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— Spinosa, monsieur le major, ne m'est guère plus familier que 'oien d'autres philosophes.
— Vous connaissez à coup sûr du moins le paradis de Mahomet? Croyez-vous que nous soyons appelés à en jouir en passant de ce monde dans l'autre?
— Je le désirerais assez, monsieur le major; mais malheureusement je n'en sais rien.
— Eh bien! mon cher monsieur de Plenef, demain à la même heure vous saurez à quoi vous en tenir sur ces divers systèmes de philosophie...
— Moi?
— Vous, monsieur le comte.
— Vous ou moi du moins?
— Non, vous seul, monsieur de Plenef. Vous ne me demanderez pas, je présume, par quel moyen je vous mettrai à même d'acquérir cette expérience...
— Où donnez-vous vos leçons de métaphysique, monsieur le major ?
— Au bois de Vincennes.
— Et l'heure de vos leçons?
— Midi, après mon déjeuner.
— Eh bien ! monsieur le major, j'irai vous entendre demain à midi dans le bois de Vincennes. Le point de réunion ?
— La tourelle de Saint-Mandé.
— Je n'y manquerai pas.
— Ni moi non plus, dit le major de Morghen en saluant la sentinelle mise par Mousseline à l'entrée de son boudoir. Quant à Mousseline, il lui envoya un éclat de rire auquel Mousseline répondit de son côté par un autre éclat de rire.
Le défenseur, le champion de Mousseline, le comte de Plenef était un de ces très jeunes gens élevés à engraisser le minotaure appelé Paris, qui en mange deux ou trois douzaines par an. Ils accourent de leur province avec un héritage ou deux, quelquefois aussi avec un nom de famille, des prétentions outrées à l\ léganee. Ils ne. tardent pas à se montrer, le lorgnon à l'œil, le cure-dent à la bouche, la frêle cravache à la main, sur les marches du Café de Paris.
Et le badaud n'en demande pas davantage pour croire que ce sont des lions, des membres du Jockey-Club, qu'ils font courir, qu'ils jouent un jeu d'enfer et qu'ils sont du dernier bien avec l'actrice en vogue du Vaudeville. Leur règne est court ; deux ans après, il n'est plus question d'eux : Paris les a digérés dans son estomac de bronze et de feu. Ne les cherchez plus nulle part.
Quelques-uns cependant parviennent par grande faveur du sort à l'apothéose du duel et à la gloire de la mort violente. Ce sont les martyrs de la spécialité, les victimes du boulevard de Gand,où iis ont vécu et trôné pendant quelques mois. Ils s'imaginaient qu'on ne peut sans honte manger chez soi, ne pas porter des moustaches, refuser un duel slupide et accuser moins de trente mille livres de rente.
Ils se ruinent, ils se font tuer pour l'arxusement delà galerie, qui n'a pas, elle, la niaiserie de leur donner l'exemple.
Amidi, le nouvel amant de Mousseline et le majordeMor* ghen se rencontrèrent ponctuellement à Saint-Mandé, au pied de la tourelle, d'où ils s'enfoncèrent dans le bois, suivis des quatre témoins sacramentels. Ils s'arrêtèrent derrière la butte du Polygone. Là devait se vider le combat. L'affaire était trop simple pour pouvoir s'arranger.
Quand on s'est disputé pour rien, donné rendez-vous pour rien, il serait absurde et ridicule de ne pas se battre pour rien. On ne tenta aucun raccommodement. Les pistolets furent chargés et les adversaires placés à cinquante pas de distance, avec la faculté laissée à chacun d'eux de faire dix pas.
L'adversaire du major, le corn le de Plenef, tira le premier, et n'atteignit pas ; le major fut plus habile : il logea sa balle dans la poitrine du champion de Mousseline. Quand celui-ci lut par terre, pouvant à peine soulever ses paupières mourantes, iar il était mortellement frappé, le major alla vers lui, s'inclina avec un respect ironique et lui dit :
— Mon cher élève, la leçon de philosophie est complète:
LEON GOZLAN
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Ls i, relira L'honneur était satisfait.
L'honne quoi?
Quoiqu'il en soit, le corps du malheureux jeune homme tué fui a ] Icnnéaux coi I aux 1 1 ■ u
On en:.,, it pas se compro-
mettre en Iran porter. La gendarmerie locale le
releva.
Ruiné, sombre, aigri, malade, désespéré, I chargée de. la mort d'un pauvr'c Jeune liomm avait fait d'autre mal que de prendre sa place si p su ei auprès de ?.'(; ;s: eiine, lé major de Morghen disparut de ï'.iris, ce:; taie ou il était venu achever son éduca*
tion morale, politique et littéraire, et où il avait dépensé trois cent mille francs, laissé quatre cent mille francs de dettes, sa jeunesse, son bon cœur, sa naïveté, sa raison et presque son honneur.
— Mais, monsieur le chevalier, interrompît le marquis lU Saint-Luc, quand j'ai connu le major d il était loin, je l'avoue de ressembler au portrait qui i
tracer de son caractère et de sa vie; celait un homme fort gai, fort amusant, parlant chevaux, théâtres, jouant beaucoup, il est vrai, mais sans passion, gagnant avec indifférence, perdant sans sourciller.
— Nos deux portraits sont vrais, répliqua le chevalier De Profundis, et si le vôtre diffère du mien, c'est tout simplement parce que veus avez connu le major de Morghen à son second voyage a Paris, et que je vous l'ai présenté dans mon récit tel qu'il était quand il y vint pour la première fois.
— Il revint donc à Paris après tous ces événemens ? — Oui, monsieur le marquis.
— Et très riche encore?
— Sans doute. Mais écoutez la suite de son histoire, si étroitement liée, par Mousseline, a celle de lady Glenmour.
LA CIUMBRE DE LA SCWXETTE.
— Je vous ai dit en commençant l'histoire du major de Morghen que son père i tait excessivement riche ; — le major n'eut plus qu'une pensée en quittant la France pour retourner en Allemagne, c'est qu'après tout, il . our l'unique héritier de son père. Restait à savoir quand se lèverait l'heureux j< :,, ; les plus habiles n'ont, eu pareille inconstance, qu'a se croiser les bras et à attendre. 11 y en a peut-être de plus habiles. . niais n'anticipons pas.
Trop positif depuis son voyage à Paris pour se faire la moindre illusion, le jeune major n*espéraîl pas beaucoup dans le pardon de son père eh se rendant auprès de lui.
Un Allemand n'a que deux ou trois volontés dans sa vie, mais elles sont de fer.
A l'aide de quelques parens, il comptait seulement obtenir du vieillard uu notable avancement d'hoirie, quelque chose comme le liers de ses biens à venir. Ce li?rs lui suffirait pour recommencer, et, cène fuis, sans crainte d'interruption, la magique existence de Partis, à laquelle il ne voulait pas renoncer. \i ;il6t qu'il aurait en sa pi sseï beau fragment d'héritage, il r< partirait donc pour la France; il irait do nouveau briller à Paris et, le croirait -on, partager son nouveau bonheur avec Mousseline qui l'avait ensorcelé.
Et, a ce propos, penne liez-moi de vous dire, monsieur le
marquis, que les gens. i|ue les esprits forts qi ienl
pas aux fées, aux sorciers, aux sortilèges, n'onl jamais arrêté leur réflexio r es femmes de l'espèce de Moussi femmes qui se moquent ouvertement d'un homme, le trahissent à sa face, le volent à pleines mains sous ses yeux, le chassent ou le fout chasser par de nouveaux amans," le battent, le pillent, le déshonorent, le rendent par fois escroc,
voleur, assassin, et n'en sont pa< i jusqu'à l'a-
doration, jusqu'il la In
Que faisaient déplus les fées? Croyez-vous qu'elles élaient autre chose? qu'elles possédaient de plus perfides enchantemens ?
Mais revenons à notre major, et voyons-le en présence de son père qu'il espérait attendrir par le concours de tous les grands païens de la famille.
Quand le baron les eut laissés parler l'un après l'autre en faveur de son lils.il ouvrit un' secrétaire et en sortit la lettre qu i lire et qu'il lut lui-même;
\ oi i .■ peu près dans quels termes elle était écrite. Il est inutile de vous dire que c'est à lui q l'clle était directement adressée :
« Vieux colimaçon de père,
» Qu'apprénds-je, o vieillard ! Que tu ne veux plus en- » voyer de l'argent à ton fils; mais tu t'exposes à sa malé- ». diction et même a mon .ni T'oublier à te
» point ' Mais ton fils, tu ne le sais donc pas, attend cet ' pour m'acheter un : uis robes de poult
» de s lie, et une foule de bijoux plus précieux les uns » que les autres. Ton avarice me prouve clairement que » tu ignores de fond en comble la vie que ton fils mène à » Paris depuis que tu l'as recommandé à mon amie, la Mar- » quise.
» Sa vie est un songe, ô vieillard! Il vit au Café de Paris, » au Rocher de Càncale et à Frascali. Personne ne porte » mieux son vin que ton héritier. A propos d'héritier, dis- » moi, û vieillard ! quand tu désires qu'il le soi!. Prends six « mois, prends un an, prends davantage, mais ne passe pas « dix-huit mois pour effectuer ses espérai
» Si lu prolongeais trop indéfiniment son attente el celle » de tous ses véritables amis, tu le réduirais à ne plus t'ac- » corder son estime, avec laquelle je suis pour le moment, » Votre belle fille,