‹ Le siège de Paris, 1870-1871Chapitre 21 sur 23 · L.-C. Dufau · texte numérisé non relu

L.-C. Dufau

Tunis, le 14 décembre 1897.

Monsieur,

J'ai reçu le Gaulois que vous avez pris la peine de m'envoyer ; en même temps je recevais l'extrait de la délibération du Conseil municipal de Brysur-Marne, m'apportant le témoignage de reconnaissance publique rendu par cette commune au régiment qui combattit à Champigny, le 3o novembre 1870 (1).

Je viens de remercier le maire de Bry, mais je tiens à vous dire combien je suis touché de votre attention surtout après l'envoi que vous avez déjà fait à notre salle d'honneur d'une relique de la même époque. Puisque vous voulez bien vous associer ainsi à nos souvenirs, je suis convaincu qu'il vous sera agréable de posséder l'extrait de l'ordre du régiment que j'envoie au maire de Brysur-Marne, et que j'ai l'honneur de vous adresser dans la même forme.

Recevez, Monsieur, l'expression de ma sympathie et de ma considération distinguée.

Commandant le 4 e zouaves.

Colonel Chauchemez.

(1) Dans une lettre adressée à M. Duhamel, maire de Bry-sur- Marne, j'avais demandé que le Conseil municipal de cette localité donnât à deux de ses rues les noms du 4 e zouaves et du i36 e de ligne. Grâce à M. Chemin, secrétaire de la mairie et ancien sergent-major au i36 # de ligne, ma demande eut plein succès. Je suis heureux de lui en témoigner ici toute ma reconnaissance.

INAUGURATION DU MONUMENT DE CHAMPIGNY, LE 2 DÉCEMBRE 187 3 (i)

Le 2 décembre 1873, trois ans après les combats des 3o novembre et 2 décembre 1870, a eu lieu l'inauguration du monument funéraire élevé, à Champigny, à la mémoire des 6.000 Français qui ont succombé dans ces deux sanglantes journées.

Près de 1 0.000 personnes se pressaient au pied du monument. A peine un millier d'entre elles purent trouver place dans l'église de Champigny, remplie par les délégations du Conseil général de la Seine, de l'armée et de la garde nationale et par les familles des soldats morts à Bry-sur- Marne et à Champigny.

M. le général Ducrot retenu malade à Bourges, n'avait pu venir témoigner par sa présence, de l'héroïsme de ses soldats. M. le général de division Boissonnet, représentant le Ministre de la Guerre et l'un des héros de ces glorieux combats; MM. les généraux de brigade Appert et Fournès, le premier, ancien chef d'état-major du général Ducrot; le second, ancien colonel du 4 e zouaves pendant le siège de Paris; M. le colonel d'état-major d'Andigné, représentant le générai de Geslin, commandant la place de Paris; M. le colonel Lambert, commandant la légion de gendarmerie mobile, rehaus-

(1) Les détails de cette inauguration ont été puisés, dans le Moniteur de l'Armée, numéro du 6 décembre 1873.

saient encore par leur présence la grandeur des hommages que rendait la Patrie à ceux de ses fils qui avaient su mourir pour elle à de'faut d'avoir pu la sauver.

Après la messe, le cortège s'est dirigé vers le monument, situé au sommet de la côte de la grande rue de Champigny.

Ce monument, œuvre de M. l'architecte Vaudremer, et dont les ornements sont de M. Hayon, ornemaniste du Palais de Justice, représente une pyramide quadrangulaire, de pierre blanche, de six mètres de hauteur. Un soubassement en granit bleu, de quatre mètres de côté, sert d'assise à la pyramide. Sur la façade antérieure est représentée la Ville de Paris, sous la figure en relief d'une tête de femme, avec couronne murée. En dessous se lit l'inscription suivante :

Défense de Paris,

Sur la môme face, l'on voit un bouclier, et sur ce dernier un guerrier romain blessé, s'appuyant de la main gauche sur l'autel de la Patrie, et tenant dans sa main droite une épée antique brisée. On lit au-dessous :

3o novembre i8yo — 2 décembre.

Sur la face postérieure du monument sont gravées les armes de la Ville de Paris, ainsi que la légende : Fluctuât nec mcrgitur. Les deux faces latérales sont ornées seulement de deux couronnes d'immortelles sculptées.

Après la bénédiction du monument des discours

furent prononcés par M. Prévost-Rousseau, maire de Champigny et président de la cérémonie; par M. le vicaire général Legrand, délégué de M. l'archevêque de Paris ; par M . le général de division Boissonnet, et enfin par M. Callon, vice-président du Conseil général de la Seine.

M. le général de division Boissonnet dans les termes les plus émus est venu rendre hommage aux braves soldats tombés sur les champs de bataille de Villiers et de Champigny. Regrettant Pabsence de son illustre chef le général Ducrot, « il se fait l'interprète des sentiments de tous et en particulier de ceux qui ont combattu dans ces grandes journées ».

11 montre l'armée de Paris tentant un grand effort pour rompre le cercle d'investissement qui séparait la capitale du reste de la France. »

Il glorifie « cette armée qui comprit la grande tâche qui lui était imposée. Sous la conduite de son chef héroïque, elle passe la Marne, et avec ce courage que donnent le sentiment du devoir, l'amour de la patrie et la volonté de réussir, elle renouvelle efforts sur efforts pour se faire jour à travers les lignes allemandes. D'importantes positions sont enlevées; l'armée couche sur le champ de bataille qu'elle vient de conquérir; elle s'y maintient pendant trois jours, et les plus vigoureuses tentatives de l'ennemi ne parviennent pas à l'en déloger ».

Et maintenant il énumère les sacrifices de cette armée. « Nous avions vu tomber successivement le chevaleresque général Renault et le brave gêné-

rai de la Charrière; là, étaient frappés le vaillant général Frébault, commandant tiotre artillerie; le brave Paturel; notre bien-aimé chef lui-même; là, tombaient encore pour ne plus se relever les colonels de Podio, Sanguinetti, Neltner, Prévault. de Grancey, le brave Franchetti et tant d'autres, officiers et soldats, non moins héroïques, auxquels chacun de nous enviait le bonheur de mourir dans l'illusion de la victoire. Je ne puis citer tous les corps, mais s'il est un régiment qui, dans cet anniversaire, mérite un hommage particulier, c'est le 4 e zouaves. Je suis heureux que la présence, à cette cérémonie, de son jeune et brillant colonel, le brave général Fournès, me donne l'occasion de citer exceptionnellement, entre tous les corps qui se sont distingués, ce vaillant régiment qui eut neuf cents hommes hors de combat à l'assaut du plateau de Villiers, et qui fut porté à Tordre du jour de l'armée, le soir même de la bataille. »

Puis il parle des 6.000 hommes et des 600 chevaux d'artillerie perdus pour l'armée; des régiments décimés et presque sans officiers et des soldats exténués de fatigue et de froid. Il rappelle la retraite « mais avec quelle amertume pour des cœurs la veille encore si pleins d'espoir ». Il dit « que l'union est la force des peuples, et fasse Dieu qu'unis dans un même sentiment de dévouement à la patrie et à l'illustre maréchal, sacré par tant de batailles, qui est à notre tête, nous travaillions tous ensemble ù rendre à la France sa prospérité et sa grandeur. »

L'émotion était empreinte sur tou6 les visages

des assistants qui écoutaient attentifs les paroles de M. le général Boissonnet. La cérémonie s'est terminée après quelques paroles de M. le Maire de Champigny, qui a convié tout le monde à s'unir dans un seul cri, celui de : Vive l'armée! (i).

Les troupes présentes se composaient d'un bataillon du 39 e de ligne avec la musique de ce régiment; d'un escadron du 9 e régiment de chasseurs à cheval et d'une batterie d'artillerie. Elles étaient placées sous le commandement supérieur de M. le colonel commandant le 39 e régiment d'infanterie de ligne.

(1) En 1873 on pouvait hardiment crier, vive l'armée ! On ne prévoyait pas que trente et un ans après, ce cri qui résumait et qui doit résumer toutes les espérances d'une nation, devait passer pour un cri presque séditieux !

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