‹ Le siège de Paris, 1870-1871Chapitre 14 sur 23 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

DE

MM. les Généraux FOURNÈS et COLONIEU

Paris, le 22 mars 1897.

Mon cher Monsieur,

Votre aimable lettre est venue raviver des souvenirs inoubliables qui me restent chers, le siège de Paris ! où, dans ces terribles et longs mois de combats incessants et de misères de toutes sortes, les braves régiments que j'ai eu l'honneur de conduire au feu ont fait preuve de toutes les vertus militaires en tenant haut et ferme le drapeau de la France qui, malgré tous ses revers, sera toujours la Grande Nation !

Oui, braves et petits soldats ! Je les vois encore, manquant souvent de tout, mais non découragés, affrontant la mitraille au mépris même de la mort! Oui, braves et petits soldats, capables de tous les dévouements et de tous les héroïsmesî Oui, gloire à eux!

Vous avez eu une noble pensée, mon cher Monsieur, de faire l'histoire de ce petit troupier pendant les mémorables journées du siège de Paris,

je vous en félicite et souhaite à votre œuvre tout le succès qu'elle mérite. Il faut, en effet, réveiller le patriotisme parmi la génération actuelle, en lui mettant sous les yeux l'exemple des aînés. Patriotisme qui, hélas I diminue un peu. On devient égoïste, on oublie, et le sublime espoir de la revanche paraît abandonné par la masse. Que la jeunesse garde donc au fond du cœur et le souvenir des deuils et l'espérance de la vie ! Nous devons employer toutes nos forces à réveiller ce sentiment quelque peu endormi et remettre tout en œuvre et en lumière pour ranimer le feu sacré attiédi. Votre petit livre sur le brave petit soldat y contribuera, j'en suis certain.

Quant à ce qui me concerne, laissez ma personnalité de côté, mais venez me voir, ce sera pour moi une bonne occasion de causer avec un ancien compagnon d'armes.

Agréez, mon cher camarade, l'assurance de mes sentiments affectueux.

Général Fournès.

Mostaganem, le 27 mars 1897.

Monsieur,

En réponse à votre lettre du 23 mars courant et conformément au désir que vous m'exprimez, j'ai l'honneur de vous adresser une photographie.

Vous verrez que j'ai vieilli. Dame 1 soixante et onze ans passés !

Je désire de tout mon cœur la réussite de l'ouvrage que vous avez entrepris et par réussite, j'entends celle que vous cherchez, qui consiste à perpétuer intact et bien vivant le souvenir de Pannée terrible, à maintenir dans le cœur de la jeune génération les sentiments qui ont bouillonné dans le nôtre et surtout de bien lui rappeler que l'Alsace et la Lorraine sont toujours à la France par le cœur jusqu'à ce qu'elles reviennent à leur Patrie chérie, soit par les armes, soit par des événements de la Providence.

Veuillez agréer, Monsieur, l'expression des sentiments de patriotisme que je partage avec vous et celle de mon entier dévouement.

Général Colonieu.

Mostaganem, le 19 décembre 1897.

Cher Monsieur,

Vous ne vous êtes pas trompé en pensant que votre patriotique souvenir de nos luttes de 1870- 1871 trouverait un écho fidèle dans mon cœur. Je suis très heureux de l'initiative que vous avez prise de faire remémorer par la municipalité de Bry-sur-Marne les efforts du 1 36 e et du 4 e zouaves. Je vous suis reconnaissant de m'avoir associé à la joie de votre réussite. Je suis vieux, aujourd'hui, et ne puis espérer prendre part à une revanche rendue si possible avec le concours de la grande et généreuse nation russe.

C'est un de mes regrets les plus vifs. Mais j'espère que la France compte encore des braves cœurs comme le vôtre et qu'il sera donné un jour à nos petits enfants de venger leurs pères.

Veuillez agréer, cher Monsieur, l'expression de ma confraternité de sentiments français avec vous, et celle de ma sympathie bien vive ainsi que tous mes encouragements dans tous vos efforts patriotiques.

Général Colonieu.

Les sentiments si purs et si élevés, les accents d'ardent patriotisme qui se dégagent des lettres de MM. les généraux Fournès et Golonieu, ont détruit mes dernières hésitations. Devant de tels encouragements je me suis décidé à publier ce volume.

Cet ouvrage voit le jour à une époque unique et néfaste de notre histoire, aux heures où notre noble Patrie, son armée et son drapeau sont traînés dans la boue par un parti innommable.

Les faits que j'expose, l'époque où ils se sont passés sont presque d'hier par le souvenir indestructible que la grande majorité des Français en garde.

Je ne pense pas m'être rendu coupable d'exagération.

Les sentiments que j'exprime sont exactement ceux que le soldat du siège de Paris portait dans son cœur. Il est absolument vrai qu'il nourrissait une grande aversion contre la Garde Nationale.

Loin de ma pensée de vouloir blesser beaucoup de braves gens peu préparés aux dures exigences de la guerre ! Je ne veux pas médire des hommes, mais d'une organisation défectueuse et déplorable dont l'élection des officiers par les soldats a été le primordial et incurable défaut. Les chefs doivent être nommés par une autorité supérieure et les hommes n'ont qu'à obéir! Hors de là, pas de triomphe et pas de salut pour une armée !

Dans ces quelques lignes je tiens à acquitter de tout mon cœur une dette de reconnaissance envers MM. les généraux Fournès et Colonieu.

Je les remercie profondément des encouragements qu'ils m'ont donnés, de la confiance qu'ils m'ont accordée et des marques d'affectueuse estime qu'ils m'ont offertes. Simple soldat, sous leurs ordres en 1870-71, j'ai pu et su apprécier hautement leur héroïque constance, leur intelligence élevée, leur courage à toute épreuve et la sollicitude dont ils savaient entourer leurs pauvres et braves soldats.

C'est avec joie que je viens, ici, leur payer le tribut d'admiration qui leur est dû.

Ils ne le refuseront pas, j'en suis certain, car je pense avoir trouvé le chemin de leur cœur, en évoquant des souvenirs qui leur sont chers et en racontant les souffrances de l'Armée de Paris, qu'ils surent si héroïquement conduire au feu et à la mort.

3fe

FOURNÈS (Jean-Martin) Général de brigade.

ETATS DE SERVICES

l'infanterie légère, engagé volontaire . i er février 1843.

— caporal 22 novembre 1843.

— sergent-fourrier. . 12 octobre 1844.

•maie de tir. . . . serg.-maj. instruct. i5 octobre 1846.

de zouaves . . . sous-lieutenant . . 25 mars 184g.

de zouaves . . . lieutenant 6 février i853.

— capitaine 12 décembre i855.

étranger chef de bataillon . 5 mars 1864.

ïnt d'infanterie. . major 5 mars 1864.

Dn de chasseurs . chef de bataillon . 12 août 1864.

ent d'infanterie. . lieutenant-colonel. 24 décembre 1869.

zouaves de marche colonel 26 septembre 1870.

rit de zouaves. . . colonel 20 octobre 1870.

.éral de brigade le 8 décembre 1870.

ipagnes.

CAMPAGNES

Afrique.

Italie.

Mexique.

Corps expéditionnaire de Rome.

Contre rAllemagne.

A l'intérieur, armée de Versailles.

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