‹ Le siège de La Rochelle (volume 4)Chapitre 1 sur 12 · ON AMIE · texte numérisé non relu

ON AMIE

Cet ouvrage composé sous vos yeux vous a intéressée , et je trouve un grand plaisir à vous en faire hommage.

Vous devez aimer mon héroïne ; en la

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peignant, j'ai plus d'une fois pensé à vous, et tous ceux qui vous connoissent seroient bien étonnés que la vertu de Clara vous parût exagérée. Votre modestie m'interdit tout éloge, votre amitié n'a pas besoin des assurances d- la mienne. Vou9 savez que, malgré votre jeunesse, je vous regarde comme l'amie la plus solide; ainsi je ne puis vous parler ici que de cet ouvrage. Il est bien médiocre peut-être, mais il est aussi pur, je l'espère, que le nom qui honore sa première page. Pendant quelques années , de grands excès commis ont fait penser trop généralement que la force , la violence et la férocité étoient du talent, de l'énergie et du génie : cette opinion eut une funeste in-

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iluence sur la littérature, et donna naissance à des productions monstrueuses. Les passions avoient bouleversé la France , il fallut déifier les passions , en les exaltant , jusqu'au crime, on osa les offrir à l'admiration publique. Le suicide fut représenté comme un acte sublime : on ne trouva plus que de la fadeur dans la véritable sensibilité : l'amour, dans les ouvrages d'imagination, ne fut plus appelé une foiblesse ; on lui fit commettre des cruautés atroces : on ne le représenta plus qu'enveloppé de crêpes noirs, un poignard à la main, planant sur des tombeaux et méditant des crimes ; et ce fut sous cette forme qu'on en fit une verlul Le char de Vénus ne fut

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plus traîné par des colombes; Vénus elle-même , se dépouillant de la ceinture des Grâces , se transforma en Bacchante, et souvent en Furie. Alors les héros de roman, d'après cette mythologie révolutionnaire , devinrent tous des frénétiques barbares , toujours menacans , toujours furieux avec l'objet de leur idolâtrie : les uns , dans leurs rendez-vous, attendant leurs maîtresses avec l'impatience féroce qu'un brigand sanguinaire pourroit avoir en attendant sa proie, mordoient la pierre dans cette attente; les autres , dans un dépit amoureux, faisoient jaillir leur sang sur leurs maîtresses , ou les menaçoient de les jeter dans la Seine; et presque tous finissoient par se tuer. Les héroïnes ,

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de leur côté , plus passionnées encore > se prosternoient devant leurs amans, se rouloienl dans la poussière à leurs pieds , ou s'empoisonnoient , ou se précipitoient dans des fleuves, en faisant périr avec elles le fruit de leur amour qu'elles portoient dans leur seiu — (1). Les personnes sensibles qui ont trouvé ces peintures fort nobles et fort touchantes, diront peut-être qu'on auroit jamais dû présenter l'image du

(1) Je ne blâme dans ces ouvrages que ce qu'ils ont d'immoral et cet amour effroyable. D'ailleurs , j'ai loué sincèrement les talens des auteurs; et, loin de me rétracter, j'ajoute avec plaisir que leurs dernières productions sont, à tous égards, beaucoup plus dignes de talens si distingués.

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crime sur lequel toute la fiction de cet ouvrage est fondée. Ce crime est atroce; mais il n'est point produit par l'amour, et il est conté sans détails : cet affreux récit tient six lignes dans ce roman , et il n'offre rien de plus révoltant que les vers dans lesquels Racine représente V implacable Alhalie un poignard à la main , égorgeant tous ses pelits-fils au berceau. Cléopâtre , s'empoisonnant pour empoisonner son fils, n'est pas non plus un crime commun ; enfin, ce qui, dans ce genre, se supporte au théâtre, est encore plus supportable à la lecture. Peut-être, en cherchant ainsi à me faire un appui de l'autorité des grands-maîtres, nerctirerai-je d'autres fruits de cette espèce d'apologie

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que de lire dans quelque journal que je me suis comparée à Corneille et à Jlacine.

On a peint le fanatisme, c'est-à-dire^ un zèle extravagant et sanguinaire; beaucoup plus réprouvé par l'Evangile que * par la seule sagesse humaine : on a peint l'exaltation de toutes les passions dangereuses. Pour moi, j'ai voulu peindre, dans cet ouvrage , la seule exaltation qui ne puisse produire des excès nuisibles aux autres et à soi-même ; la seule qui soit toujours accompagnée d'une invariable modération de principes; la seule qui laisse subsister ensemble ce qui , dans toutes les autres , se détruit mutuellement , la douceur et l'énergie, l'enthousiasme et la raison , l'ardeur

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passionnée et la constance : j'ai voulu peindre enfin l'exaltation de la véritable piété. J'ai réfléchi à l'utilité dont elle pou voit être aux autres et à soimême , dans toutes les situations de la vie et dans l'abîme le plus profond du malheur; et c'est uniquement d'après cette recherche que j'ai composé le plan de ce roman. Ce plan exigeoit nécessairement une héroïne parfaite ; et pour la peindre telle , avec vérité et vraisemblance , je l'ai supposée humble, docile, et suivant les conseils d'un guide vertueux ; car il est impossible qu'une jeune personne, quels que soient ses principes et la pureté de son cœur, puisse se conduire toujours d'une manière irréprochable, si elle compte trop sur ses pro-

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près forces , et si elle dédaigne les conseils de l'expérience.

11 m'a semblé que, indépendamment de toute idée religieuse , cette exaltation de l'imagination et ces mouvemens passionnés de l'âme dévoient intéresser , comme études et développemens du cœur humain ; mais cette pensée n'a eu aucune influence sur le choix d'un tel sujet , et personne n'imaginera qu'en écrivant cet ouvrage, j'aie été guidée par le désir de plaire à tout le monde (1).

(i) M. de Chateaubriand a peint le premier dans un roman , d'une manière admirable , l'exaltation de la piété (dans Atala ) ; mais elle est représentée ici sous des rapports tout à fait différens. M. de Chateaubriand a décrit avec un talent incomparable les mœurs sauvages ;

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il a montré la vertu sublime dans des déserts : ici, elle est voilée, méconnue, persécutée dans la société, et forcée par un devoir positif et sacrée, non-seulement de s'immoler elle-même, mais de se cacher, de s'anéantir aux yeux de

tous les hommes Ainsi ces deux ouvrages,

quoique inspirés par la môme croyance et par les mêmes principes, n'ont entre eux, heureusement pour celui-ci, aucune e.spcce de ressemblance.

DE

ou LE MALHEUR ET LA CONSCIENCE.

Au déclin du plus beau jour d'un été brûlant , le jeune et vertueux Valmore et sa respectable sœur, fatigués d'une longue promenade dans les champs , s'arrêtèrent sur le bord d'une prairie ; Valmore tenoit par la main le petit Jules son enfant; il lui permit d'aller cueillir des fleurs. Jules, avec la gaîté de son âge , s'éloigne en courant. Valmore s'assied à côté de sa sœur sur un tertre de gazon ; et , croisant ses mains sur sa I. i

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poitrine, il contemple avec ravissement les cieux et un paysage enchanteur. De temps en temps ses yeux se reportent et se reposent sur Jules , sur cet enfant charmant, l'objet de sa plus tendre affection et de ses plus chères espérances ! Il se livre au charme d'une délicieuse rêverie ; il jouit de son bonheur , de ses projets ; il peut sans remords et sans repentir se rappeler le passé ; il ose

compter sur l'avenir! Après un

long silence, il se retourne vers sa sœur, et prenant aff ctueusement une de ses mains qu'il presse dans les siennes : 0 ma chère Amélie, lui dit-il, sous quel .astre hi reux je suis né ! Votre sage yigila ice m'a préservé des écarts si coini) is dans la jeunesse; la différence de nos âges n'est pas assez grande pour v' traire entre nous l'égalité fraternelle, et elle a suffi pour vous donner sur moi tous les droits et toute l'autorité d'une institutrice et d'une mère. Vous n'avez itlc exemple ni d'inquiétudes ni de pei-

îles; vous avez pleuré les auteurs de nos jours : j'étois trop enfant pour partager votre douleur , et depuis, guidé par vous, tout m'a réussi. J'ai perdu , il est vrai , la compagne que vous m'aviez choisie; une épouse vertueuse , et la mère de Jules devoit sans doute m'être chère ; mais son cœur peu sensible , vous le savez , ne demandoit au mien que de l'estime ; je l'ai regrettée sans perdre le bonheur. L'héritage immense du duc de*** assure à Jules un titre brillant, une grande fortune ; et , sans nuire aux intérêts de cet enfant chéri , je puis enfin disposer à mon gré de mon cœur et de ma foi. Sans doute , reprit Amélie en soupirant, je ne dois pas être étonnée que vous ayez à vingt-six ans le désir de vous remarier. Mais vous êtes heureux , et vous allez commencer une

nouvelle carrière ! Votre avenir

ne pouvoit m'offrir qu'une perspective douce et brillante ; maintenant il se couvre pour moi d'un nuage !.... Celle

que vous allez épouser est si jeune!....

Clara n'a que dix-sept ans! — Mais

elle est si naïve et si pure! Elle unit à toute l'innocence de son âge tant de raison et un caractère si parfait !

— Elle est charmante, j'en conviens, sa naissance est illustre , et je trouve bien simple que vous préfériez Clara, s m s fortune, à la riche héritière que le cardinal de Richelieu vouloit vous faire

épouser — Pourquoi donc, ma

sœur, ce mariage paroit-il vous affliger?

— Ah! je vous l'ai déjà dit, j'ai le plus invincible éloigne nient pour le père de Clara , ce taciturne Montalban , dont la physionomie re poussante forme un contraste si frappant avec la douceur

iflfectée de ses discours — Je ne

conçois pas comment . avec L'indulgem e naturelle de votre caractère , vous a\</ pu prendre une telle prévention contre un homme dont vous n'avez rien vu de

repréhcnsible — Que vous dira*» je?

1 trouve quelque chose

de si effrayant dans son regard sombre, toujours errant dès qu'on le rencontre, toujours fixe quand il croit qu'on ne le voit pas ! Il n'observe point , il épie . et c'est avec l'inquiétude d'une mauvaise conscience. D'ailleurs , tout est mystérieux dans sa conduite et dans sa vie. Né Français , il a passé vingt ans en Allemagne , et quinze depuis son veuvage ; cependant il envoya sa fille unique en France ; elle étoit encore au berceau. Eile a été élevée au couvent avec une sorte de magnificence ; on a rien épargné pour son éducation , et néanmoins son père est ruiné ; on ne sait ni ce qu'il a fait , ni qu'elle place il avoit à la cour de l'électeur de ***. Par une bizarrerie inexplicable il envoyoit à sa fille des bijoux précieux et des pierreries , sans avoir jamais fait un seul voyage pour la voir. 11 laisse entendre qu'elle aura un jour une grande fortune , et il refuse de s'expliquer là- dessus. Enfin , il n° la

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