LISTZ. VII
bres du Pîncio, vis-à-vis de Saint-Pierre de Rome et du mélancolique panorama de la ville éternelle éclairée par le soleil couchant.
Depuis ce soir-là , j'ai pensé bien souvent que vous seriez au premier rang de nos poêles et de nos écrivains, si vous n'aviez pas préféré monter au premier rang des artistes de l'Europe. Vous avez choisi la meilleure place, et, selon la parole de l'Évangile, elle ne vous sera pas otée ; mais permettez-moi de croire qu'à une autre époque , dans le dix-huitième siècle, par exemple, vous auriez fait un choix contraire, et que vous eussiez sacrifié la musique à la poésie , à la philosophie, aux lettres en un mot, qui avaient naguère des gloires et des jouissances qui ne sont plus maintenant que des illusions et des regrets.
vm A LISIZ.
Certes, mon cher Lisiz, la lenommée de Voltaire et fie Rousseau, la révolution d'idées qu'ils opéraient avec leurs écrits , les acclamations fanatiques ({u'ils soulevaient autour de leur personne, l'activité même de leurs nombreux enneniis, c'était là de quoi satisfaire l'ambition la plus insatiable, et il est bon que le génie soit ambitieux, pour qu'il se montre dans sa plus Hère expression. Mais ce n'était rien , auprès de ces ovations littéraires, que les applaudissements accordés alors en France aux œuvres de musique et à leur exécution la plus achevée; car, suivant l'expression mythologique d'un Dorât de l'époque, la pauvre Euterpe avait besoin, pour [)araitre en public, de s'appuyer sur les Muses ses sœurs, qui l'aidaient à faire contenance; autrement, on l'eût exilée du Parnasse.