‹ Le siége de PoitiersChapitre 17 sur 23 · LES EPITAPHES LATINS ET FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LES EPITAPHES LATINS ET FRANÇOIS

qu'on a mis gt âpres, soifT de divers Autheors, faicts presse tous durant le siège - et tels qu'on les a mis sus les Tombeaux des occiz , afûn que si qu'elqu'un ne les trouve bien faicts à son gré, et si bien que les deffuncts le meritoicnt , qu'il ne s'en prenne à personne en particulier, et qu'il excuse ceux qui pouvoient dire lors qu'ils les faisoient (aumoins aucuns)

Si natura negat, facit indignatio venum.

Les Muses , à la vérité, n'estoient pour lors en bonne disposition, et en trop grande seureté. Qui donnera occasion à tant de gentils Poètes qui sont par nostre France, d'en faire de meilleurs, et recommander à la postérité ses braves et excellents personnages qui sont morts si vaillamment en une si saincte et si juste querelle. On a mis les premiers, ceux de quelques-uns qui sont morts au paravant le siège.

Epitaphe du Capitaine Cadillan , qui fut tué à la rencontre de Jazeneûil.

Passant arreste toy, et grave dans ton cœur Le nom et la vertu d'un brave Capitaine Si jamais il en fut, que la Parque inhumaine A clos en ce Tombeau en sa première fleur.

En cet âge il avoit un entendement meur, Un modeste maintien, une accointance humaine , Une asseurance , un port , une façon certaine , Qui promettoient de luy une illustre grandeur.

Discours du tiege d£ Poictiers, 130

Son nom fut, Signoret de Cadillan, lequel Par les armes s'est faict en œnt lieux immortel , Servant Dieu et le Roy d'une invincible flamme,

Il fut en combattant blessé à Jazeneiiil En la cuisse , d'un plomb : son corps est au Cercueil , Son nom à la mémoire, et Dieu cherist son ame.

Renati Haij Rordellerij , Centurionis è Ludei Comitis cohorte, qm in arce Lusigniaci, quam perduelles insidijs et proditione Legati et signiferi Guronis prsefecti arcis cœperant, recuperanda, sulphurei pulveris igniti flammis tota facie et altéra manu semiustulatus , et dum hostes aditu posticœ arcis januœ profaibet, saxi mole è summa turri obtritus, concusso et fracto cranio, decimo quinto die post receptam arcem , obijt , mense Feb. 1569.

Ut qui conatur rapidas extinguere flammas,

Saepe solet mediis ipse perire rogis :

Sic Lusigaiaci castrum , quod fraude doloque

Hosti prodiderat perfidus arte Sinon :

Dum fortes aliquot repetunt , adimuntque receptum.

Hostibus, et régi dum sua restituunt :

Inter quos aditu dum Rordellerius hostes

Instantes prohibet , vique manuque premit - Proditor hune summa saxi petit improbus ictu

Turri, ustum vailtu pulvere sulphureo.

Sed dum semianimis vidit castrumque receptum ,

Et pulsos hostes , cunctaque tuta suis , Nunc mortem, inquit, nulla conditione recuso,

Quem voluit patriœ causa salusque mori.

Haud aliter scuto quondam ïhebanus ab hostc

HO Discoure du Siège

Saucius accepto fortiter occubuit.

Major at bic, patriae quod sic generosus in armis ,

Pro lare, pro sancta relligione cadat.

Hinc beat extinctum merces uberrima cœlo.

Et faraam ac titulos maximus orbis babet.

Joachi. Corbonij Xantonensis, è veterana Cohorte D Brissaci, Centurionis, qui Comité Ludeo Nyortum obsidente , dum in urbem, quà disjectus erat murus, irrumpere conatur, plumbi globulo confossus, occubuit, mense Jullio. 4569.

Dum primus patriae pellit Corbonius hostes

Et vallo et mûris , primus ab hoste cadit.

Ut tu Dardaniœ quondam contingere primus

Littora dum properas Prothesilaë cadis.

Iste Nyortanis fractis, dum mœnibus audax

Insilit, indigno sanguine tingit humum.

Militibusque viam monstrans cadit hostia primus ,

Urbs bac ut posset conditione capi.

Ast hoc ut fiât , patria pellatur et hostis ,

Posthac Corbdni pectora quisque gerat.

Du mesme , imité du Latin précèdent.

Corbon montant des premiers à la brèche

Et Tennemy du pays repoussant,

Tout le premier sur le mur s*avançant

Sentit le feu d'une mortelle mèche.

Ainsi jadis de la première flèche

Prothesilas, tu sentis le trenchant,

Quand le premier du rivage approchant

de PoictierSé 141

De voir l'Asie un beau désir t'aléche.

Devant Nyort Corbon à prins sa fin , Ayant monstre aux Soldats le chemin , Et a quel pris la ville on pouvoit prendre.

Suyvez , Soldats suyvez ce noble chef, Car autrement vous ne devez attendre Que des-honneur sur vous, et que méchef.

Du Capitaine la Marche , qui fut blessé devant Niort , dont il est mort depuis.

Sans avoir eu du Faisant aucun blasme

J'ay faict la guerre , dont je me sens avoir

Un grand honneur , pour tellement me veoir.

En combattant vaillamment rendre l'ame.

Marche Soldat, que mon loyer t'enflamme,

A faire ainsi pour ton loz recevoir ,

En soustenant avec tout ton pouvoir

La loy de Chbist , que chascun tant reclame.

Mais en tes faicts, te souvienne que force

Est tyrannie , et une simple escorce

De la vertu , fors qu'en juste querelle.

Et qu'il ne faut pour acquérir honneur

Fouler le simple, voler le Laboureur,

Mais les deffendre, et dompter le rebelle.

Page 1