FIN DU TOME TREMIE
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rote («), page i34»
On n'avoit point encore parlé de cette espèce de couvens , et ils sont dépeints ici avec la plus parfaite exactitude. En général , on a fait dans ces derniers temps les descriptions les plus fausses et les plu* calomnieuses des couvens, parce que ces descriptions ont toujours été faites par des hommes , ou par des protestans qui n'avoient à cet égard aucune connoissance, et qui ont donné pour des faits des conjectures très-fausses , et souvent même ridicules ; Les hommes n'ont pu entrevoir que les monastères régis par des abbesses ; il y avoit dans ceux-là de grandes richesses , des espèces de cours ; et quoique les mœurs y fussent d'une irréprochable pureté, il s'y trouvoit quelquefois des prétentions ambitieuses, par conséquent des espèces de rivalités, et des tracasseries, mais beaucoup moins fréquentes et moins vives qu'on ne le croit communément. On ne voyoit rien de semblable dans les couvens gouvernés par des prieures triennales. Le gouvernement , là , étoit sans faste , il ne donnoit point de représentation imposante , il n'était qu'une charge très-faligante : aussi n'intriguoit-on point pour l'obtenir; l'intérêt Je toutes étoit qu'il fût déféié à la plïjs digne , sur-
tout dans les couvehs consacrés à l'éducation de la jeunesse , et les élections prouvoient toujours que la raison et non la brigue avoit décidé les suffrages.
NOTE (b) , page 180.
On sait qu'entre autres, Bourdaloue ne voulut point être évêque , et qu'il refusa la direction de madame de Main tenon , toute-puissante alors. Madame de Maintenon, retirée à Saint-Cyr, rapporte avec détail ce trait dans ses lettres ; elle ajoute : « Je l'en estimai « davantage , car à celte époque ma direction n'éloit « pas à dédaigner ».
note (c), page 188.
Ce fut avec le secours de ces pieuses dames , et ceux de ses amis, que saint Vincent de Paul lit un nombre prodigieux de fondations de charité : entre autres celles de l'Hôtel - Dieu , «le l'Hôpital des Enfans-Trouvés , et de l'Hôpital-Général pour les vieillards et les infirmes. L'association des dames de Charité donua pour ces établissemens des sommes immenses. L'une d'elles , pour l'Hôpital-Général , donna cinquante mille francs à la fois, une autre assura seule une rente foncière de mille écus. En outre, elles firent des quêtes à la cour et à la ville , elles intéressèrent à celle entreprise la France entière. Toutes les femmes de la ville travailloient alors à faire des chemises pour les pauvres : elles en firent dix mille, Les dames de chanté alJ.oi.enl deux lois
par jour à l'Hôtel-Dieu soigner les malades, leur porter des rafraîchissemens, et instruire, par leurs exemples , les sœurs Grises instituées par St. Vincent. Ce dernier était intimement lié avec le commandeur Brulard de Sillerv , qui avoit été ambassadeur en Espagne et en Italie , et qui possédoit une grande fortune. Le commandeur renonça à toutes ses places , congédia ses domestiques , auxquels il fit des pensions , quitta son hôtel de Sillerv, vendit ses meubles et ses bijoux , distribua cet argent aux pauvres , sous la direction de saint Vincent , et céda ses revenus aux hôpitaux fondés par saint Vincent, ne se réservant qu'une petite pension alimentaire. Outre ces pieux établissemens , saint Vincent , avec les libéralités inépuisables de ces mêmes personnes , envoya de prodigieux secours dans la Lorraine, dévastée et ruinée par les guerres. Des missionnaires fondés par lui, partirent et allèrent distribuer cet argent sur les lieux. Cette ferveur de Charité dura autant que les malheurs de cette province , c'est-à-dire , environ dix ans , et , dans cet espace de temps , saint Vincent envoya par ses missionnaires, à diverses époques, environ seize cent mille francs d'aumônes. On a remarqué qu'un seul frère de la mission , pendant dix années, fit cinquante - trois voyages en Lorraine; et ce qui parut merveilleux, c'est que presque tous ces voyages se firent aux travers des armées et des lieux remplis de soldats et de pillards , et que jamais un seul missionnaire ne fut vol», ni fouillé: ils arrivèrent tous heureusement dans les lieux où ils alloient distribuer les aumônes. Une grande quantité des malheureux habitans de la Lorraine vinrent se
réfugier à Paris. Saint Vincent leur procura des asïley et la subsistance ; il exerça la même charité à l'égard des Anglais et des Ecossais catholiques , que des persécutions amenèrent à Paris ; il procura les plus généreux secours à la ville d'Etampes, affligée de la disette et d'une affreuse maladie épidémique , durant le campement des armées aux environs de Paris.
Comme il n'est pas inutile , pour la vraisemblance de ce petit roman, de faire connoître les mœurs de ce siècle, on terminera celte note par deux citations intéressantes : la première estunarticledes régleineus des sœurs de la Charité faits par saiut Vincent, et conçu en ces termes :
« Les sœurs de Charité ne recevront aucun pré-
« sent, tant petit soit-il , des pauvres et malades
« qu'elles assistent, se gardant bien de penser qu'ils
« leur soient obligés pour le service qu'elles leur
i rendent, vu qu'au contraire elles leur en doivent
« de reste, puisque, pourune petite aun.ôneqn'elles
« leur font, non de leurs biens propres, mais de
« leurs soins, elles se font des amis dans le ciel,
« qui les recevront un jour dans les tabernacles éter-
* nels. »
La religion peut seule donner un tel désintéressement, en proposant un tel but, et en promettant une semblable récompense. Ce règlement du saint fondateur a toujours élé fidèlement observé par ces respectables religieuses. Beaucoup de personnes de la société (avant la révolution ) se faisoient soigner par elles, et n'ont jamais pu, sous aucune forme ,
leur faire accepter le plus léger présent. On peut citer entr'autres M. le duc de Laval , qui , pour un mal à la jambe, fut pansé deux fois par jour pendant plusieurs mois par deux, sœurs de la charité, qui refusèrent constamment tous les dons que leur olfrit, dans cttle occasion, la reconnoissance la plus noble et la plus ingénieuse.
Voici la seconde citation qui peint si bien la charité de ce temps : saint Vincent recommandant un jour aux prières de sa communauté ces pieuses filles , dit les paroles suivantes :
« Je recommande à vos prières les filles de la Cha- « rite que nous avons envoyées à Calais pour assister « les pauvres soldats blessés : de quatre quelles « étoient, il y en a deux de décédées, et qui étoient « les plus fortes et les plus robustes de leur campait gnie, et voilà qu'elles ont succombé sous le faix ! « Imaginez-vous , Messieurs , ce que c'est que quatre » pauvres filles à l'entour de cinq ou six cents soldats « blessés ou malades , et toujours des maladies con- « tagieuses? En vérité, Messieurs, cela est touchant ! « N'est-ee pas une action de grand mérite devant « Dieu, que des filles s'en aillentavec tant de courage « et de résolution parmi des soldats malades, qu'elles « aillent s'exposer à de si grands travaux ; à de i'A- « cheuses maladies , et enfin à la mort , pour ces gens « qui se sont exposés aux périls de la guerre pour le « bien de l'état? Nous voyons donc combien ces pau- « vres filles sont pleines de zèle pour la gloire de « Dieu , et par conséquent pour l'assistance du pro-
« chain. La reine nous a fait l'honneur de nous écrire, « pour nous mander d'en envoyer d'autres à Calais > « afin d'assister ces pauvres soldats, et voilà que « quatres'envont partir aujourd'hui. Uned'entr'elles a âgée de cinquante ans , me vint trouver vendredi « dernier, à l'Hôtcl-Dieu où j'étois, pour me dire « qu'elle avoit appris que deux de ses sœurs étaient « mortes à Calais , et qu'elle venoit s'offrir à moi pour « y être envovée à leur place, si je le trouvois bon. « Voyez , Messieurs , le courage de ces pauvres filles à « s'offrir de la sorte commedes victimes pour l'amour « deJ.C. ! Cela n'tsl-il pas admirable *•? »
Telles furent les mœurs de ce siècle religieux , et tels sont les fruits de la religion.
note (d) , page 222*
Dans tous les temps, la religion a produit des actions de cette charité si touchante; et même de nos jours , un pieux ecclésiastique a sauvé ainsi la % Le au jeune homme le plus intéressant par ses sentimens , sa conduite et son courage (un des fils de M. Bourgoiug).
Pour peindre toute la sublimité de la charité chrétienne, on ne peut rien inventer, la réalité surpasse tout ce que l'imagination peut créer. Cette charité généreuse est un feu céleste qui paroît moins éclatant à de certaines époques , mais qui ne s'éteindra jamais.
"Toute cette noie est tirée delà Viede saint Vincent (le Faùl, par Louis Abclli>é\è<piedeRodez. Un vol. 8°.
>~OT£S. agi
note (e), page 234-
Ce renoncemenl au monde et à toute ambition fut assez commun dans ce siècle. On ne fuyoit point les hommes par raisantropie, on s'en séparoit par défiance de soi-même ; le père Auge de Joyeuse , frère du duc de Joyeuse, qui se noya dans le Tarn, ne se fit capucin qu'après avoir été répandu dans le plus grand monde.
Le comte de Moret, fils naturel de Henri IV et de mademoiselle deBeuil, comtesse (Je Moret, fut , selon les uns , tué au combatdeCastelnaudarv (en 1602), et, selon les autres , il ne fut pas tué, mais laissé pour mort sur le champ de bataille , et secouru par des paysans. 11 se fit ermite.
On a en général une très-fausse idée des solitaires religieux et des pères du désert. On croit que ces saints personnages se dévouoient entièrement à la méditation , et que rien ne pouvoit les arracher de leur retraite. On voit au contraire dans la Vie des Saints , et dans celle des Pères du désert , que ces pieux cénobites n"hésitoient jamais à quitter leur solitude, lorsqu'ils avoient le moindre espoir d'être utiles dans le monde. Ce fut ainsi qu'une infinité de solitaires s'arrachèrent des grottes du désert pour aller, dans des temps de contagion, soigner des pestiférés abandonnés de leurs amis et de leurs pioches. Ils conservoient avec le monde cette seule relation qui permettoit de les appeler quand leur charité sans bornes pouvoit être utile. D'ailleurs, la plus grande partie d'entr'eux travaillent dans le désert pour les pauvres;
les uns faisoient des corbeilles , les autres cultivoient des légumes ; ils alloient tous les mois dans les villes rendre, au profit des pauvres, ces diverses choses ; et là ils étoient informés des calamités publiques. Ce fut ainsi que saint Ai-ïiaque , ou saint Téléhaque, apprenant que les combats de gladiateurs avoieul toujours lieu , vint du fond de l'Orient à Rome , pour travailler à l'abolition de ces jeux barbares. Il eut le courage d'aller seul dans l'arène des gladiateurs et de les haranguer en leur reprochant leur cruauté au nom de la religion. On l'écoutaavec étonnement dans ua profond silence ; mais ensuite le peuple, irrité qu'on voulût le priver d'un spectacle qu'il aimoit, se jeta sur Télémaque et le massacra. Aussitôt après la mort de ce martyr de la religion et de l'humanité, Honorius abolit ces combats.
note (/*) , page 234.
On doit à la religion la seule morale qui ait une base solide et un but, et la seule dont tous les principes soient toujours purs et conséquens. On doit à cette morale, et aux saints qui l'ont prèchée, la civilisation de l'Europe. Un grand nombre de saints ont été législateurs , et toujours avec le plus heureux succès : saint Patrice en Irlande, saint Kilda dans l'île de ce nom , saint .Martin en Italie , saint Louis en France, et tant d'autres en Ecosse, en Allemagne, en Espagne , en Portugal, etc.
Dans les premiers siècles du christianisme , des pêche lus se réfugièrent sur un rocher nomme -Ma-
NOTES. a93
elovven : des fugitifs du royaume de Kent se joignirent à eux, et cette peuplade forma bientôt une nombreuse socie'té de pirates. De pauvres religieux s'établirent sur ce même rocher; et , parmi les bandits féroces qui ne vivaient que de guerre et de rapines, ils osèrent prêcher la justice et la paix : s'ils n'eussent fait que débiter les maximes vagues d'une morale sans base et sans autorité, on les eût exterminés; mais ils parlèrent avec simplicité au nom de Dieu même. La curiosité, l'étonnement, le respect et l'admiration devinrent leur sauve-garde : on les écouta. Cepeuple naissant embrassa le christianisme; les religieux, l'Evangile à la main , lui donnèrent des lois. Un évêque fut appelé; il consacra avec pompe le rocher Macloweu : les habrtans et les maisons se multiplièrent; il se forma une ville; et elle prit le nom révéré du saint évêque, qui acheva de perfectionner sa police et ses lois : c'est aujourd'hui la ville de Saint-Malo,
hote (g), page 207.
Les lettres qui nous restent de saint Françoisde-Sales sont le monument le plus touchant de la piété filiale et de la tendresse fraternelle; rien n'a jamais surpassé son affection pour sa mère , ses frères et ses nièces. La piété, loin d'affoiblir les sentimens légitimes, les fortifie en les épurant; elle les dépouille de toute personnalité; elle leur donne un désintéressement sublime, qui peut seul rendre capable de dévouement et des sacrifices les plus héroïques.
note (/<), page 247-
Ou voit, aux environs de Hambourg, une pefjle montagne, au Lord de la mer, qu'on appelle le cap hes Veuves , parce que les femmes des matelots , privées de leurs maris durant leurs courses sur mer, vont sans cesse sur ce cap, dans l'espoir de découvrir, au loin, les na\igateurs. Ce fait motive l'invention de ma colline de l'Espérance. Les mœurs champêtres (faute d'observation) sont si peu variées dans les livres , que , lorsqu'on peint des usages nouveaux , on a besoin de citer des exemples, pour éviter d'être accusé de manquer de vraisemblance en fondant des fictions sur des coutumes imaginaires. On peut tout inventer , à l'exception des usages et des mœurs.
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