‹ Le siècleChapitre 24 sur 113 · ACTIF. PASSIF · texte numérisé non relu

ACTIF. PASSIF

Sur la page de I'actif vous lisez : « Avoir reçu, pendant ce dernierlrimestr«,deniou8ieur le comte

LES NUITS DU PÈRE LÀ CHAISE

de L..., 5,000 fr. et une parure de 1 ,500 fr.,ci. . 4,500 fr.

Même trimestre, «avoir touchédemonsieurLéonard , banquier, 6,000 fr. en actions du chemin defer de Paris à Rouen 6,000 fr.

» N'avoir pas payé mes trois termes de l'appartement que j'occupe, et dont quittance à moi donnée par le fils de mon propriétaire, monsieur Mabussac, ci 1,57o fr.

Ecoutez la douce voix de Mousseline disant encore ù son vieux teneur de livres: Monsieur Craquelin, passez ù l'actif.

<• Deux chevaux isabelle coûtant au moins trois mille francs...

» Une calèche de six mille francs donnée par le même, qui ne veut pas être nommé. Avoir fait un placement de deux mille francs a la caisse d'épargne. »

Maintenant parcourez du regard le passif, vous découvrirez le même ordre qu'à l'actif, Mousseline n'omet rien :

«Avoir donnéà dîner à monsieur Pelerhof, deux cents francs sans les vins. Donné trois cents francs d'acompte au sieur Trabucq, mon père et mon cuisinier; cinquante francs à ma sœur Eurydice , ma femme de chambre ; acheté deux culottes de soie à Télix, mon groom et mon frère. »

Ceci lai tel la balance du trimestre accusant d'immenses bénéfices, Mousseline interroge monsieurCraquelin, qui est aussi son homme d'affaires, sur les bons placemens d'argent qu'il conviendrait d'effectuer. Mousseline voudrait des actions des Quatrc-Canaux, des actions du chemin de fer de Paris à Saint-Germain (rive droite) ; elle place aussi en viager; ellejoue tous les mois six mille francs à la Bourse, et elle ne paie pas toujours les différences, parce que c'est encore le fils de son propriétaire, monsieur Mabussac, qui est son agent dechange.

— Vous n'avez constaté jusqu'ici que l'ordre dans la richesse : vous voudriez sans doute connaître la source de la plupart de ces richesses?.-..

— Mais il me semble, interrompit en riant le marquis de Saint-Luc, que la véritable source c'est la générosité qu'inspire Mousseline à ses admirateurs.

— Elle est sans doute une des sources, mais elle n'est pas la seule. Depuis que son teneur de livres, monsieur Craquelin, s'est retiré, examinez avec moi Mousseline avidement occupée à remuer ce moncean de lettres de toutes formes, de toutes sortes d'écritures , de toutes sortes de cachets élevé devant elle. Tous rappelez-vous ses paroles le jour où elle prit à Londres les deux portefeuilles, celui de lord Glenmour et celui du comte de Madoc? Ne. se dit-elle pas : « S'ils ne renferment que des billets de banque je suis volée. ■>

C'est que pour Mousseline il existait alors comme il existe aujourd'hui quelque chose de plus précieux que les billets de banque, ce sont les lettres qu'elle éparpille ainsi sous sa main, qu'elle ouvre avec émotion, qu'elle lit, qu'elle relit sans cesse, qu'elle consulte avec cet éclair de magnifique cupidité allumé dans ses deux yeux de sirène.

Vous ne savez pas quels trésors, quelles richesses certaines, ces lettres, ces papiers représentent pour elle. Tous ses amans viendraient à la quitter, sa beauté disparaîtrait dans l'espace d'une nuit, qu'avec ces papiers elle reconquerrait sa puissance et son autorité.

Certains hommes politiques, successivement reçus chez elle, certains grands noms dans l'administration, lui ont appris ce qu'e le peut faire avec, ces papiers, sublime théorie iloni elle, pourrait fort bien se servir un jour contre euxmêmes.

Je vais maintenant vous apprendre ce que sont la plupart de ces singuliers el terribles papiers.

— Auparavant, interrompit impérieusement le. marquis de Saint Luc. je veux savoir ce que vous avez promis de me dire sur le major de Morghcn... Je l'exige absolument de votre confiance.

— Soit, mon cher marquis, ce ne sera pas sortir d'ailleurs des limites de mon récit, ce sera seulement le rendre beau, coup plus dramatique.

Page 1