CONCLUSIONS
LI. Il existe de multiples combinaisons de la silice et de la soude. Le silicate de soude, communément employé en médecine, est le métasilicate correspondant à la formule : Si0?, Na°O. Ce médicament peut s’administrer par voie buccale sous forme de solutions, de comprimés ou de granulés. Il peut aussi s’administrer par la voie intraveineuse sans aucun danger, à condition d'employer des solutions très diluées à cause de l’alcalinité indispensable pour assurer la solution.
IT. Contrairement aux doctrines régnantes aux environs de 1872 et qui n’avaient pas été contrôlées jusqu’à présent, le silicate de soude ne s’est pas montré antiseptique, du moins à l’égard des bacilles typhiques et paratyphiques, du staphylocoque et du colibacille, dans nos recherches faites sous la direction de M. le Professeur Sabrazès.
III. Le silicate de soude est légèrement antifermentescible. Nous avons en particulier constaté cette action sur la fermentation lactique, sur la fermentation putride de la viande, sur la fermentation ammoniacale de l'urine. Mais dans ce rôle antifermentescible du silicate de soude, le taux d’alcalinité des solutions a certainement une grande importance, comme le montrent d’ailleurs les travaux de Siegfried et de Lowenhaupt.
IV. Au point de vue de son action sur le sang, le silicate de soudé est hémolytique à partir des solutions de 2 %. Le pouvoir hémolytique est dû en partie à l’alcalinité des
Lapouge,
solutions de silicate de soude. Cependant, ce médicament, employé à des doses convenables en solutions suffisamment étendues, ne provoque aucun accident.
Le silicate de soude stimule dans une certaine mesure la leucopoïèse. En effet, chaque injection intraveineuse de silicate de soude (5 cc. de Ja solution à 1 %) est suivie d’une leucocytose généralisée de moyenne intensité commençant 4 à 5 minutes après l'injection et persistant 2 ou 3 heures. Après un traitement suivi par le silicate de soude, la leucocytose peut persister plusieurs jours.
L’ingestion de 2 grammes environ de silicate de soude quotidiennement pendant 3 semaines ou l’administration d’une série de 10 à 12 injections intraveineuses d’une solution à 1 % de ce médicament (5 cc. par injection) abaisse d'une façon durable la viscosité sanguine.
V. Le silicate de soude a été il y a une trentaine d’années une véritable panacée ; les essais dans de multiples directions avaient donné lieu à des conclusions prématurées. L'on ignorait surtout que l’alcalinité même des solutions pouvait intervenir dans les actions thérapeutiques attribuées au silicate de soude lui-même, par exemple dans Jes améliorations de diabétiques et de goutteux ainsi traités et qui bénéficiaient d’une médication alcaline en même temps que d’un sel dont la base est la soude.
VI. En réalité, le silicate de soude est la forme d’application la plus courante de la médication siliceuse. Aussi son administration peut intervenir utilement dans la thérapeutique de divers troubles pathologiques relevant de la carence en silice. Des chimistes, des cliniciens considèrent qu’il existe en particulier une telle carence dans Porganisme des sujets atteints d’artériosclérose, de prurit sénile, de tuberculose et du cancer.
VIT. Le silicate de soude trouve sa grande indication dans lartériosclérose et plus particulièrement dans la pré-
le —
sclérose. Si Décène Olivier avait déjà pressenti ce rôle, c’est le docteur Scheffler, de Saint-Etienne, qui, se basant sur diverses recherches chimiques, en particulier celles de Gaube, tirait la conclusion suivante : il existe dans l’artériosclérose une carence siliceuse favorisant la fixation du carbonate de chaux sur l’endartère.
En tout cas, les malades artérioscléreux soumis à la médication par le silicate de soude éprouvent un certain bien-être, un soulagement des troubles fonctionnels tels la céphalée, les vertiges et en particulier les angiospasmes comme M. le Professeur Sabrazès et nous-même l’avons constaté même chez des sujets ayant des spasmes de l’artère centrale de la rétine.
Les meilleurs résultats sont obtenus par la méthode des injections intraveineuses qui sont très bien supportées à la condition d'éviter que le produit en solution diffuse hors de la veine dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Le silicate de soude te] que nous l’avons employé abaïsse manifestement la tension artérielle maxima d’une façon régulière, progressive. Cette action est plus nette lorsque le silicate de soude est injecté par voie intraveineuse. Souvent après 3 ou 4 injections, l’action hypotensive commence à se faire sentir et atteint son maximum à la dixième ou
douzième injection.
VIII. Les injections intraveineuses du silicate de soude constituent une des thérapeutiques les plus actives contre le prurit sénile essentiel, comme l'ont montré de nombreux auteurs, en particulier le professeur Luithlen -en Autriche, les docteurs Scheffler, Sartory et Pélissier en
France.
IX. De nombreux travaux, entre autres ceux du professeur Albert Robin en France, du professeur Kuhn, de Berlin, en Allemagne, nous amènent à penser que la médication par le silicate de soude pourrait être un traitement
adjuvant utile de reminéralisation dans la tuberculose. Ce médicament administré par la bouche est souvent mal toléré par les tuberculeux. Les injections intraveineuses n’ont pas cet inconvénient ; cette voie serait la voie de choix pour aboutir à des résultats utiles comme Faffirme le professeur Kuhn.
X. Contrairement aux publications de divers auteurs comme Zeller, Pollak, Gerli, nous n’avons pu, jusqu’à plus ample informé, acquérir la preuve que le silicate de soude en application locale, en ingestion ou en injection soit bien utile dans le traitement du cancer. Une expérience relatée plus haut, faite à la fondation Bergonié, à l’instigation du professeur Sabrazès, sur huit rats greffés, semble encore confirmer notre opinion.
Peut-être, si l’on tient compte des études du professeur Albert Robin mettant en évidence la carence siliceuse dans les tumeurs cancéreuses, pourrait-on le considérer comme un élément de reminéralisation aidant l'organisme à lutter contre le cancer. À ce point de vue, le silicate de soude aurait son rôle à jouer soit dans la lutte prophylactique contre le cancer, soit contre l’évolution rapide de cette maladie, soit dans la lutte contre les récidives chez les cancéreux opérés.
Vu Vu, bon à imprimer Le Doyen, Le Président, Pierre MAURIAC. J. SARBRAZES
Vu et permis d'imprimer Bordeaux, le 8 décembre 1934.
Le Recteur de l’Académie, A. TERRACHER.
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