DES CHANGEMENTS QUE L'ENSILAGE PEUT AMENER DANS NOTRE CULTURE
D'ici à longtemps, il faut l’espérer, le bétail sera encore le meilleur produit de la ferme. D'abord il se transporte seul au marché à moins que ce ne soit pour traverser l'Océan. Tout le temps qu'il est sur la ferme, il paye pension parcequ’il est la machine à fumier soit sur le pâturage soit dans l’étable ; et en partant, il fait tomber les écus dans la bourse de son ancien propriétaire.
Ne constate-t-on pas le même fait partout, savoir que les cultivateurs qui se livrent à l’élevage se tirent beaucoup mieux d’affaires que ceux qui donnent toute leur attention à la cultures des céréales?
Si vous voulez demeurer ou devenir éleveur, laitier, beurrier ou fromager et en mème temps simplifier considérablement votre culture, la débarrasser d’une multitude d'opérations qui ne sont pas toujours rémunératives au prix élevé où en est la main d'œuvre: je puis vous dire : mettez toute votre ferme en paturage, tout excepté le morceau, un bon celui-là, nécessaire au chargement du silo. Soignez votre paturage, ensoignez votre maïs vert, puis voyez à vos fossés et clôtures et tout est dit. Je puis vous promettre prospérité avec ce simple, tout simple système. Ce genre d'exploitation s’est fait et avec un grand succès en France. Pas de céréales du tout. On prenait la litière à la forêt.
Je sais bien que vous me dites là qu’il faut un petit morceau en légumes pour la famille et un en avoine pour les chevaux et les élevages; un peu de blé. Oui, mais vous ne ferez ces cultures que sur une très petite échelle, qe comme une exception au système général. L'œuvre capitale sera la création, l'entretien du paturage et le maïs en vert. Mais il faudra que le paturage soit réellement bon. Non ! pas de vastes champs où les bêtes prendront plus d’exercice que de nourriture, mais de quoi à brouter partout. Le maïs de son côté sera tenu net et la terre brisée et remuée de temps en temps sans oublier le plâtrage. A l'automne on devra avoir fumé abondamment et labouré la pièce. Vous verrez que vous aurez moins d’occupations et plus de profit.
J’ai une ferme éloignée de chez moi ; aussitôt que mon silo à Outremont sera terminé ; quand il sera en pleine opération, je veux que le fermier de cette ferme le voit dans tous ses détails. Puis on: lui en construira un à lui aussi et pour toute insiructions je lui dirai: “fais du pâturage partout et du maïs en vert ce qu’il en faudra pour emplir ton silo. C’est là tout ce que je veux, mais fais le bien.”
Je ne suis pas en peine du reste. Nos cultivateurs ont bonne main pour les animaux de la ferme et étant donnée une grange bien pleine, les bêtes sortirent grasses de l’étable au printemps.
Que de terres montagneuses,difficiles de culture mais adrairables
comme paturage pourront être mises en valeur par l’ensilage ! Il ne s’agit là que de trouver les endroits de peu d’étendue où l’on cultivera le maïs nécessaire.
Le roulant de la ferme ne sera plus aussi coûteux. Il en sera de même des coustructions. Des paturages fertiles permanents, toujours entretenus, où cette herbe de paturage par excellence, le trèfle
lanc, règnera en maître, pourront prendre possession de ces déclivités, de ce sol tourmenté et revêche à la charrue.
Et pour en descendre tous les ans avec des bêtes engraissées et en faire la vente, notre c'ltivateur n’en sera que plus riche et ne se prendra jamais à regretter le temps où il faisait à la ville tant de voyages pour y porter ses grains et y laisser toute la graisse de sa ierre.
Le silo veut donc dire pour nous: plus de facilité à élever etnourrir le bétail: plus de bétail, plus de lait, plus de beurre, plus de fromage, plus d'engrais, plus de récolte : plus de tout ce que les hommes recherchent tant, le profit.
Les fermes de nos cultivateurs ont en moyenne cent arpents en superficie, je suppose. Quel est le nombre de leurs bêtes à cornes ? Ne pouvons-nous pasdire, généralement, qu'ils n’en hivernent guère plus qu'ils ne gardent de chevaux? Ce qui les empêched’en avoir un plus grand nombre, n’est-ce pas la difficnlté de les nourrir, durant l’hiver? Rendons leur cet hivernage moins coûteux.
Dans le sud de la France, on ensile vers le commencement de l’été afin d’être approvisionné de bon fourrage vert, quand viendront les ardeurs du soleil qui brûlent les paturages et étiolent les plantes.
Ici, an Canada, on ensilera, pour être bien ‘approvisionné quand le blanc mauteau de neige s’étendra partout. Eux ensilent pour l’été et l'hiver. Nous, nous sommes plus heurenx, nous n’avons qu’à ensiler pour l’hiver.
A-t-on réfléchi à quel étonnant résultat on peut parvenir avec l’ensilage et la stabulation perpétuelle? (Le soiling des anglais). Dix arpents de bonne terre peuvent nourrir 24 bêtes d'un bout de l’année à l’autre. Avec quelle autre plante que le maïs pourrait-on en faire autant?