‹ Le signe de la croix avant le christianisme (volume 2)Chapitre 3 sur 31 · Des Vergers: l'Élrurieet les Étrusques, vol. I, p · texte numérisé non relu

Des Vergers: l'Élrurieet les Étrusques, vol. I, p

3. M. le comte Gozzadini, dans un très-remarquable travail qu'il vient de publier : Di uriantim necropoli a Marzabollo nel Bolognese, dit : « Nous pouvons déduire que l'irruption des Boïens arriva vers la moitié du quatrième siècle de Rome, puisque les Étrusques réunis à Voltunna, pour délibérer sur les secours réclamés par Veïe, qu'assiégeait Camille, les refusèrent parce que les Boïens, les Ànamanis et les Lingones se précipitaient sur la plaine du Pô comme un

pays vers le milieu du iv e siècle de Rome. Leur domination remonte donc à plus de 400 ans avant Jésus- Christ.

Les terramares de l'époque du bronze, dont je vais m'occuper spécialement, sont encore bien plus anciennes. Au temps de la domination étrusque, il faut ajouter toute la durée de l'époque des représentations organiques et toute celle bien plus longue encore, à en juger par la puissance des dépôts, de la première apparition du fer. Supposons 1000 ans avant Jésus-Christ comme dat' de la fin de l'époque du bronze, c'est trèscertainem nt rester beaucoup en dessous de v la vérité, puisque dans ce temps-là déjà la civilisation étrusque brillait de tout son éclat de l'autre côté des Apennins.

Quant à la durée de cette époque, elle a dû être très-considérable, comme on peut le déduire de la coupe ci-jointe, figure 1, que j'ai prise dans la ville de Parme même, lorque MM. Strobel et Pigorini y faisaient exécuter des fouilles. Sous un sol superficiel de 90 centimètres à l in .30 d'épaisseur, composé en grande partie de débris romains, on a trouvé la terramare proprement dite. Elle avait 2 ,n . 10 à 2 ,n . 50 de puissance, et reposait sur une terre tourbeuse épaisse de 3 m . 20. Terramare supérieure et terre tourbeuse inférieure étaient la continuation d'un seul et même dépôt, contenant du haut jen bas les mêmes restes organiques, les mêmes débris

fleuve débordé. En outre, s'il faut en croire Pline, Cornélius Népos aurait dit que les Boïens, avec les Senoniens et les Insubres, détruisirent la riche cité de Melpo le même jour que Veïe fut prise par Camille (l'an 359 de Rome). »

d'industrie, appartenant à la même époque, celle du

se

Sol actuel.

- Sommet de la terramare.

Petit lit de terre rouge.

Lit de cendre et charbon.

. Sommet de la terre tourbeuse.

Pilotage supérieur.

Pilotage moyen.

Pilotage inférieur.

Fond de la terre tourbeuse.

Terre gris cendré ou terre vierge.

Fig. 1. — Coupe de la fouille de Parme, échelle : 2 centimètres par mètre.

bronze pur. Or, pour former une pareille accumula-

tion de 5 ,n . 50 de puissance, quel temps n'a-t-il pas fallu, surtout à une époque où, comme nous le dirons plus tard, Ton ne construisait qu'en branchages revêtus de terre glaise ! Si nous prenons les monuments romains situés au milieu de nos villes, nous verrons, par exemple, la colonne Trajane à Rome, les Arènes à Vérone, le Palais des Thermes à Paris, s'être tout au plus enterrés de deux mètres pendant 15 à 1600 ans, malgré les constructions et démolitions fréquemment répétées de maisons en pierres et mortier.

La terre tourbeuse repose sur un dépôt gris cendré contenant des coquilles aquatiques, ce qui montre que les populations de cette époque recherchaient, pour les habiter, les sols marécageux ou mieux les étangs, car le dépôt est plutôt celui d'un bassin d'eau que d'un véritable marais. Dans ce bassin, des hommes sont venus planter des pilotis sur lesquels ils ont établi leur demeure. Jetant à l'eau, autour de leurs habitations, tous leurs rebuts de ménage, le niveau de l'eau du bassin s'est élevé et a forcé les habitants à planter dans l'ancien sol de nouveaux pilotis, plus longs que les premiers, et de fait dans le bas de la fouille on a trouvé des pieux de dimensions bien différentes. Toujours aussi insouciants, toujours aussi imprévoyants, les habitants de l'endroit ont continué à se débarrasser de leurs ordures en les jetant dans le bassin, et le premier exhaussement a fini par être insuffisant. L'eau fangeuse a envahi la plate-forme supportant les habitations; il a fallu alors renouveler le pilotage. Ce troisième pilotage, dont les pieux sont loin d'avoir atteint le fond du bas-

sin, a eu le sort de ses prédécesseurs, il a fini aussi par se trouver enfoui au milieu des -rejets. Mais alorsl'accumulation était assez considérable pour s'élever audessus du niveau de l'eau. Les nouvelles habitations ont été construites directement sur ce sol à sec, qu'elles ont continué à accroître, en constituant la terramare proprement dite. Cette partie formée à l'air libre est la seule que les agriculteurs recherchent ; la partie tourbeuse ne vaut rien et n'est pas exploitée; l'archéologue seul la fouille.

La marière la mieux étudiée est celle du Conventino de Castione, espèce de château-couvent, placé sur un léger mamelon, à six kilomètres au nord de Borgo San Donino, station du chemin de fer, entre Parme et Plaisance.

Grâce à l'obligeance de M. Strobel 1 , je puis donner le plan de cette intéressante localité à l'échelle de 1 pour 5000, figure 2.

Fig. 2. — Plan général du Conventino de Castione. Echelle : 1 pour 5000.

1 . Toutes les flgures concernant le pilotage de Castione m'ont été très-obligeamment communiquées par M. Strobel.

Les constructions sont sur le sommet du mamelon

qui eèt actoelkjRl0fentouré par le chemin a y b, c, d. *& +* *, f, g, h, «.sont les traces de l'ancien fossé du

couvent, fossé encore bien conservé du coté de rentrée,

et mr lequel existe un pont au point /.

1 est l'ancienne exploitation de terramare pour les be*>j'a? agricoles, actuellement recomblée.

S est la fouille pratiquée en 1862, par M. le professeur Strobel et M. Pigorini, pour l'étude de la marifere,

5 et h sont les fouilles de MM. Strobel et Pigorini en 1*63.

5, point à partir duquel, dit-on, on ne trouve plus de terramare quand on recherche à l'ouest.

6, sondage, dans la cour du château A, qui a fait reconnaître la terramare à deux mètres environ de profondeur*

a p, ligne probable du bord N. E. du pilotage.

Le mamelon du Conventino de Castione ne s'élève que de trois mètres environ au-dessus du niveau général de la plaine du Pô. Sa base, de deux hectares et mfime plun d'étendue, a une forme elliptique. Le grand diamètre ho dirige dans le sens normal des cours d'eau du payn.

La terramare fut découverte il y a un peu plus de trente ann et exploitée depuis lors. Elle est située à la bftHti du mamelon du côté de Test. L'exploitation occupai! , quand MM. Strobel et Pigorini ont commencé leur* ruchorchos on 1802, un espace de 37 ares environ. ICIIn iMuit (Informa quadrilatère, allongée, très-rétrécie à

une extrémité, point sur lequel se faisait l'extraction de la terramare au moment des fouilles. Le reste de l'exploitation a été remblayé et mis en culture.

La terramare proprement dite III, ainsi que le montre la coupe figure 3, est recouverte de deux mètres

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Fig. 3. — Coupe, avec pilotage restauré, de la marière de Castione.

fl. Pilotis. — 6. Traverses. — c. Planches. — d. Pavé en terre battue. — e. Petit lit

de charbon et de cailloux.

de terre ordinaire IV. L'assise a deux mètres et demi de puissance, et repose sur une couche de terre tourbeuse noirâtre II, épaisse environ d'un mètre, qui contient, comme à Parme, des pilotis. Le fond I est argilocalcaire, gris clair, ayant tout l'aspect d'un dépôt de lac ou étang.

Dans la coupe que nous donnons, le pilotage est figuré restauré. En effet, les belles, consciencieuses et patientes recherches de MM. Strobel et Pigorini sur les

terramares et les pilotages du Parmesan i ont fait connaître tous les détails de ce genre de constructions.

Les pilotis de Castione ont deux à trois mètres de long; ce sont des troncs d'arbres de 12 à 18 centimètres de diamètre. Lorsque le tronc était plus gros, on l'a refendu en long. La pointe des pilotis n'a pas été formée à l'aide du feu, mais taillée à nombreux et petits coups dont on retrouve encore les éclats au milieu de la terre tourbeuse. Cette pointe, suivant la longueur des pilotis, est enfoncée de quelques centimètres à six décimètres dans le sol qui forme le fond du bassin. Quand les têtes sont bien conservées, elles portent encore les traces des coups reçus pour enfoncer le pilotis. Parfois ces têtes montrent des traces d'incendie. Par suite du tassement et de la poussée des terres, les pilotis sont actuellement fortement inclinés. Si le bout pénètre peu dans le fond, tout le pilotis a subi l'inclinaison, mais si ce bout est long, il reste vertical et la partie engagée dans la terre tourbeuse est seule inclinée; le bois s'est fortement coudé, entre les deux assises, sans se briser. Le même phénomène s'observait à Parme, comme on peut le reconnaître en jetant un coup d'œil sur la figure 1, page 9.

Le relevé, figure 4, à. L'échelle de 1 pour 100, de la partie des fouilles pratiquées par MM. Strobel et Pigorini, au n° k du plan général, page 11, donne une idée de la distribution des pilotis. Les ronds sont les pieux

\ . Pigorini et Strobel : Le terremare e le palafitte del Parmense, prima relazione, 1862, in-4 , — Seconda relazione, \ 864, in-8°. Les mômes auteurs ont publié, ensemble ou séparément, plusieurs brochures se rapportant au môme sujet.

verticaux, en c on a trouvé des traverses et des planches sur lesquelles nous allons revenir. À B est un talus au bord du bassin contenant un lit de charbon, de paille, grain et débris de poterie brûlés, recouvert de débris calcaires éclatés au feu.

Les pilotis sont parfois isolés, parfois groupés deux, trois, et même jusqu'à huit ensemble. Ils sont placés à distances diverses, espacés entre eux de 50 centimètres à 2 mètres.

Fig. 4. — pian des touilles de Castione, au n° 4 du plan général, échelle 1 pour 100.

Au milieu des pilotis, et confondues avec eux, se trouvent des traverses. De prime abord on ne peut les distinguer, mais un examen attentif les fait reconnaître à leurs bouts, ni effilés ni martelés. Leur longueur est de 2 à 3 mètres et plus; leur diamètre, de 10 à 15 centimètres, varie suivant qu'elles sont formées de •troncs entiers ou refendus. Distribuées a diverses distances en long et en large du pilotage, elles se coupent ou se rencontrent à angle droit. Les unes s'appuient simplement sur les pilotis ou sur les traverses qu'elles

rencontrent, les autres sont encastrées dans une rainure taillée dans la tête du pieu-pilotis ou passées dans un trou carré pratiqué un peu au-dessous de son sommet. Les planches sont rares, cependant il s'en est rencontré plusieurs groupes encore en place sur les traverses. Le plus complet, représenté figure 5, à l'échelle

Pig. 5. — Plan des fouilles de Castione, au n° 2 du plan général, échelle 1 pour 100.

de 1 pour 50, provient de la fouille n° 2 du plan général page 11.

a sont les pilotis ;

b, les poutrelles horizontales ou traverses. ;

c y les planches.

Ces planches, obtenues simplement par éclats en refendant les troncs d'arbres, sont assez irrégulières. Juxtaposées à côté les unes des autres, elles ne formaient qu'une assise. Elles étaient tout bonnement posées sur les traverses sans être fixées par des chevilles, des liens ou des rainures. Les dimensions sont 1 m. 50 à 2 mètres

de longueur, 16 à 33 centimètres de largeur et 3 à 8 centimètres d'épaisseur.

Les espèces de bois employés étaient principalement l'orme et le chêne.

On ne reconnaît point de traces de scie ou de vrille. Pour équarrir les traverses ou faire les planches, .les troncs ont dû être divisés au moyen de coins. Les bois travaillés ne montrent que des trous carrés qui ont été percés au ciseau. La terre tourbeuse a fourni des coins en bois qui ont peut-être servi à refendre les troncs d'arbres, mais aussi qui ont bien pu être employés à caler les traverses et les planches, assez irrégulières, et contribuer aies maintenir en équilibre.

Ces données sont bien suffisantes pour permettre de restaurer complètement le pilotage. C'est, en effet, ce qu'ont tenté de faire MM. Pigorini et Strobel, et voici leurs dessins.

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1ht

Fig. 6. — Plan restauré Fig. 7. — Plan restauré Fig. 8. — Plan restauré des pilotis. des traverses. du plancher.

Sur une série de pilotis plantés en quinconce figure 6, reposait un quadrillage en traverses figure 7 ?

supportant un plancher grossier figure 8. Le tout était recouvert d'une espèce de pavé fait avec de la terre battue. Ce pavé contenait parfois de petits lits de charbons et des cailloux placés horizontalement les uns à côté des autres, comme l'ont prouvé certains fragments. Le plus grand morceau rencontré avait à peu près un mètre carré de superficie et environ trente centimètres de hauteur. Dans un magasin à grain, contenant une couche d'enuiron un décimètre de hauteur de Froment et de petites Fèves carbonisées, le sol consistait seulement en une couche de terre sableuse posée sur les planches.

MM. Strobel et Pigorini signalent et figurent (fig. 9) ,

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Fig 9. — Défense en poutres, de Castione.

I. Fond de l'ancien bassin. — II. Terre tourbeuse ayant remplacé l'eau. —

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