SUD
Fig. 61. — Plan des cromlechs de Vergiate, échelle de 3 millimètres par mètre.
Le monument circulaire le plus près de la route est le plus grand. Il a 10 mètres de diamètre, et, malgré de nombreuses lacunes, on compte encore trente-trois pierres. L'autre rond n'a que 8 mètres de diamètre ; les pierres sont au nombre de trente-quatre, et il existe aussi des lacunes. Le cromlech quadrangulaire est plus maltraité que les deux autres : deux faces sont presque détruites, il ne reste plus que vingt-six pierres; la face la plus longue a environ 10 mètres. Toutes les pierres de ces trois cromlechs sont roulées, telles qu'on les ren^
contre en abondance clans le sous-sol de la bruyère. Elles ont de 50 à 60 centimètres de grand diamètre sur 25 à 40 dans l'autre sens.
Près de ce groupe se trouve un autre rond également de 8 mètres de diamètre et les débris d'une enceinte paraissant quadrilatère.
On reconnaît encore très-bien que le centre de chacun des trois cercles a été occupé par un tumulus, ou tout au moins que le sol intérieur de ces cromlechs était plus élevé que le sol environnant. Des restes de fosses existant au milieu des enceintes prouvent très-nettement qu'on y a pratiqué des fouilles. Par qui ont-elles été entreprises, et à quelle époque? Je n'ai pu me procurer aucun renseignement à cet égard.
Giani a vu, mais mal vu, ces divers monuments. Dans son ouvrage : Bataglia del Ticino, il parle de nombreuses enceintes formées de gros blocs de pierre, plantés dans le sol, la plupart du temps en cercle, quelquefois en carré, toujours laissant une ouverture d'un côté. Ce sont ses propres expressions. Les figures sont encore plus inexactes que la description. Il représente deux cercles dont l'un n'a que dix pierres et ufi autre quinze, et un parallélogramme qui en a dix-sept; les pierres sont espacées, forment de toutes petites enceintes, doublées en certains points sur les cotés, particularité que que je n'ai observée que dans le cromlech circulaire dn bois de chêne de Malvai. Ce qui a induit en er- — i rour Giani, c'est ridée préconçue que ces enceintes «^ représentaient les vestiges des tentes de Cornélius Soipion.
M. le professeur B. Biondelli, en 1852, dans sa brochure : Antichi monumenti celtici in Lombardia, a reconnu la véritable nature des monuments du plateau de Somma. Malheureusement il ne les a pas décrits, il les a à peine indiqués par les phrases suivantes :
« Parmi les tumulus apparaissent çà et là quelques enceintes circulaires ou rectangulaires, formées avec de gros cailloux fixés dans le sol » (p. 10) ; et : « Les enceintes circulaires sus-mentionnées, tracées çà et là sur les tumulus et dans la plaine avec de grosses pierres fixées dans le sol, accusent par-dessus tout et exclusivement les usages celtiques 1 » (p. lu).
Comme on le voit par ces deux passages, le professeur de Milan parle de tumulus. Je n'en ai pas retrouve trace dans le terrain, si ce n'est peut-être dans l'enceinte même des cromlechs circulaires des bruyères voisines de la station de Vergiate.
Qu'il me soit permis de formuler ici un souhait, c'est que ces précieux monuments d'une civilisation tout à fait spéciale, qui n'a laissé que de très-rares traces en Italie, soient préservés d'une destruction qui les menace. Déjà plusieurs des enceintes signalées par Giani ont disparu. Celle de Vigano a été évidemment détruite par suite des exercices et manœuvres du camp. Celles de Vergiate (fig, 61) sont menacées doublement : d'une
1. « Fra i tumuli appuntô qua e là alquanti recinti circolari o retlangolari, tracciati con grossi ciottoloni conficcati nel suolo» (p.10); — et : « Sopra tutto ed esclusivamente attestano il celtico rito i mentovati recinti circolari Iracciati qua e là sui tumuli e nella pianura con grosse piètre conficcate nel suolo » (p. 14).
part par les travaux du camp, de l'autre par le défrichement de la bruyère qui les a presque atteintes.
Ainsi que je l'ai dit , je ne sais pas ce qu'ont produit les fouilles pratiquées au milieu des enceintes* Mais il existe dans le pays des vases grossiers de pâte, d'une facture encore plus grossière, de formes sans élégance, ornés de gravures en creux profondes, inégales, irrégulières, composées de lignes formant des séries de chevrons ou des quadrillés. Ces vases ont tout à fait l'aspect des vases les plus anciens trouvés en France. J'en ai vu trois en forme de pots à fleur, chez M. le marquis Ermès Yisconti, qui a eu l'obligeance de m'en céder un. J'ai pu en acquérir deux autres à Somma, l'un en écuelle très-basse, l'autre en coupe ou tasse évasée. Un
Fijf. 64 —Vase des environs de ^maji. Fig. 63.- -Dessous du rase ci-joint.
1 S grandeur. 1 '3 grandeur.
Collection Dalla Rosa.
ingonieur^du pays en a encore un en forme vase de fleur, et M. le marquis Dalla Rosa en possède aussi un, trèsbien conservé, en forme de coupe ou tasse dont je donne le dessin figures 02. G3.
Malheureusement, je n'ai pu avoir aucun détail précis sur le gisement de ces vases. Ils se trouvent, m'at-on dit. aux environs de Somma; c'est tout ce que j'ai pu savoir. Ont-ils quelques rapports avec les monuments
en pierre brute ? Je suis tout disposé à le croire , et ce pourrait bien être là l'industrie des Gaulois cisalpins. Toujours est -il que ces vases postérieurs à ceux des tombes que nous avons étudiées dans le chapitre précédent, que ces vases considérés par quelques personnes comme contemporains de l'occupation romaine, que ces vases, dis-je, montrent encore des traces de l'ancien culte de la Croix. Ainsi le dessous de la coupe ou tasse figurée montre une croix formée [par deux lignes profondément gravées en creux, quand la pâte était encore molle, figure 63.
M. le marquis Dalla Rosa possède aussi dans sa collection un vase en terre, à cou étroit, en forme de bouteille, ayant une Croix en dessous. Ce vase provenant de ses fouilles, dans les environs de Sesto-Calenda, est évidemment beaucoup plus récent que ceux de Golasecca. Très-probablement il appartient à l'époque romaine.
Ces deux derniers vases sont fort intéressants parce qu'ils montrent combien la foi à la Croix, qui était si généralement adoptée dans le pays à la première époque du fer, s'est maintenue à travers les siècles et les plus grandes vicissitudes politiques. Invasion étrusque, invasion gauloise, invasion romaine, n'ont pu la détruire.
138 lf: signe de la croix.
î" VAUKNA, TYBUL.
A Stadler, commune de Vadena, près Caldaro, en amont de Trente, on avait remarqué depuis longtemps des fragments de poterie dispersés dans les champs, lorsqu'on découvrit sept ossuaires en terre disposés en file, contenant des cendres, des débris d'os, des fibules, des couteaux, de petites chaînettes, etc. Le tout fut malheureusement dispersé; mais celte découverte donna l'idée d'entreprendre des fouilles régulières. Elles furent exécutées en 1854 et 1855, a\ec le consentement des propriétaires, sous la réserve du payement de la valeur intrinsèque des métaux précieux qui pourraient être découverts 1 .
A un peu plus de 400 mètres du château des comtes de Thun, à la base orientale du Mittelberg, vers le col qui existe entre l'Adige et le lac de Caldaro, se trouve une colline recouverte d'épais buissons et de gros blocs de porphyre détachés de la montagne. Sur les flancs de cette colline étaient épars irrégulièrement, mais rapprochés les uns des autres, de nombreux tombeaux.
Los racines et blocs enlevés, on trouvait sous une terre noire, charbonneuse, des plaques de porphyre pla-
I, lhANr\Ri.o O.onkstvbilk : l>i alvun? scoperte archeologiche tmvHtitt* dnl /JttW al /&*> neir ayro Trentino, dans Monumenti ed muait puhliatti d'ail* lustitulo di correspondenza archéologie a m»/ f,SV»Y»\ in fol., p. 74 a 81. pi. 13. —Si lier: Deir origine e délia Hiihmt dn dhitfUi ftiNnuiiVi, Tivnie. •*•*>, pi. 8 et 9; cette dermfoi» imliftihon osl ilonntv |wr M. StroM.
VADENA, TYROL. 139
cées horizontalement, et au-dessous, de grands vases en terre, avec coupes servant de couvercle, au nombre de un, deux et même plus, ensevelis dans le sol. Ces vases, servant d'ossuaires, étaient pleins de cendre, de débris d'os et de poussière ou terre très-fine. Un anneau, une fibule, ou une épingle à cheveux, ou un bracelet et de petites chaînes étaient placés au centre de l'ossuaire. Parfois il y avait aussi d'autres objets d'usages divers, presque tous altérés par le feu. Mais on ne voit pas trace d'os d'animaux.
Les tombes ordinaires consistaient dans l'excavation d'un petit trou, dans lequel se plaçait un seul ossuaire, recouvert et caché au moyen d'une plaque de porphyre reposant, soit sur des pierres se trouvant là par hasard, soit sur deux blocs placés exprès aux deux extrémités.
Mais toutes les tombes n'étaient pas aussi simples. Vers le milieu de la pente de la colline il y en avait une avec voûte grossièrement composée de grosses pierres polygones irrégulières, sans ciment. Elle était ouverte du côté de l'orient. A la base, cette tombe avait 1 mètre 30 centimètres environ de large et sa hauteur n'atteignait pas tout à fait le mètre. Elle contenait les traces de quatre vases, deux avec tasse-couvercle et deux sans couvercle. Il y avait de plus divers objets métalliques, en grès et en terre cuite.
Près de là se trouvait une autre tombe , recouverte d'une plaque portant sur la face supérieure une inscription en caractères étrusques.
Parmi les objets contenus dans ces deux tombes, quelques-uns étaient en fer, comme des espèces de
lames de couteau, une petite scie, etc.; cependant le fer ne se trouvait généralement pas mêlé au bronze et au cuivre ; il était habituellement associé aux ossuaires les plus simples et les plus grossiers.
Les poteries contiennent généralement des grains pierreux dans la pâte. Les plus abondantes sont rouge brique, bien cuites. Ce sont aussi les mieux ornées. Les plus grands vases sont en terre noire, peu cuite, sans ornements. H y a aussi quelques pièces en terre blanche, très-cuite, dure, sonore. H y a des ossuaires à anses, ornés avec beaucoup de simplicité de points ou petit* cercles, de lignes qui se coupent et se réunissent en triangles, ornements placés soit autour de la base, soit autour du centre ou de la partie supérieure. Parmi les petits vases, il y en a à base arrondie, dont le fond a été simplement formé en repoussant une petite partie do In paroi du vase.
On rencontre deux espèces de bronze, l'un plus roux, plus luisant, plus pesant et de meilleure conservation; l'autre plus jaune et plus poreux.
Les objets en bronze roux sont moulés; ceux en hronxo jaune, espèce de cuivre, sont façonnés au marteau et réduits en lames.
On n'a pas trouvé de métaux précieux.
Sont en bronze des épingles, qui parfois ont leur Mo en os % des fibules, des bracelets, des rasoirs en forme lunaire, de petites pinces, des mors de chevaux, tic* réunions de petits anneaux formant chaînette.
Sont en fer des couteaux, de petites scies, des anneaux, dos épingles, etc.
VADENA, TYROL. lftl
Quelques boutons de verre, assez rares, ont aussi été trouvé.
Sur les couteaux, les rasoirs et autres objets en métal, il y a parfois des ornements analogues à ceux des poteries.
Sur quelques fibules et têtes d'épingles, on voit un émail luisant, blanc et noir.
Un petit objet en bronze, d'un usage inconnu, offre une Croix très-nettement dessinée, entourée d'une couronne, figure 6ft.
Fig. 64. — Objet en bronze de Vadena, d'après M. Conestabile.
J'ai vu une pointe de lance en bronze, à douille se prolongeant tout le long de la lame et formant une haute arête médiane arrondie, allant en diminuant jusqu'à la pointe.
Je dois citer aussi d'une manière toute spéciale de ces cylindres en terre s'élargissant aux deux bouts, que j'ai signalés comme trouvés abondamment dans les tombes de Villanova.
Les tombes de Vadena ont tout à fait le même cachet que celles de Golasecca. Elles appartiennent évidemment à une même civilisation, à une même population. Dans les unes comme dans les autres, on brûlait les morts; les cendres étaient enfouies dans de grands vases en terre, avec les bijoux et les objets usuels du défunt;
objets et bijoux qui portent les traces du feu. Les ossuaires étaient recouverts de vases en forme de coupe, servant de couvercles, et accompagnés d'autres vases découverts, plus petits que l'ossuaire, souvent arrondis au fond, ayant simplement un petit repoussé pour base. L'ornementation de tous ces vases est des plus simples, et seulement formée de lignes diversement combinées. Les différents objets étaient déposés sous terre entre de grosses pierres qui les abritaient et constituaient le tombeau. On voit qu'en tout ce qui est essentiel, il y a similitude parfaite.
Dans les deux localités, on a trouvé la Croix trèsnettement dessinée et évidemment employée, avec intention, comme symbole.
Dans les deux localités, on a aussi trouvé des caractères. Seulement, à Golasecca, ces caractères sont rudimentaires; ce sont plutôt des chiffres de fantaisie, de simples marques, que des mots composés de lettres; tandis qu'à Vadena , on a rencontré une véritable inscription en lettres paraissant étrusques. Vadena serait donc probablement déjà un peu plus récent que Golasecca.
Mais ce qu'il y a de plus intéressant à constater, c'est que, pendant la première époque du fer, dans toutes la vaste plaine du Pô et les vallées adjacentes, —ainsi qtL.^. le prouvent Villanova, Golasecca et Vadena, — la Croî,^ existait comme emblème religieux!... C'était le pl^^m. important, le plus employé, et peut-être même le s^ ^ accepté ! . . .