‹ Le siége de La Rochelle; ou, Le malheur et la conscienceChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

lie ]fIardil-Grmi.

Avant que les inthés de M. Maigret ne soient arrivé^, eecupons-nous un peu dn personnage dont nous avons parlé au commencement de cette histoira. CelA est d'autant plus nécessaire que le docteur est occupé des apprêts de son dîner, et que ses malades mômes ne pourraient le distraire d'une aussi grave occupation.

M. Tristan était on homme de trente- deux htrêhleeinq ans, d'une physionomie sévère. Des cheveux Hoirs ombrageaient son front, qui paraissait cniprelût de mélancolie. Il y avait parfois dans ses yeux une sorte d'ironie qui se manifestait dès qu'on prononçait devant lui une parole choquante ou contraire à l'équité. On le disait riche, quoiqu'il ne parlât jamais de sa fortune, et sans la tristesse qui le dominait et le rendait quelquefois dune misanthropie sauvage, il eût été aimé de tout le monde. Ce qui lui nuisait encore, c'est qu'il avait pour principe de dire hardiment la vérité, au risque de blés-

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ser Mf( eontradictmirg. Oa racontait aussi qae dans sa jeunesse il avait beaucoup souffert, et qu un amour malheureux avait contribué h lui donner cet aspect sombre, qui ne prévenait pas en sa faveur. Pour achever le portrait de Tristan» disons qu il était fort instruit, et que malgré ses souffrances morales, il avait une âme compatissante; aucune douleur ne le trouvait indifférent, et s'il ne pouvait la guérir il cherchait à la calmer.

Ses relations avec le docteur dataient déjà de quel^ ques années ; Tristan lui reprochait souvent de donner trop de soins à son estomac; mais il savait que si M. Maigret avait quelques ridicules, que s'il n'entendait pas raison à propos de l'art culinaire, il était loyal et sincère. D'un antre côté, l'originalité de Tristan plaisait tant à son ami, qu'il lui pardonnait ses philippiqnes contre la science du bien vivre. De temps à autre notre misanthrope consentait à venir dtner chez lui, car il ne pouvait oublier que le docteur était doué d un cœur excellent. La curiosité, cette fois, lui avait fait acc.epter l'invitation de M. Maigret, le plaisir de voir six hommes réunis et n'ayant d'autre but que celui de manger, lui ayant paru assez étrange. Dès quatre heures du soir, il arriva chez le médecin, et, se plaçant près de la cheminée, il attendait le moment du dtner. Il était absorbé dans de profondes réflexions, lorsque N. I^aigret vint à lui :

— Eh bien I à quoi pensez^-vous, mon philosophe?

— En voyant cette table qui tout'-à-l'hcure sera si abondamment converte, je me rappelais qu'aujourd'hui de pauvres enfants m'avaient demandé l'aumône en me disant qu'hier ils n'avaient pas soupe.

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