‹ Le signe de la croix au dix-neuvième siècleChapitre 14 sur 35 · QUINZIÉME LETTRE · texte numérisé non relu

QUINZIÉME LETTRE

Ce 10 décembre.

Réponse à une question. — Le signe de la croix est une arme qui dissipe l'ennemi. — La vie est une lutte. — Contre qui. — Nécessité d’une arme à la portée de tous. — Quelle est cette arme. — Preuves que le signe de la croix est Parme spéciale, l’arme de précision contre les mauvais esprits.

Si tu communiques ma dernière lettre à tes camarades, il est probable, mon cher ami, qu’ils te diront : Si le signe de la croix est aussi puissant qu’on vous l’écrit, pourquoi ne fait-il plus ce qu’il a fait? A cette question il y a plusieurs réponses.

La première est donnée par saint Augustin. En parlant des miracles , le grand docteur fait une observation très-juste. Il dit : « Les miracles rapportés dans le ca-

non des livres saints ont une grande publicité. Tout le monde lisant ou entendant lire TÉcriture , personne ne les ignore. Il en devait être ainsi, puisqu’ils sont les preuves de la foi.

a Aujourd’hui encore il se fait des miracles au nom de Notre-Seigneur, par les sacrements, par les prières 3t aux tombeaux des saints ; mais ils n’ont pas , à beaucoup près, la même notoriété que les premiers. On les connaît là où ils se font , et même si la ville est considérable, c’est à peine si tout le monde en a connaissance. Il arrive même souvent qu’un trèspetit nombre en sont informés. Quand ils les racontent ailleurs et aux autres * l’autorité de leur témoignage n’est pas telle, qu’on les admette sans difficulté et sans hésitation, bien que rapportés par des chrétiens à des chrétiens (1). »

(1) Nam plerumque elifcm ibi paucissimi sciant, ignorantibus cæteris, maxime si magna sit civitas ; et quando alibi aliisque narrantur, non tanta ea com-

En preuve de ce qu’il avance , le saint raconte plusieurs miracles opérés sous ses yeux , dont quelques-uns par le signe de la croix. Ainsi , de ce que tes camarades ou d’autres personnes ne connaissent pas les miracles accomplis de nos jours par le signe de la croix, ce n’est pas une raison de conclure qu’il n’en fait plus.

A cette première réponse, s’enjoint naturellement une seconde. Elle est d’un autre grand docteur, le pape saint Grégoire.

Distinguant les temps anciens des temps nouveaux : « Au commencement de l’Église, dit-il, les miracles furent nécessaires. C’est par eux que la foi des peuples devait s’affermir. Lorsque nous plantons un arbre, nous l’arrosons jusqu’à ce qu’il ait pris racine. Le jour où nous en sommes assurés, l’arrosement finit. Voilà pourquoi

mendat auctoritas, ut sine difficultate vel dubitatione credantur, quamvis christiania fidelibus a fidelibus indicentur. (De civ . Dei. lib. xvn, c. 8. )

l’apôtre dit : Le don des langues est un signe non pour les fidèles, mais pour les infidèles (1). »

Il en est de la culture morale comme de la culture matérielle. Aujourd’hui que le christianisme a pris racine dans les entrailles du monde , les miracles ne sont plus , à beaucoup près , aussi nécessaires que dans le moment de la divine plantation. Il y a quinze cents ans que saint Augustin disait déjà : De nos jours celui^qui pour croire demande des prodiges est luimême le plus grand des prodiges (2).

Mais en admettant, ce que je n’admets

(1) Hittc est enira quod Paulns dicit : Linguæ in signum sunt, non fldelibus sed infidelibus. ( Homil xxix , in Evang. )

(2) Cur, inquiunt, nunc ilia miracula, qtsæ prædicatis facta esse, non fiunt ? Possem quidem dicere, necessaria fuisse priusquam crederet mundus, ad hoc ut crederet mundus. Quisquis adhuc prodigia ut credat inquirit, magnum est ipse prodigium , qui mundo credente non crédit. ( Ubisuprà .)

pas, que le signe de la croix ne fasse plus de miracles, par combien d’effets surhumains ne révèle-t-il pas sa puissance , à chaque heure du jour et de la nuit, dans tous les lieux de la terre ? Si tu supposes cent millions de tentations dans un jour, tiens pour certain que plus des trois quarts sont dissipées par le signe de la croix.

Qui n’en a pas fait l’expérience pour luimême? Pars de là; et, te rappelant que ce que tu fais, les autres le font, tu pourras mesurer la puissance permanente et universelle du signe libérateur.

Je vais plus loin, et j’admets que le signe de la croix ne réussit pas toujours à chasser les pensées importunes, à dissiper les charmes séducteurs, à retenir l’ûme sur le penchant de l’abîme : à qui la faute?

N’est-ce pas au peu de foi des chrétiens de nos jours? Ne faut-il pas dire de l’inefficacité du signe de la croix, ce qu’on dit avec raison de l’inutilité de la communion pour un grand nombre : le défaut

n’est pas dans la nourriture, mais dans les dispositions de celui qui mange : Defectus non in cibo est , sed in edentis dispositione ?

C’est en vue de guérir ce défaut de foi qui appauvrit et qui ruine les chrétiens, que j’ai entrepris notre correspondance.

Je vais la continue ren développant un nouveau titre du signe de la croix, à la confiance des catholiques du dix-neuvième siècle.

Soldats, le signe de la croix est une arme oui dissipe l’ennemi. — Il y a plus de trois mille ans que Job a défini la vie :

Une lutte incessante : militia est vita hominis super terram. Les siècles ont passé ; les générations ont succédé aux générations; les empires ont fait place à d’autres empires ; vingt fois la face du monde s’est renouvelée, et la définition de Job reste toujours vraie.

La vie est une lutte , lutte pour toi comme pour moi, comme pour tes camarades; pour le riche comme pour le

pauvre. Lutte commencée au berceau , pour ne finir qu’à la tombe ; lutte de tous les instants du jour et de la nuit, en santé comme en maladie. Lutte décisive; de la victoire ou de la défaite dépend non la fortune, non la santé, non les "avantages temporels que nous estimons si fort, mais infiniment plus que tout cela : une éternité de bonheur ou une éternité de malheur. Telle est, mon cher ami, la condition de l’homme ici-bas : nous ne pouvons rien y changer.

Quels sont ses ennemis, les tiens et les miens? Eh ! qui ne les connaît non-seulement par leur nom, mais par leurs attaques? Le démon, la chair, le monde :

trois puissances formidables acharnées à notre perte. N’ayant nullement la pensée de te faire un cours complet d’ascétisme, je m’occuperai seulement de la première.

Aussi certain qu’il y a un Dieu, aussi certain il est qu’il y a des démons. « Pas de

Satan, pas de Dieu, » disait Voltaire ; et il avait raison. S’il n’y a pas de Satan , il n’y a pas de chute; pas de chute, pas de rédemption; pas de rédemption, pas de christianisme ; pas de christianisme, tout est faux : le genre humain est fou, et Dieu n’est pas.

Or, les démons sont des anges déchus.

Par l’intelligence , par la force , par l’agilité, ils sont bien supérieurs à l’homme.

Leur nombre est incalculable. Jusqu’au jugement dernier ils ont pour séjour l’enfer et l’atmosphère qui nous environne. Jaloux des fils d’Adam appelés au bonheur qu’ils ont perdu, leur occupation du jour et de la nuit consiste à nous tendre des pièges , à fomenter nos passions , à faire naître des situations dangereuses, à obscurcir en nous le regard de la foi, à émousser le sens moral, à étouffer le remords, à nous faire les complices de leur révolte, pour nous faire les compagnons de leur suppplice. Toutes ces vérités, je le

répète, sont aussi certaines que l’existence de Dieu.

Tyrans de l’homme par le péché, les démons le sont des créatures soumises à l’homme : le roi vaincu, son royaume appartient au vainqueur. Répandus dans toutes les parties de la création et dans chaque créature en particulier, ils les pénètrent de leurs malignes influences.

Dans les limites du pouvoir qui leur est abandonné, ils en font les instruments de leur haine contre l’homme , contre son àme et contre son corps. C’est encore un dogme de la foi universelle.

Que sait celui qui l’ignore ? Rien: Celui qui en doute? Moins que rien. Celui qui le nie ne compte plus parmi les êtres intelligents.

Étant donnés la lutte et l’homme tels qu’ils sont, concevrais-tu que la sagesse divine eût laissé le genre humain sans défense? Comment ne pas comprendre, au contraire, comme on com-

prend que deux et deux font quatre, que, pour équilibrer la lutte, Dieu a donné à l’homme une arme puissante, universelle , toujours sous sa main et à la portée de tous ? Quelle est cette arme ?

Interrogeons tous les siècles, surtout les siècles chrétiens. D’une voix unanime , ils répondent que c’est le signe de la croix.

L’usage constant qu’il en ont fait affirme leur réponse. Ce point de vue illumine toute l’histoire du signe adorable. Il en montre la raison ; il justifie hautement la conduite des premiers chrétiens, et non moins hautement il condamne la nôtre.

Que le signe de la croix soit l’arme spéciale, l’arme de précision contre Satan et ses anges, rien n’est plus certain. Dis-moi : quand on veut connaître la valeur d’un canon, d’une carabine, ou de telle autre arme de nouvelle invention , quelle est la manière de procéder?

On ne s’en rapporte pas aveuglément h l’inventeur. L’autorité nomme une corn-

mission. L’arme est essayée en présencè de juges compétents. Les expériences constatées par eux décident du mérite de l’engin de guerre soumis à leur examen.

Qu’il en soit de môme pour le signe de la croix. Rappelle-toi seulement que le signe divin n’est pas une arme de nouvelle fabrique. Elle est vieille, très-vieille ; mais elle n’est ni rouillée, ni affaiblie, ni hors de service. Quant au jury d’examen , il est formé depuis longtemps, et ne laisse rien à désirer. Il se compose des hommes les plus compétents de l’Orient et de l’Occident, hommes spéciaux, qui, d’ancienne date, connaissent l’arme en question et le métier de la guerre , non-seulement en théorie, mais en pratique. Voilà le tribunal ; écoute son jugement.

Croyait-il à la puissance du signe de la croix et à la bonté de cette arme divine contre les démons, le juge qui exprime son vote en ces termes ? « Ne sors

jamais de ta maison sans faire le signe de la croix. Il sera pour toi bâton, arme, tour inexpugnable. Ni homme ni démon n’osera t’attaquer, en te voyant couvert d’une pareille armure. Qu’à toi-même ce signe apprenne que tu es un soldat prêt au combat contre le démon, et luttant pour la couronne de justice. Ignorestu ce qu’a fait la croix ? La mort vaincue, le péché détruit, l’enfer vidé, Satan détrôné, l’univers ressuscité : et tu douterais de sa'puissance (1) ! »

Y croyait-il ce second juge dont voici les paroles ? « Le signe de la croix est l’armure invincible des chrétiens. Soldat du Christ, que cette armure ne te quitte jamais, ni le jour, ni la nuit, ni dans au-

(1) ... Sed cum es januæ vestibula transgtessurus... crucem io fronte imprime.. Ignoras quanta crux perfecit? mortem dissol vit; peccatum extinxit; orcum inanem reddidit; diaboli solvit potentiam... totum orbem exsuscitavit ; et tu in ipsa non confidis! (S. Chrys., Homil. \xu, ad popul. Antioch .)

cun instant, ni dans aucun lieu. Sans elle n’entreprends rien. Mais que tu dormes ou que tu voyages, que tu veilles ou que tu travailles, que tu manges ou que tu boives, que tu navigues sur mer ou que tu traverses les fleuves, sois toujours revêtu de cette cuirasse.

a Orne et protège chacun de tes membres de ce signe vainqueur, et rien ne pourra te nuire. Nul bouclier aussi puissant contre les traits de l’ennemi. A la vue de ce signe, les puissances infernales, effrayées et tremblantes, prennent la fuite (1). »

Y croyait-il ce troisième juge qui adresse aux chrétiens et à lui-même la recomman-

<1) Armemur insuperabili bac christianorum' armatura... hac te lorica circumtege , membraque tua omnia salulari signo exorna atque circumsepi, et non accèdent ad te mala... Sunt enim vehementer contraria tells inimici. Hoc signo conspecto adversariæ potestales conterritætrementesque recedunt. (S. Eph., De Panoplta et de Pœnitent. apud Gretzer, p. 580, 581 et 642.)

dation suivante? « Faisons hardiment le signe de la croix. Lorsque les démons le voient, ils se rappellent le Crucifié, ils prennent la fuite, se cachent et nous laissent (1). »

Et ce quatrième qui dit ? « Portons sur nos fronts l’immortel étendard. Sa vue fait trembler les démons. Eux qui ne craignent pas les Capitoles dorés ont peur de la croix (2). »

Ainsi juge l’Orient par l’organe de ses plus grands hommes , saint Chrysostome , saint Éphrem, saint Cyrille de Jérusalem* Origène, auxquels il serait aisé d’ajouter d’autres noms également respectables.

(1) Hoc signum ostendamus audacter, quando enim dæmones crucem viderint , recordanlur crucifixi... effugat dæmones, déclinant, recedunt. (S. Cyrill., Catech.j xiu. )

(2) Immortale vexillum portemns in froutibus nostris, quod, cum dæmones viderint, contremiscent ; qui aurata capitol ia non timent, crucem timent. (Orig., homil. vu, in divers . Evang . locis.)

Écoutons l’Occident. Saint Augustin disait aux catéchumènes : « C’est avec le symbole et le signe de la croix qu’il faut marcher à l’ennemi. Revêtu de ces armes, le chrétien triomphera sans peine de son antique et superbe tyran. La croix suffit pour faire évanouir toutes les machinations des esprits de ténèbres (1). »

Son illustre contemporain saint Jérôme : « Le signe de la croix est un bouclier qui nous met à couvert des flèches enflammées du démon (2). »

Ailleurs : « Faites souvent le signe de la croix sur votre front, afin de ne pas donner prise à l’exterminateur de l’Égypte (3). »

(1) Noverint cum symboli sacramento et crucis vexillo ei debere occarri , ut talibus armis indutus, facile yincat christianus , decujus oppression© male antea triompha verat nequissimus. ( Lib.de symb

(2) Scutum fidei, in quo ignitæ diaboli exstinguuntur sagittæ. {Bp. xviii , ad Eustoch .)

(3) Crebro signaculo crucis munias frontem tuam,

El Lactance : « Quiconque teut connaître la puissance du signe de la croix, n’a qu’à voir combien ce signe est redoutable aux démons : puisque, adjurés au nom de Jésus-Christ, il les fait sortir des corps des possédés. Qu’y a-t-il d’étonnant? Lorsque le Fils de Dieu était sur la terre, d’une parole il mettait les démons en fuite et rendait le repos et la santé à leurs malheureuses victimes. Aujourd’hui ses disciples chassent les mêmes esprits immondes, au nom de leur maître et par le signe de sa passion (1). »

L’Orient et l’Occident ont parlé. Les juges les plus compétents proclament le signe de la croix une arme excellente , l’arme spéciale contre le démon. Des expériences en nombre incalculable servent

ne exterrainatorÆgypti in teiocum fejteriat. (Epiât. 97 ad Demetriad.)

(f) ... Ita nunc sectatores ejus eosdem spiritus inquinatos , de hominibus et nomine magistrï dut et sigao passionis excludunt. (Lib, iv, c. 27.)

de base à leur jugement. Aux premiers siècles de l’Église elles se répétaient chaque jour, en présence des chrétiens et des païens, sur tous les points de la terre.

Elles étaient tellement concluantes qu’un témoin oculaire, le grand Athanase, disait sans crainte d’être démenti : « Par le signe de la croix tous les artifices de la magie sont impuissants, tous les enchantements inefficaces, toutes les idoles abandonnées. Par lui sont modérées, apaisées, arrêtées les fougues de la volupté la plus brutale, et l’âme courbée vers la terre se relève vers le ciel.

« Autrefois les démons trompaient les hommes en prenant différentes formes ; et, se tenant au bord des fontaines et des fleuves , dans les bois et sur les rochers, ils surprenaient par leurs prestiges les mortels insensés. Mais depuis la venue du Verbe divin , leurs artifices sont impuissants, le signe de la croix suffit pour démasquer toutes leurs fourberies.

« Quelqu’un veut-il faire l’épreuve de ce que je dis ? Il n’a qu’à venir au milieu des prestiges des démons, des impostures des oracles, des miracles de la magie ; qu’il fasse le signe de la croix en invoquant le nom du Seigneur, et il verra comment, par crainte de ce signe sacré, les démons s’enfuient v les oracles se taisent, les charmes et les maléfices sont frappées d’impuissance (i). »

Je vais te citer quelques-unes de ces expériences. Le précepteur du fils de Constantin , Lactance , qui connaissait mieux que personne les secrets de la cour impériale, rapporte celle-ci : « Pendant qu’il était en Orient, l’empereur Maximin, très-curieux scrutateur de l’avenir, immolait un jour des victimes et cherchait dans leurs entrailles le secret des choses futures. Quelques-uns de ses

(1) Signo crucis omnia magica compescuntur, veneficia inefficacia fiunt , idola uni versa relinquuntur. ( Lib. de Incarnat. Verb.)

gardes, qui étaient chrétiens, firent sur leur front le signe immortel, immortale signum. A l'instant les démons se sauvent et le sacrifice demeure muet (1). »

Si, à la vue du signe de la croix, le démon est obligé de fuir de ses temples, comment tiendrait-il dans les autres lieux?

Écoutons un des plus graves docteurs de l'Orient, saint Grégoire de Nysse.

Dans la vie de saint Grégoire le Thaumaturge, appelé le Moïse de l’Arménie, l'illustre historien rapporte ce qui suit :

«Troade, son diacre, arrive un soir à Néocésarée. Fatigué du voyage, il trouve utile de prendre un bain pour se délasser et se rend aux bains publics. Ce lieu était alors hanté par un démon homicide, qui mettait à mort tous ceux qui osaient y entrer après la chute du jour. C'est pourquoi on fermait les portes au coucher du soleil.

(I) Quo facto, fugatis dæmonibus, sacra turbata sunt. (Lactant., De mortib. persecut . c. x.)

Le diacre se présente et demande qu’on les ouvre. Le maître du bain lui apprend ce qui se passe. Vous pouvez m’en croire, lui dit-il , quiconque ose entrer ici, à l’heure où nous sommes, n’en sort pas sur ses pieds. A la nuit , le démon est maître de la place. Et combien de malheureux ont payé leur témérité par des cris de douleur, et par la mort !

« Troade ne tient aucun compte de ces renseignements et insiste pour que les portes lui soientouvertes. Importuné de ses instances, le maître du bain crut trouver un expédient pour mettre sa vie en sûreté et pour satisfaire le désir du solliciteur.

Il lui donne les clefs, n’osant pas luimême ouvrir la porte , et s’enfuit. Le diacre entre seul. Arrivé dans la première salle, il commence à quitter ses vêtements.

Tout à coup, et de toutes parts, sujets d’horreur et d’épouvante : des spectres variés, moitié feu, moitié fumée, figures

d’hommes et figures de bétes, s’offrent à ses regards, sifflent à ses oreilles, l’infectent de leur haleine et l’enveloppent comme d’un cercle infranchissable. Sans s’émouvoir, le . diacre fait le signe de la croix, invoque le nom du Seigneur et traverse sain et sauf la première pièce.

a Entré dans la salle du bain, il tombe au milieu d’un spectacle plus horrible.

Le démon se présente à lui sous une forme à faire mourir de frayeur. La terre tremble, les murs craquent, la pièce s’entr’ouvre ; et, sous ses pieds, le diacre voit une fournaise dont les étincelles lui sautent jusqu’au visage. Il recourt à *la môme arme, le signe de la croix et le nom du Seigneur : tout disparaît a Ayant pris son bain , il se hâte de sortir. Mais le démon lui barre le passage et tient la porte fermée. Devant le signe de la croix l’opposition de Satan est de nouveau vaincue, et la porte s’ouvre d’ellemême. Gomme le courageux diacre sortait,

le démon lui dit d’une voix humaine, hu mana voce : N’attribue pas à ta vertu d’avoir échappé à la mort. Tu le dois à Celui dont tu as invoqué le nom. Ayant donc été sauvé, comme nous l’avons dit, Troade fut un sujet d’admiration pour le maître du bain et pour ceux qui connurent l’événement (1). »

Le fait que tu viens de lire , mon cher ami , n’est pas isolé. C’est une partie d’un vaste ensemble de faits semblables, attestés par mille témoins dans les temps passés, et qui se reproduisent encore de nos jours chez les peuples idolâtres. Rome en fut souvent témoin.

Laissons parler Lactance : a Lorsque les païens, dit-il, sacrifient à leurs dieux, si quelqu’un des assistants porte sur son front le signe de la croix, le sacrifice ne réussit pas et l’oracle consulté ne rend point de réponse. Telle a été souvent la

(1) Vit . B. Greg. Inter oper. Nyss.

cause pour laquelle les mauvais empereurs ont persécuté les chrétiens. Quelques-uns des nôtres, les accompagnant à leurs sacrifices, faisaient le signe de la croix, et les démons, mis en fuite, ne pouvaient marquer dans les entrailles des victimes, les signes indicateurs de l’avenir.

« Lorsque les aruspices venaient à s’en apercevoir, ils ne manquaient pas, poussés par les démons auxquels ils sacrifiaient, de se plaindre de la présence des profanes. Les princes entraient en fureur et poursuivaient le christianisme à outrance, afin de pouvoir se souiller par des sacrilèges dont ils portèrent si cruellement la peine. »

Ma première lettre contiendra quelques autres faits.

(I) Cum enim quidam nostrorum, sacrificantibus Dominis assistèrent , imposito fronlibus signo , deos eoram fugaverunt, ne possentin visceribus hosliarum futura depingere. (Lact., lib. iy, c. 27.)

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