‹ Le signe de la croix avant le christianisme (volume 2)Chapitre 27 sur 31 · Partie ornée des cylindres en terre de Villanov.i · texte numérisé non relu

Partie ornée des cylindres en terre de Villanov.i

Ces quatre dessins sont on ne peut plus différents, pourtant chacun d'eux représente une Croix. Cela ne peut être l'effet du hasard. Il y a donc bien eu intention formelle de figurer la Croix, intention qui démontre qu'on attachait alors un sens tout particulier à ce signe. Ici, comme sur le fond des vases des terramares, on retrouve des formes qui ont presque toutes leurs analogues

Fig. 97.— Monnaie de Raimond de Turenne.

Communiquées par M. Peccadeau de L'isle,

Fig. 98.— Monnaie de Louis d'Outremer

dans les Croix des monnaies chrétiennes. Le culte du même symbole a produit les mêmes résultats à des épo-

ques bien distantes et bien différentes. C'est ainsi que certaines monnaies de Raimond de Turenne nous montrent une Croix composée d'un gothique au centre et de quatre annelets formant les bras, et même de cinq annelets, figure 97. Quant aux Croix cantonnées de ronds ou besante, figure 98, elles se voient sur des monnaies fort nombreuses et très-diverses. La numismatique de Normandie offre même de fréquentes Croix cantonnées d'annelets.

Les sépultures de Golasecca, de la même époque que celles de Villanova, sont encore plus concluantes. Là toutes les tombes contiennent une et même plusieurs Croix. Ces Croix sont tracées d'une manière assez uniforme dessous le fond des ossuaires, figure 99, des

Fig. 99. Fig. 100. Fig. 101.

Dessons d'ossuaire Dessous de coupe-couvercle Dessous de vase accessoire des sépultures de Golasecca.

coupes -couvercles, figure 100, et des vases accessoires, figure 101. On voit très-bien qu'il s'agit d'une croyance générale, d'un rit régulier, d'une idée éminemment religieuse, se reliant au culte des morts. Dans ce cas, — il est impossible de le nier, — la Croix a très-positivement été employée comme emblème religieux.

Elle se retrouve aussi dans les sépultures de Vadena.

figure 102. On la voit sur des urnes funéraires de l'Angleterre, figure 103, et sur des objets des tumulus de la

Pig. 102.— Objet en bronze de Vadena. Fig. 103.— Ossuaire d'Angleterre.

Suisse; sur des armes en bronze de F Autriche, figures 104 et 105; sur des épingles des environs deMayence

Fig. 104. — Poignée Fig. 105. — Pommeau.

Bpée du Sommering.

et du Hanovre, des couteaux ou rasoirs de la Scandinavie, des poignards du Mecklembourg ; mais nous n'a-

vons pas à la suivre dans ces divers pays, sur lesquels nous ne possédons encore que des renseignements trèsincomplets. Nous résumerons seulement ce qui concerne la France.

Les habitations lacustres des environs d'Aix, en Savoie, ont donné quelques poteries avec des Croix, figures 106 et 107.

Fig. 106. — Poterie du lac du Bourget.

La Savoie, ainsi que les environs de Lyon, ont aussi fourni des poignards marqués d'une croix au pommeau, figure 108.

Pourtant en Suisse, pays si voisin, si riche en habitations lacustres, parfaitement explorées par MM. Keller, Desor, Troyon, Schwab, Forel, Morlot, Rochat, Uhlmann, etc., je ne sache pas qu'on ait rencontré le signe

de la Croix bien déterminé. Parmi les très-nombreuses figures données par M. Keller dans ses excellents Rap-

Fig. 107. Fig. 108.

Autre poterie du lac du Bourget. Pommeau de poignard de Savoie.

ports 1 , si précis, si complets, il n'en est que trois ou quatre, représentant un couvercle en terre d'Estavayer, ou des rondelles en bronze de Méringen, sur lesquelles on voit des espèces de Croix plus ou moins contestables. Cela prouve que la présence de Croix nombreuses sur un même point dénote bien certainement une intention formelle dans la représentation de ce signe. Il paraît que pendant l'époque lacustre le culte de la Croix, si répandu ailleurs, n'avait pas pénétré en Suisse. Pourtant on en trouve des traces certaines dans ce pays, à la première époque du fer.

Mais le culte de la Croix, avant le christianisme, n'est pas resté cantonné dans la Savoie et les environs de Lyon ; il suffit de jeter un coup d'œil sur la numismatique gauloise pour voir qu'il existait dans presque

1. Ferdinand Keller : Pfahlbauten, six rapports in-4°, contenant 53 planches.

toute la Gaule. En effet, les premières monnaies gauloises paraissent avoir été les rouelles, figure 111, qui

Fig. 109.

Fragment de vase de Villanova.

Fig 110.

Vase d'Angleterre.

sont tout simplement la Croix enfermée dans un cercle, comme les Croix de certains vases de Villanova et d'Angleterre, figures 109 et 110 ; comme la Croix qui marque

Fig. 111.

Rouelle gauloise.

Fig. \U. Fig. 113.

Pointure d'un vase grec. Dessous de vase deGolasecca.

un cheval grec, figure 112; comme quelques Croix de Golasecca, figure 113; comme certains monogrammes

du Christ, figure 114; enfin comme la Croix d'un grand nombre de monnaies françaises des premiers temps. Les rouelles ou Croix cerclées ont souvent été représentées sur les monnaies ordinaires à effigies. Elles s'y sont

Fig. 114.- Monogramme du Christ. Fig. 115.— Monnaie gauloise.

peu à peu transformées, d'abord en Croix au milieu d'un cercle perlé, figure 115, puis en Croix tout à fait isolées.

On voit qu'il ne peut plus y avoir de doute sur l'emploi de la Croix comme signe religieux, bien longtemps avant le christianisme. Le culte de la Croix, répandu en Gaule avant Ja conquête, existait déjà dans l'Emilie à l'époque du bronze, plus de mille ans avant Jésus- Christ.

C'est surtout dans les sépultures de Golasecca où ce culte s'est révélé de la manière la plus complète ; et là, chose étrange, on a trouvé un vase portant le monogramme ancien du Christ, figure 117, dessiné peut-être

Fig. 116.— Monogramme du Christ. Fig. 117.— Dessous d'un vase de Golasecca.

mille ans avant la venue de Jésus-Christ. La présence

isolée de ce monogramme du Christ au milieu de nombreuses Croix est -elle un fait accidentel entièrement fortuit? Des recherches plus complètes peuvent seules permettre de répondre à cette question.

Un autre fait fort curieux, très-intéressant à constater, c'est que ce grand développement du culte de la Croix, avant la venue du Christ, semble toujours coïncider avec l'absence d'idoles et même de toute représentation d'objets vivants. Dès que ces objets se montrent, on dirait que les Croix deviennent plus rares et finissent même par disparaître.

La Croix a donc été. dans la haute antiquité, bien longtemps avant la venue de Jésus-Christ, l'emblème sacré d'une secte religieuse qui repoussait l'idolàtrie!!!...

A. — Assyrie.

(Page 146.)

Depuis l'impression du chapitre IV, le Président de la Société des Antiquaires de Londres, M. A. W. Franks, m'a signalé deux statues assyriennes portant une Croix sur la poitrine. Ce sont des statues de rois appartenant aux plus anciennes dynasties. La Croix est formée de quatre larges bras égaux, se rétrécissant un peu vers le centre. Elle est semblable à celle des cylindres figurés par M. Huzard. Dans Tune des statues cette Croix est suspendue toute seule sur la poitrine du monarque ; dans l'autre elle est associée à divers emblèmes très-différents.

B. — Vase du musée de Besançon.

(Page 149.)

Au Musée d'antiquités de Besançon, l'un des plus riches et des mieux ordonnés de France, se trouve un vase très-re-

marquable. 11 a été rapporté d'Italie par M. Paris. C'est un ossuaire en terre noirâtre, de la forme de ceux de Villanova, décrits page 56. 11 est composé de deux cônes à sommet tronqué, réunis par la base. Le cône inférieur, renversé, est plus court et plus large. Le cône supérieur, reposant sur le précédent dans sa position normale, est plus étroit et plus long du double. 11 se termine par une ouverture assez grande dont les bords se replient amplement en dehors. Au point de jonction, le cône inférieur, plus large, forme une espèce de carène arrondie, presque un bourrelet. Près de cette carène se trouve une anse, une seule.

Le Musée du Vatican, à Rome, dans les salles dites Étrusques, contient plusieurs vases semblables de forme. Pourtant ces vases, comme ceux de Villanova, comme celui de Besançon, appartiennent à une époque et à une civilisation bien antérieure & celle des Étrusques.

Le pourtour de la partie inférieure de l'ossuaire du Musée de Besançon est orné de plusieurs Croix très-nettement gravées. Dans un double cadre carré il y a une Croix formée par l'intersection de deux bandes hachurées. Des doubles chevrons, placés dans les entre-deux, complètent la Croix en lui donnant de l'ampleur. C'est un dessin tout à fait analogue à celui représenté sur le vase de Marine, planche XVII, figure 1, du Recueil d'antiquités suisses, de M. de Bonstetten.

Vers le haut de la partie supérieure de l'ossuaire, il y a, avec des espèces de / v tig. 31, page 64) et de ces petites pyramides formées d'une série de lignes parallèles (flg. 52, p. 121, et M, p. 1-2), deux zones contenant des ronds à Croix intérieures, comme ceux de Villanova figurés page 62, et ceux d'Angleterre, page 158.

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