HISTORIQUE
Depuis fort longtemps l’on emploie la silice et ses divers composés dans la lutte contre la maladie.
Au début leur utilisation n’eut aucune base scientifique. Signalons en particulier l’emploi très ancien du tabashir dans la médecine des Arabes et des Hindous. Ce tabashir tiré des concrétions siliceuses de la tige de bambou, contenait jusqu’à 99% de silice et passait pour très efficace contre les fièvres, les coliques et les affections vénériennes.
Plus tard, au moyen âge, les silicates furent employés contre les affections lithiasiques rénales, en particulier par Paracelse-:
Vers le xvie siècle ce traitement est employé sous forme d'eaux minérales. C’est ainsi que les chroniques du Forez relatent que les seigneurs et dames de la cour d'Henri III venaient à Sail-les-Bains dans le bassin de la Loire, pour s’y retremper et demander aux sources siliceuses un regain de jeunesse.
Vers 1855 les silicates commencent à être employés plus scientifiquement. À cette époque Lersh les utilise comme diurétiques et contre les affections des cheveux et des os. Glauber vante les bons effets de l’eau silicatée dans le goutte, Socquet, de Lyon et Bonjean, de Chambéry, insistent sur l’action dissolvante des silicates vis-à-vis des calculs uriques.
Dans le courant des années 1872 et 1873 Picot, professeur à la Faculté de Médecine de Bordeaux, d’une part, Rabuteau et Papillon d'autre part, communiquent plusieurs notes à l’Académie des Sciences concluant à l’action antifermentescible et antiputride du silicate de soude et à la toxicité de ce produit administré par voie interne. Vogt, un savant pharma-
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cologue autrichien, abonde dans le même sens. Ceci explique pourquoi les médecins n’emploient alors les solutions de Silicate de soude qu’à l'extérieur, le plus souvent.
En 1872, Dubreuil, de Montpellier, injecte dans la vessie des solutions de $ilicate de scude à 1 pour 200, pour lutter contre la suppuration urinaire des rétentionistes. Il cite de bons résultats à la société de chirurgie de novembre 1872.
Dans les Annales de dermatologie et de syphiligraphie de 1872, et 1873, Marc Sée et Gontier publient des succès obtenus à l'hôpital du Midi en soignant des malades atteints du chancre de la verge et de blennorragie avec des lavage au silicate de soude à 3%.
En 1874, dans le Edimbourg Medical Journal, Fawcett Battye dit avoir obtenu des améliorations dans le cancer et le diabète acide avec le traitement silicaté.
En 1875, le docteur Alvacongo, de Lisbonne, cite dans la Gazelle hebdomadaire 48 observations d’érysipèles graves guéris et qui avaient été uniquement traités par des badigeonnages avec une solution de Si Na.
En 1889, Lowenhaupt, dans une thèse soutenue à Greifwald conclut que l’action antifermentescible du silicate de soude est due à la forte teneur des solutions employées en hydroxyde de soude, au moins pour les solutions au-dessous de 4%.
En 1893 Kobert critique les travaux de Picot et prétend que la silicate de soude n’est pas aussi toxique que l’on veut bien le dire.
Enfin Siegfried reprend toutes ces recherches en détail et conclut catégoriquement en 1901 que l’action antifermentescible du Silicate de soude aussi bien que son action toxique sont dues à la forte proportion de soude libre contenue dans les solutions silicatées.
C’est là un fait extrêmement important qui allait :
a) Expliquer le rôle joué par les solutions de silicate de soude dans de nombreuses observations citées plus haut : rôle antifermentatif, anti-infectieux, antigoutteux, anti-acide
et qui est dû à l’alcalinité de ces solutions et non à l’action spécifique du silicate de soude.
b) Permettre grâce à des solutions mieux préparées, suiffisamment diluées, employées à dose convenable, d'introduire le silicate de soude à l’intérieur de l’organisme sans crainte d'accident. Ce devait être là l’origine de nombreuses recherches sur la thérapeutique silicatée dans l’artériosclérose en particulier et aussi dans la tuberculose, le cancer, les dermatoses et quelques autres affections.
En ce qui concerne l’artériosclérose c’est Decene Olivier, de Lyon, qui, le premier, en 1904, dans son livre Les silicales en thérapeulique, se montre enthousiaste du traitement de l’artériosclérose par le silicate de soude. Il cite d’ailleurs son auto-observation.
Bodin, en 1907, dans le mémorial de thérapeutique, se montre de la même opinion et insiste sur l’action hypotensive du silicate de soude.
En 1909, A. Reneau, dans une thèse soutenue à Lyon, sur les rapports de la chlorurie urinaire avec l’hypertension artérielle, dit que c’est avec le silicate de soude qu'il a obtenu les meilleurs abaissements de tension.
En 1911, Gouget après des expériences sur le lapin conclut à une action préventive nette du silicate de soude contre l’athérome expérimental adrénalinique.
Mais c’est surtout au docteur Scheffler que l’on doit la mise au point du traitement de l’artériosclérose par le silicate de soude. Dès 1908, cet auteur expose dans les archives générales de médecine sa théorie faisant de l’artériosclérose une maladie par carence siliceuse. Dans les années suivantes avec le PT Sartory, avec le Dr Pélissier, il continue ses recherches, publie des observations très encourageantes, met au point la technique des injections intraveineuses de silicate de soude et fait, en 1923, la synthèse de ses travaux dans en livre L’artériosclérose.
De nombreux travaux sont venus confirmer la valeur du traitement silicaté dans l’artériosclérose dans la presse étran-
gère aussi bien que dans la presse française. Ainsi, Krun, en Allemagne dès 1921 se déclarait très satisfait de cette médication.
Voyons maintenant quelle fut l’évolution des idées en ce qui concerne la thérapeutique de la tuberculose par le silicate de soude.
Ce sont les écoles françaises et allemandes qui se sont surtout occupées de cette question.
En France ,le professeur A. Robin après une série de travaux s’échelonnant entre 1895 et 1910 conclut'qu’ilest nécessaire de fournir de la silice à l'organisme tuberculeux pour lui permettre de lutter contre la maladie.
Les raisons permettant de conclure dans ce sens sont exposées dans la thèse de Marq, élève de A. Robin, soutenue à Paris, en 1910.
Dans le même espace de temps des auteurs allemands comme Kobert et Zickgraff aboutissaient à la m me conclusion : l’utilité de la thérapeutique siliceuse dans la lutte contre la tuberculose.
Si les conséquences cliniques de ce fait furent peu étudiées en France, on trouve de nombreux travaux à ce sujet dans la littérature allemande. Citons entre autres ceux de Rossle, en 1914 et en 1921, ceux de Kuhn en 1920 et en 1922, de Kesseler en 1920, de Helwig en 1921, de Kahle en 1914, de Mattaush en 1922, de Junker en 1927. ;
Notons encore dans les autres littératures étrangères les expériences des Anglais Gye et Frettle-en 1923, celles des Américains Maver, Mary et Gédéon Wells en 1923; celles des Italiens Ferrucio Vigi en 1925 et Raphaël Prazza en 1931.
Nous analyserons ailleurs ces travaux qui pour l'instant,
disons-le déjà, ne permettent pas une conclusion précise. . En ce qui concerne l'introduction du silicate de soude en dermatologie, c’est le PT Luithlen, de Vienne, qui eut le premier l’idée d'employer ce médicament en ingestion contre Île prurit sénile. Get auteur se basait sur la déminéralisation siliceuse de la peau des vieillards mise en évidence par les travaux de Schulz.