III. Terramare qui recouvre le tout
vers le bord N.-E. du pilotage, ligne a p du plan général, une espèce de défense en bois. Elle est composée de poutres en travers ayant jusqu'à cinq mètres de long, posées sur un seul rang, les unes au-dessus des autres, au nombre de sept et plus , maintenues par des pieux inclinés, également placés les uns au-dessus des autres,
et ayant leurs têtes interposées entre les poutres. Quatre de ces assemblages de pieux, faisant la fonction d'arcs-boutants, ont été reconnus ; la distance intermédiaire entre chacun d'eux était d'environ trois mètres. Cette espèce de forte palissade tendrait à confirmer l'idée que c'est pour se fortifier et s'abriter que les populations des terramares recherchaient les stations aquatiques et y élevaient des habitations sur pilotis. Mais, paresseuses et imprévoyantes, ces populations, plutôt que de porter à quelque distance les rejets de leurs habitations, les jetaient dans l'eau et peu à peu remplissaient le bassin destiné à les protéger. Retenues néanmoins par la force de l'habitude dans le même lieu, elles bâtissaient de nouvelles cabanes sur ce sol artificiel formé de débris, et l'on peut dire que les ordures des générations antérieures servaient de litière aux générations nouvelles , cela pendant de longues suites d'années et même de siècles.
Le peuple des pilotages et le peuple des terramares proprement dites . sont bien un seul et même peuple ; les habitants des stations aquatiques et les habitants des stations à sec appartiennent bien à la même race. En effet, à Parme, à Castione, non-seulement on voit le passage entre la terre tourbeuse et la terramare proprement dite, mais encore, ce qui est bien plus concluant, terramare et terre tourbeuse contiennent exactement les mêmes objets, avec les mêmes formes, dans les mêmes proportions, dans le même état.
Le pavé en terre battue de la plate-forme des pilotages s'est lui-même continué dans les habitations sur
le sol solide. MM. Strobel et Pigorini donnent une coupe, figure 10, à l'échelle de 1 pour 100, qui établit très-
cr ï-"
il s
nettement ce fait. Elle est prise au n° l\ du plan général de Castione, page 11.
a b Niveau actuel du sol.
c d Niveau supérieur du pilotage.
À À Deux amas sableux ne contenant presque pas de charbons et autres débris, mais seulement des fragments de pavé. Emplacement des cabanes.
B Terre noirâtre contenant des cendres , charbons , débris de poterie, os en abondance, et, au contraire, peu de fragments de pavés.
11 paraît que dans la marière, maintenant épuisée, de Nocéto, on a observé une disposition analogue.
Sur ces pavés en terre battue, sur ces assises de sable , s'élevaient les cabanes, composées d'un clayonnage en branchage, revêtu, au moins à l'intérieur, de terre glaise. Des fragments de ce revêtement cuits et parfois même scorifiés par l'incendie sont parvenus jusqu'à nous, portant sur la face externe les empreintes des branches qui formaient le clayonnage. La face interne, lisse, est parfois plus ou moins courbe, ce qui montre que certaines habitations étaient circulaires ou ovales. D'autres fragments de clayonnage parfaitement droits dénotent des habitations rectangulaires. Les débris de parois en terre se rencontrent surtout dans les terramares. MM. Strobel et Pigorini n'en ont pas trouvé dans la terre tourbeuse de Castione et je n'en ai pas vu dans celle de Parme. Il paraîtrait que les habitations des pilotages étaient simplement en bois. Les habiles explorateurs de Castione citent des planches minces, avec de larges trous rectangulaires. C'étaient probablement les lucarnes de ces cabanes en bois. Quant aux dimensions, nous n'avons pas de données, sauf pour
le grenier du pilotage de Castione, qui avait trois mètres de large sur quatre de long.
Le peuple de l'époque du bronze des terramares, bien qu'il ait fréquemment établi sa demeure sur l'eau, ne paraît pas avoir été un peuple pêcheur; on n'a pas trouvé de débris de Poissons au milieu de ses rejets de cuisine. C'était un peuple pasteur qui, pourtant, se livrait parfois à la chasse, comme le prouvent les ossements accumulés dans les marières.
Ces ossements ont presque toujours été brisés pour en extraire la moelle. Ils sont rarement cassés en long, ils ont habituellement été rompus en travers à une extrémité. Les crânes ont été ouverts pour en retirer les cervelles.
En fait de gibier, on trouve le Chevreuil (Cervus capreolus, Linné), peu commun. Les débris les plus abondants sont les cornes.
Le Cerf [Cervus elaphus, Lin.), plus abondant que le Chevreuil. Ses bois étaient fort recherchés pour fabriquer divers instruments. Sa taille, beaucoup plus grande que celle du Cerf actuel, était à peu près égale h celle que M. Rùtimeyer assigne au Cerf des stations lacustres de la Suisse. Les crânes de Cerf montrent la manière employée par les habitants des marières pour ouvrir la tête des animaux : ils la fendaient plus ou moins par le milieu. En Suisse, au contraire, on enlevait les os des tempes.
Le Sanglier (Sus scrofa férus, L.) . Nombreux etbons débris qui montrent que cet animal était beaucoup plus grand et plus gros que le Sanglier .actuel d'Algérie, et
surtout que celui de Sardaigne, qui est encore plus petit. Sa taille était pourtant un peu moindre que celle du Sanglier des habitations lacustres de Suisse. Deux mâchoires inférieures du pilotage de Castione présentent au milieu des branches ascendantes un trou circulaire. Dans un de ces trous est encore passée une pièce de bois. Il paraît que ces mandibules étaient des trophées de chasse qu'on suspendait dans les habitations.
Les débris d'animaux domestiques sont trèsabondants dans les terramares proportionnellement à ceux des animaux sauvages. C'est ce qui nous a fait dire que les Hommes des marières étaient surtout pasteurs. MM. Strobel et Pigorini, qui ont parfaitement étudié les animaux des terramares, et auxquels nous empruntons la plupart des détails qui concernent ces animaux, les groupent dans Tordre descendant suivant, d'après leur abondance :
Bœuf, Porc, Chèvre, les plus abondants;
Cheval, Cerf;
Mouton, Chien, Sanglier;
Chevreuil, Ane, rares.
Les animaux domestiques des terramares sont :
Le Chien (Canis familiaris, L.). Deux variétés ou races. L'une plus petite, avec les os pariétaux lisses et les os zygomatiques peu arqués et peu distants des pariétaux, sans crête pariétale accentuée. C'est le type du Chien des tourbières (Canis familiaris palustris, Rùtim.) . L'autre plus grande, avec les os pariétaux rugueux, les zygomatiques très-arqués et distants des pariétaux, avec une crête pariétale très-marquée. Bien qu'on ait trouvé
des ossements de tous les âges de chacune de ces variétés ou races, ces os sont encore insuffisants pour établir nettement s'il s'agit de deux races distinctes ou de deux variétés d'une même race. Ces deux types se trouvent mêlés dans les mêmes dépôts et aux mêmes niveaux. Pour la forme du crâne et de la face, le Chien des tourbières, qui en Suisse existait seul à l'époque de la pierre, se place entre le Braque et le Chien de ferme; M. Rûtimeyer croit que ce peut être le type de l'espèce. En Suisse , les os du chien de l'époque du bronze appartiennent à une race beaucoup plus haute et voisine du Chien de boucher. Bien que les terramares soient aussi de l'âge du bronze, cette grande race ne s'y est pas rencontrée. Des os divers rongés l'ont été probablement par le Chien, seul carnassier trouvé dans les marières. Tous les crânes de Chien étant ouverts intentionnellement , les os longs brisés et les débris de jeunes individus se trouvant en grande abondance, on doit penser que les habitants des marières utilisaient ces animaux comme aliment.
Le Porc (Sus) . Débris très-abondants qui appartiennent indubitablement au Porc des tourbières (Suspaluslris, Rùtim.), comme le prouvent leurs dimensions. En Suisse, le Sanglier et le Porc des tourbières étaient indigènes îi l'état sauvage pendant l'époque de la pierre. Ensuite ils apparaissent tous les deux domestiques, mais lo Cochoir après le Porc des tourbières. Dans le Parme- Han, d'après MM. Strobel et Pigorini, on ne voit vivre coiileinporainomontquc le Sanglier indigène et sauvage, ut 1(5 Porc dos tourbières domestique, bien différent du
Sanglier domestique ou Cochon. Le Porc des tourbières, ne dérivant pas du Sanglier, avait donc été importé. L'étude des os prouve clairement que les Porcs des marières étaient domestiques. Il y a beaucoup de mâchoires appartenant à de jeunes individus ou Porcs de lait. Les mâchoires adultes prouvent qu'il y avait plus de femelles que de mâles, ce qui a déjà été observé en Suisse. Outre les dimensions, les caractères ostéologiquesqui distinguent les Porcs des tourbières des Cochons sont : les dents molaires moins tuberculeuses et plus robustes, les prémolaires plus faibles, les molaires et prémolaires postérieures plus rapprochées, dentature par conséquent compacte ; partie incisive et canine resserrée par le raccourcissement de l'avant-mâchoire et de la symphyse du menton ; orbites plus amples ; stature moins grande. Ces caractères montrent qu'à l'état sauvage cette race de Porcs était plutôt herbivore et nocturne. Elle se différencie moins du Sanglier que du Cochon. Le Porc des tourbières existe encore dans les Grisons. Il a conservé ses habitudes de préférence herbivores. Il est assez petit, à jambes courtes, à oreilles petites et non pendantes , à groin court et gros , à soies longues et rares, de couleur noirâtre ou roux brun.
Le Cheval (Equus caballus, L.). En Suisse, très-rare dans les stations lacustres de l'époque de la pierre, pas commun dans les stations de l'époque du bronze. 11 en est de même dans les marières du Parmesan, où l'on reconnaît deux races, une plus grande, plus robuste et lourde, comme il résulte spécialement de la largeur relative des diaphyses du radius; l'autre plus petite,
plus svelte, plus élégante. Quelques ossements de Castione feraient admettre que la plus grande race dépassait en taille nos hauts chevaux de selle. Le Cheval était aussi mangé par les habitants des terramares.
L'Ane (Equus asinus. L.j. Quelques très-rares débris.
Le Bœuf [Box). Les os les plus nombreux sont de beaucoup ceux de Bœuf; parmi eux la plus grande partie appartient à la petite race ou espèce que M. Bûtimeyer appelle Vaches des tourbières, et qu'il fait descendre du Bos brachyceros sauvage. Quelques os pourtant se rapportent à un grand Bœuf qui semple dériver du Bog primigenius. En Suisse, pendant l'époque de la pierre, on trouve aussi ces deux races vivant ensemble dans les mêmes localités. Le grand Bœuf a les cornes plus grandes, sessiles, dirigées promptement en arrière et en haut; le front est aplati, avec la ligne frontale presque droite, son plan se rencontre presque à angle droit avec le plan occipital ; les orbites sont proportionnellement petits et subcarrés, peu arqués, ressortant peu, ouverts plutôt en avant. Le petit Bœuf a les cornes plus courtes, sessiles, dirigées d'abord en dehors et en dessus, puis en avant et à l'intérieur ; le fût osseux est pi us compactai le front est convexe, la ligne frontale s'élève en crôlo occipitale, ho rejetant en arrière et descendant vers les cornes, do sorte que son plan se rencontre avec l'occipital en formant un angle aigu; les orbites sont grands, très-arqués, ressortant assez au dehors et audessus du front. Il existe dans los marières deux variétés da ce Bo&uf de* tourbières. Uno plus petite encore que
celle de la Suisse, assez svelte, par conséquent voisine du Zébu; l'autre moins basse, plus trapue et plus robuste, comme le prouve la largeur des superficies articulaires de ses métacarpes et métatarses. Il paraît que des individus des deux variétés vivaient à l'état de liberté, car on trouve de leurs os qui se distinguent par un brillant à aspect vitré, caractère regardé comme particulier aux mammifères sauvages. Les têtes de Bœuf, comme celles de Porc, de Cheval et d'Ane, ont presque 'toutes le crâne taillé en long par le milieu, et les mandibules inférieures sont généralement privées de la portion ascendante qui a été brisée et qu'on retrouve isolée. Comme l'a observé M. Rûtimeyer pour la Suisse, dans le Parmesan presque tous les débris de Bœuf appartiennent à des individus d'âge moyen, parfois à des Veaux, très-rarement à des vieux.
Le Mouton (Ovis aries, L.) . La plupart de ses débris ne peuvent pas se distinguer de ceux de la Chèvre, d'autant que le Mouton des marières, se rapportant à celui que M. Rûtimeyer a appelé Ovis aries palustris, était petit, à extrémités subtiles, sveltes, hautes; en outre, sa corne se rapprochait de celle de la Chèvre. MM. Strobel et Pigorini ont pourtant trouvé aussi, exceptionnellement, quelques restes du Mouton commun, Ovis aries domestica, plus grand, avec les cornes recourbées en arrière puis revenant en avant.
La Chèvre (Capra hircus, L.). MM. Strobel et Pigorini, malgré la ressemblance des ossements, estiment que ceux de Chèvre sont beaucoup plus abondants que ceux de Mouton. La Chèvre varie peu, aussi
celle des marières est à peu près semblable à factuelle, sauf qu'elle est plus petite. Certains os des extrémités dénotent une race assez svelte, tandis que d'autres montrent qu'il existait contemporainement une race de formes moins élégantes, dont le squelette faisait passage au Mouton. On trouve des débris de tout âge depuis le Chevreau jusqu'à la vieille Chèvre. Les mâchoires sont la plupart entières. Les cornes éprouvaient un assez grand nombre de variations et les individus adultes sans cornes n'étaient pas rares. *
En résumé le Chien a subi une légère modification de forme et s'est subdivisé en une infinité de races. La Chèvre, le Mouton et peut-être encore le Cheval et l'Ane ont augmenté de stature ; au contraire, le Cerf et le Sanglier, au moins dans les parties de l'Europe où ils vivent encore, ont diminué de taille. Si le Bœuf actuel de Parme dérive du grand Bœuf des marières, la forme de son crâne et de ses cornes s'est un peu modifiée. Le Porc, le Bœuf et le Mouton des terramares parmi les races domestiques, le Cerf, le Chevreuil et le Sanglier parmi les espèces sauvages, ont disparu du pays; les sauvages seulement dans un temps peu éloigné; quant aux races domestiques de cette époque, on en retrouve encore des traces dans les Grisons et dans quelques parties de l'Europe septentrionale.
La population des terramares de l'époque du bronze se livrait aussi à l'agriculture. Les terres tourbeuses de Castione et de Parme ont fourni en abondance du Blé ou Froment ordinaire que M. Heer désigne sous le nom de Triticum vulgare, var. compactum muti-
cum. J'ai recueilli à Parme l'Orge (Hordeum hexastichum, L.) . Castione et Parme ont fourni également, en grande abondance, des graines et surtout des balles de Millet (Panicum miliaceum, L.); c'est le Millet à graines longues encore cultivé dans le pays. Enfin dans le grenier incendié de Castione, avec le Blé étaient approvisionnées en grande quantité de petites Fèves que M. Heer désigne sous le nom de Faba vulgaris celtica. M. le professeur Passerini a indiqué des graines de Lin comme très-communes. Je crois que c'est par erreur : ce sont les graines de Millet qu'il a prises pour des graines de Lin. Pourtant le Lin devait exister à cette époque, puisqu'on a trouvé engagées dans des anses de vase des ficelles en fibres de Lin. Blé, Orge, Millet, Fèves et Lin. En voilà suffisamment pour établir que l'agriculture existait et était même assez développée. L'arboriculture ou pomologie paraît avoir été bien plus en retard. Les habitants des terramares sous ce rapport semblent s'être contentés de recueillir les fruits sauvages. La terre tourbeuse contient des fragments et surtout des pépins de Pomme (Pyrus malus y L.), mais c'est la toute petite Pomme des haies et des bois. Les noyaux qu'on rencontre appartiennent aussi tous à des arbres ou arbustes qui croissent spontanément dans les taillis : le Prunellier (Prunus spinosa, L.), le Prunier sauvage (Prunus insitilia>L.), les Cerisiers sauvages (Prunus avium et mahaleb, L») . Les fruits les plus abondamment répandus dans la terre tourbeuse sont les Glands (Quercus robur, L.), les Noisettes (Cirrylus avellana, L.) et les Cornouilles (Cornus mas^ L.). On com-
prend très-bien que les habitants des terramares aient recueilli avec soin les Noisettes, qui sont encore récoltées de nos jours. Mais le grand usage qu'ils faisaient du Gland étonne davantage. La terre tourbeuse est remplie d'enveloppes de Glands, ce qui montre que ce fruit était consommé en abondance et qu'il était bien consommé par l'Homme, car les Pourceaux mangent tout, contenant et contenu. Il y a plus, le Gland décortiqué était parfois conservé avec soin dans de grands vases de terre. La Cornouille se mange encore maintenant, mais on la récolte surtout pour faire une boisson fermentée. N'en aurait-il pas été de mênre à l'époque des terramares ? En effet on trouve aussi avec la Cornouille des graines de Mûre ou Frambroise (Rubus) . Ces graines, toutes petites, sont parfois réunies en telle quantité, qu'elles ne peuvent provenir que d'une accumulation de fruits enfermés dans un récipient et ensuite pressés. C'est le résidu de la fabrication d'un vin de Mûres; pourquoi n'aurait-on pas aussi fait du vin deCornouilles? A propos de vin je dois citer la Vigne (Yitis vinifera, L.). On trouve dans la terre tourbeuse quelques pépins disséminés. Il y en a bien assez pour admettre que le peuple des terramares a mangé le raisin; il y en a trop peu pour supposer qu'il ait fait du véritable vin de raisin. Il reste à mentionner des graines du Sureau herbacé (Sambucus ebulus, L.) que j'ai recueillies dans la terre tourbeuse de Parme, avec des Larmes de Jacob (Staphylea pinnata,L.) 9 petite graine ayant un tout petit noyau « négligée même par nos enfants, et que mangeaient pourtant les habitants des terramares.
Ces bonnes gens, peu difficiles pour ce qui concernait leur nourriture, étaient aussi, bien peu délicats sous le rapport de la propreté. On les voit amonceler leurs rejets de ménage autour de leurs habitations. Bien plus, même lorsqu'ils habitaient les pilotages, ils laissaient pourrir les débris de leurs repas sur la plate-forme avant de les jeter à l'eau. En effet on a retiré de la terre tourbeuse des fragments d'os contenant des coques de Mouches trouées; or la Mouche pour se développer exige l'air libre. Ces os avaient donc séjourné à l'air assez longtemps pour qu'une Mouche y dépose ses œufs, que ces œufs éclosent, que les vers se développent, passent à l'état de nymphe, et que la nymphe perçant sa coque se transforme en Mouche. C'est plus que suffisant pour qu'il se dégage une odeur infecte. Aussi les Mouches de diverses espèces abondaient autour de ces habitations. L'habile diptérologue italien, M. Rondani, a cru reconnaître des coques de nymphe appartenant à plusieurs espèces se rapportant à quatre genres différents. Ces coques se retrouvent en grande quantité dans la terre tourbeuse. Il y avait une seconde cause qui favorisait le grand développement des Mouches, c'était la présence du fumier produit par les animaux domestiques. Ces animaux vivaient dans les habitations ou autour d'elles, même sur les plate-formes des pilotages. En effet, j'ai retiré de la terre tourbeuse de Parme des crottins de Chèvre semblables à ceux signalés par M. Relier à Robenhausen, canton de Zurich. 11 y avait aussi des débris d'Onthophages, insectes coléoptères qui vivent dans les excréments. M. le vicomte
Henry de Bonvouloir, auquel j'ai soumis ces débris, a reconnu entre autres YOnthophagus nutans.
Les habitants des terramares savaient fondre et mouler le bronze, comme le prouvent des fragments de scories, des creusets en terre et des moules ou portions de moules trouvés dans diverses marières. Leur bronze était le beau bronze, composé essentiellement de cuivre et d'étain. C'est bien le bronze ancien, le bronze antérieur aux Étrusques qui déjà y mêlaient du plomb, et antérieur, à plus forte raison, aux Romains qui y mettaient du zinc, ainsi que l'a constaté M. de Fellemberg.
On peut dire que le bronze seul était alors connu, car en fait d'autre métal, on ne cite des marières qu'un fil d'or enroulé en spire, du poids d'environ quatre grains, trouvé à Castione.
Le bronze servait à faire des armes, des instruments divers et des objets de parure.
Parmi les armes on peut citer des épées ou plutôt fragments d'épées, car dans des amas d'ordures on ne peut espérer trouver des pièces de choix.
Des poignards à lames lancéolées, en feuilles de saule ; parfois il n'y a que la lame qui se fixait à un manche au moyen de rivets dont on voit les trous et qui souvent eux-mêmes existent encore ; habituellement il y a une longue soie, ou un appendice aplati, n en est avec âme de la poignée canaliculée pour recevoir deux plaques d'os ou de corne de Cerf, il en est même avec manche complet en métal fondu d'un seul jet. Ces manches prouvent que les Hommes de cette époque avaient les mains beaucoup plus petites que les nôtres.
En effet, les manches ou poignées des couteaux et poignards actuels doivent mesurer au moins 100 millimètres. Eh bien, le musée de Parme possède un couteau-poignard de Castione dont le manche n'a que 77 millimètres ; un autre, de Casaroldo di Samboseto, ne mesure que 70 à. 75 millimètres. Au musée de Reg-
Fig. 11*.
• Lance en bronze de la marière de Bargone di Salso, 1/2 grandeur. Musée de Parme.
gio, on en voit deux,, un de Brescello, longueur du manche 84 millimètres, l'autre de Castelnovo, longueur 85 millimètres.
1. Les figures 14, 42, 44, 45, 46, 47, 48 et 49, m'ont été communiquées par mon excellent ami M. Gastaldi, l'initiateur des études anté-historiqûes en Italie. Elles sont tirées de ses Nuovi cenni sugli oggetti di alla antichita.
Des pointes de lance, à douille, avec long bourrelet médian, figure il, forme très-ancienne qui paraît s'être conservée jusqu'au temps des Romains.
Quelques pointes de flèche.
Parmi les instruments, il faut citer en première ligne les haches, qui, peut-être, ont aussi servi d'armes. Les plus communes sont très-allongées, à doubles ailerons, sans anneaux latéraux. La terre tourbeuse a
Fig. 12. — Hache en bronze de la marière de Nocéto, 1/2 grandeur. Musée de Parme.
fourni un manche en bois pour ces haches à ailerons. Il est coudé. La portion la plus courte est largement fendue au milieu. On introduisait la partie supérieure de la hache dans cette fente , les côtés du bois s'engageaient dans les ailerons qu'on resserrait au-dessus par le martelage. C'est le même principe d'emmanchure que celui appliqué par les sauvages qui pincent leurs haches entre les deux lèvres d'un bois coudé. Le tranchant de
l'instrument était dans le sens de celui de nos haches actuelles et non dans celui des herminettes. H y a aussi dans les terramares diverses formes de haches-tranchets, dites parfois haches à main, à lame très-élargie et à bords latéraux peu relevés. Celle représentée figure 12, de la marière de Noceto, est une des plus courtes et en même temps à partie supérieure des plus larges.
Des serpes dans le genre de celles qu'on a quelque fois désignées sous le nom de serpes druidiques.
Des lames minces avec petit manche à jour, qui sont très-probablement des rasoirs.
Fig.13. — Pierre avec sillon circulaire de la marière de Campeggine, 1/2 grandeur. Cabinet de Reggio.
Des ciseaux, plus ou moins longs, à tranchant peu large.
Des alênes ou poinçons, emmanchées dans de l'os Ou de la corne de Cerf.
Des styles pour graver la poterie, à pointe un peu ïïiousse et à sommet aplati.
Des peignes à dents peu nombreuses et assez larges.
Des épingles à cheveux , assez abondantes et très- Variées.
De petites roues d'un usage inconnu et un grand bouton. On arrive ainsi insensiblement aux objets d'ornement et de parure. Pourtant on n'a encore jamais recueilli dans les marières de l'âge du bronze de chaînes, de bracelets, de fibules et de bagues.
Pour compléter les armes on peut citer des pierres arrondies avec des sillons taillés tout autour qui servaient peut-être de casse-tête. Une des plus belles, figure 13, provient de la marière de Campeggine et appartient au cabinet de Reggio. Elle est en roche fort dure.
Fig. 14. — Peigne en bois de cerf de la marière de Fodico di Poviglio, grandeur naturelle. Collection du Valentino.
On peut citer aussi diverses pointes de flèches en os ou bois de Cerf. Une de ces pointes est encore soudée au bois de la flèche avec de la poix ou de l'asphalte. Des cubitus de Cerf et de Bœuf appointés ont dû être également utilisés comme poignards.
L'os et le bois de Cerf étaient très-employés pour faire des lissoirs, des aiguilles à filocher, .des aiguilles à chas parfois très-fines, des spatules, des manches pour les alênes et autres petits outils ; des portions de
corne de Cerf très-polies et percées de divers trous ont probablement servi de navettes de tisserand, etc. On a aussi fait en os et bois de Cerf des peignes , parfois très-ornés, figure 14; des petites roues qui devaient servir de parure, et des fusaïoles.
Les fusaïoles sont de petits cônes tronqués ou disques en terre cuite, en pierres ou en os, troués au milieu, variant énormément de forme et d'ornementation. A quoi servaient-elles ? Les avis sont extrêmement partagés. Probablement elles avaient plusieurs destinations.
Fig. 15. —Vase des mariôrcs, 1/2 grandeur ; sans localité précise. Musée de Parme.
Quelques-unes ont pu être employées comme pesons de fuseau, mais nous croyons que le plus grand nombre a servi de boutons. En effet , les fusaïoles ont généralement une petite cavité du côté large comme pour recevoir le nœud du cordon qui les fixait au vêtement. M. le comte Gozzadini croit que ce sont des glands ou pendeloques qu'on attachait aux étoffes. Ces petits cônes tronqués ou fusaïoles sont généralement exécutés avec soin, souvent ornés, ce qui montre bien qu'on en faisait un objet de parure.
En fait de parure, il faut aussi citer des coquilles fossiles du terrain subapennin, Pectunculus et Cardium, troués au sommet pour être enfilés et suspendus au cou ou fixés aux vêtements. Il est intéressant de trouver ces espèces de coquilles à pèlerin déjà recherchées par les populations primitives.
Il ne me reste plus à parler que des poteries (figures 15 et 16).
Fig. 16. —Vase de la marière d'Enzola, 1/4 grandeur. Musée de Parme.
Les débris de poterie ont été extraits par milliers des diverses marières de l'Emilie. Mais les vases entiers sont rares et généralement petits ; on peut estimer leur nombre à cinquante ou soixante. Il est encore plus rare de trouver les morceaux groupés ensemble et de pouvoir refaire un vase cassé. Cela n'est arrivé qu'une vingtaine de fois, et presque tous les vases refaits proviennent de la terre tourbeuse. Les petits vases sont parfois tellement petits qu'on- ne peut les considérer que comme des jouets d'enfants.
Les poteries les plus fines, comme les écuelles, les
tasses, figure 17, les soucoupes, sont faites avec dé l'argile lavée, presque toujours de couleur noire, parfois pourtant grise, jaunâtre ouroussâtre. La surface interne et externe est lissée, par suite plus ou moins luisante. Le brillant, parfois très-vif, est un simple effet du polissage au moyen de spatules ou lissoirs.
Fig. 17. — Écuelle de la marière de Poviglio, 1/4 grandeur. Musée de Tanne.
Les poteries plus grossières contiennent dans la pâte des grains de matières étrangères, gros sable ou débris anguleux de spath calcaire et autres roches, mis avec intention pour éviter le fendillement pendant la dessiccation. Les surfaces sont cendrées et jaunâtres, tendant plus ou moins au rougeâtre, jamais noires. La partie centrale des parois, entré les deux surfaces, est toujours, par suite d'une cuisson incomplète, gris noirâtre. Quelques-uns de ces vases atteignaient de trèsgrandes dimensions. Un de ceux de Castione, à fond plat, avait, grand diamètre duf fond, 145 millimètres, épaisseur 17, épaisseur des parois 9. A Casaroldo di Samboseto, il s'est trouvé deux fonds, l'un de 30 centimètres de diamètre, l'autre de 50. L'épaisseur de ce dernier atteignait 3 centimètres. Le fond de quelques vases épais de Castione, Noceto et Cornocchio était renforcé
d'une double arête intérieure se coupant en forme de Croix, et se reliant aux parois latérales.
Parmi les vases, de formes très-diverses, il en est avec des trous au fond ou sur les côtés, ne portant pas trace de feu, ce qui prouve que ce n'étaient pas des réchauds, mais bien des ustensiles pour faire le fromage.
Les lampes étaient loin d'avoir les formes si connues qu'elles ont affectées plus tard. C'étaient simplement des espèces d'écuelles, avec une seule anse latérale. Il ne peut y avoir de doutes. Le musée de Parme en possède deux, une de Castione, l'autre de Bargone di Salso, qui contiennent encore au fond une substance résineuse combustible.
Fig. 18. — Anse lunulée, avec une corne du croissant cassée, marieras dn Parmesan,
1/3 grandeur.
Les anses élevées, dépassant les bords du vase, avec un appendice plus ou moins en forme de croissant, figure 18, anses nommées pour cette raison anses
TERRAMARES DE L'EMILIE. ftl
lunulées, sont très-abondantes et très-ornées. Il n'y en avait qu'une par vase. Les anses semi-circulaires et semi-elliptiques sont aussi assez communes; parmi elles il en est qui ont des formes assez élégantes. Les gros vases ont des anses horizontales. Les simples protubérances ou tubercules remplaçant les anses sont assez fréquentes. Souvent elles sont trouées, figure 19, hori-
?ig. 19. — Vase de Castellazzo di Fontanellato, 1/2 grandeur. Musée de Parme.
zontalement ou verticalement. Dans le trou des anses de quatre vases on a trouvé les débris des cordons qui servaient à les suspendre ou à les porter. Ils étaient formés de deux ficelles de lin entortillées ensemble.
L'examen. des anses des vases vient confirmer ce 511e j'ai dit, à propos des manches de poignards, de la petite main des Hommes de l'époque du bronze. Les grosses anses horizontales des vases grossiers, fabriquées par des ouvriers ordinaires, ont généralement de trop petits trous pour passer nos doigts. Parmi les anses lunulées, faites évidemment pour passer l'index
l& LE SIGNE DE LA CROIX.
dans l'ouverture, tandis que le pouce appuie sur le croissant, beaucoup ont aussi cette ouverture trop petite pour les doigts actuels.
L'ornementation des poteries se compose uniquement de lignes droites ou courbes et de points diversement combinés. Comme nous l'avons dit en parlant de l'ensemble des objets de cette époque, il n'y a jamais de représentations animales ou végétales ou d'objets usuels. Cette ornementatiofi est ordinairement gravée en creux, au moyen d'un poinçon ou d'un corps à bout assez large. Parfois pourtant il est en relief, formé de bourrelets ou de petites boules de terre appliquées sur le vase. L'ornementation en relief se trouve généralement sur les grandes poteries et celle en creux sur les poteries les plus fines. L'ornementation non-seulement est placée au pourtour extérieur des vases et dans le fond de ceux qui sont plats et ouverts, mais se retrouve aussi sous la' base des vases ; c'est même là où elle est le plus fréquente, ce qui montre que déjà à cette époque on étalait le luxe de la vaisselle. Les vases firçs étaient orgueilleusement suspendus ou appliqués contre les parois des habitations, l'ouverture naturellement du côté du mur et le fond orné en vue, en belle montre *.
4 . Parmi les milliers de débris de poteries retirés des terramares. on ne cite que quelques très-rares fragments de couvercles*. Les vases en terre fine, avec ornementation gravée en creux, ne peuvent-ils pas aussi avoir servi à couvrir les grands vases? Gela expliquerait pourquoi on ornait le dessous, qui était alors la partie la plus en. vue. Pourtant cette explication n'est pas suffisante. Quelques vases ne portent qu'un seul bourrelet troué, ce qui montre bien qu'ils étaient destinés à être suspendus dans les habitations.
Le fond des vases et surtout leur dessous étaient donc les places de choix, les places d'honneur pour les ornements les plus recherchés, les plus importants.
Eh bien, quels sont les ornements qu'on voit sur les fonds et les dessous ?
Parfois des séries de ronds concentriques ; parfois aussi des combinaisons de lignes droites paraissant assez irrégulières, bien qu'ayant un cachet commun; niais bien plus souvent, à peu près dans la moitié des cas, la représentation très-nette d'une Croix diversement exécutée.
La plus simple, figure 20, est formée par l'intersection
Fig. 20. — Dessous d'un vase de Bargone, 1/3 grandeur. Musée de Parme.
à, angle droit de deux séries de lignes parallèles. Elle provient de la terramare de Bargone, dans le Parmesan.
Fig. 21. - Dessous d'un vase de Parme, 1/3 grandeur. Musée de Parme.
Parfois entre les bras de la Croix précédente, il y a de petits ronds en creux, figure 21 ; de la terre tourbeuse de Parme.
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Le centre de la Croix, lorsqu'elle est dans l'intérieur du vase, est généralement occupé par un repoussé circulaire, uni, qui forme comme un hémisphère. La figure 22 représente un échantillon de ce genre, pro-
Fig. 22. — Fond d'un vase de Parme, 1/3 grandeur. Collection Mortillet.
venant de la terre tourbeuse de Parme, qui se trouve dans ma collection.
Fig. 23. — Fond d'un vase de Parme, 1/3 grandeur. Musée do Parme.
M. Strobel dans ses Avanzi preromani, pi. I, fig. 24 *, adonné le dessin d'un échantillon analogue trouvé dans la terre tourbeuse de Castione.
4. Les trois premières planches des Avanzi preromani de M. Strobel ont été publiées aussi par M. Keller dans son 5 e Rapport sur les habitations lacustres.
TERKAMARES DE L'EMILIE.
Dans le musée de Parme, on voit un autre échantillon, également de la terre tourbeuse de Castione. 11 est semblable à l'intérieur, mais la Croix se reproduit en dessous, seulement de ce côté l'hémisphère, tout naturellement, au lieu d'être en relief, est en creux.
Le centre de la Croix peut aussi contenir une série % de ronds concentriques, comme on le voit dans la figure 23, représentant un échantillon trouvé dans la terre touroeuse de Parme. Deux fragments du musée de Parme, provenant de Castione ont la même ornementation.
La terre tourbeuse de Castione a fourni un vase presque entier, orné sur tout le pourtour, figure 24, déjà
Fig. 24. — Vase de Castione, 1/7 grandeur. Musée de Parme.
Fig. 25. — Dessous du vase fig; 24, 1/3 grandeur.
>ublié par M. Strobel, Avanzi preromam, pi. IV, fig. 10. ^■e dessous de ce vase présente une Croix formée par [uatre séries de lignes qui rayonnent autour d'un large K)int rond, en creux. Quatre autres points en creux •coupent les entre-deux des bras de la Croix, figure 25.
Le même dessin se reproduit sur un dessous de ase de la terre tourbeuse de Parme, figure 26.
Là Croix est aussi formée quelquefois par l'intersecion de deux simples lignes de points en creux, comme
dans la figure 27, représentant un fragment de la terramare proprement dite de Castione; ou bien par
Fig. 26. — Dessous d'un vase de Parme, 1/3 grandeur. Musée de Parme.
des séries de lignes de points, figure 28, dessous d'un fond de la terre tourbeuse de Parme.
Fig. 27. — Dessous d'un vase de Castione , 1/3 grandeur. Musée de Parme.
La terre tourbeuse de Castione a encore fourni un autre genre de Croix, figure 29. Elle est formée par la combinaison de quatre groupes d'arcs de cercle concentriques; le centre est occupé par un point enfoncé. M. Strobel, pi. 1, fig. 23 de ses Avanzi prerômani, représente un fragment de poterie, également de la
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terre tourbeuse de Castione, qui a exactement le même
Fig. 28. — Dessous d'un vase de Parme, 1/3 grandeur. Musée de Parme.
genre de- Croix, comme on peut le voir par notre figure 30.
Fig. 29.— Dessous d'un vase de Castione, Fig. 30.— Dessous d'un vase de Castione,
1/3 grandeur. Musée de Parme. 1/3 grandeur.
Les objets représentés figures 20, 21, 23, 24, 26,
27, 28, 29 se trouvent conservés au Musée des antiques de Parme. Le savant directeur de ce Musée, M. le chevalier Lopez, a eu l'obligeance de me permettre de les mouler.
La terramare de Fodico di Poviglio, près de l'Enza, a aussi fourni des fonds de vase avec Croix.
Les fusaïoles en terre cuite, comme nous l'avons vu, ont parfois des ornements. Le Musée de Parme en possède deux qui ont des dessins de Croix. L'une, figure 31, provient de Castione. Elle offre cela de remarquable, que la Croix est au milieu d'un cercle
Fig. 31. — Fusaïole de Castione, grandeur naturelle. Musée de Parme.
Fig. 32. — Fusaïole de Campeggine, grandeur naturelle. Musée de Parme.
formé d'une suite de petites pyramides, motif d'ornementation dont nous aurons à nous occuper dans un autre chapitre. L'autre, figure 32, a été trouvée à Campeggine, dans le Reggianais. MM. Gastaldi, Nuovi ccnni, pi. V, fig. 14, et Strobel, Avanzi preromani, pi. III, fig. 19, ont déjà donné le dessin de cette dernière fusaïole. Dans la terramare de Casinalbo, Modenais, on a aussi recueilli une fusaïole avec Croix. La fréquence de ces Croix qui se trouvent environ sur la moitié des fonds ornés, et surtout la manière
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variée, parfois très-compliquée, dont elles sont exécutées, montrent bien que leur présence dans les terramares n'est pas un effet fortuit, dû au hasard. C'est certainement le résultat d'une intention bien marquée, bien accentuée. La Croix avait donc déjà dans ces temps reculés, au moins pour certaines populations, un sens particulier. Ce fait est d'autant plus curieux que dans tout ce qu'on a retiré des marières de l'époque du bronze on n'a rien trouvé pouvant se rapporter, d'une manière certaine., à un culte quelconque.