I. 'intérieur des ossuaiivs ou les cendres du pourtour
contiennent parfois de ces glands en terre, de forme plus ou moins conique, percés d'un trou au centre, que nous avons déjà vus dans les terramâres et à Villanova, et qu'on retrouve encore dans les tombes romaines et même mérovingiennes.
Parmi les objets en métal rencontrés dans les ossuaires et dispersés au milieu de la cendre du fond de la tombe, les plus abondants sont, sans contredit, les fibules en bronze. Elles se divisent en deux types bien distincts : le plus habituel se compose, comme corps de la fibule, d'un bourrelet ovale très-allongé et arqué, formé d'une feuille métallique remplie à l'intérieur d'une espèce de mastic terreux. Les deux extrémités amincies de l'ovoïde sont ornées supérieurement d'une série de lignes parallèles profondément gravées en creux, n'enveloppant que la moitié de la circonférence, ce qui fait que le dessous reste lisse. Le milieu de l'ovoïde reste aussi habituellement lisse dessus et dessous ; cependant, parfois, dessus, la lame métallique est percée d'un certain nombre de trous arrondis, formant trois lignes, remplis de petits boutons d'émail, espèce d'yeux à deux ou trois teintes concentriques. Une seule fibule, que je possède, provenant de Giani, est toute gravée supérieurement ; au centre il y a une troisième série de lignes parallèles creusées profondément, et entre les trois séries de lignes deux bandes formées par des hachures fines, obliques, s'entre-croisant.
Au bout supérieur de l'ovoïde est fixée l'épingle ou ardillon qui, près du point d'attache, se replie deux ou trois fois en spirale pour former ressort.
Le bout inférieur se prolonge en très-long appendice canaliculé pour recevoir l'épingle et former l'agrafe; ce canal est caractérisé non-seulement par sa longueur, plus grande que celle du corps de la fibule, mais encore par son extrémité, qui se termine en petite boule supportant un petit disque aplati, semblable à une tête de style, ou bien, plus rarement, une autre boule de moindre dimension.
Le second type de fibule est entièrement différent, sauf pour ce qui concerne l'appendice canaliculé. Il n'y a pas de corps de fibule proprement dit. La fibule se compose simplement d'un fil de bronze replié au milieu trois fois sur lui-même, comme pourrait le faire un serpent, puis recourbé en rond une fois ; ces plissements constituent tout à la fois le corps de la fibule et le ressort ; le fil de bronze s'arrondit ensuite largement en demi-cercle et vient former l'épingle; à l'autre bout il se soude à l'appendice canaliculé. Au milieu de l'arc de cercle, entre le ressort et l'aiguille, se trouve une large rondelle, pour arrêter l'étoffe du vêtement.
Cette forme de fibule, beaucoup plus simple, était destinée aux moins riches et aux enfants. En effet, dans le tombeau que j'ai fouillé, la toute petite fibule était de ce type, tandis que les deux grosses trouvées en même temps appartenaient à l'autre type avec bourrelet ovoïde. Giani dit qu'il a surtout trouvé le type filiforme dans le Galliasco et quelquefois dans la Cornéliane.
Les autres objets en bronze sont :
Des rondelles très-minces, percées d'un trou au
milieu, ornées au repoussé de cercles concentriques ou ie pointillé ;
Des anneaux trop étroits, et souvent même trop >pais, pour être mis aux doigts. Rondelles et anneaux Renfilaient aux épingles des fibules pour retenir les étoffes. Giani raconte avoir rencontré quelques fibules ermées ayant encore leur anneau et leur rondelle, et il es figure. J'en ai vu moi-même un fort beau spécimen tu cabinet d'antiquités de l'Archiginnasio de Bologne;
Des bracelets, cercle de bronze fermé, ou bien tige 3e bronze enroulée et dont les deux bouts se juxtapo- . ent sur une certaine longueur. Dans ce cas, les deux extrémités sont arrondies pour éviter de blesser, mais :ie figurent pas une tête et une queue de serpent, comme 'a supposé Giani. Son imagination, je crois, a faussé un ^eu sa vue. A moins qu'il n'ait admis comme étant de ïïette époque des bracelets en bronze, avec tête de servent, très-distincte, provenant de tombes duni e et du iv e liècle de notre ère, existant sur le plateau de Somma, surtout dans les environs de Vergiate *;
Divers autres anneaux de formes et grandeurs variées. lont l'usage ne peut pas être précisé;
De petits grelots dont l'ornementation consiste en Detits ronds avec le centre en émail ;
De nombreux fragments de chaînettes, généralement divisées en très-petits morceaux et fort altérées. Tétaient des insignes ou objets d'ornement, comme on
4. G. de Mortillet : Revue archéologique, janvier 1866, wl.XIII,p. 57.
peut s'en assurer par un échantillon que je possède. Il provient de la tombe isolée découverte en faisant la grande tranchée à la tête ouest du tunnel entre Vergiate et Sesto-Calenda. Il se compose d'une grande agrafe à laquelle étaient suspendues une huitaine de ces petites chaînettes assez longues. Chez M. le marquis Dalla Rosa, j'ai vu une de ces chaînettes terminée par une petite pendeloque.
Du tombeau de la tranchée ouest du tunnel entre Vergiate et Sesto-Calenda, j'ai eu aussi un petit ressort en spirale engagé dans un large anneau. Le nombre et le caractère tout à fait spécial des objets en bronze, provenant du tombeau en question, confirment l'assertion de Giani que les tombes isolées sont les plus riches.
Il reste à citer quelques plaques-agrafes de ceinturon, entièrement unies, avec des onglets latéraux pour les fixer au cuir de la ceinture. J'en ai une, qui me vient de Giani, très-curieuse, en ce qu'ayant été cassée du vivant de son propriétaire, on l'a grossièrement raccommodée au moyen de deux rivets en fer. M. le marquis Dalla Rosa en a une autre encore plus intéressante. Klle est découpée h jour, et présente, au milieu d'arabesques, une intention de représentation humaine ; c'est tout ce qu'il y a de plus grossier et de plus primitif comme ligure.
Les objets en bronze sont souvent à demi fondus, déformés, ou bien soudés encore à du charbon, ce qui prouve qu'ils ont passé, au moins en partie, au bûcher. Cependant tous les objets n'étaient pas brûlés avec le cadavre, puisque Giani cite deux anneaux en ivoire ou
en os, et que M. Dalla Rosa a découvert de l'ambre formant collier et fibules.
Les objets en fer sont peu nombreux et fort altérés. Cependant ce métal est suffisamment abondant pour montrer qu'à cette époque on savait déjà parfaitement l'utiliser.
Je ne sache pas que les métaux précieux, or et argent, aient jamais été cités. M. le marquis Dalla Rosa, qui a fouillé les tombes les plus riches, n'en a pas découvert. Les fouilles de M. Dalla Rosa, au lieu d'avoir été faites exclusivement sur le plateau de Somma, ont eu lieu plus près de Sesto-Calenda, surtout à San- Giorgio, hameau à deux ou trois kilomètres au nord de Sesto-Calenda, sur la pente du coteau. Parmi les vases donnés à M. Gastaldi par le curé de Sesto, quelquesuns sont indiqués comme de Sant-Anna, au nord-ouest de la cure.
D'après Giani lui-même S de l'autre côté du Tessin, rive droite, près de la cascine Brebbia, sur le territoire inférieur de Castelletto, le long du chemin qui suivant le Tessin conduit à Borgo-Ticino, on a découvert des tombes semblables à celles de la Côrnéliane , avec ossuaires, divers autres vases, fibules, bracelets et petites chaînes. Dans un ossuaire on a, entre autres, rencontré avec des fibules et divers objets un très-beau collier d'ambre, dont les perles avaient la grosseur d'une noix et étaient encore pellucides.
1. G. B. Giani : Gazzetta di Milano, 14 décembre 1824, et Appendice, p. 21 et 59.
Maintenant que nous connaissons parfaitement ces tombes, si nous voulons rechercher à quelle époque elles peuvent remonter, nous observerons d'abord qu'elles contiennent du fer, ensuite qu'elles n'ont absolument rien de romain ; double observation qui limitera nos recherches dans une période bien circonscrite.
L'absence complète d'objets romains suffit pour renverser entièrement la théorie de Giani. Si la Cornéliane et les environs contenaient les tombes des soldats de Cornélius Scipion, on rencontrerait incontestablement des débris d'armes, et je n en ai pas vu un seul. Il y a seulement des objets d'ornement, de parure, de luxe, et parmi ces objets pas une bague chevalière. Et puis, comment expliquer l'absence absolue de monnaies? Deux cents ans avant notre ère, les Romains avaient non-seulement des monnaies de bronze, mais déjà des monnaies d'argent. Les Carthaginois avaient également des monnaies. Les tombes de la Cornéliane et des environs sont donc plus anciennes. Les indigènes d'alors, les Insubriens, avaient aussi des monnaies propres, consistant, d'après M. Biondelli 1 , en une servile et barbare imitation des drachmes d'argent frappées par la colonie phocéenne de Marseille, se distinguant seulement par l'épigraphe en caractères étrusques.
Non-seulement on n'a pas trouvé de monnaies dans ces tombes, pas môme le primitif aes rude, mais encore on peut dire que les représentations d'êtres organiques,
1. K. Hiondki.u : Imporianza degli stwii archeologici in Lombariiia. 1H:»i, in-8, p. 7.
TOMBES DE GOLASLCCA. 121
figures d'animaux ou de plantes, n'y existent pas. Seul, M. le marquis Dalla Rosa a trouvé les fragments de deux vases avec représentation en demi-rplief d'arbres et d'animaux, et une plaque de ceinturon avec un simulacre d'homme. Mais M. Dalla Rosa a fouillé des tombes près de Sesto-Calenda qui ont fourni des vases en forme de gobelets tout particuliers, et un certain nombre de beaux objets en ambre, substance qui, je crois, n'a jamais été trouvée dans la Cornéliane. Pourquoi dès lors les tombes de M. Dalla Rosa, tout en appartenant à la même population, à la même civilisation, ne seraient-elles pas un peu plus récentes que l'ensemble des tombes du haut plateau ?
L'ornementation des grandes urnes cinéraires au moyen de triangles formés par une ligne coupant une
Fig. 52. — Fusaïole de Castione, grandeur naturelle. Musée de Parme.
série de lignes parallèles, ornementation symbolique, éminemment caractéristique de l'âge du bronze, qu'on retrouve à cet âge . dans les marières de l'Emilie, figure 52, comme dans les stations lacustres de la Suisse et même jusque dans le Caucase, ainsi qu'on
peut en juger par l'objet en bronze suivant, figure 53, copié de M. Lerch.
La présence des petits ronds, souvent concentriques, avec un point central, autre dessin symbolique de l'époque du bronze, prouvent que les traditions de cette époque étaient encore très en vigueur. Les tombes décrites appartiennent donc à la première époque du fer, à la période antéhistorique de ce métal.
Fig. 53. — Objet en bronze du Caucase, d'après M. Lerch.
En outre, en comparant les descriptions des tombes de Golasecca et de Villanova, on voit qu'on est en présence d'une même civilisation, d'une même époque. Le genre de sépulture est tout à fait le même. Les corps sont brûlés; les débris d'ossements sont enfermés dans une grande urne, recouverte d'une coupe; les cendres sont groupées autour de l'ossuaire; le tout est enfermé dans une tombe construite d'une manière tout à fait analogue. Cette tombe , dans les deux cas, renferme aussi divers objets et des vases accessoires. Parmi ces vases,, il en est quelques-uns à anse affectant les mêmes
formes. Sur les poteries on voit parfois des signes gravés de la même manière et dont quelques-uns sont semblables dans les deux endroits. Dans les deux endroits aussi on a trouvé des coupes avec une grande Croix figurée à l'intérieur. Parmi les objets en métal il suffit de citer les fibules à très-longues agrafes, particulières de formes, si abondantes à Villanova comme à Golasecca. Golasecca comme Villanova offre surtout des fibules à bourrelet en bronze rempli d'une pâte intérieure, ou bien en fil de bronze replié en serpent. On le voit, il y a le plus grand rapport, la plus grande analogie. Les deux localités étant peu éloignées et se trouvant dans la même plaine, il doit y avoir à peu près contemporanéité.
Ce qui caractérise les sépultures de Golasecca et leur donne le plus grand intérêt, c'est : d'une part, l'absence complète de représentations organiques, — nous avons vu qu'on n'en a trouvé que trois, exceptionnellement, dans des tombes qui n'appartenaient pas au plateau ; — d'autre part, c'est la présence presque constante de la Croix sous les vases renfermés dans les tombes. <3uand on retourne les ossuaires, les coupes-couvercles ou les vases accessoires, on voit presque toujours, si le fond est bien conservé, une Croix tracée au-dessous. T^oici le dessous de l'ossuaire figuré page 108 et celui dke la coupe-couvercle représentée page 111 \
La Croix de l'ossuaire, figure 54, est parfaitement c>*)servée. Elle se détache en noir brillant sur le fond
* . Ossuaire, figure 48. — Coupe-couvercle, figure 50.
en noir mat. C'est donc le même genre d'ornementation que pour le reste du vase. Le bel ossuaire de M. l'avocat Galli, à Somma, porte aussi au-dessous une Croix très-nettement dessinée, brillant sur mat. Le petit ossuaire de la tombe que j'ai ouverte avait aussi une Croix au-dessous ; mais la base étant très-altérée à la surface, on n'en voit plus que de faibles indices.
Fig. 54. — Dessous de l'ossuaire figuré Fig. 55. — Dessous de la coupe figurée
p. 108, 1/3 grandeur. p. 111, 1/3 grandeur.
Si les ossuaires à ornementation brillante , produite par le lissage, paraissent avoir tous, ou à peu près tous, une Croix sous la base, les autres ossuaires, au contraire, paraissent en avoir été généralement dépourvus.
La figure 55 représente le dessous de la coupe-couvercle de la tombe que j'ai explorée. La Croix y est trèsbien dessinée. La base des coupes-couvercles montre généralement ce signe. Ainsi, sur quatre coupes-couvercles que je possède, trois ont la Croix. Ces Croix parfois sont à bras libres, comme celle de l'ossuaire, figure 54, parfois sont enfermées dans un rond tracé autour du fond, comme dans la figure 55, parfois aussi les bras de la Croix dépassent le rond qui coupe alors à peu près leur milieu. Je possède une coupe ornée d'une Croix de
;e genre, et j'en ai vu une semblable sur la cheminée lu cabinet de travail de M. Biondelli. Ces coupes à >oix recouvraient non-seulement les ossuaires portant les Croix, mais aussi et surtout ceux n'en portant pas. -a seule coupe que je possède n'ayant pas de Croix st une coupe très-ornée qui recouvrait un ossuaire .yant la Croix. C'est ce qui me fait dire que toutes les ombes contenaient ce signe. S'il n'était pas sur un r ase, il était sur un autre. Les coupes-couvercles étant ibouchées sur l'ouverture des ossuaires, la Croix placée lessous la base se trouvait par le fait en vue et domiîait le groupe.
Les vases accessoires étaient aussi généralement )rnés de la Croix sous leur base, figures 56 et 57.
Fig. 51. — Vase accessoire de Golasecca, l'ig. 57. — Dessous du vase accessoire 1/3 grandeur. Collection Mortillet. ci-joint, 1/3 grandeur.
Le petit vase, figure 56, provenant de Giani, porte ine Croix très-nette, figure 57. Je possède quatre de ses petits vases qui tous les quatre ont une Croix. J'ai m les mêmes petits vases avec Croix chez M. Galli, à Somma, et chez M. Dalla Rosa, à Salso-Maggiore. De dIus, un de mes petits vases contient une Croix grossièrement gravée à la pointe, après la cuisson, placée sur le cou. La même gravure se voit sur la panse d'un petit
vase de M. Dalla Rosa. Le vase accessoire, en forme de petit ossuaire, de la tombe que j'ai fouillée, offre également une Groix brillante sous son fond.
L'étude des sépultures de Golasecca démontre donc d'une manière très-claire, très-précise, très-positive, ce qui n'avait été qu'indiqué par les terramares de T Emilie et confirmé par le cimetière de Villanova : savoir que plus de mille ans avant Jésus-Christ la Croix était déjà un emblème religieux, très-fréquemment employé. Cet emblème semblait exclure le culte des idoles, exclure même la simple représentation de tout ce qui est organisé, de tout ce qui a vie.
Bien plus, au milieu des Croix funéraires de Golasecca, datant d'un millier d'années avant le Christ, on a retrouvé le monogramme de Jésus-Christ tel que le reproduisaient les premiers chrétiens. Ce monogramme, figure 58, est tracé en brillant sur fond mat, au-dessous d'un petit vase accessoire, semblable à celui représenté figure 56. 11 se trouve au château de Somma, chez M. le marquis Ermès Visconti.
Fig. T»8. - Dessous d'un va*» accessoire Fig. ."»»». — Monogramme du Christ
d« Molasecca, 1 S grandeur. comme ou le trouve dans les catacombes
Collection Urines Visconti.
Dans le monogramme habituel du Christ, tel qu'on lo rencontre abondamment dans les catacombes et ail-
leurs, figure 59, "la barre verticale se termine au sommet par un demi-cercle formant le P. Mais primitivement le P n'existait pas ; il n'y avait absolument, comme dans le signe des sépultures de Somma, que les trois barres