‹ Le signe de la Croix au XIX siècleChapitre 2 sur 53 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

GAUME ET O, ÉDITEURS 3, 'eue de l'abbaye, 3

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Un mot sur la publication de cet opuscule et sur le succès inespéré qu'il obtient. Comment nous est venue l'idée de ce livre ? Qui a ménagé la circonstance imprévue cà laquelle il doit son origine ?

Pourquoi un ouvrage, destiné à réveiller la foi du monde catholique au signe de la croix, paraît-il aujourd'hui, et non deux ou trois siècles plus tôt ? Pourquoi, jusqu'à nous, aucun Pape n'a-t-il eu la pensée d'attacher une faveur spirituelle à cette formule la plus vénérable, la plus ancienne, la plus habituelle de la religion ? Comment, au milieu de tant de

sollicitudes, Pie IX a-t-il daigné prêter l'oreille à notre faible voix, et s'est-il empressé d'avertir les chrétiens actuels de recourir le plus souvent possible au signe de la croix, conformément à l'exemple de leurs premiers ancêtres ? Pourquoi, afin de les encourager, a-t-il voulu en enrichir l'usage d'une indulgence doublement précieuse ?

A toutes ces questions nous ne savions d'abord que répondre. Aujourd'hui la lumière s'est faite. Tout vient à point dans l'Eglise, car la Providence ne tâtonne jamais. Habituée à se servir de ce qui 71 est pas, pour confondre ce qui est, elle ne se montre pas moins admirable dans les petites choses que dans les grandes : Magnus in magnis, non parvus in minimis.

Or, le signe de la croix est l'arme de précision contre le démon. Instruits immédiatement par les apôtres, les pre-

miers chrétiens le savaient. En lutte permanente avec Satan, dans toute la puissance de son règne et la cruauté de sa rage, régulateur des mœurs, des idées, des arts, des théâtres, des fêtes et des lois, maître des autels et des trônes, souillant tout et faisant de tout un instrument de corruption, ils avaient sans cesse recours à l'infaillible moyen de dissiper le charme fascinateur, et de parer les traits enflammés de l'ennemi.

De là, l'usage continuel du signe de la croix, devenu pour eux un exorcisme de tous les instants : quacumque nos conversatio exercet, frontem crucis signaculo terimus.

Si donc aujourd'hui paraît, sans dessein prémédité de la part de l'auteur, un ouvrage destiné à faire reprendre aux chrétiens l'arme victorieuse de leurs ancêtres; si, malgré tant de chances contraires, cet ouvrage se répand avec

rapidité ; s'il conquiert, à Rome même, le plus auguste et le plus précieux de tous les suffrages ; enfin si, après dixhuit siècles, le Vicaire de Jésus-Christ, le Chef de l'éternel combat, vient, par un acte solennel, presser le monde chrétien de recourir incessamment au signe victorieux du paganisme : n'est-il pas logique de conclure que nous nous trouvons, sous plus d'un rapport, dans une position analogue à celle des premiers chrétiens ?

S'ils étaient en face de Satan, roi et dieu du siècle ; s'ils vivaient au milieu d'un monde qui n'était pas chrétien, qui ne voulait pas le devenir, qui ne voulait pas qu'on le fût, qui persécutait à outrance ceux qui voulaient continuer de l'être : ne sommes -nous pas en face de Satan, déchaîné sur la terre, insurgeant les nations contre Jésus-Christ et leur faisant crier d'une voix infatigable :

Nous ne voulons plus qu'il règne sur nous, nolumus hune regnare super nos !

Dans quel milieu -vivent les chrétiens d'aujourd'hui ? Ne sont-ils pas enveloppés dans un monde qui cesse d'être chrétien ; qui ne veut pas le redevenir ; qui ne veut pas qu'on le soit ; qui persécute de toute manière ceux qui s'obstinentàl'ètre?

La ruse et la violence, l'injure, le blasphème, le sarcasme, la calomnie, la spoliation, l'exil, la mort même, ne sont-ils pas employés contre les enfants, comme ils le furent contre les pères ? Des arts, des théâtres, des livres, des fêtes, des lois, des sciences, ne fait-on pas aujourd'hui, comme autrefois, des armes contre le christianisme ? Est-il étonnant que la sentinelle d'Israël, le Souverain Pontife, soit venu par un acte, inconnu de ses prédécesseurs, réveiller la foi des chrétiens au signe protecteur de l'Église et de la société ?

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10 l'IlÉFACE

L'analogie est tellement réelle, que les protestants eux-mêmes en sont frappés.

A leurs yeux, comme aux nôtres, il n'y a de salut pour le monde actuel que dans la croix. Au commencement d'octobre, le journal prussien la Gazette de la Croix a publié un long article intitulé : Par ce signe tu vaincras : In hoc signo vinces.

« Aujourd'hui, dit l'écrivain protestant, nous sommes dans le même combat spirituel, contre le même antichristianisme que Constantin a jadis vaincu avec le glaive matériel. Sans aucun doute, il faut encore dire actuellement : tu vaincras par ce signe, in hoc signo vinces.

Des puissances occultes et sauvages montent à l'assaut de la Royauté par la grâce de Dieu, clef de voûte de l'ordre social chrétien. »

Ne faut-il pas que le mal et le remède soient également incontestables, pour voir ces mêmes protestants, qui ont jadis

répudié le signe de la croix comme un acte d'idolâtrie, proclamer la nécessité d'y recourir aujourd'hui comme à l'arme indispensable, si on veut vaincre le?

puissances occultes et sauvages dont le triomphe serait celui de la barbarie ?

L'apparition en quelque sorte providentielle du Signe de la croix au dixneuvième siècle explique seule le rapide succès qu'il obtient. La première édition française s'est écoulée en quelques mois.

Trois traductions en ont été faites dans les différentes langues de l'Europe : une en Allemagne, une à Turin, une à Rome.

Les journaux catholiques le recommandent à l'envi ; et de nombreuses lettres sont venues nous apporter les félicitations des hommes les plus respectables de la France et de l'étranger : Soli Deo honor et cjlorja. Toutes s'accordent à montrer l'à-propos de notre humble travail, et à faire ressortir la grandeur de

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