‹ Le signe de la Croix au XIX siècleChapitre 22 sur 53 · AU XI.V S SIE'-.LE · texte numérisé non relu

AU XI.V S SIE'-.LE

De l'Occident passons à l'Orient. Nous verrons que la puissance souveraine du signe delà croix n'est limitée ni par la différence des climats ni par les degrés de latitude ou de longitude. Écoutons saint Jérôme : « Le tremblement de terre universel qui suivit la mort de Julien l'Apostat, fit sortir les mers de leurs bornes. Comme si Dieu eût menacé le monde d'un second déluge, ou que toutes choses dussent retourner dans leur ancien chaos, les vaisseaux pendaient sur le haut des montagnes, où les flots en courroux les avaient portés.

Les habitants d'Épidaure, voyant d'effroyables masses d'eau fondre sur les côtes, et craignant, ainsi qu'il était arrivé autrefois, que leur bourg ne fût submergé, vinrent trouver le saint vieillard Hilarion.

« Comme s'ils fussent allés au combat, ils le mirent à leur tête. Arrivé au rivage, le sain fait trois signes de croix sur le sable, et étend les mains vers le déluge qui s'avance en mugissant. A ce signe, il n'est pas croyable jusqu'à quelle hauteur la mer s'en-

fia et se tint ainsi devant lui. Mais, après avoir longtemps grondé, comme irritée de l'obstacle que lui oppose Hilarion, elle s'abaisse peu à peu et ramène ses vagues sur elles-mêmes, sans oser franchir la borne sacrée. Épidaure et toute la contrée publient encore ce miracle. Les mères le racontent à leurs entants, afin d'en faire passer la mémoire à la postérité (1).»

Voici un l'ait analogue, mais beaucoup plus récent. Notre historien français, Mézeray, rapporte qu'en 1196 des pluies torrentielles firent déborder les rivières et les étangs. Il en résulta des inondations qui ressemblaient à un véritable déluge. On ne connut d'autre moyen d'arrêter le fléau que par des prières, des processions et des supplications publiques : il fut employé. A peine

(1) Qui cum tria crucis signa pinxisset in sabulo, manusque contra tenderet, incredibile dictu est in quantam altitudiaem intumescens mare ante eum steterit, ac diu fremens et quasi ad obicem indignans, paulatim in semetipsum relapsum est. [Vit, S. Hilarion., vers, fin.)

AT Xl\ c SIÈCLE.

eut-on fait le signe de la croix sur les eaux, qu'elles se retirèrent incontinent dans leur lit(l).

Si la verge de Moïse, figure de la croix, a pu diviser les eaux de la mer Rouge et les tenir suspendues comme des montagnes, pourquoi le signe même de la croix ne pourrait-il pas faire rentrer dans leur lit des torrents débordés?

Revenons à l'immortelle Thébaïde, et laisse-moi te rapporter quelques autres merveilles, dont ses angéliques habitants furent les acteurs et le signe de la croix, l'instrument. Un d'eux, Julien, surnommé Sabas, ou le vieillard aux cheveux blancs, traverse l'aride solitude. Sur son chemin l'attend un énorme dragon. L'affreux animal jette sur lui un regard de sang, ouvre une gueule béante et s'élance pour le dévorer. Sans s'émouvoir, le vénérable anachorète ralentit le pas, invoque le nom du Seigneur, fait le

(1) llist. de France, t. II, p. 135.

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