LA SILICE ET LES SILICATES DANS LA NATURE
À. Généralités
La silice et ses composés, les silicates, jouent un rôle très important dans la nature; ils se trouvent dans les trois règnes.
1° Dans le règne minéral. — Notons que le quartz, le cristal de montagne, la tridymite, le topaze, l’opale, le silex, la sable le gravier, l’argile sont tous des composés de SiO?.
Il est utile pour la suite de ce travail de rappeler ici les théories du savant Bunge sur l’antagonisme de la silice et de CO. D’après cet auteur la chaleur régnant dans le centre de la terre est favorable à la silice; au contraire au froid, CO? reprend la prépondérance. Donc, dans le centre de la terre la silice repousse GO? qui remonte à la surface de beaucoup de cratères et de volcans. A la surface de la terre, au contraire, CO? est maître et chasse lentement la silice de ses combinaisons.
Cet antagonisme entre le gaz carbonique et la silice sera utilisé en thérapeutique.
Enfin, à un autre point de vue signalons que de nombreuses sources d’eaux minérales sont silicatées. Aïnsi la plupart des sources du pare national des Etats-Unis sont siliceuses. En France la source silicatée la plus connue, la mieux étudiée est celle de Sail-les-Bains dans la Loire; puis viennent, entre autres, Bains-les Bains et le Mont-Dore. Nous aurons l’occasion d'insister sur ce point au chapitre de la posologie.
2° Dans le règne végélal. — On retrouve les silicates jusque dans les organismes les plus simples. Certaines algues monocellulaires, les diatomées, sont entourées d’une carapace
siliceuse. Mais ce sont surtout les tiges des herbacées qui contiennent une grosse proportion de silice. Citons dans ce groupe, la tige de bambous, d’où l’on tirait ce vieux médicament : le tabashir; citons encore la prêle bien étudiée par le docteur J. Chevallier.
D’après cet auteur par décoction de cette plante on obtient un liquide qui fournit 12% d'extrait et 42% de silice.
Notons déjà l'importance de la silice et des silicates dans la composition des tiges des herbacées, c’est-à dire dans la composition des tissus de soutien végétaux.
Par ailleurs la silice entre pour une part plus ou moins importante dans la constitution des végétaux qui servent à notre alimentation. Ainsi pour 100 grammes de substances desséchées la rave contient : 1 gr. 28 de silice, le choufleur : 1 gr. 44, le pissenlit : 2? gr. 41; le grain d'orge : 4 gr. 31; le radis : 6 gr. 60.
39 Dans le règne animal. — TI est évident qu’avec la nourriture végétale l’homme et les animaux absorbent des quantités notables de silice. Que devient cette silice dans l’organisme ? Est-elle assimilée en partie? Est-elle éliminée par l'intestin en totalité?
Il est permis de conclure que la silice absorbée est assimilée au moins en partie. En effet la silice a été trouvée au moins à l’état de traces dans la plupart des organes ou des humeurs de l’organisme.
Dès 1848, Gorup-Besanez fait des analyses à ce sujet; il trouve 0.27% pour les viandes; 0,107% pour les poissons. Depuis, de nombreux auteurs ont publié des articles intéressants : citons ceux de Bunge, Robin, Schulz, Siegfried, Gaube, Kahle, Gonnerman, Kobert, Kuhn et ceux très récents de Baume et Krant en 1932, de King, Stantial et Dolan, en 1933.
Retenons de ces études quelques faits intéressants.
Ce sont les formations épidermiques qui contiennent le plus de silice : peau, ongles, cheveux, plumes. Pour citer les chiffres de Gaube : la peau contient 6 gr. 52 de silice % de cendres; les ongles laisseraient %, 1 gr. 782 de cendres contenant 0 gr. 34 de silice. La silice des cheveux varierait énormément avec la
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teinte : 6 gr. 60 de silice % de cendre pour les cheveux noirs; 12,31 pour les cheveux blancs; 30,71 pour les blonds; 42,46 pour les rouges.
Parmi les organes internes c’est, comme l’a montré Kahle, le pancréas qui contient et de beaucoup le plus de silice; les chiffres varient; en moyenne O0 gr. 14 à 0 gr. 15 par kilogramme de substance sèche.
L'on retrouve la silice dans les liquides de l’organisme. Bohme et Kraut en 1932 trouvent 15 mgr. de silice par 100 cm de sang humain; King, Stantial et Dolan n’en trouvent que 9 mgr.
Ces derniers auteurs trouvent en moyenne pour 100 cem® d’urine d’homme normal, 1 mmgr. 1 de silice.
Ces deux dernières analyses sont particulièrement intéressantes, car elles font entrevoir la possibilité de doser la silice avec suffisamment de précision dans le sang et dans l’urine de l’homme normal. Ceci peut permettre de mesurer, pour ainsi dire, le degré de carence siliceuse et d’administrer le silicate de soude à bon escient.
À un autre point de vue Gonnerman note la présence de quantités importantes de silice dans le lait, en moyenne 29 mer. par litre, alors que le fer n’y est que pour 1 mmgr. Notons que la nourriture du nouveau-né contient une grosse proportion de silice.
Enfin tous les tissus fœtaux contiennent de la silice au moins à l’état de traces ce qui peut faire conclure, comme le faisait déjà Siegfried en 1901, que ce corps est amené au fœtus par le sang de la mère à travers le placenta. C’est là un fait qui peut avoir son importance en thérapeutique.
Au point de vue de la silice dans la minéralisation générale de l’homme les chiffres cités par divers auteurs ne corcordent pas. Pour un homme de 68 kg., la silice compterait pour 6 gr. 27 suivant MM. Scheffler, Sartory et Pélissier, pour 4 gr. 148 suivant M. L. Lemolle, 1 gr. 768 suivant Gaube
Quoi qu'il en soit ce rapide exposé nous a montré l’impor..
tance de la silice dans le règne animal et particulièrement chez l’homme.
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Maintenant nous allons citer quelques résultats particuliers qui sont importants pour le développement de notre sujet,
Consultons d’abord les trois analyses suivantes publiées par Gaube, du Gers, dans son cours de minéralogie.
En représentant par 1.000 la minéralisation totale du muscle humain et du tissu fibreux, la chaux et la silice sont respec tivement représentées par les chiffres suivantes :
Silice Chaux ME MU CUIAITE en AR ue Va 34 Al HS MDN XXE ERA see ei Ge) Lai
Tissu musculaire Tissu fibreux
de l’homme normal Substances minérales +: ....7: 7,5318 p. 1.000 3,56 p. 1.000 DUC RS ar ne er D M RU 0299 0,0125 PAU ee ne Perd 0,309 0,420 Taureau Bœuf Silice, p. 1.000 de minéralisation ... 46,5 14 Chaux, p. 1000 de minéralisation ... 47,5 1
En somme, ces analyses nous montrent que la teneur en chaux des tissus est inverse de leur teneur en silice. La fixation de la chaux est favorisée par le manque de silice. C’est du moins la conclusion importante que tire le D' Scheffler de ces analyses.
À un autre point de vue Gaube dose comparativement la silice dans les muscles du taureau, du bœuf et de la vache. Les muscles du taureau contiennent 72% de silice de plus que ceux du bœuf et 67 % de plus que ceux de la vache.
De même les muscles de la femme renferment 35% de moins de silice que ceux de l’homme.
Donc, la silice se trouve en plus grande quantité dans le tissu musculaire des mâles, que dans le tissu musculaire des femelles et des individus émasculés.
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Ceci n’a rien d'étonnant puisque l’activité musculaire est plus grande chez les mâles. Or, il est permis de supposer que la silice joue dans l'organisme le rnême rôle destructeur des carbonates qu’elle joue au sein de la terre, rôle mis en évidence par Bunge. La silice aurait pour fonction de décomposer les carbonates résultant de la réduction de la matière organique et de fournir à l'expiration une partie de l’acide carbonique exhalé à la surface du poumon. C’est là l'opinion de Gaube.
C'est d’ailleurs en se basant sur ces faits que le Dr Scheffler a établi sa théorie sur l’artériosclérose. |
Avant de quitter ce chapitre général citons quelques chiffres qui nous seront utiies par la suite.
Schulz prétend qu'il y a beaucoup plus de silice dans les tendons et les aponévroses que dans les muscles. Voici quelques-uns de ses résultats. Pour un kilogramme de substance desséchée le corps vitré contient : 0,5814 de silice; la capsule fibreuse de la rate, 0,1879; les tendons 0,1086; les aponévroses 0,1064; les muscles de l’homme 0,0239.
11 conclut que la quantité de silice contenue dans un tissu est proportionnelle à la quantité de tissu conjonctif ou fibreux qu'il contient.
Pour terminer signalons encore que la teneur des tissus en silice diminue avec l’âge. En particulier pour 1.000 grammes de peau on trouve 5l mgr. chez les jeunes, 38 mgr. seulement chez les sujets âgés. Nous verrons que l’on a tiré de cette constatation d'importantes conclusions thérapeutiques.
B. Métabolisme de la silice et des silicates.
Le silicate de soude dans l’organisme se décompose et abandonne sa silice. C’est d’ailleurs ainsi qu'il agit au point de vue thérapeutique. Il est intéressant de savoir ce que devient cette silice.
Les analyses sus-citées montrent qu’elle est assimilée au moins en partie par l'organisme. D'ailleurs à l’état normal l'organisme s’appauvrit en silice surtout par la chute constante des déchets épidermiques. La compensation de la perte siliceuse se fait évidemment par l'alimentation.
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La silice, comme toutes les matières minérales ingérées, est soumise dans une certaine mesure au niveau du tube digestif aux mêmes lois chimiques qui règlent leurs réactions in vitro. C’est là l'opinion que soutenait E. Maurel il y a vingt ans.
Par suite de ces réactions il se forme deux séries de produits les uns insolubles éliminés avec les déchets de la digestion, les autres solubles qui peuvent être absorbés par les veines et les lymphatiques. Arrivées dans le sang les matières minérales sont prises par les divers éléments anatomiques suivant leurs besoins et leurs affinités. Le surplus est éliminé par la voie urinaire.
Enfin citons les théories de M. Vaudin qui complètent nos données sur le métabolisme de la silice. Ge produit peut s'unir à certains hydrates de carbone alimentaires et être absorbé avec eux. Ainsi le maltose résultant de l’action des ptyalines sur l’amidon du pain forme un maltosate avec la silice. L'union du minéral à l’hydrate de carbone se continue dans l’estomac. Les agents organiques, qui transforment le maltose en glucose, transforment le maltosate en glucosate. Puis lorsque le glucose est mué en glycogène l’élément salin est retenu par l'intermédiaire de celui-ci dans le foie dont la fonction fixatrice est parallèle à la fonction glycogénique. Enfin le glucose reformé par l’hydratation du glycogène verse dans le plasma sanguin les sels qui l’accompagnaient au moment de son arrêt dans la cellule hépatique. Le foie jouerait ainsi le rôle de régulateur de la minéralisation siliceuse de l’organisme.
D'ailleurs il est permis de croire que le pancréas, avec l’importante quantité de silice qu'il contient (Kahle), à lui aussi son action dans la régulation de la répartition siliceuse dans l’économie.
Sous quelle forme la silice lancée dans le courant sanguin est assimilée par les cellules? La question est encore confuse. Gonnerman pense que la silice est présente dans les cellules sous forme d’un composé inorganique. Kobért cependant, en 1918, écrit que « la silice, sous une combinaison organique
incomplètement connue, est un constituant normal non seutcment du tissu conjonctif mais de tout tissu épithélial du corps de l’homme et des animaux ».
Une question plus intéressante pour nous est de savoir comment se comporte l’organisme vis-à-vis du silicate de soude ingéré en quantités plus fortes que celles apportées par la ration alimentaire normale. C'est en somme ce qui se passe lorsque l’on donne le silicate comme médicament.
Wildt et Wickens, qui ont les premiers envisagé cette question, ne sont pas arrivés à des résultats concordants. Puis Rhoden, Siegfried, reprennent ces travaux. Ce dernier nourrit un chien avec des pilules de 0 gr. 05 de silicate de soude. À la suite de cette ingestion, il trouve un dépôt anormalement grand de silice dans l’urine. Même résultat après injection sous-cutanée de 0 gr. 05 de silicate de soude à un lapin.
Zickgraf donne 1 gramme de silicate de soude par voie buccale à 7 individus en plus de la ration normale. Il trouve en moyenne que la silice urinaire double, dans les 24 heures qui suivent l'absorption.
Marq, dans une thèse soutenue en 1910 à Paris, expose les expériences suivantes pratiquées sur lui-même. L'auteur se met à un régime constitué ainsi :
Pain : 750 grammes; viandes : 300 grammes; légumes 100 grammes; vin : 300 grammes; eau et sel : 1500 grammes.
Il dose alors la silice dans ses matières et dans ses urines par 24 heures. Il trouve : 0 gr. 090 pour les matières et 0 gr. 025 pour les urines.
Puis un matin vers 9 heures, après avoir été à la selle il absorbe une quantité de silicate de soude correspondant à 1 gramme de silice, puis il étudie les jours suivants l'élimination de ce gramme de silice en restant au même régime et en défalquant évidemment la silice alimentaire.
Il arrive aux conclusions suivantes : sur un gramme de silice médicamenteuse ingérée, l'intestin en rejette 80 centigrammes en 4 jours et en absorbe 20 centigrammes. Sur ces
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20 centigrammes, le rein élimine 10 centigrammes dès le premier Jour; sur les 10 centigrammes restant, cinq sont encore éliminés dans les 9 jours suivants. Quant aux cinq centigrammes restant, ils sont peut-être perdus au cours des expériences, ils sont peut-être définitivement retenus dans l’organisme.
Enfin cette question a été étudiée avec plus de précision encore par King, Stantial et Dolan qui publient avec beaucoup de détails leurs expériences dans le Biochemical Journal de 1933. Ces études portent sur le silicate de soude, sur la silice colloïdale, sur la silice organique à l’état de solution. Nous ne retiendrons que les observations se rapportant au silicate de soude.
Disons que tous les dosages de silice ont été faits par une méthode colorimétrique que les auteurs exposent dans le même Biochemical Journal de 1933.
Dans une première série d'expériences ils emploient une solution de silicate de soude à 5 % neutralisée juste avant l’ingestion par de la phénolphtaléne et de l’acide chlorhydrique. L’animal d'expérience est le chien. La solution est introduite par le tube stomacal à des doses différentes. Il est certain que sous l'effet de l’acidité gastrique une partie du silicate est précipité à l’état de silice, mais une partie de cetta silice est redissoute sous l’effet de l’alcalinité du suc duodénal. Des analyses publiées par les auteurs 1l ressort :
19 Que le silicate de soude est rapidement absorbé et apparaît déjà dans l’urine sous forme de silice au bout d’une heure et demie ou deux heures; le maximum de l’élimination se trouve à la cinquième heure et cette élimination se poursuit pendant deux ou trois jours au maximum.
20 Que pendant ce temps la silice sanguine augmente mais dans des proportions modérées et non proportionnées aux variations de la silice urinaire.
30 Les organes de plusieurs chiens tués après les expériences montrent une augmentation de la silice par rapport aux organes des animaux témoins.
Dans une seconde série d'expériences les auteurs injectent
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dans la veine de l'oreille de plusieurs lapins, 100 à 200 milligrammes de silice sous forme d’une solution de silicate de soude contenant 1 milligramme par cmÿ, solution qui, grâce à un dispositif spécial était injectée sur une période de cinq à six heures.
Voici leurs conclusions :
19 L'augmentation de la silice urinaire se produisait dès les premières heures et arrivait au maximum à la fin de la période d’injection.
2° Durant ce temps la quantité de silice sanguine fut considérablement augmentée, mais peu, comparée à la silice urinaire.
30 La silice injectée est loin de se retrouver en totalité dans les urines. Il se peut que l'intestin ait un certain pouvoir d’excrétion de la silice; mais il est certain qu’une partie de la silice est retenue dans l’organisme,
D'ailleurs, fait très important, les analyses d'organes d’animaux tués après les expériences montraient une quantité de silice bien supérieure au taux normal.
Retenons donc que : 1° le rein excrète très rapidement une quantité importante de la silice administrée à l'organisme
sous forme de silicate soit en ingestion, soit en injection intraveineuse.
2° La silice arrivant dans le courant sanguin, soit par absorption soit par injection directe, est aussitôt éliminée en grande partie par l’urine, comme si le sang était incapable de maintenir une forte concentration de silice.
30 Enfin, fait très important en thérapeutique, la silice injectée par voie intraveineuse ne se retrouve pas en totalité dans les urines. Pourtant ici la voie d’excrétion intestinale joue certainement très peu. L'on peut donc conclure qu’une partie de la silice sanguine est retenue dans l'organisme et assimilée. C'est, d’ailleurs, ce que prouve l’analyse des organes des animaux tués après traitement. Leur teneur en silice