant mieux si vous ne me comprenez pas. Virez heureux: voilà votre uls ! Adieu, madame...Adieu, mon ami.

— Embras ez-moi, decteur, cria madame Dalzonne dans un frénétique élaH et en s'évanouissant dans le» bras de Calveyrac.

— Et vous, courage, mon ami! dit II d'une voix émue à Abel en lui montrant son fils et en déposant madame De'zonne sur un fauteuil.

Calveyrac resla ensuite immobile et debout à la même place, dans l'atiilude du soldat qui se raidit devant le fea de l'ennemi au moment de la grande mêlée. Son oeil était fixe, e< pourtant ses paupières palpitaient; sur sa poitrine bombé* roulaient des larmes qu'il ne sentait pas ceuler. Il s'essayait à son vieux stoïcisme militaire en passant ses mains sur son liai.it boutonné, pauvres mains toutes iremblanles! Il les glissa suus le bord des p<reincns, comme pour arrêter et raffermir son maintien; puis il regardi le ciel, poussa bu soupir, cl il s'écria d'une \oix niililain>m<>nt résolH»:

— Fn route !

Trois mois après le dénoûment de cet épisode domestique, Bergeroniiette-cinq-bcures n'avait pas encore élé retroavév, malgré les infatigables recherches d'Abnl et de madame Dation ne.

LÉON GOZIAN.

Une nuit d'hiver, par une abondante chute de neige. Ber- §eriB mit «ntendre la voix de sa fille qui l'appelait. 11 ouvrit la fenêtre; il s'était trompe; c'était le cri mélancolique d'un «rtseau du Nord qui émigrait. H tua l'oiseau.

Cbampeaux, on s'en souvient, avait dit a la dernière audience du procès d'Abel, après avoir lu la lettre de Hourdon, c* probablement se trouvait quelque menacé de révélation peu bon arable: — Hourdon mourra.

Hoord&n n'était pas mort; mais, un soir qu'il traversait la forêt, I) reprit une baHe dans l'épanle, plus heureux dans cet

assassinat que le docteur Ijdperh, de Montpellier, tué pour avoir comme lui abusé d'un secet.

L'abbé Vincent a obtenu de l'évêque du diocèse la permission de ne plus remplir aucun de<eir de sa charge. 11 n'officie plus; il n'est plus piètre que de nom. Il a même renonce à *ea gontsde naturaliste

Près du Mont-Valéricn il est une église de village où ott vieux prêtre fait, deux fois la semaine, l'instruction aux petits enfans : c'est là que l'abbé Vincent se rend avec exactitude et que, 13 tète bas*e, les irai»* jointes, il écoule.

Ftft »P MÉDECIN CU PECQ et it tome panm*

Page 1