‹ Le siége de PoitiersChapitre 18 sur 23 · EORUM QUI IN PICTAVIENSI · texte numérisé non relu

EORUM QUI IN PICTAVIENSI

PBOPUGNATIONE OGCUBUERUNT,

Francisci d'Allonij Briantonijj frairiê Ck>miti8 Ludei,

QtjANTCS in argolicas Troiœ pro mœnibus Hector.

14^ Diieoun du Siège

Arma tulit fcrvens acies, et castra petivit Grajugcnum, ia médias yolvens incendia classes : Tantus in anna ruens patriae perterroit hostem Sœpe Briansonius, vario discrimine belli Tcrtia cum premeret Gallos furialis Enyo.

Hic Dionysiacis audax et fortis in arvis ( Pugnandi incensum ardenti cum pectos amore Flagraret) documenta dédit tirtutis^ et almae Quam pietatis amans esset , patriseque cadenti Pectore quo vellet forti et succui*rere dextra.

Ât cum Pictonicis insurgere mœnibus hostem Vidit et infesto cingentem milite muros, Quam saepe erumpens cunços virtute fugavit Scloporum , fulvœ licet ater nimbus arenae Eriperet cœlum, et densis mucronibus hastdË Oppositis staifeAt , horrenda tonitrua cannae Et Yomerent, fragor ac nostras obtunderet auxes.

Ast bac dum virtute juvat discrimine tanto Mœnibus arcere hostes, forti et pectore clara Vulnera pro patria excipere^ et pietate, focisqne ^ Immani torquens murales pondère pilas Machina, cervicem violento fulmine fregit , Et caput, indignum ! glacies ceu fntulis ictu Fragmina dissiliens in mille, cadaver inane Liquit y et aërias abijt mox vita sub auras.

Hic Italas urbes , mores hic norat Iberos ^ Viderat et nostro divisos orbe Britannos.

Gratia, forma, decus, pietas, candorque pudorque Huic inerant lenerœ primo sub flore inventœ.

Hune domus amissum flevit Ludea genusque

de PoietierSé 143

Nobilium et proceres, adyersus laxit et hostis. Amisso at fratres crudeli funere, tandem Mœrentes charo fratri posuere sepulchrum.

Epitaphe du feu sieur de Biianson , frère de Monsieur le Comte du Lude.

Celuy qui dans Poictiers d'un indompté courage Vint le premier aux mains entre picques et dars, Tenant sa Targe au poing suyvi de ses Soldars Qui la teste baissée à tirer faisoient rage :

D'un Canon vomissant un foudroyant orage Contre son chef armé le brisant en cent pars, Son corps soigneux tumbant sur les sanglant rempars, Ore est icy gisant au printemps de son âge.

O preux de Brianson des Daillons Tesperance , Tes parents et amys regrettent ta vaillance, Aussi font bien ceux-là qui estoîent tes haineux.

Si en paix j'ay loisir, je voiie à la mémoire Mes vers, qui sonneront la Daillonide histoire, Où j'iray déterrant tes actes belliqueux.

Epitaphe d'Anthoine de Sainct Jean,

sieur d'Aunoux , maistre de Camp des bandes de

Piedmont.

Je suis d'Aunoux : si tu veux d'avantagi0 Sçavoir de moy , saincte postérité , Lis ce qu'on a des guerres recité D'Henry second, Prince de haut courage.

14i Discours du Siège

Durant son règne , il ne s'est faict voyage Où des premiers cogneu je n*aye esté , Ayant\lesja monstre ma loyauté Au Roy François en la fleur de mon aage

Le Bourguignon , l'Espagnol , le Lombard , Et qui pis est nostre propre Soldard Rebelle au Roy, à senti ma main forte.

Que veux-tu plus? je diroy' volontio^ De quelle mort je mouni à Poictiers , Si les vaillans mouroient d'une autre sorte.

In eundem.

N. Rapin.

Quid juvat hos cineres moritura omare tabella.

Et magnum vana deterere arte decns?

Ista qnibus nihil est proprijs virtutibns actum

Dentur, at huic alla est mors superata via.

Ludovici BilHj Frunœi, Cenlurionis é velerana cohorte D. Brissaci.

Ergo tôt invictas animas tôt fortia corda, Quale Troia viros genuit , quales tulit Argo , Hauserit occultis discordia fœta venenis Francorum ? et rapidis permiscens omnia flammis Tartareo exiliens lœtho gaudebit Erynnis?

En domus insignis Garnutum è ûnibns, isto Bello sublatos fratres in funere yidit Prunea, nec bello illis nec pietate minores

de PoieHers. 145

Quos aut Mœonij cecinit, vel musa maronis.

Nam pedibus premeres cum ingentes hostium acervos Jamaici , ob patriœ leges ritusque sacratos , Nata major obis, média pugnaxque phalange Occumbis victor, victis dum spe arduus instas.

Aller at hoc tamulo clausus , dum fortiter hosti Obsessae urbis , scloporum cuneisque resistit Occidit, horrendo cum glans emissa boatn Tormentis apices piunasque et mœnia pessum Dejicit, aggestomque solo mox sequat acervum.

Hos ergo extinctos depactos sanguine laudem Fratres pro patria et jure et pietate focisque , Nunc promissa pijs œtemsB prsemia vitae Non peritura béent, fama Isetaque sub auras Vivat inextincto per secula nomen honore.

Epitaphe de messire Loys de Billy, de la maison du Prunay, Capitaine de gens de pied des vieilles bandes, qui fut blessé le 23. jour d'Aoust 4560. à la brèche du pré TAbbesse, et mourut le 30. dudit mois.

Cy dessous gist Pranay, lequel suivant la trace De ses nobles ayeulx , et de toute sa race , De son Dieu et son Roy pour la juste querelle , S'opposant courageux à la tourbe rebelle Qui d'un cœur trop outré de rage et de furie Faict la guerre à son Dieu , son Roy, et sa patrie, Apres s'estre trouvé comme un brave guerrier Soubs Brissac le trespreux de vaincre coustumier En cent et cent dangers , et en telle tempeste

14G Diseoun du Siège

Avoir esté navré par deux fois en la teste, Apres s*estre trouvé en ces guerres civilles Mille fois en combats et en assaux de villes, Enfin pour toy, Poictiers, à l'estroict rédigé D'un extrême péril , sa vie a prodige , Repoussant de tes murs le cruel adversaire Qui faisoit tout effort de te prendre et deffaire. Monstre bon Cytoyen , que d'un tel bénéfice Tu n'es ingrat, offrant pour luy sainct sacrifice D'humble oraison à Dieu , afin que par sa grâce Il luy vueille donner au Ciel heureuse place.

Autre à luy-mesmes.

Comme le Marinier vogue à tous vents sur Mer

Sans craindre aucunement le dangereux naufimge, Et bien qu'il aye veu plusieurs de son lignage L'un en ce gouffre icy, l'autre là s'abismer :

Ainsi le fort Prunay n'a point craint de s'armer Pour exercer son bras au martial ouvrage , Apres trois frères mortz : car un noble courage Soit à vie où à mort ne cesse de ramer.

Doncques ainsi mourants, d'un renom perdurable Augmentent pour jamais l'histoire vénérable Des Billis de Courville et de Prunay aussi :

Laissant cy trois Prélats conmie belles estoilles Qui luisent en sçavoir, en mœurs et en souci , Pour servir aux Chrestiens de Timon et de voilles.

Du Capitaine Bourg.

Dans l'azuré cristal de la plaine uËtherée Où les nobles héros d'un sommeil gracieux

de PoicHers. 147

Reposent à l'entour du sainct throsne des Cieux Hors de ce fresle corps mon ame est séparée.

A choisi pour jamais sa demeure asseurée , Et mes os cy dessoubs dedans ce Tumbeau vieux (Péage naturel) reposent ocieux Pour se rejoindre un jour à l'ame bien-heurée.

Combattant pour mon Roy j'ay vescu jusqu'icy , Je suis mort combattant , pour son service aussi , Je suis mort bien content d'avoir fait mon devoir,

De soustenir le droict de sa saincte querelle : Je suis mort mal content , n'ayant sous son pouvoir Ployé Teffort mutin de la secte rebelle.

Du Capitaine Calverac.

Si jamais la Gascongne hardie et violente Et preste à bien servir la France et son Seigneur Porta dedans ses flancs homme qui eust le cœur Noble, et Famé qui fust vive, prompte et ardente :

A bon droit, Calverac, grand espoir et attente De ton pays guerrier , tu t'es acquis cet heur Que d'estre au premier rang et au premier honneur Que peut avoir celuy qui d'honneur se contente.

Apres avoir passé par mille et mill' hasars.

Conduict et reconduict en Piedmont tes Soldars, Tu voulus veoir Poictiers , et ses remparts défendre.

Là planté sur la brèche, ainsi comme un rocher. Foudroyé d'un Canon on te veit trébuscher, Et peu de temps après à Dieu ton ame rendre.

H 8 Discours du Siège

Facherij Centurianiê é Martiguea cohorte.

En jacet hoc tumolo fœlici numine quodam

Pallada qui pulchrè norat utramque simul.

Qui dum spiraret suavem virtutis odorem ,

Mirandus doctis magnaminisque viris :

Tempora trajectus violento fulmine plumbi,

Pictonicis dumhostes mœnibus arcet, obit.

At qui pro patria et jure et pietate , focisque ,

Laudatae fortes occubuere neci :

Hos laude illustri memori lœtata labore ,

Omnibus in chartis fama loquetur anus.

Sic tua, Vacheri, virtute et laude perenni

Post fata et cineres usque superstes eris.

Du Capitaine Vacherie, du régiment de monsieur de Martigues.

De qui est ce corps mort cy dessous estendu?

Helasl c'est d'un vaillant ethardy Capitaine, Qui deffendant son Roy et l'Eglise Romaine Et sa vie, et son bien , en fin a despendu.

Par quel hazard fut-il à telle fin rendu?

Ce fut devant Poîctiers là haut près d'une pleine , Chassant les ennemis par audace hautaine , D'un tertre qu'il avoit quatre jours deffendu.

Lors pour trop s'advanoer incapable de crainte, Il récent en la teste une mortelle atteinte , Dont il tr^uscha mort aux pieds de ses soldars.

Heureux qui peut laisser si parfaict tesmoignag^

de Poictiers. ]49

De sa force et prouesse , et qui peut d'aage en aage Faire courir son Nom entre les estendars.

Guidonia Montalij Carbonerij.

• Quem chara è patria avulsum, quem dulcibus arvis

Pannoniis mayors Turcica in arma tolit , Ssevus amor belli et splendor virtutis avitœ.

Hue verse et retalit ReUigionis amor.

Impia nam Gallos cum in bella yocaret Erynnis ,

Hocque pium et rex pars altéra marte forent : Pictonicisque truces dum hostes immanibus ansis

Mœnibus irrompunt, sacrilegnmqae cohors :

Aggeri et eyersis yiolento fulmine cannse

Mûris asto ansns pellere tela mann.

Âst ego dmn patrise et régi f œlicibns armis ,

Quam sua nobilitas exerit aima fidem Persolyo, cuneis scloporum eyertor et armis,

Sulphureique ignis grandine conficior.

Hinc corpus frater sacrata bac sede locayit.

Et tabula bac justas intulit inferias.

Ut nostra œtemis mandentur nomina fastis ,

Quilibet et similes stemat ad astra yias.

Du sieur de Montai, dict Carbonnieres.

Moy que Mars arracha de ma chère patrie

Pour combatte les Turcs aux doux champs de Hongrie ,

150 Discours du Siège

Que riionncur de ma race et de la guerre auâsi

Se faisant, pour la foy, feist retoorner icy,

Alors que d'une part la furieuse France

Avoit l'équité saincte et son Roy pour deiïense ,

Et que l'autre party de volleurs et meurtriers ,

Meirent audacieux leur Camp devant Poictiers.

Nostre rempart ver^é de coups d'artillerie ,

J'osay dessus la brèche attendre leur furie :

Et faisant le devoir que la Noblesse doit

Au pays et au Roy , soustenant un bon droit ,

De grans coups d'arquebus, qui pleuvoient sur ma face

A la fin je tombay roide dessus la place.

Mon frère en ce lieu Sainct a choisi mon Tombeau.

Ma mémoire honorant de ce sacré Tableau

Afin qu'avec le corps ma vertu ne soit morte,

Et qu'un chascun aprenne à mourir de la sorte.

Christophori ffesselini Gascurtij equitis Meliiensis.

Qui cupis effigies cujus sim nosse viator,

Siste pedum gressus carmina ut ista legas.

Hesselinorum genus est mihi, nobile stemma.

Et me prsepinguis terra Picarda tulit.

Tum vidit puerum Melite ^uvenilibus annis ,

Gaudentem longœ scandere transtra ratis :

Turritos mox in Turcas sacra arma ferentem

Signavit mérita me cruceRelligio.

Nec pavidum yitam tumidis exponere in undis ,

Nec timidum assidue castra labore pati.

Jam poteram officie Melitae pugnasse décennie

. de Poieiiers, 151

Ad patrios merui quando redire focos.

Chara ubi tantisper patrui me cura morata est.

Gallia dam meret tertia in arma ferox.

Tune ego pro patria belli pars esse cupivi ,

Turpe agitare putans otia tuta domi.

Pictayiique videns insurgere mœnibus hostem,

Nectentem longas obsidione moras.

Sustinui urbanis , miseri succuiTere et urbi ,

Urbi quœ patria est , altéra facta mihi.

Dumque super muros et propugnacula persto ,

Hostibus adversis qua potui arte nocens :

Fulminis ecce globus duplices cum poplite coxas

Frangit, et octava cogit obire die.

Gratulor at fatis , tali quod contigit hoste,

Proque fide et yera relligione mori.

Nam cruce candidula quae sum pia vota professus

Persolyi, et dignus laudibus interij.

Du mesme.

Il ne faut plus aller à Malte pour combatre L'ennemy de la Foy, ni monter sur la Mer, Pour aller voir si loing Tinfidelle s'armer Contre la saincte Eglise, et la vouloir abattre ,

Le François en sa Loy nouvelle , opiniastre Qui a faict à nostre huis les guerres allumer , Nous est comme le Turc, fors qu'on ne voit ramer Tant de vaisseaux sur Teau dont il nous puisse battre.

Ainsi , noble Gascourt , ta Croix n'est démentie En mourant à Poictiers, combien qu'une partie De toy feust obligée en autre région.

\:,2 Discoure du Siegt

Tu es» mort combattant Tinûdelle Hérétique, Tu es mort deffendant nostre Foy Catholique , Estoit-cc pas le vœu de ta Religion?

Du Capitaine Passac.

Apn» avoir cherché les hazards de la guerre Kn Escosso , suivant le sieur d'Epanviliers, Kt Houbs lo Duc do Guiso , honneur des Chevaliers, Avoir veu Mets et Rome , et la Toscane terre :

Aprt»» avoir esté si heureux tie conquerre L'onscigno Colonnelle, entre les bons guerriers Du Seigneur de Givry , m'avançant des premiers Pour lever le drapeau qui se perdoit grand' erre.

I>opuiB Buyvant mon Roy , et son meilleur party, Contre lo Huguenot huict ans jeoombaty Soubs le Comte du Lude , et y finy nui vie :

Je mouru d'un boulet la teste me fendant Au faux-bourg de Poictiers la brèche défendant , Où la gloire j'acquis que tant j'avois suyvie.

Du Capitaine L'Aunay.

François arreste ioy , et eoteniil regarde Que la seule vertu grave dedans les Cieux D'un Capitaine hardy les foicts victorieux :

Contanple que jamais en un' ame eouharde ,

£t dans un laaobe corps un bon cœur ne se gnrde : Contemple que oeluy qui se veult glorieux Assoir comme Héros à la Table des IMeux, Et sa vie et son corps à tout péril hazarde.

de Poiciiers, 153

Comme ce de L'Aunay ce hardy conducteur

Et preux et brave chef, qu'en sa première fleur

Repoussant des mutins la fielleuse rage , Mourut, ayant esté des ennemis Teffroy :

Or fut>-il mal-heureux de mourir jeune d'aage ,

Mais heureux de mourir au service du Roy.

De Claude de Pehu, sieur de la Motthe,

homme d'armes de la compagnie

de Monsieur d'Estrée.

Sous les mignards accords de ton Luth gracieux A Pimpré tu soulois joUer chants de victoire , Las 1 il faut maintenant que j'anime ta gloire D'un vers psalmodiant ton trespas glorieux.

Car quand en nostre France un Mars séditieux Armoit tous les mutins pour raser la mémoire D'une Religion qu'aucuns ne veulent croire, Encores qu'elle soit approuvée des vieux.

Ce Pehu Noyonnois fort accord soubs d'Estrées Deffendoit vaillamment les brèches et entrées Dedans ce grand Poictiers , ceint de ses ennemis :

Lors qu'un coup de Canon tombant des roches baille Et jette dessus luy tout un pan de muraille , Dont le neufiesme jour en ce Tombeau fut mis.

F. Chouart.

FIN

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