‹ Le siége de ParisChapitre 13 sur 18 · I.E Slf;(iF. DE 1MHIS · texte numérisé non relu

I.E Slf;(iF. DE 1MHIS

lonienls do bravos, ils ont quelque chose de discipliné, de militaire ; regardez celte fraternité de mouvements des foules françaises! Les femmes, les hommes, les enfaids, sont entassés comme dans une ruche ; les voilà tous accrochés les uns aux autres. Que de bras passés dans des bras, que de mains posées sur des épaules ! Quelle variété do physionomies! que d'intelligence répandue ! Au lieu des ligures ennuyées, désœuvrées,' ([u'on voit d'ordinaire ici, que de figures attentives, que d’esj)rils qui s’appliquent à tout comprendre ! Ces ouvriers travaillent pour nourrir leur ùme avec la même ardeur qu’ils travaillent pour nourrir leurs corps... Les grands beaux vers ! Ils nous entraînent à leur suite et nous font gravir et descendre tour à tour les degrés de la haine, du mépris, du déchirement, du dégoût, de l’horreur, de l’enthousiasme, du patriotisme! Sois béni, grand moraliste ; sois fier, grand historien ; sois admiré, grand poëte ! Nous avons vécu par loi durant quelques heures, et lu nous renvoies plus patriotes à la patrie...

On charde la Marseillaise ! Je la déteste

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maintenant au théâtre ; j’ai eu envie de dire à l’acteur ; « Monsieur, sans vous commander, allez la chanter aux Prussiens! » Lorsque •j’entends , sur le boulevard, chanter la Marseillaise par des compagnies de guerre qui vont à l’ennemi, j’éprouve une bien autre émotion que lorsque je la vois représentée. Quand l’action est là, tout proche, à coté de nous, le décor, la copie, le pastiche, n’en sont plus que la parodie...

Je sors de l’Opéra, et j’écris pour ['Avenir national un récit de la représentation gratuite des Châtiments.

29 novembre.

Enfin! enfin! hier, pendant que nous étions à l’Opéra, la grande sortie a eu lieu ! Cette grande action , que Paris attend depuis deux mois, s’est engagée. Quelle émotion est la nôtre ! Dans .quelle attente nous sommes!..’.

Ce matin, l’0//?aV7public une vigoureuse pro-

l,E SIÈGE UE PAIVIS.

clamaüoii de Ducrot. Voilà un soldai! « Je m’engage, dit-il, à ne revenir que mort ou vainqueur!... »

Ce soir, les renseignements les plus contradictoires nous arrivent. Quand Ducrot a voulu traverser la Marne, une crue subite l’en a empêché. Des ponts de bateaux trop courts, des mesures mal prises, retardent l’attaque d’un jour. Notre grande affaire, celle sur laquelle repose la moitié de nos espérances, débute par un échec !

30 novembre.

Toute la nuit le canon tonne avec une précipitation sinistre. On voit de mon balcon l’éclair des coups. Le boulevard, malgré l’économie de son éclairage, — le charbon commence à manquer, — est animé jusqu’à une heure du matin; il semble à tous que l’action sera décisive. Deux cent mille hommes’, paraît-il, sont sortis de Paris, Dès l’aube, le tambour, sous mes fenêtres.

30 NOVKMBUE. SU

bat la charge. Je crois à une attaque dans les rues, à une invasion. Je me précipite au balcon : c’est un exercice. Depuis le commencement dii siège, notre boulevard est le Champ de Mars du quartier. On fait sous mes yeux l’exercice de la charge. Tandis que les canons des forts de la Briche et de Romainville tonnent pour protéger des charges réelles, à Paris on en essaye de fictives. Mais, ici comme là-bas, on déploie toute son intelligence, tout son courage, tout son désir d’ètre utile à. la patrie et de la servir.

Ducrot a-t-il passé la Marne? C’est aujourd’hui qu’il tente de vaincre ou de mourir. Puisse-t-il vaincre ! Le courage des Français qu’il commande ne lui fera pas défaut. On dit que l’ennemi est attaqué de plusieurs côtés à la fois.

M'"® Ménard-Dorian vient me voir dès le matin. Paul iMénard se bat, et sa courageuse femme n’a point de ses nouvelles. Ses^ mains sont brûlantes de fièvre, mais son visage est calme.

Pellelan et Dorian voulaient accompagner M. Trochu au combat. Le général leur a dit qu’ils n’avaient point le droit de le suivre, et

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