C. CXXVI
relies. Ainsi modifiées, elles deviennent entre les mains de l'homme des instruments de guérison, des armes contre les démons, des préservatifs contre les dangers de l'âme et du corps.
Combien on pourrait citer d'événements miraculeux, publics ou privés, anciens et modernes, dus à ces créatures insensibles, mais sanctifiées par le signe de la croix !
Si, au lieu de passer le temps à barboter dans les fables païennes, dans les légendes païennes de Rome et de la Grèce, les jeunes générations étudiaient l'histoire de l'Église et la vie des saints, tes camarades connaîtraient, à cet égard, une foule de faits plus avérés que ceux d'Alexandre et de Socrate (I).
Ce n'est pas seulement par l'imitation de la sainteté divine, mais encore de la charité divine, que le signe de la croix, guide éloquent et sûr, nous met, nous maintient et nous pousse dans notre voie.
(1) Voir Gretzer, p. COG et suiv.
La Charité. Le Dieu dont nous sommes les enfants, et dont nous devons être l'image, est charité, Deus charitas est. Ce mot dit tout. Il dit tout ce qu'est Dieu en luimême et dans ses œuvres. Le Père, étant Dieu, est charité. Le Fils, étant Dieu, est charité. Le Saint-Esprit, étant Dieu, est charité. La Trinité tout entière est charité. Dieu est charité ! Connais-tu un nom plus beau? Et ce nom, le signe de la croix, chaque fois que nous le faisons, le redit à notre cœur.
Charité veut dire union et effusion. Entre les trois augustes Personnes, tout est union et unité : unité de puissance, unité de pensées, unité d'opérations, unité de bonheur, unité d'essence. L'ombre même d'un désaccord jamais ne vient troubler celte ravissante harmonie. Pourquoi? Parce qu'un seul amour, amour plénier, éternel, inaltérable, est le lien délicieux de la Trinité.
Effusion. Essentiellement communicative la charité tend à se répandre au dehors, et la charité infinie avec une force et une
abondance infinie. Or, les œuvres extérieures de Dieu sont : la création, la conservation, la rédemption, la sanctification, la glorification.
Ainsi, créer, c'est aimer; conserver, c'est aimer; racheter, c'est aimer; sanctifier, c'est aimer ; glorifier, c'est aimer. Toute charité vient du cœur. Dieu est donc un cœur. Connais-tu un nom plus délicieux?
Et ce nom, le signe de la croix nous le redit chaque fois que nous le faisons.
Dieu est charité. A toi, comme à moi, comme à tout homme, quel que soit son âge ou sa condition, ce mot, dit ce que nous devons être. Images de Dieu, nous devons lui ressembler. Lui ressembler, c'est être charité, charité en nous-mêmes et dans nos œuvres.
En nous-mêmes, par le lien surnaturel de la grâce qui unit entre elles toutes nos facultés, les ennoblit, les fortifie l'une par l'autre et les fait tendre au même but, la formation de la ressemblance parfaile de Dieu en nous. Dans nos œuvres, par le
principe divin qui, nous unissant à tous les hommes, comme les membres d'un même corps, fait battre notre cœur à l'unisson du leur, le répand en effusions salutaires sur tout ce qui leur appartient, et réalise ce dernier vœu du divin Maître : Père! qu'ils soient un comme nous sommes un.
Je m'en tiens, mon cher Frédéric, à ces aperçus, qu'il te sera facile de développer, ils suffisent pour montrer l'importance du signe de la croix, comme guide de l'homme.
Si tes camarades avaient le malheur d'en douter, adresse-leur les questions suivantes :
Est-il vrai, oui ou non, que rien n'est plus propre que le signe de la croix à nous rappeler Dieu et la Trinité ?
Est-il vrai, oui ou non, que l'homme est formé à l'image de Dieu?
Est-il vrai, oui ou non, que le premier devoir et la tendance naturelle d'un être quelconque, est de reproduire en luiletype sur lequel il a été fait?
Est-il vrai, oui ou non, que si l'homme ne
fait pas de persévérants efforts pour se former à l'image de Dieu, il se forme inévitablement à l'image du démon et de ses passions déréglées ; de sorle que, ne devenant pas dejourenjourplus saint, plus charitable, plus Dieu, il devient de jour en jour plus pervers, plus égoïste, plus démon, plus bête, animalis homo ?
Est-il vrai, oui ou non, quel'homme tend sans cesse, le sachant ou sans le savoir, à faire tout ce qui l'entoure à son image, et que de cette action permanente vient la sanctification ou la perversion, l'ordre ou le désordre, le salut ou la ruine des individus, des familles, des sociétés, des croyances et des mœurs?
Pour peu qu'ils aient de logique et surtout d'impartialité, leur réponse, je n'en doule pas, sera ce qu'elle doit être. Avec nous, ils concluront que rien n'est mieux fondé, ou, pour parler la langue du jour, rien n'est plus profondément philosophique que l'usage fréquent et très-fréquent du signe de la croix.
Ils concluront que ni les premiers chrétiens, ni les vrais chrétiens de tous les siècles, ni l'Église catholique, ni enfin l'élite de l'humanité, ne se sont trompés, en conservant invariablement l'usage de ce signe mystérieux.
Ils concluront que l'erreur, le tort et la honte sont du côté des contempteurs du signe de la croix ; qu'en ne le faisant pas, en rougissant de le faire, en se moquant de ceux qui le font, ils se placent dans la lie de l'humanité, descendent au-dessous même des païens, et s'assimilent à la bête.
Que reste-t-il donc et pour eux et pour nous ? Mes dernières lettres te l'apprendront.