CHAPITRE V
Les terramares de l'Emilie , appartenant à l'âge du bronze et remontant à mille ans au moins avant Jésus- Christ, contiennent fréquemment le signe de la Croix gravé sur des poteries d'usage domestique. Parmi les vases dont le fond est orné soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, plus de la moitié présentent des Croix trèsvariées. Cette énorme proportion montre bien que la Croix était un signe, un emblème, un symbole tracé avec intention et auquel on attribuait la plus grande importance.
Ce symbole était très-diversement représenté, comme on peut en juger par les figures ci-jointes (fig. 80, 81. 82, 83, Si, 85; 86, 87, 88, 89).
L'extrême variété dans la composition de la Croix est la meilleure preuve que le dessin de ce symbole a bien été intentionnel. La Croix était considérée comme
Fig. 80.
Fig. 81.
Fig. 82.
Fig. 83.
Fig."84. Fig. 85.
Vases des terramares de l'Emilie, âge du bronze.
si importante, que c'est sur elle que se déployait toute l'imagination des artistes du temps. Il s'est évidemment
Fig. 86.
Fig. 87.
Fig. 88. Fig. 89.
Vases des terramares de l'Emilie, âge du bronze.
produit alors ce qui s'est renouvelé en France vers l'époque carlovingienne et dans le moyen âge. La Croix
étant, dans les deux cas, en grand honneur et en grande vénération, on la représentait de toute manière, et tout finissait par se transformer en Croix. En France, sous Charlemagne , on a fait une Croix du monogramme de cet empereur, et ce monogramme ainsi disposé a été reproduit, pendant longtemps, comme type immobilisé, sur un très-grand nombre de monnaies, entre autres sur celles du Poitou. Autre exemple, sur les anciennes monnaies du Périgord, de Raimond, vicomte de Toulouse (887-898), on voit une Croix formée aussi d'un monogramme. C'est un annelet au milieu avec deux gothiques à droite et à gauche, et deux Croix carrées en haut et en bas.
Lorsqu'à l'époque du bronze a succédé, dans l'Emilie, la première époque du fer, — longtemps encore
Fig. 90. — Clou en bronze de Villanova.
avant l'invasion des Étrusques, — la Croix s'est maintenue comme emblème religieux, ainsi que le prouve le cimetière de Villanova. La Croix s'y montre très-nettement gravée sur des objets en bronze, figure 90.
On la voit reproduite en nombre sur certains vases, mêlée à divers autres motifs d'ornements, que ce soit
de simples combinaisons de lignes, figure 91, ou bien des représentations d'êtres vivants, figure 92. Cette pré-
Fi g. 91. Pig. 92.
Vase et fragment de vase de Villanova.
sence de la Croix dans les deux modes d'ornementation et sa position dans la place d'honneur, figure 91, indi-
Fig. 93. Fig. 94.