‹ Le siège de La Rochelle (volume 4)Chapitre 8 sur 12 · EW LE SIÈGE · texte numérisé non relu

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et même à l'insu de votre père. Je vais le vendre aujourd'hui ; vous paierez une pension, et vous coucherez ce soir dans un appartement particulier, A cette proposition, Clara réfléchit un moment; ensuite, prenant la parole :

î\on , mon père , dit-elle , non ; ce diamant n'est plus à moi. En allant à 1 échafaud j'en ai disposé ; j'ai promis à Dieu de le donner aux pauvres : ce fut mon testament ; il n'est plus en mon pouvoir de le révoquer. Ne suis -je pas morte civilement ? ma voix en justice n'est plus comptée, ma signature est nulle. Clara n'existe plus. Que du moins le peu de bien qu'elle a pu faire lui survive ! Gardez ce diamant , nous le vendrons pour accomplir la première bonne œuvre que vous m'indiquerez — Ma chère fille , vous n'aviez donné ce diamant que dans la croyance que vous alliez cesser d'exister. Vous vivez , il est aujourd'hui votre seule ressource ; vous pouvez

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sans scrupule en faire usage. — Non , mon père, j'aime-mieux rester à jamais dans l'état où je suis ; le souvenir de cette action m'y soutiendra. Hélas !

c'est la seule de ce genre que je pourrai faire; dois-je la laisser échapper?

— Je ne devois pas vous la conseiller, mais elle me touche et m'édifie. Quant au bracelet qui vous fut donné par Valmore , il doit toujours être rendu, il ne vous est pas permis de garder le portrait d'un homme qui n'est plus destiné à devenir votre époux. — Cependant, mon père j'avois fait le serment de porter ce bracelet toute ma vie. — Oui, parce que vous ne doutiez pas que Yalmore ne dût recevoir votre

foi sous peu de jours — Oui, je n'en

doutois pas , s'écria douloureusement Clara; il n'y a pas encore six jours qu'il ne m'étoit possible de voir dans l'avenir que bonheur, tranquillité!

Valmore m'estimoit, me. chérissoit, et

maintenant , grand Dieu ! Ses

pleurs lui coupèrent la parole. Le père Arsène ne montra pas une sévérité déplacée; il ne faisoit jamais de sermons inutiles ; ii suivit ce précepte divin , donné par le suprême consolateur : Pleurez avec ceux qui pleurent 3 et bientôt les larmes de Clara coulèrent avec moins d'amertume. Mon père dit- elle, vous avez raison en ceci

comme en toutes choses Renvoyez

ce bracelet — Et vous , ma fille ,

reprit le père Arsène , autant que la foiblesse humaine vous le permettra , écartez de votre imagination des pensées qui vous accablent. Descendez au fond de votre conscience, vous y trouverez de nobles consolations. Au milieu de votre abaissement apparent , considérez, ma fille, quelle est la hauteur merveilleuse de votre destinée : vous ii et. s point le jouet des événemens , vous avez été déclarée coupable, i! ne lenoit qu'à vous de vous justifier; on

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vous a conduite à l'échafaud , vous pouviez en disant un mot n'y pas aller. Vous voilà dans la société la plus vile , dans le séjour le plus humiliant, mais sans être forcée de trahir votre secret; vous êtes la maîtresse de le quitter ce soir, c'est une volonté généreuse qui vous y retient. Ainsi , chacun de vos malheurs développe en vous un sentiment vertueux. Vous n'êtes point entraînée dans cet abîme de misères humaines par une invincible nécessité :

c'est votre âme qui dispose toujours de tout ; c'est elle qui , vous plaçant en présence de Dieu, vous fait tout sacrifier au désir de lui plaire ; c'est elle qui vous montre une gloire qui ne se flétrit point ; c'est elle enfin à qui vous devez cette douce résignation , et qui vous donnera la sainte persévérance...

Enfant chérie , que je porte dans mon cœur, ranimez-vous ! Je m'attendris quand vous souffrez , et néanmoins je ne puis vous voir que triomphante.

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Souvenez-vous que la noble victime de la vertu qui s'immole elle-même, ne doit ni s'aflliger ni gémir. — Eh Lien 1 mon père , s'écria Clara , je me rendrai digne de votre indulgente bonté ; je surmonterai toutes mes foiblesses. Elle parlait encore , lorsqu'on entra dans le parloir pour lui dire que la prieure la demandoit. Clara , fortifiée par les discours paternels du pieux Arsène , le quitta pour aller sur-le-champ trouver la prieure. Elle s'étonna en voyant qu'on ne la faisoit pas entrer dans la classe , et qu'on la conduisoit dans le corps de logis même des religieuses.

Arrivée à l'appartement de la prieure , elle eut un bien plus grand sujet de surprise. La prieure l'ayant faite asseoir : je suis charmée de vous annoncer , lui dit-elle, que vous ne rentrerez pas dans l'hospice, vous allez quitter cet habit, et reprendre vos vêtemens ordinaires quon vient d'envoyer ici. A ces mots , Clara ne put retenir ses

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larmes , en pensant que ses habit» venoient du château de Valmorc, où elle les avoit laissés. Et voilà encore , continua la prieure, la cassette qui contient vos bijoux et vos pierreries

Toutes ces choses ne sont que des restitutions Une autre main, qui

veut être ignorée , paiera pour vous une pension ; un notaire vient de m'en apporter l'acte. — Ah! n'en doutez pas, interrompit Clara en fondant en larmes, c'est toujours la même main... — Quoi qu'il en soie , reprit la prieure , il ne vous est pas possible de refuser cette pension anonyme; j'ai le droit de l'accepter pour vous, et j'en ai usé : j'ai signé lacté. On prépare votre appaiv tement, vous y serez installée dans une heure. Une sœur converse y logera avec vous pour vous servir; on vous y portera votre nourriture, qui doit être préparée à part , on vous fournira pour vos broderies , l'étoffe . les laines et les soies que vous désirerez avoir. Vous.

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