LES HEURES DE GRISE
pas gouvesné par la logique. Pour le soutenir, même au niveau delà raison, la raison ne lai suffit généralement pas. Ce n est pas trop de la foi pour maintenir pratiquement l'homme à la hauteur des vérités qu'enseigne la raison.
Ah! vous dites en présence des vérités éternelles : « Qu'est-ce que cela fait à mes embarras d'aujourd'hui?» Vous ressemblez à un homme, qui, dans une famine, dirait : « Que m'importent la lumière, la chaleur et le blé ? Ce qu'il me faut c'est du pain. »
Mais, malheureux, c'est avec la lumière, la chaleur et le blé qu'on fait le pain ! Les flots de soleil qui tombent sous la moisson dorée ne ressemblent pas précisément à un morceau de pain.
Et cependant qu'est-ce qu'un morceau de pain, sinon un rayon de soleil pétri dans la matière terrestre par le travail de l'homme?
Ainsi, dans l'ordre moral. Les vérités les plus élevées, les plus profondes, les plus subtiles ne ressemblent pas à un morceau de pain. Eh bien! ce sont elles qui le fournissent et ce sont elles qui le multipKent. La multiphcation des pains est particulièrement leur secret.
Et plus les vérités sont élevées, plus leur action est profonde dans les entrailles de l'humanité.
Est-ce que les masses humaines ont jamais
approfondi l'Evangile ? Certainement non ! Chacun des mots qu'il contient pourrait être médité pendant plusieurs vies humaines, sans être épuisé jamais.
Cependant, c'est l'action de cet Evangile sur les masses qui a donné aux peuples ce que l'histoire raconte. Les masses ont-elles étudié saint Denis, saint Athanase, saint Augustin, saint Thomas ? Certainement non. Cependant, c'est du haut de ces grands hommes qu'est tombée sur les masses ignorantes cette pluie de vérités qui a fait lever tant de moissons d'or.
Les masses ont-elles lu, depuis Spinosa, toutes les élucubrations métaphysiques de l'erreur ?
Certainement non. Cependant ce sont ces élucubrations métaphysiques qui se traduisent en actes, toutes les fois que le mal se fait quelque part.
Un voleur vous prend votre porte-monnaie. Vous ne pensez guère aux grands principes éternels. Vous courez seulement chez le commissaire de police.
Vous avez parfaitement raison de courir chez le commissaire de police. Mais c'est louljli des vérités éternelles qu'il faut d'abord accuser.
Les principes secondaires n'ont que des applications limitées. Les vérités primordiales ont des applications universelles.
Plus une vérité est primordiale, plus elle est