LE SIGNE DE LA CROJX
signe de la croix, et le monstre tombe mort (1).
Plus loin, voici saint Marcien, solidaire de Syrie, qui renouvelle le même miracle.
Comme il faisait oraison à la porte de sa cellule, Euscbe, son disciple, qui était assez loin de là, vit un monstrueux reptile, sur le haut du mur du côté de l'orient, et prêt à s'élancer sur le saint pour le dévorer. Eusébe, épouvanté, crie de toutes ses forces pour avertir son maître, en le conjurant de s'enfuir.
Marcien le reprend de sa frayeur, et fait le signe.de la croix en soufflant contre l'affreuse bête. On voit alors l'effet de la parole primitive : J'établirai une guerre à mort entre sa race et la tienne. L'air sorti de la bouche du saint fut comme une flamme qui embrasa ce dragon, de telle sorte qu'il tomba par
1) At ego Dei nomen appellans, digitoque trophaeum crucis ostendens, et omnem metum excussi, et belluara extemplo corruentem vidi. (Theodoret, Relig. hist., c. il.)
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pièces, ainsi qu'un roseau brûlé par le feu (1).
Il serait aisé de multiplier les faits accomplis dans ces lieux à jamais célèbres. M lis, pour grouper les merveilles du môme genre, venons en Italie, sauf à retourner encore en Orient. Saint Grégoire le Grand rapporte que saint Amance, prêtre de Tipheme, aujourd'hui Città di CasteIlo,en Ombrie, avait un tel empire sur les serpents les plus cruels, les plus terribles, qu'ils ne pouvaient tenir devant lui. D'un signe de croix il en faisait périr autant qu'il en trouvait. Se sauvaientils dans leur trou, Amance les scellait du signe de la croix, et le serpent en était tiré mort, tué par une puissance invisible. C'était l'accomplissement de la parole du Maître: Ils tueront les serpents, serpentes Collent (2).
(1) Digito crucis signum expressit, et ore insufflons vi'tcros inimicitias patefecit; mox enim draco, spiritu oris veluti flamma quadam correptus, esustœ in tar arundinis, in multas partes dissectus est. [Ibid., c. in.)
(2) In quolibet loco, quamvis immanissimss asperi-
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Tu sais que notre Seigneur ajoute immédiatement : El s'ils boivent quelque chose d'empoisonné, ils n'en ressentiront aucun mal : Et si martiferum quid bibennt, non eis nocebit. Quelques preuves entre mille. La ville de ISosra, dans l'Idumée, avait pour évoque saint Julien. Eu haine de la religion, quelques notables habitants formèrent le complot de l'empoisonner. Ils corrompirent le serviteur de l'évoque, lui procurèrent du poison et le chargèrent de le mettre dans la coupe de son maître, Le malheureux obéit.
Divinement instruit de ce qui s'était passé, le saint prend la coupe, la dépose devant lui, et, sans y toucher, dit à son serviteur : « Va de ma part prier à dîner les principaux habitants de la ville. » Il savait que parmi eux se trouveraient les coupables. Tous se rendent a l'invitation. Alors le saint homme, qui ne voulait diffamer aucun d'eux,
tatis serpontem r^pororit, mox ut eum signo crucis ngnaverit, exstinguit. [Dialog., Bb. III, c. xxxv.;
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leur dit avec une douceur angélique : « Puisque vous voulez empoisonner l'humble Julien, voici le poison, et je vais le boire. »
A ces mots, il fait trois fois le signe de la croix sur la coupe, en disant : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, je bois cette coupe. » Il l'épuisé jusqu'à la dernière goutte et ne ressent aucun mal. A ce spectacle ses ennemis tombent à ses pieds et lui demandent pardon (1).
Il faut être bachelier du dix-neuvième siècle, pour ignorer le fait suivant. S'il est un homme dont la vie devait être connue de tous et dans tous ses détails, c'est à coup sûr le patriarche des moines en Occident saint Benoît. Nouveau Moïse, n'est-ce pas à lui et à ses enfants que l'Europe doit d'avoir
(!) Voce mitissima omnibus dixit : Si arbitramini humilem Julianum veneno occidere, ecco coram vois pestiferum calicera bibo : signansque ter digito suo calicem, et dicens : In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, bibo hune calicem. Bibit illum coram omnibus totum, atque illœsus perstitit. Quod illi cum vidissent,prostrati veniampetiore. (Sophron., inPrat. Sfiir.)
été tirée de la barbarie? Montrez une lande matérielle ou morale, que le bénédictin n'ait pas défrichée ? Un principe civilisateur qu'il n'ait cultivé, enseigné, pratiqué? Dieu sait au prix de quels efforts.
Ce que nous savons, c'est que Satan, le vieux Pharaon, ne recula devant aucun moyen pour empêcher l'œuvre libératrice.
A peine retiré dans la solitude, Benoît voit venir à lui quelques moines indignes de ce nom, qui le prient de les prendre sous sa conduite. Le saint leur impose une règle, et par ses paroles comme par ses exemples s'efforce de les soumettre au joug de la discipline.
Vains efforts ! Les exemples blessent leur orgueil, les paroles provoquent leur colère et arment leur haine. La résolution est prise d'empoisonner le vénérable supérieur. Ils mêlent du poison dans du vin et en remplissent un verre qu'ils lui présentent à table, afin qu'il le bénît, suivant l'usage du monastère. Benoît étend la main, forme le signe de la croix ; et par ce signe sacré,
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comme d'un coup de pierre, le verre em poisonné vol en éclats. Le saint comprit qu'on lui avait présenté une coupe de mort, qui n'avait pu soutenir le signe de la vie (1).
Par ces exemples et par mille autres, tu vois, cher ami, quelle puissante prière est le signe de la croix, de combien de grâces il nous enrichit, de combien de dangers il préserve notre frôle existence. Venons à une nouvelle application du signe protecteur.
En France, en Espagne, en Italie, et je crois aussi, dans ton pays, les catholiques ont coutume, lorsqu'il tonne ou qu'il éclaire, de faire le signe de la croix. Ceux qui ne doutent de rien prennent cela pour une faiblesse : comme si les vrais catholiques des dix-huit siècles qui nous précèdent, étaient tous des esprits faibles et des bonnes femmes superstitieuses.
(1) Extensa manu Benedictus signum crucis edidit, et vas quud longius tenebatur eodem signo rupit, sicque confractum est, ac si in illo vase mortis pro cruce lapidem dedisset. Intellexit protinus vir Dei quia potura mortis habuerat, quod portare non potuit signum vit». (S. Greg., Dialog., lib.II, c. m.)
Or, dansle cas indiqué, et même dans tout danger imprévu, nous voyons le signe de la croix en usage, parmi les chrétiens de l'Orient et de l'Occident, dès les premiers âges de l'Eglise. Saint Êphrem, saint Augustin, saint Grégoire de Tours, mille autres témoins l'ont vu pour nous et l'attestent. «Si tout à coup, dit le saint diacre d'Édesse, l'éclair déchire la nue, si le tonnerre éclate avec fracas, l'homme a peur, et, tous effrayés nous nous inclinons vers la terre (I). »
Parlant de ceux qui fréquentent les assemblées mondaines, saint Augustin ajoute':
« Si par hasard quelque chose leur fait peur, aussitôt ils forment le signe de la croix (2). »
(1) Si repente fulgur aliquod vel tonitruum clarius ac vastius contingat, omnem subito sui formidine perterret hominem, cunctique horrore percussi in terrant nos inclinamus. (Ser. de cruce.) Le Saint parle du signe de la croix, et, bien qu'il ne le nomme pas, il est bien évident qu'il avait lieu dans cette circonstance, puisqu'on ne manquait pas de le faire à chaque instant et dans les actions les plus ordinaires.
(2) Si forte aliqua ex causa expavescant, continuo se signant. (Lib. L Homil., homil. 21.)
Saint Grégoire rapporte, comme une chose de notoriété publique, que sous l'impression d'une crainte et à la vue d'un 'danger quelconque, les chrétiens recourent au signe protecteur. Ce n'est pas en vain : entre mille le fait suivant en est une preuve.
Deux hommes allaient de Genève à Lau sanne. Bientôt éclate un violent orage, accompagné de vifs éclairs et de coups de tonnerre répétés. Suivant la coutume traditionnelle des chrétiens, un des voyageurs s'empresse de faire le signe de la croix. L'autre, se moquant, lui dit : « Est-ce que tu chasses les mouches ? Laisse donc ces superstitions de bonne femme. De pareilles momeries déshonorent la religion et sont indignes d'un homme éclairé. »
Il n'avait pas fini, qu'un coup de tonnerre l'étend roide mort aux pieds de son compagnon. Plus que jamais celui-ci continue de se protéger par le signe de la croix. Son voyage s'achève heureusement, et il raconte dans tout le pays ce qui était arrivé (1).
(1) Tilman., Collect. des SS. Pères, liv. VII, c. lviii.
Avis aux esprits forts, assurés contre la foudre.
Le signe de la croix ne protège pas seulement la vie de l'homme; il est encore un gage de sécurité pour tout ce qui lui appartient. De là vient l'usage universel du signe libérateur sur les maisons, les champs, les fruits, les animaux.
« Les catholiques, dit le grave Stuckius, ont des prières accompagnées du signe de la croix pour toutes les créatures en particulier, les eaux, les feuilles, les fleurs, l'agneau de Pâques, le lait, le miel, le fromage, le pain, les légumes, les œufs, le vin, l'huile et les vaisseaux qui les contiennent. Dans chaque formule ils demandent expressément l'éloignement de la puissance malfaisante du démon, et la santé du corps et de l'âme.
« Le jour de la Résurrection, ils bénissent le lait, le miel, les viandes, les oeufs, les pains, toutes choses qu'on garde ou qu'on donne comme étant salutaires à l'âme.
Le jour de l'Assomption : les herbes, les
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plantes, les racines, les fruits des arbres, afin de leur communiquer une vertu divine.
« Le jour de Saint-Jean : le vin, regardé, sans cela, comme impur et principe de mal.
Le jour de Saint-Étienne : les pâturages. Le jour de Saint-Marc : les blés. Ils suivent en cela le précepte de saint Paul, qui ordonne aux fidèles de bénir tout ce qui sert à la vie et de rendre grâces : usages mystérieux dont les théologiens donnent d'excellentes raisons (1). »
A leur tour, ces créatures délivrées des influences du démon deviennent, grâce au signe delà croix, les instruments de la puissante bonté du Créateur.
On lit dans saint Grégoire de Tours qu'une maladie pestilentielle faisait de tels ravages parmi les animaux, qu'on était à se demander si les espèces ne disparaîtraient pas entièrement. Dans leur désolation, quelques
(1) Cujus sane rei a theologis, et quidem optimœ. gravissimœque rationes afferuntur. (Antiq. convivial., Mb. II, c. xxxvi, p. 430.)
habitants des campagnes vinrent à la basilique de Saint-Martin, et prirent de l'huile des lampes avec de l'eau bénite, b'ayant portée dans leurs maisons, ils en firent le signe de la croix sur la tète des animaux que le fléau n'avait pas encore atteints, et en donnèrent à boire à ceux qui étaient près de périr : à l'instant tous furent sauvés (1).
Citons un dernier exemple de la puissance protectrice du signe de la croix. Saint Germain, évoque de Paris, allait au-devant des reliques de saint Symphorien, martyr.
Gomme il passait dans un village, les habitants vinrent le supplier d'avoir compassion d'une pauvre veuve nommée Panitia, dont le petit champ de blé était ravagé par des ours. « Yenez, lui dirent-ils, voir ce pauvre champ, et que les botes malfaisantes fuient à votre présence ! »
Malgré l'opposition de ceux qui l'accompagnaient, le saint se rendit sur les lieux, se
l\) Mox dicto citius clandestins peste propulsa, pecora liberata sunt. (Lih. III, Miracul S. Mort., c. xvm.)
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mit en prière, et fit le signe de la croix sur le petit héritage. Bientôt deux ours arrivent; mais, transportés de fureur, ils se jettent l'un sur l'autre. Un des deux reste sur le champ de bataille. L'autre, gravement blessé, est tué d'un coup d'épieu, et la pauvre veuve n'a plus à déplorer la perle de sa récolte (1).
L'histoire abonde en faits semblables; mais c'est assez pour aujourd'hui.
(1) Fortunat., In vit. S. Germ.