‹ Le siège de Paris, 1870-1871Chapitre 20 sur 23 · ORDRE DE MOUVEMENT POUR LA JOURNEE DU 2 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

ORDRE DE MOUVEMENT POUR LA JOURNEE DU 2 DÉCEMBRE

La division de Bellemare qui aura passé la nuit au village de Merlan sera sous les armes avant le jour. Elle se portera en avant par la route de Rosny à Bondy, traversera le canal et se formera face à Aulnay, derrière le chemin qui va de Bondy

(1) Chaper, enquête, cité par M. Duquet (Paris, le bombardement et Buqenval).

(2) Cet ordre de mouvement, le journal des marches du i36 e de ligne, tous les divers tableaux ont été pris dans Y Historique du i36* de ligne ^ dressé par M. le lieutenant Montagnon.

^ î)rancy et à gauche duquel seront établies des batteries de positions.

Le bataillon des Francs-tireurs gagnera la route des Petits-Ponts en se prolongeant vers la gauche et se portera sur la ferme de Groslay, ou il s'établira solidement.

La deuxième brigade suivra ce mouvement en s'échelonnant par sa gauche et se portera contre le chemin de fer de Soîssons où elle s'établira dans le prolongement de la division Courty, se rapprochant le plus possible vers la droite du point où la route des Petits-Ponts coupe le chemin de fer de Soissons.

Elle se mettra immédiatement à l'œuvre pour relier par une tranchée ledit chemin de fer à la ferme de Groslay, cherchant ainsi à se couvrir des feux qui pourront venir de Blancmesnil, d'Aulnay et de la ferme de Nonneville.

La i re brigade restera en réserve derrière le chemin de Bondy à Drancy, sa gauche appuyée à la redoute des Petits- Ponts... La division de Bellemare et la brigade Reille attaqueront Aulnay par la gauche et chercheront à s'y loger en même temps que la division Courty franchira la Morée entre Aulnay et Blancmesnil, cherchant à tourner ce dernier village par sa droite, et que la division l'abordera par le sud-ouest... Les têtes de colonnes d'infanterie seront toujours suivies de près par les mulets chargés d'outils et les sections de sapeurs du génie, de manière à pouvoir établir des tranchées, des épaulements et des batteries aussitôt qu'une position sera conquise.

JOURNAL DES MARCHES, RECONNAISSANCES ET GRAND'GARDES DU I 3 6 e DE LIGNE DU 23 DÉCEMBRE 187O AU î6 JANVIER I 87 I .

Différents indices faisant croire à une attaque probable, la division prend les armes le 23 à 1 1 heures du matin; elle se forme sur la gauche du canal de l'Ourcq, la droite à 3oo mètres à l'ouest de Bondy, en colonnes par demi-bataillons, à demi-distance, à 3o pas d'intervalle, avec des réserves à 3oo mètres en arrière.

A 5 heures, la i rc brigade se rend aux tranchées, entre Bondy et Drancy; la 2 e reprend ses cantonnements à Noisy-le-Sec. Le 24 décembre, le i36 e prend la garde des tranchées en remplacement de de la brigade Fournès (i re ). Il y a un bataillon dans les tranchées depuis Bondy jusqu'à la route des Petits-Ponts, carrefour du chemin de Bondy à Drançy; les deux autres sont placés en réserve dans la redoute élevée en arrière, vers la droite de de la ligne.

Le 25, au matin, une reconnaissance d'une grand'garde du bataillon des Francs-tireurs cantonné à la ferme de Landeau, signale la présence de l'ennemi dans le parc du Raincy.

La division prend les armes avant le jour et se forme sur la droite du canal de l'Ourcq, la 2 e brigade en tête, la i re en réserve, le batailion des Francs-tireurs placé à la droite de la 2 e brigade.

A 10 heures et demie, on reprend les cantonnements.

A midi, le 1 36 e est relevé dans les tranchées par un régiment de la 2 e division.

Le 26, nous prenons les armes à 7 heures du matin, et, après avoir formé les faisceaux, nous rentrons dans nos cantonnements.

Le 27, dès 7 heures et demie du matin, rennemi démasque des batteries sur les hauteurs du Raincy, de Gagny, de Chelles, de Noisy-le-Grand et ouvre le feu sur le plateau d'Avron et les forts de Rosny, Noisy, Nogent.

Le plateau d'Avron est l'objectif principal des Allemands.

Informé de ce bombardement, le général Ducrot mit le 2 e corps à la disposition du général Vinoy ; celui-ci, usant de l'offre, appelle à lui la 2 brigade (Colonieu) de la division Bellemare ; elle part à midi avec deux batteries, dont une de quatre et l'autre de mitrailleuses. A 7 heures du soir, la i re brigade vient remplacer la 2 e qui va se cantonner à Noisy.

Le 28, le bombardement continue ; l'évacuation du plateau d'Avron est décidée. Elle s'effectue dans la nuit du 28 au 29, protégée par la division d'Hugues et une partie de la division de Bellemare. (i re brigade, la 2 e est sous les armes.)

Le 29, toute la division de Bellemare s'installe à Noisy.

N'ayant plus à s'occuper d'Avron, les Allemands concentrent leurs feux sur les forts de l'Est et les villages voisins. Noisy-le-Sec est particulièrement bombardé ; aussi, le 30, la division de Bellemare quitte cç village pour s'installer, la i re brigade à

Montreuil, la 2 e à Bagnolet. Le 1 36 e fournit un bataillon de garde à Rosny ; celui-ci se couvre par une compagnie détachée en avant du village sur le plateau d'Aviron.

Pendant la nuit, les Prussiens font une reconnaissance de ce côté et viennent se heurter à nos avant-postes avec lesquels ils échangent quelques coups de feu. Ils se retirent ensuite après avoir eu quelques hommes blessés.

Le 1 36 e a, dans cette escarmouche, deux hommes mis hors de combat.

A 8 heures du matin, par un brouillard intense, l'ennemi revient à la charge; il surprendun petit poste, commandé par le sergent-major Paris du 1 36 e , mais il ne peut enlever personne.

Le 3 1 décembre, des corvées sont mises à la disposition du génie pour la réparation des tranchées et des abris des forts de Rosny et de Noisy, ainsi que pour la construction des batteries destinées à recevoir des pièces, évacuées du plateau d'Avron.

Le i er janvier, à 6 heures du matin, deux bataillons de la 2 e brigade (un du i36 e et un du Morbihan) relèvent dans les tranchées, entre Noisy et Rosny, deux bataillons du 124 e (division Courty) ; nous fournissons en même temps de nombreux travailleurs au service du génie.

Dans la nuit, à 1 heure du matin, le bataillon de francs-tireurs fait une reconnaissance sur le plateau d'Avron et constate que l'ennemi a complètement évacué la position. Aucun incident ne se produit. Nos soldats rapportent 54 obus de 7. La température est très rigoureuse.

— igi —

Le 2 janvier, à 6 heures du matin, un bataillon du i36 e va relever, aux tranchées, celui qui a pris le service la veille ; il occupe par un détachement le village de Rosny.

Le 3 janvier, le 1 36 e fournit des corvées au génie. Les Allemands commencent le bombardement de Montreuil.

Le 4, le î 36 e fournit un bataillon aux tranchées. Pendant la nuit du 4 au 5, le général Fournès fait une reconnaissance au plateau d'Avron avec Une colonne composée de :

2 bataillons de francs-tireurs ( 1 re et 2 e divisions) ; Eclaireurs du grand quartier général (1); 3o marins; 5o sapeurs du génie; 2 bataillons de zouaves.

Cette reconnaissance a pour mission de fouiller tout le plateau, de détruire les batteries et les ou-

(1) Sous le nom d'éclaireurs du grand quartier général, ^A. de Néverlée, capitaine au i er cuirassiers, officier d'ordonnance du général Ducrot, avait formé un corps franc dont les hommes avaient été choisis comme volontaires dans les régiments de ligne et de mobiles du général Ducrot.

Le i36 a lui avait fourni i5 hommes environ. A l'attaque <le Villiers, le capitaine est tué. Contagion de l'héroïsme sur les 143 hommes qu'il commande, 5 seulement reviens nent; tous les autres se font tuer autour du corps de leur chef qu'ils ont juré de ne pas laisser tomber aux mains de l'ennemi.

Ramenée à Paris, la dépouille mortelle de cet admirable soldat y fut gardée par les rares survivants. L'un d'eux, blessé à la main par éclat d'obus, n'en resta pas moins près d'elle et rien ne put l'arracher à ce cruel devoir, ni les souffrances causées par sa blessure ni les supplications de ses camarades. {Historique du i36 9 , p. a36 et 237.)

v rages ennemis qui auraient pu être installés à l'abri des murs du grand parc. L'opération commence à a heures et à i o heures et demie par les Jeux bataillons de francs-tireurs dirigés, celui de la i - division par les pentes nord du plateau; celui de la 2* par les pentes sud.

Ces deux groupes arrivent à l'extrémité du mur après avoir essuyé un feu assez nourri et fait trois prisonniers saxons. A 1 heure du matin, l'opération est terminée et nos soldats rentrent dans leurs cantonnements à 3 heures sans avoir essuyé d'autres pênes que celle d'un homme tué au bataillon de francs-tireurs de la 2 e division. L'arme blanche a seule été employée dans cette reconnaissance.

A 6 heures du matin, les Prussiens font, à leur tour, une reconnaissance sur le village de Rosny ; reçus par une vive fusillade, ils sont obligés de se retirer. Le bataillon du 1 36 e ne fait aucune perte. On laisse échapper quatre prisonniers. Le froid est de plus en plus rigoureux et la brume intense favorise les surprises.

Le 5, vers 6 heures du matin, un bataillon du 1 36 e prend le service des tranchées. A la même heure, l'ennemi fait une pointe sur tout le front de Bondy, se portant à la fois sur la Gare Brûlée, le cimetière et la Barricade de la route de Metz.

A la première nouvelle de son approche, les quatre bataillons de piquet, sous les ordres du colonel Colonieu, prennent les armes et vont occuper les tranchées ; ils y restent à la disposition de l'amiral Saisset, commandant lç fort de Rosny, jusqu'à 10 heures du matin,

— iç)3 —

A midi, le reste de la division prend les armes et se porte au secours du groupe Reille, violemment attaqué à Bondy ; l'attaque ayant été repoussée par le 3 e bataillon de la Seine, nos troupes rentrent dans leurs cantonnements...

Le 7 janvier, un bataillon du i36 e prend le service à la tranchée.

Nous fournissons une corvée de 3oo travailleurs au génie pour la mise en défense du village de Rosny.

Nos hommes sont accueillis par une pluie d'obus, mais le travail ne s'en exécute pas moins très rapidement et dans de bonnes conditions. Le chef de bataillon d'État-major de Champlouis est nommé major de tranchées. La température s'est sensiblement adoucie, le dégel commence. Le lendemain, nous fournissons encore ioo travailleurs.

Le 9, un bataillon du 1 36 e prend le service à la tranchée.

L'ennemi canonne régulièrement Nogent, Rosny, la Boissière.

La brume et la neige empêchent le tir des Allemands d'être bien précis...

A 1 1 heures du soir, une reconnaissance du plateau d'Avron est exécutée par les francs-tireurs de la division soutenus, en réserve, par le 3 e bataillon du 1 36 e ; le but de cette opération est de surprendre l'ennemi et de lui faire des prisonniers.

Le commandant Blanc s'avance jusqu'au delà du mur du parc, mais ne rencontre personne. Les postes ennemis, signalés dans la journée se sont retirés à la nuit tombante.

La reconnaissance, très bien conduite, rentre vers i heure et demie du matin.

La rentrée dans nos lignes est marquée par un douloureux accident; malgré Tordre formel donné aux hommes de la tranchée de ne pas tirer, une section du régiment placée à gauche de Rosny fait feu et tue le caporal Rey du i36 e . Les 10 hommes qui ont ainsi violé la consigne sont punis de soixante jours de prison et mis à Tordre de la division.

La température est plus douce que les jours précédents, il neige dans la journée et, pendant la nuit, la terre se couvre d'une épaisse couche de verglas.

Dans la nuit du 10 au 1 1 janvier, à 3 heures du matin, la compagnie de francs-tireurs du 1 36 e fait une reconnaissance sur le plateau d'Avron; elle constate que l'ennemi occupe fortement l'extrémité est du plateau. Pendant toute la journée du io, l'ennemi continue à bombarder les forts de l'Est et les villages voisins. Le régiment fournit i/o travailleurs au génie.

Le ii, un bataillon du i36 e prend le service aux tranchées. Nous fournissons, en outre, 1 3o travailleurs.

Le feu d'artillerie continue, vigoureusement soutenu des deux côtés. A 1 1 heures, deux compagnies du bataillon de francs-tireurs, une de zouaves et une du Morbihan, sous les ordres du commandant Blanc, font une reconnaissance au plateau d'Avron, sur lequel on a vu briller des feux.

— ig5 —

L'ennemi est délogé et les zouaves ramènent cinq prisonniers saxons du 104 e régiment (Frédéric-Auguste). On constate que l'ennemi occupe fortement Villemomble et l'extrémité est du plateau.

Vers 2 heures du matin, un obus crève une casemate de la redoute de la Boissière, emporte la tête du commandant Odiardi du 1 36 e , coupe les deux jambes au capitaine adjudant-major Rang, du régiment, et à renseigne de vaisseau commandant la batterie, M. Armand.

Pendant la journée du 11, la température s'abaisse beaucoup.

Le 12, le régiment fournit encore 52 travailleurs. La température devient plus douce

Le 1 3, à 5 heures et demie du matin, un de nos bataillons prend le service à la tranchée. Brouillard épais pendant la nuit; température plus supportable.

Le lendemain, le 1 36 e envoie une corvée de 100 hommes au génie. Le bataillon de francs-tireurs de la division, placé avec celui de la 2 e division sous les ordres du lieutenant-colonel de Conchy, fait, à minuit, une reconnaissance au plateau d'Avron; il ne rencontre pas l'ennemi. Il rentre à 5 heures du matin.

Dans la nuit, la température s'abaisse jusqu'4 7 degrés.

Le i5, nous fournissons un bataillon de service aux tranchées, ainsi que quelques travailleurs. Le froid est moins intense.

Le lendemain, nouvelles corvées pour le génie. Nuit calme; température très douce.

Tunis, le 3i mars 1897.

Le lieutenant-colonel Dufau, du 4* régiment de ^ouaves, A Monsieur Grolleau % Paris,

Mon cher Monsieur Grolleau,

En l'absence du colonel, je suis l'interprète de tous les officiers du 4 e régiment de zouaves, en vous adressant nos bien vifs remerciements pour le pieux souvenir que vous avez eu l'extrême obligeance de nous envoyer. Vous avez rempli un patriotique devoir en nous adressant cette relique qui sera conservée dans notre salle d'honneur, ainsi que votre lettre remplie de nobles et beaux sentiments patriotiques. Ce morceau de papier, trouvé dans la poche du capitaine de la 5 e compagnie, a bien sa valeur, comme vous le dites, et il sera pieusement conservé.

Je vous félicite de tout cœur de l'excellente idée que vous avez eue, personnellement d'abord, comme ancien zouave (1), et aussi pour tous les officiers du 4 e qui tous ont lu votre lettre avec le plus grand plaisir. Avec des hommes tels que vous on peut avoir confiance dans l'avenir. Je vous remercie du bon souvenir que vous avez conservé

(1) M. le lieutenant-colonel Dufau fait erreur, Je n'ai pas eu l'honneur de faire partie du 4* zouaves.

de nos zouaves, et je puis vous assurer que nos braves jeunes gens, imbus des traditions de bravoure et de dévouement de leurs anciens, ne demandent que l'occasion pour se montrer dignes de leurs devanciers. C'est un vrai bonheur de commander à de pareils soldats. On sent que nous les avons dans la main et que leur dévouement est absolu. Nous ferons toujours tous nos efforts, du reste, pour conserver chez nos jeunes gens ces bonnes et saines traditions, et la belle attitude du 4 e zouaves à la bataille de Champigny, le 3o novembre 1870, est connue de tous nos zouaves.

Merci donc encore une fois, mon cher monsieur Grolleau ; le 4 e zouaves connaît votre nom et ne vous oubliera pas, et, si vous venez en Tunisie ou si vous rencontrez quelque part le 4 e zouaves, vous pourrez venir franchement, vous serez toujours le bienvenu parmi nous.

Veuillez bien recevoir, avec tous nos remerciements, l'assurance de mes sentiments affectueux et de ma considération la plus distinguée.

Page 1