‹ Le Sillon et les catholiquesChapitre 14 sur 109 · IV. — L'ESPRIT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

IV. — L'ESPRIT RELIGIEUX

| | auquel elle est le plus indispensable, parce qu’il est de Ke tous celui qui réclame le plus de vertus, de patriotisme, | d'esprit de sacrifice et de dévouement, et conséquem- - ment le plus de sens religieux. » (1)

« Pour que la démocratie soit possible, il faut que l'intérêt général soit défendu par une élite, majorité — dynamique dans la nation : et pour cela il faut trouver une force capable d’affranchir ceux qui formeront cette - élite du joug des intérêts particuliers ou, plus exac- … tement, qui puisse identifier ces deux intérêts.

Cette force nécessaire, c’est pour nous la force sociale du catholicisme. Le Christ est à la fois l'expression la plus haute et la plus large de l'intérêt général, la plus personnelle et la plus étroite de l'intérêt particulier, puisque nous ne nous rapprocherons de Lui qui est la Justice, la Bonté et la Beauté universelle et absolue et nous ne le posséderons dans l'éternité que dans la mesure même où nous aurons travaillé pour le bien de tous et où nous l’aurons aimé dans chacun de nos frères. » (2)

Il est donc bien vrai que, tout en étant d’ordre . temporel, l’œuvre du Sillon est toute pénétrée d’esprit religieux. Se sentant petits et faibles

(x) Le Cardina: Guilbert, archevêque de Bordeaux.

— Dans le même ordre d’idées, le Cardinal Guibert, archevêque —…. de Paris écrivait de son côté: « S’il y a un état qui réclame . l’application des principes évangéliques, c’est-à-dire le respect … de l’autorité, l’abnégation personnelle, l’esprit de sacrifice, - l'amour de ses frères, c’est précisément l’Etat républicain. » (2) Marc Sangnier. Le Sillon, esprit et méthodes, p. 19 pret 20.

en face de la tâche à remplir, les Sillonnistes sont portés à recourir au Christ pour lui demander la force dont ils ont besoin; mais, à mesure qu'ils, s’approchent de Lui plus souvent par la prière et par la communion, ils sentent et ils comprennent mieux que tout progrès, toute guérison, toute vie est en Lui pour les sociétés comme pour les indi- vidus. Ils prennent donc l’habitude de rapporter à Lui tout leur travail, de lui offrir toutes leurs peines et toutes leurs joies; doucement, mais irrésistiblement, sa pensée les envahit tout entiers, ils ne savent plus se passer de Lui et quand les appels des sens et des appétits voudraient les solliciter, c’est vers Lui qu'aussitôt ils se retournent, laissant monter de leur cœur à leurs lèvres le cri de l’apôtre Pierre : « Maître, à qui irions-nous ? » Ils sont nombreux ceux qui, ayant connu le Sillon dès leur jeunesse ont si pleinement donné leur cœur au Christ et à leurs frères qu’ils n’ont jamais connu les heures mauvaises dont la griserie fait si tôt place à la honte; et ils sont nombreux aussi, ceux qui peuvent dire : je m'étais égaré, j'étais devenu le jouet de mes passions ; mais l’amitié du Sillon m’a remis

Page 1