‹ Le siècle. Les hommes et les idéesChapitre 7 sur 36 · LES HEURES DE CRISE · texte numérisé non relu

LES HEURES DE CRISE

pace des mots qui ne représentent plus les mêmes idées.

Ne partant d'aucun principe commun, ils ne peuvent arriver à aucune conclusion commune.

La négation portant sur tout à la fois, l'affirmation n'a plus de refuge, plus d'abri, plus de repos nulle part.

Le point d'appui fait défaut, et personne ne soulève rien.

C'est pourquoi, dans les moments de crise, ce qu'il y a de plus important, et, j'ose le dire, de plus pressé, c'est encore et toujours, de remonter aux principes, d'exposer les principes, de révéler les principes, car ils sont si profondément oubliés que toutes les fois qu'on en parie, si antiques qu'ils soient, si éternels qu'ils soient, on les révèle, en réalité.

Vis-à-vis d'eux, la répétition ressemble à une révélation.

Plus les principes sont élevés, plus ils semblent au vulgaire étrangers aux réalités du jour, étrangers à la pratique, inutiles et démodés.

Plus les principes sont élevés, plus le vulgaire croit qu'il faut les réléguer dans une école de philosophie, plus il les croit inutiles à sa conduite et à ses habiletés quotidiennes.

Le vulgaire croit que les grands principes éternels sont absolument inutiles à son bonheur de tous les jours.

Le vulgaire croit que les grands principes éternels sont bons à amuser, pendant les jours de paix et de tranquillité, quelques docteurs arim-s d'un bonnet, qui argumentent les uns vis-à-vis des autres.

Le vulgaire croit, que dans les moments de crise, en face des grosses affaires et des grosses nécessités de la vie, il faut oublier les principes, qui ne servent à rien, et recourir aux expédients qui servent à tout.

Eh bien ! voilà l'absolu contraire de la vérité.

Les principes éternels, les vérités primordiales sont l'actualité suprême des jours de crise et de danger. Ils possèdent le secret du salut. Le salut est là, non pas ailleurs.

Les hommes ont l'habitude de se dire les uns aux autres :

« — Qu'importe àma vie pratique telle ou telle question de théologie? Qu'importe àma vie pratique telle ou telle définition de l'Eglise qui porte sur la mélapliysique? »

Qu'importe, n'est-ce pas? Eh bien ! c'est comme si vous disiez : « Qu'importe d'avoir des Saints ou d avoir des égoïstes? »

Je ne veux nullement nier les vérités naturelles, que la raison affirme et proclame. Mais riiomme, et surtout l'homme troublé, l'homme dans les heures de crise, a besoin, même pour respecter ces vérités-là, du secours mille fois pratique des vérités surnaturelles. L'homme n'est

Page 1