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TREIZIEME LETTRE

Ce 8 décembre.

BITeft du signe de la croix dans l'ordre temporel. - Il guérit toute» les maladies et éloigne tout ee qui peut nous nuire.- Il seud la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, 1 usage des membres aux boiteux et aux paralytiques, guérit, les autres maladies et rend la vie aux morts. "

Indigent dans l'ordre spirituel, l'homme ne l'est pas moins dans l'ordre temporel.

Son corps et son âme ne vivent que d'aumônes. Parmi les biens nécessaires au corps, il en est deux en particulier, mon cher ami, que je vais te signaler : la santé et la sécurité. Le signe de la croix procure efficacement l'un et l'autre.

La santé. Le Verbe éternel est la vie vivante et vivifiante. Parlant de lui lorsqu'il conversait parmi les hommes, l'Évangile

nous dit cette parole aussi simple que sublime : Une vertu sortait de lui qui guérissait toutes les maladies : Virtus deitlo exibat et sanabat omnes. L'histoire nous apprend que cette parole s'applique dans toute son étendue au signe de la croix.

Que les premiers chrétiens se servissent du signe de la croix pour guérir les maladies, rien n'est mieux établi. Saint Cyrille et saint Jean Chysostôme, l'un patriarche de Jérusalem et l'autre de Constantinople, assurent positivement que le signe de la croix continuait, à leur époque, comme au temps de leurs ancêtres, de guérir les maladies et la morsure des bêtes féroces (I).

Venons aux preuves. Tous les sens de l'homme sont sujets à la maladie : commençons par le plus noble, la vue. Si, au lieu de pâlir continuellement sur les auteurs païens, les jeunes gens étudiaient quelquefois les actes des martyrs, ils auraient vu

(I) Hoc signum ad hodiemum diem curât morbos. (Catech., xm; S. Chrys., In Matth., Hom. 54.)

dans ceux de saint Laurent, l'éclatant miracle que l'Église chante encore aujourd'hui, qui per siynum crucis cœcos illuminavit.

L'illustre archidiacre de Rome était entré dans la maison du chrétien. Là, se trouvait l'aveugle Crescention, qui, fondant en larmes, se jeta aux genoux du saint et lui dit : « Mettez votre main sur mes yeux, afin que je vous voie. » Le bienheureux Laurent, profondément touché, dit ; « Que Noire- Seigneur Jésus, qui a ouvert les yeux de l'ayeugle-né, vous donne la lumière. » En même temps il fait le signe de la croix sur les yeux de Crescention, qui voit le jour et le bienheureux Laurent, comme il l'avait désiré (1).

Le savant Théodoret raconte de sa propre mère ce qui suit : « Ma mère avait à l'œil un mal qui défiait toutes les ressources de la médecine. On avait feuilleté tous les volumes, interrogé tous les vieux auteurs,

(I) Apud Sur., 10 aug.

aucun ne donnait de remède applicable au mal présent. Nous en étions là, lorsqu'une amie de ma mère vintla voir.Elle lui parla d'un homme de Dieu, appelé Pierre, lui racontant un miracle opéré par lui. La femme du gouverneur d'Orient, lui disait-elle, a eu le même mal que vous. Elle s'est adressée à Pierre, qui est de Pergame, et il l'a guérie en priant pour elle eten lui faisant le signe de la croix.

« Ma mère ne perd pas un instant. Elle va trouver l'homme de Dieu, se jette à ses pieds, et le conjure delà guérir. Je ne suis, lui répond-il, qu'un pauvre pécheur, et je suis loin d'avoir auprès de Dieu le pouvoir que vous me supposez. Ma mère redouble ses prières et ses larmes, protestant qu'elle ne le quittera pas qu'il ne l'ait guérie.

« Dieu, lui dit-il, est le médecin de ces maux (I). Il exauce toujours ceux qui croient. Il vous exaucera vous-même, non en vue de mes mérites, mais à cause de

(1) Le saint raisonnait comme Ambroise Paré, le père de la chirurgie française : Je le pansai, et Dieu le guérit.

votre foi. Si donc vous l'avez sincère, vraie, pure et sans hésitation, laissant de côté les médecins et les médicaments, acceptez le remède que Dieu vous donne. A ces mots, il étend la main sur l'œil, fait le signe de la croix, et le mal est guéri (1). »

Des faits plus rapprochés de nous vont te montrer qu'en franchissant les siècles, le signe de la croix n'a pas cessé d'être le meilleur oculiste. Saint Éloi, évoque de Noyon, traversant un des ponts de Paris, guérit un aveugle, qui, au lieu de l'aumône, lui demanda de faire le signe de la croix sur ses yeux (ri).

Un miracle analogue se fit dans la vie de saint Frobert, abbé d'un monastère, près de Troyes, en Champagne. Il était encore enfant, lorsque sa mère, aveugle depuis plusieurs années, le prit sur ses genoux ;

(1) Hœc cum dixissct, manum imposait oculo, et salutaris crucis signo facto morbum expulit. (Hist. SS. Patr. in Petro.)

(2) Vie du suint, par S. Omn, éuéqu« de Rouen c. xxix.

AU XIX e SIÈCLE.

puis, l'embrassant et le caressant, le pria de lui faire le signe de la croix sur les yeux. Le jeune saint refusa d'abord ; mais, pressé par les instances maternelles, il invoqua le nom du Seigneur, fit le signe de la croix demandé, et à l'instant sa mère recouvra la vue (1).

Dans la vie de saint Bernard, Mabillon cite plus de trente aveugles de tout âge et de toute condition, en France, en Allemagne, en Italie, guéris en présence des rois et des grands seigneurs, au moyen du signe de la croix, fait sur eux par le thaumaturge de Clairvaux (2).

De la vue, passons à l'ouïe et aux autres sens. Comme Notre-Seigneur lui-même, le signe de la croix fait entendre les sourds et parler les muets. Nous voici au milieu de la grande Rome, dans le palais du préfet. Devant nous est un jeune et brillant officier : il s'appelle Sébastien. Ce nom, illustre entre tous, ne se prononce jamais dans les

(1) Sa vie au -31 décembre.

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