DU SUCCES DES AFFAIRES
Monsieur, pour vous faire entendre le discours du siegç dePoictiers, je vous advise que le dixneufiesme de Juillet dernier, estant party de Lymosin , avec monsieur le Duc de Guyse, pour y aller demeurer troys ou quatre jours, aux fins de travailler Fennemy , cependant qu'il s'entretenoyt au tour de Luzignan , nous eûmes nouvelles troys jours auparavant qu'y arriver, de la perte dudit Luzigjian : Et faisans estât d'assaillir troys coumettes qu'on nous avoit dit estre surnostre passaige, nous ne les trouvâmes pas , au moyen de quoy nous suyvimes nostre chemin , de sorte que le vingtdeuxsiesme au matin et à bonne heure nous y arrivâmes, et tout le reste du jour allâmes recognoistre la muraille, au tour laquelle le jour suyvant nous primes plusieurs prisonniers, qui disoyent que comment qu'il en fust, l'Admirai vouloit prendre ledit Poictiers , et qu'avant qu'il fust troys jours, il l'auroit assiégé. Ce que la pluspart de nousne pouvoit. croyre , parce que , selon que le gouverneur du lieu disoit , nous estions plus de quatre mil hommes combatans dedans, que par après ne nous trouvâmes pas deux mille , tant bons que mauvais : mais le vingtquatriesme environ l'heure de disner, arrivarent troys mil reistres avec quelques cazaçques blanches, desquels peu ce mirent en bataille, à deux coups, d'arquebusade près la ville , sur lesquels fut faicte fort desordonnement une sortie des nostres , qui escarmoucharent à
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leur grand desadventaige jusques après la nuict, sans que tontesfois il y enst grand perte de gens d'une part ne d'autre. Le mesme jour et à la mesme heure , ils nous yindrent assaillir d'un autre costé avec trois ou quatre mille arquebusiers , et nous ostarent un bourg loing de la ville d'un coup d'arquebuse, quedesja, parce qu'il n'estoit possible le tenir, nous avions délibéré abandonner, et vindrent jusques à la porte , où l'on s'escarmoucha tout le jour, de telle façon que d'une part et d'autre il y- eut grande mortalité, mais beaucoup plus grande de leur costé que du nostre. Cela faict , ils se retirarent à leurs logis qu'estoit à deux lieues au tour, où ils se reposarent jusques au vingtseptiesme. Et environ l'heure de disner ils se vindrent présenter avec toute leur cavallerie , et le reste de Tannée, et nous assiegearent. Nous ayant assiégez ilz demeurarent tout le reste du moys sans tirer plus de quarante coups de canon en tout , entendans à s'accommoder. Et le premier jour d'Aoust environ les sept heures du matin ilz commençarent à nous battre de neuf grosses pièces d'artillerie et deux moyennes par courtine : et continuarent ainsi troys jours , commençans toutesfois fort tard : et quatre desdictes grosses pièces battoyent une tour qu'est sur la porte appellee Pontajouber, et les autres la courtine attachée à ladicte porte , et nous entendions à reffaire de terre tout ce qu'ilz nous gastoyent de muraille , que n'estoit sans grande mortalité des nostres. Toutesfoys depuis le troisiesme jusques au cinquiesme nous nous reposâmes , et depuis ledict cinquiesme jusques au neuûesme nous ne cessâmes jamais. Le dixiesme, qui fut le jour de sainct Laurens, ilz commençarent de nous battre d'autant d'autres pièces d'artillerie d'un autre costé qu'estoit fort débile , et
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environ les deux heures après midy qu'ilz avoyent desja faict une brèche de quarante pas, ilz s'encamisarent tous pour venir à l'assaut : mais pourtant ilz n'y vindrent point autrement. Sur ces entrefaictes la nuici; tumba , durant laquelle nous réparâmes et nettoyâmes ladicte brèche. Le jour suyvant ilz continuarent de nous battre et aggrandirent la brèche, à laquelle ils ne se presentarent point , mais tirarent tousjours auprès jusques au dixneuiiesme quelques coups de canon à coup perdu. Et sur cela nous sortîmes dehors et alames donner de telle sorte dans un corps de garde, que nous y en tuâmes beaucoup, gaignames une cournette , fîmes plusieurs prisonniers, et donnâmes Teau au pré. Le dixneufiesme ils firent avec cinq pièces d'artillerie une autre brèche vis à vis de la susdicte , et de la mesme grandeur, qu'ils mandarent incontinant recognoistre , et se firent par mesme moyen donner une grosse alarme, à laquelle ils combatirent jusques au pré , entrant dans Teauë jusques à la ceinture. Le vingtroisiesme ils retoumarent de nouveau recognoistre ladicte brèche du pré, se faisans passaige par l'eau avec des fascines , et s'empatronirent de Time et de l'autre brèche et d'un petit tourrion antique , où ils logearent par après continuellement. Et ce mesme soir le seigneur D'aunous y estant allé avec plusieurs soldatz , sans attendre quelques Italiens qu'on avoit arreslé , qui le suy vroyent pour les en chasser, fut rebouté avec dommaige d'aucuns des siens et blessé d'une mousquetade, de laquelle il mourut par après. Cela faict les ennemys se mirent à faire de troux à la muraille pour nous ester l'eau qu'alloit fort croissant. Et le vingtquatriesme ayant changé d'opinion mirent unze pièces d'artillerie entre les gabions , que vingt jours auparavant ilz avoyent plantez
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en un pré estant de l'autre costé de la rivière entre la porte Pontajoubert et la porte S. Ciprian , peu distante de la première brèche, et le matin ensuyvant à bonne heure commençarent de battre avec tous leurs efforts, tenant leur camp en bataille avec leur accoustumee camisade : et continuarent de ce faire jusques au soir qu'ilz eurent faict une brèche d'environ quarante cannes. Et Tayant reduicte en terme d'y pouvoir venir à Fassault , furent attenduz par les nostres fort allègrement. Mais contre Fopinion de chacun ilz n'y vindrent point , ains s'en toumarent à leur retraicte en grandissime bruit et desordre. Le vingtsixiesme ilz s^efforçarent de s'impatronir du moulin de Suy , qu'avort esté mis sur la rivière entre la porte sainct Ciprian et celle de la tranchée, pour oster l'eau au pré. Mais ilz furent par deux fois bien repoulsez des nostres avec mortalité de plusieurs des leurs. Le vingtseptiesme ilz demeurarent coy, et durant le reste du moys ne firent que tirer quelques coups au pont de Rochereul, qu'est entre le chasteau et les deux brèches du pré, lequel est demeuré (depuis qu'ilz furent campez , jusques à maintenant) entraversé de boys, de terre, et de murailles nouvelles pour faire déborder la rivière. Le premier de Septembre ilz recommençarent de nouveau à battre ledict pont de cinq pièces d'artillerie pour essayer d' oster l'eau du pré : et continuarent jusques par tout le jour suyvant. Le troisiesme avec cinq pièces d'artillerie par eux mises entre les vignes qui sont quasi autour du chasteau et de la muraille que ceind de front le faulxbourg de Rochereul , ilz commençarent à s'impatronir dudict chasteau , et consequemment du pont. Et advint que quand ilz eurent continué la batterie depuis le matin à l'aube du jour jusques à environ le midy
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( encores qu'ilz n'eussent faict que quatre ou cinq cannes de brèche) ilz yindrent à Tassault, auquel ilz ne furent pas seulement receuz avec grandissime animosité des nostres , mais aussi fort bien repoulsez par trois fois, qu'ils se rassemblarent avec perte d'environ quatre cens hommes , entre lesquelz se trouvarent sept capitaines morts , et mossieur de Piles (qui les conduisoit, et fut le premier qui monta sur la brèche) blessé : et furent par le moyen du chasteau qu'estoit à eux, d'où il sortit continuellement par flanc une grande tempeste d'arquebuserie, et de quelques grosses pièces d'artillerie chargées de quadretz et de chaînes grandement endommagez. Des nostres tant mors que blessez n'en demeura qu'environ six, qui furent visez de l'artillerie que les ennemys avoyent mise en divers lieux dessus la montaigne , que non seulement descouvroit le faulxbourg de Rochereul , mais aussi toute la partie de la ville de ce costé-là. Ce mesme jour nous eûmes une chose paradventure non jamais ouye, que les assiégez furent grandement offensez des pierres que les ennemys leur jettoyent des collines de ladicte montaigne. Mais le plus grand mal que les nostres eussent, fut à passer le pont de Rochereul , où ilz furent aucunement offensez parce que les ennemys le descouvroyent de toutes parts , et ne faillirent pas de les y escarmoucher. Depuis le troisiesme jusques au sixiesme lesdictz ennemys demeurarent en repos, et par les nostres ne fut faict autre chose, sinon que le cinquiesme quelque peu de soldatz sortirent sans ordonnance de leur capitaine dudict fauxbourg, et ayans passé les collines de ladicte montaigne, mirent par terre deux tranchées que les ennemis tenoyent. Le sixiesme cstans sortis par la porte Pontacheart envh'on cent chevaux des nostres , atiacquarent
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une escarmouche aux ennemys, desquelz ilz tuarent deux gentilz hommes , et prindrent prisonnier un piéton, de qui on sceut que ce soir là mesme le camp Gatholicque dey oit arriver à Chastellerault et quasi en un mesme temps fut veu^ que les ennemys deslogeoyent , comme deux jours au paravant on avoit veu partir grosses trouppes de Reistres avec leurs charrettes. Et environ les six ou sept heures du soir tout le camp de Tennemy finit de partir de Poictiers , la ville demeurant entièrement libre du siège, auquel en cinq brèches sont esté tirez plus de quatre mille coups de canon , et est mort dedans le tiei*s des soldatz Gatholicques , et environ mille autres personnes que mortz que blessez comptant ceux de la ville qui ont esté blessez en travaillant à la brèche. Et des ennemys on fait compte que depuis le commencement du siège il en est mort pour le moins de quatre à cinq mille, sans les blessez qui sont aussi en bien fort grand nombre. Au demeurant nous devons bien remercier Dieu de ce que audict temps il nous délivra dudict siège. Car encores que noz vivres eussent esté bien mesnagez, ilz estoyent si amoindris que nous n'en avions quasi plus que pour huict jours : et si ne mangions plus chair que d'asnes, de chevaux et d'autres bestes inaccoustumees , qu'encores estoyent bien fort chères. Et parce que la délivrance dudict Poictiers, dépend totalement de la batterie et assault de Chastellerault , on doit savoir que le camp Catholicque, partit incontinant après de la Haye , où se feit la monstre, qu'on dict avoir esté de vingt mil hommes de pied , six mil chevaux reistres, mil Italiens , et deux mil François. Et le cinquiesme il alla à Ingrande, qui n'est qu'à une lieue de Chatcllerault, le lieu duquel on recogueut le sixiesme. Et d'autant que le temps se trouva si
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court ce jour là , qu'on n'y peut conduyre dooie grosses pièces d'artillerie qu'on y mena, on ne les y rendit que le septiesme^ desquelles on le battit jusque^ à deux ou troys heures après midy, et afxes se donna l'açsaut par les italiens qui furent repoussez , parce qu'ils ne furent pas suyyis e&-< cores qu'ils euss^t planté une enseigOfe sur la hrecbe, avec perte d'environ cent hommes, tant mort que blessez, entre lesquels blessez se trouya le sei^eux Fabian de Monte, qui après avoir esté prins prisonnier mourut : et mourut aussi les seigneurs Octavian de Montalto , quatre portenseignes Italiens, et quasi tous les portmseignes Italiens, et quasi tous les portenseignes Italiens furent blessez , tant de coups d'arquebuse que de coups de pierre : les cappitaines Carlove d'Ascoli, et Galliace de Sienne furent aussi tellement blessez qu'ils en moururent après. Le mesme soir dudit septiesme , le camp Catholicque demeura soubs Ghastellerault, et le huictiesme estant comparu delà la rivière de Vienne , tout celuy de l'ennemy (qu'estoit party de Poictiers) U se mit devant ledict Ghastellerault, où Ion ne le pouvoit garder d'entrer par un pont de la ville , et escarmouchant gaillardement l'espace de deux jours , les nostres en fin voyans qu'on n'avoit peu prendre la ville , fut conclu le soir bien tard (afin que les ennemys ne contraignissent les nostres de donner bataille à leur advantaige) que les nostres seretireroyent en un lieu fort, appelle Selle, qui est deçà la rivière de la Haye à six lieues de Ghastellerault. Ge qui fut faict toute la nuict marchant en grande diligence , et y demeurarent jusques au quinziesme , qu'il viudrent par après à l'isle Bouchait , où ils demeuraient jusques au dixhuictiesme , et le dixneufiesme vindrent à Chinon , qui est sur la rivière
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appellee Vienne , où nous sommes anjoiird'bay logez d'an
costé et d'autre de ladicte rivière, estant le camp de l'en-
nemy voysin de Mirable. Si la commodité se présente qne je
vous puisse advertir de ce qui succédera par cy a^res , je le
feray de bien bon cueur, duquel je me recommande à Tostre
bonne ^ace , suppliant le Créateur qu'il doint yictoyre au
Roy, et à vous Monsieur, en santé bonne vie et
longue. Du camp Catholicque estant
àChinon, ce vingtuniesme
de Septembre,
FIN