‹ Le siège de Paris, 1870-1871Chapitre 1 sur 23 · PARIS CHEZ L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PARIS CHEZ L'AUTEUR

g3, BOULEVARD SEBASTOPOL, g3 I903

Cher Monsieur,

Soldat de 1870-yi, défenseur de Paris assiégé, vous avec cru qu'il ri était pas inutile de fixer, dans ces pages, vos souvenirs.

C'est avec raison que vous pensiez ainsi et je vous en félicite. De tels récits, émouvants dans leur simplicité, sont de nature à entretenir che\ les jeunes générations la flamme du patriotisme, en leur apprenant de quelle façon leurs pères surent faire leur devoir.

Mes compliments et ma sympathie.

François COPPÉE.

Paris, le 1 4 janvier i go 2.

Mon Cher Ami,

Vous ave\ eu raison de soumettre votre travail à mon approbation, sans crainte du jugement et des critiques que je pouvais élever sur le but que vous poursuive^ et sur la véracité des faits que vous évoque^. Je vous remercie d'avoir eu confiance dans le témoignage de votre ancien chef. Ces lignes vous diront que je suis entièrement de cœur et de pensée avec vous.

Votre but! C'est de faire revivre un passé malheureux mais non sans gloire, c^est de montrer aux jeunes soldats ce qu'ont fait leurs aînés et c'est aussi leur tracer le plus grand des devoirs, l'amour de la France! Tous ceux qui aiment la Patrie et son Armée seront heureux de vous lire à l'heure néfaste où notre 'noble Drapeau est traîné dans la boue. Mais l'emblème aux trois couleurs ne peut être souillé! Il est noir de poudre, notre pur et glorieux Drapeau ! La mitraille lui a fait mille blessures et la boue ne fait que traverser ses plaies sublimes.

En racontant, mon cher ami, vos poignants et pittoresques souvenirs du brave i36 e de ligne que j'ai eu l'honneur de conduire au feu, vous n'aveç

pas exagéré les sentiments et les pensées des petits troupiers du siège de Paris. Quand les vieux régiments eurent disparu dans les grandes batailles de Lorraine et d'Alsace, il semblait que tout était perdu et que les Prussiens allaient entrer tranquillement dans Paris, l'arme sur l'épaule. Mais du sol inépuisable de la France surgit une floraison nouvelle de soldats. C'est à cet instant critique et presque désespéré de notre existence nationale qu'il fallut former de nouveaux régiments, forger de nouvelles armes contre l'ennemi! Armer, habiller, discipliner et instruire les jeunes hommes que la France nous donnait pour la défendre, c était là, je vous assure, une tâche difficile. Nous l'avons remplie.

J'ai eu l'honneur de former le I er zouaves de marche, devenu 4 e de l'arme. Dieu seul et mes %ouaves peuvent seuls témoigner des efforts de leur premier colonel. Mais j'ai aussi été récompensé au delà de mes espérances. Je suis fer de mes zouaves de 18 y 0-7 1 ! Vous-même, mon cher ami, vous leur rendez pleine et entière justice dans votre livre; vous avez vu ce qu ils ont su faire à la Malmaison, à V illier s et à Buzenval.

Votre brave régiment m est aussi resté dans la mémoire. Je peux dire qu'il rivalisait d'entrain et de dévouement avec son frère d' armes le 4* zouaves. Du reste la division de Bellemare était une des plus solides de l'armée de Paris.

En vous lisant, c'est bien le siège de Paris que je retrouve. Fidèlement vous racontez l'existence du petit troupier d'alors. J'ai été le témoin de

toutes ses souffrances, je tai vu intrépide sous le feu, stoïque dans les grand' gardes glacées de décembre et de janvier, La faim le talonnait, le froid le raidissait sous ses pauvres vêtements usés; n'importe! il savait souffrir sans murmurer. Et quand il fallait marcher au feu, il y allait crânement et joyeusement. C'est que de l'âme du petit soldat l'étincelle généreuse jaillit toujours quand on sait faire appel à son courage qui a fait la France la plus grande des nations !

Je souhaite, mon cher ami, le plus grand succès à votre livre si vrai et si moralisateur. J'applaudis des deux mains à votre entreprise. Vous pouvez être assuré que votre vieux général sera très heureux de voir son ancien et brave soldat recueillir la récompense méritée par ses patriotiques efforts.

Agréeç, mon cher camarade et ami, l'assurance de mes sentiments affectueux et dévoués.

Général FO URNES.

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