‹ Le signe de la Croix au XIX siècleChapitre 20 sur 53 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

collèges. Tu apprendras donc à tes camarades que saint Sébastien était commandant de la première cohorte prétorienne, sous Dioctétien. En langage moderne, cela veut dire colonel d'un régiment de la garde impériale.

Doué d'une éloquence égale à son intrépidité, il employait les dons de Dieu à encourager les martyrs, amenés journellement au prétoire. Un jour Zoë, femme du préfet de Rome, muette depuis six ans, eut le bonheur d'assister à un de ses discours.

Elle en fut, quoique païenne, si vivement touchée, qu'elle se jeta aux genoux du saint, tâchant de lui faire entendre par gestes qu'elle désirait être guérie. Elle fut comprise. Un signe de croix fait sur sa bouche lui rendit à l'instant la parole, dont le premier usage fut la demande du baptême (1).

Tu leur diras encore que, par le même signe, l'immortel abbé de Clairvaux, saint Bernard a guéri une foule de sourds et de

(I) Ad. de S. Sebast.

muets. A Cologne, une fille sourde depuis plusieurs années ; à Bourlémont, un enfant sourd et muet de naissance; à Bàle, un sourd; à Metz, un sourd, en présence d'une foule immense ; à Constance, à Spire, à Maëstrichl, des sourds et des muets ; à Troyes, une fille boiteuse et muette, en présence des évêques Geoffroi de Langres et Henri de Troyes. Enfin, à Clairvaux, un enfant sourd-muet qui attendait son arrivée depuis quinze jours (l).

Pendant que le même saint était à Spire, où il opérait beaucoup de guérisons miraculeuses, arriva Anselme, évoque d'Havelsperg. 11 avait un grand mal de gorge, en sorte qu'il pouvait à peine avaler ou parler. Tous devriez aussi me guérir, dit-il à saint Bernard. Si vous aviez autant de foi que les bonnes femmes, lui répondit agréablement le saint abbé, je pourrais peut-être vous rendre le même service. Si ma foi ne suffit pas, reprit l'évêque, que la vôtre me

(I) Mabillon, ubi supra.

guérisse. Le saint le toucha en faisant le signe de la croix, et à l'instant la douleur et l'enflure s'évanouirent (1).

Répandu par tout le corps, le sens du toucher est celui qui présente une plus grande surface aux atteintes de la maladie.

Comment détailler les maux, plus douloureux les uns que les autres, auxquels il est exposé I Si nombreux qu'ils soient, il est consolant de penser qu'aucun n'échappe à la puissance salutaire du signe de la croix. A sa vertu, on reconnaît Celui qui guérissait toute espèce de maladie parmi le peuple, omnem languorem in populo.

Un des évoques les plus saints et les plus aimables qui aient gouverné le diocèse de Paris, saint Germain, allait un jour rendre visite à saint Hilaire de Poitiers, son digne collègue. Sur son passage, deux hommes amenèrent, avec beaucoup de peine, une pauvre femme muette et boiteuse. Le saint n'eut pas plutôt fait sur elle le signe de la

(1) Signavit eum Pater... et continuo dolor omaisquo tumor abscessit. {Vit., lib. VI, c. V, n. 19.)

croix, qu'elle recouvra l'usage de la parole et des jambes. Trois jours après, elle put venir remercier son bienfaiteur (I).

Môme miracle observé par saint Euthyme, le grand archimandrite de Palestine. Térébon, fils du gouverneur des Sarrasins d'Arabie, était depuis sa plus tendre jeunesse paralysé de la moitié du corps.

Ayant ouï parler du saint abbé, il se fit conduire près de lui, accompagné de son père et d'un grand nombre de barbares. Le saint fit le signe de la croix sur Térébon, et le guérit à l'instant. Cette guérison fut suivie de la conversion non-seulement du fils et du père, mais encore des Sarrasins, compagnons de leur voyage et témoins du miracle (2).

Longtemps après, saint Vincent Ferrier opérait en France le même prodige qui avait réjoui l'Orient. Gomme il était à Nantes, on lui amena un homme paralytique depuis

(1) Ut signum sanctas crucis expressit, confestim omnis vigor per membra diffunditur. (Vita,c. xlvi.)

(2) Fleury, Hist. ecct., liv. xxiv, n. 28.

dix-huit ans, afin qu'il lui donnât sa bénédiction. Je n'ai ni or ni argent, dit le saint au malade; mais je prie Notre-Seigneur de vous accorder la santé du corps et de l'âme.

Ensuite, il fit le signe de la croix sur ses membres. Aussitôt le paralytique, guéri, se leva, rendit grâces à Dieu et au saint, retourna chez lui, et ne ressentit plus rien de son ancien mal (1).

Telle est quelquefois la violence de la douleur, qu'elle occasionne des transports au cerveau et prive ainsi le malheureux fils d'Adam de la raison et de la santé. Le signe de la croix force la maladie dans ce nouveau retranchement. Edmer, historien de saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, rapporte que ce saint homme, allant à Cluny, guérit, par le moyen du prix de la croix, une femme qui avait perdu l'esprit et qui était furieuse (2).

(1) Mox multa ejus membra cruce consignât, et ille se sentit incolumis. (Vit., lib. IV.)

(2) Vit. S. Anselm., lib. II.

Saint Bernard fil la môme chose à Sechingen et à Cologne. Dans cette dernière ville on lui présenta une femme frénétique, depuis la mort de son mari et à l'occasion de cetle mort. La malheureuse tournait ses forces contre elle-même, au point qu'on était obligé de la tenir enchaînée. Le saint en eut grande compassion. Il fit le signe de la croix sur elle, et à l'instant le calme et la raison lui revinrent (I).

Le Verbe Rédempteur, que l'Évangile nous montre si souvent guérissant les fièvres les plus opiniâtres, a communiqué au signe de la croix la vertu d'opérer le même prodige. Saint Prix, évoque de Clermont en Auvergne, étant venu au monastère de Darouge, dans les Vosges, trouva l'abbé Amarin si fortement attaqué d'une fièvre maligne, qu'il ne pouvait ni marcher ni rien prendre qu'un peu d'eau. Le saint évêquc eut recours à son arme ordinaire, et paya sa bienvenue par un miracle. Il fit le

(I) Mabillon, ubi supra, lib. IV, c. iv, n. 33.

signe de la croix sur le malade, qui se leva parfaitement guéri (1).

Même puissance à lcgard d'une maladie liicn plus grave que la fièvre et bien autrement difficile à guérir, l'épilépsîe. Dans la vie de saint Malachie, archevêque d'Armagh, qui mourut à Clairvaux, saint Bernard dit ; « Avant de partir pour Rome, où il allait recevoir le pallium des mains du pape Eugène III, le saint archevêque rendit la santé à un épileptique, en faisant le signe de la croix sur la poitrine de ce malheureux , qui tombait plusieurs fois le jour. »

Saint Bernard lui-même opéra un semblable miracle, en faveur d'une fille de Troyes, en Champagne. Telle avait été la force du mal qu'il lui avait ôté l'usage de l'a parole. Le saint abbé lui imposa les mains, fil le signe de la croix sur elle, et

(1) Cum vexillum crucis super rpgrum fecisset, protinus, fugata febro, sanatus reger surrexit. (Vie des SS., 25 janv.)

aussitôt, pleine de santé, elle parla en présence des assistants (1).

A mon exemple, guérissez les lépreux, avait dit Notre-Seigneur. Ses disciples ont accueilli cette parole, dont la vertu divine a passé dans le signe de la croix. Saint François Xavier remplissait les Indes du bruit de son nom. Ce bruit vint aux oreilles d'un lépreux, qui depuis plusieurs années cherchait en vain sa guérison. N'osant paraître en public, il conjura le saint de venir le voir.

Xavier, fort occupé, ne put se rendre aux désirs de cet homme ; mais il lui envoya un de ses compagnons avec ordre de demander trois fois au malade s'il croirait à l'Évangile, au cas où il serait guéri. S'il promettait d'embrasser la foi, l'envoyé devait faire le signe de la croix trois fois sur lui. Tout se passa comme Xavier l'avait ordonné. A peine le lépreux eut-il fait sa

(1) Signavit eam statimque locuta est. (Mabillon, ubi supra, c. xiv, n. 47.)

promesse, que son corps devint net, comme s'il n'avait jamais eu de lèpre (I).

Avant d'aller plus loin, je crois devoir, mon cher ami, placer ici une remarque de saint Chrysostome, applicable à la guérison des maladies, ou à l'éloignement des accidents et des fléaux par le signe de la croix. Si malgré sa puissance le signe de la croix, bien qu'il soit fait dans les dispositions convenables, ne guérit pas toujours les uns et n'éloigne pas toujours les autres, ce n'est pas la vertu qui lui manque, mais c'est qu'il nous est utile d'être éprouvés (2).

Il est une maladie non moins cruelle que la lèpre et beaucoup plus commune, c'est le cancer. Pas plus que les autres infirmités humaines, il ne résiste à la puissance du signe de la croix. Écoute ce fait rapporté par saint Augustin, témoin oculaire.

(1) Vie, liv. V, p. 3 19.

(2) Morbis itnpcrans terribile est hoc noraen, et si non abigerit morbum, non bine est quod infirmum sit hoc nomen, sed <]Uod utilis est morbus. [Ad Colons., H, liomil., ix.)

AU XIX e SIECLE.

« A Cartilage, dit-il, vivait une très-pieuse dame, des plus illustres familles de la ville, nommée Innocentia. Elle avait au sein un cancer, mal horrible que les médecins regardent comme incurable. Il faut ou l'extraire jusqu'à la racine, ou, pour procurer quelque soulagement au malade, employer sans cesse des liniments. Or, suivant Hippocrate, quand la maladie est évidemment mortelle, il est inutile de faire souffrir le malade.

« Son médecin, qui était l'ami intime de la famille, ne lui avait rien caché. Innocentia s'était tournée vers Dieu par la prière, en confiant à lui seul le soin de sa guérison . Une nuit, aux approches de Pâques, elle est avertie en songe de se rendre au baptistère du côté des femmes, où attendaient les catéchumènes, et de se faire faire le signe de la croix sur le membre malade, par la première des néophytes qui se présenterait devant elle. Elle obéit, et à l'instant elle est guérie.

« Le médecin qui lui avait annoncé que son mal était incurable, l'ayant trouvée

LE SrGNlî DE LA CROIX

parfaitement rétablie, s'empressa de lui demander quel remède elle avait employé, Elle lui raconta ce qui avait eu lieu. Alors, d'un air indifférent et qui fit craindre à la bonne dame quelque parole peu respectueuse pour Notre-Seigneur, le médecin lui répondit : Je m'attendais à ce que vous me diriez quelque chose d'extraordinaire, ta voyant de plus en plus inquiète, il se hâta d'ajouter : Qu'y a-t-il d'étonnant que Jésus- Christ ait guéri un cancer, lui qui a ressuscité un mort de quatre jours (1) ?»

Jamais miracle ne fut mieux attesté : il eut pour témoin.la ville entière.

Aux maladies naturelles viennent trop souvent s'ajouter, pour ôter à l'homme la santé et la vie, les attaques des bêtes féroces ou venimeuses. Le remède à leurs blessures est encore dans le signe de la croix.

« Le saint anachorète Thalasse, écrit Théodoret, voyageant la nuit, marcha sur une

(1) Quid grand* fuit Christus sanare cancerum, qui quatriduanum mortuum suscitavit? (De Civ. Dei, lib. XXII, c. vin.

AU XIX e SIECLE.

vipère endormie. Le reptile se réveille en fureur et lui enfonce les dents dans la plante du pied. Le saint se baisse et porte la main droite à sa blessure. La vipère la lui mord et n'épargne pas non plus la main gauche, accourue au secours de la droite.

« Après avoir assouvi sa rage et lui avoir fait plus de dix blessures, le venimeux reptile se glisse dans son trou et laisse sa victime en proie à des douleurs intolérables. Dans cette circonstance, pas plus que dans les autres, le serviteur de Dieu ne crut devoir recourir à la médecine. Pour guérir ses blessures, il se contenta d'employer les remèdes de la foi : le signe de la croix, la prière et l'invocation du nom du Seigneur (1). »

Maître de la vie, Notre-Seigneur l'est aussi de la mort. Cet empire souverain se retrouve dans le signe de la croix. Yoici

(1) Sed neque tune passus est uti arte medica, sed ■vulneribus adhibuit sola fidei medicamenta, crucisque signaculum et orationem et Dei iiivocationem. (In Thalass.)

ce que nous lisons dans la vie de saint Dominique. Étant à Rome, il prêchait un jour dans l'ancienne église de Saint-Marc. Parmi ses auditeurs était une dame romaine, nommée Guttadone, qui avait une grande dévotion pou rie serviteur de Dieu. Afin d'entendre le sermon, elle avait quitté un de ses enfants malade. A son retour elle le trouva mort.

Sans faire éclater sa douleur, elle prit avec elle ses servantes, et porta son enfant à saint Dominique. Elle le rencontre sur la porte du couvent de Saint-Sixte, met l'enfant devant lui, se prosterne, et, fondant en larmes, le prie de lui rendre son fils. Le saint, ému de compassion, se met à genoux, et, après une courte prière, fait le signe de la croix sur l'enfant, le prend par la main, le relève plein de vie, et le rend à sa mère en lui recommandant un silence absolu. Mais, dans l'excès de son bonheur, cette dame publie le miracle, dont Rome entière est bientôt informée (1).

(1) Vie de saint Dominique, liv. II

Deux siècles plus tôt nous trouvons saint Jean Gualbert. Ce noble et saint militaire a pardonné à l'assassin de son frère. Dieu le récompense par la vocation religieuse et le don des miracles. Du signe de la croix il se sert comme d'une épée contre le dé mon. Furieux de ses nombreuses défaites, le grand homicide arme ses suppôts qui, pendant la nuit, attaquent le monastèi^, brûlent l'église, démolissent les bâtiments et blessent à mort tous les religieux. Le saint accourt, et d'un signe de croix les rappelle tous à la vie et à la santé (1).

Tu comprends, mon cher Frédéric, que je me suis contenté de citer une ou deux guérisons de chaque maladie. Si on voulait les rapporter toutes, d'énormes volumes ne suffiraientpas. Saint Augustin, saint Chrysostome, saint Cyrille, saint Ephrem, saint Grégoire de Nysse, saint Paulin et cent autres témoins de l'Orient et de l'Occident, dans tous les siècles, prouvent, par des milliers de faits, que le signe adora- Il) Voir sa Vie.

ble de Celui qui est venu pour guérir toute maladie, n'a pas cessé de rendre la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, la santé aux malades et la vie aux morts.

Voila l'histoire. Ou il faut l'accepter telle qu'elle est, ou il faut en déchirer toutes les pages et tomber dans le scepticisme ; ou il faut en faire une autre plus véridique. Demande à tes camarades s'ils sont de force à l'entreprendre ; puis, quand elle sera faite, nous verrons.

A demain.

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