VIII. — LES QUESTIONS SOCIALES T
La Patrie
À Les Sillonnistes aiment donc leur pays et il serait ridicule de prétendre que s’ils se déclarent À « catholiques avant même que d’être Français », C ’est qu’ils tiennent en peu d’estime leur qualité 4 de Français. Loin de là ; s’ils subordonnent tout, “ même la patrie, au Créateur et à la religion qui nous unit à Lui, ce qui est logique, puisque le … Créateur est au-dessus de tout; s’ils proclament 1 qu’on ne peut pas, « si l’on est chrétien, ne pas
« du Christ est quelque chose de plus large, de …« plus élevé que les patries distinctes », (1) ils » sont bien loin de verser pour autant dans l’inter- À nationalisme :
… « Je voudrais, dit Marc Sangnier, vous dire briève- Mment, mais exactement, les trois griefs que j’ai contre eux, (contre les internationalistes).
Tout d’abord il me semble que c’est un peu trop | facile d’aimer l'Humanité, parce que l’Humanité (avec un grand H), cela ne se rencontre nulle part ; moi, pour ma part, ie vous avoue que je n’ai jamais ren- | contré cela. J’ai vu des hommes, mais jamais l’Hommetype, l'Homme idéal se promener dans la rue. Il est
(x) Marc Sangnier. Armée et patrie, tract rouge ; p. 7.
…« reconnaître que l’humanité rachetée par le sang
facile sans doute, de dire : « Moi j'aime et de refuser de remplir ses devoirs de | Patrie, en effet, c’est beaucoup plus près, l'Hur c’est beaucoup plus loin; et ce que je reproche dessus tout aux humanitaires, c’est, sous d’aimer l'Humanité, de se dispenser d’aimer et de se leur Patrie.
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Le second reproche que je ferai aux partisans l’humanitarisme, c’est qu'ils sont très. naïfs en .sens qu’ils n’aperçoivent pas la complexité des phéno: mènes sociaux : pour eux, l’humanité, c'est une foule d’hommes qui sont tous pareïls, qui ne charrient p: dans leur sang des traditions, qui ne sont pas lourds du
poids du passé, et qui peuvent s’en aller très cavaliés rement vers l’avenir. Eh bien, je crois que l’humani ité n’est pas cela du tout : elle est plus variée, plus mu ]tiple, elle est d’une richesse plus intime et plus profonde, et je suppose que si l’on supprimait les patries, du mêma coup, on rendrait monotone et uniforme, par conséquent impuissante, cette humanité décapitée.… Or, il sera puéril de faire de l'humanité quelque chose de plat« d’homogène, comme un grand tableau noir sur lequ on tracerait des figures de géométrie ou de techniqu sociale. L’humanité, vous savez bien que ce n’est cela, et nos révolutionnaires, nos socialistes ont bez essayer de nous le faire croire, nous ne pouvons pz n'être nés qu’en 1789, nous portons des traditions ati chées à notre âme comme la peau est attachée € corps, et l’on ne peut pas renoncer à son passé, so peine d’être impuissant à préparer son avenir.
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Enfin, je ferai aux pacifistes (1) et aux humanitaires troisième grief : c’est de méconnaître le grand myse caché au fond de la vie des nations, comme au fond de la vie des individus. Je leur renrocherai de
féconnaître que rien de grand n’a pu se faire dans le onde que par la souffrance et la douleur ; je leur reproierai de méconnaître la grande loi de l'effort. Ils nous êchent une paix qui serait, elle, mille fois pire, mille is plus humiliante que toutes les guerres, car elle seraït acceptation parfois, de toutes les hontes, et ne serait Cquise qu'au, prix des plus tristes humiliations et des s pitoyables abdications. Si nous voulons la paix, s, c’est parce que nous croyons à la justice et à la aternité des hommes, mais pour rien au monde nous é voudrions faire la paix contre le mal, contre l’oppression, contre la tyrannie. Jamais nous n'’accepterions une aussi indigne de paix. » (2)
L'Armée
- À la question de la patrie se rattache celle de
Parmée. Pour Marc Sangnier et ses amis, il faut
| que l’armée soit considérée non seulement comme ine nécessité, mais aussi comme un moyen pour déve-
opper la vertu dont chacun a besoin dans une démo- "
bh I1 s’agit ici des pacifistes internationalistes qui prétendent himériquement établir la paix par la suppression des fronères, et non pas de ces pacifistes mieux avisés qui veulent rouver par d’autres moyens que la guerre la solution des lésaccords entre les nations.
(2) Marc Sangnier. Armée et Patrie ; tract rouge, p. 18 et uiv.