XII INTRODUCTION
11 ne faudrait pas se livrer trop longtemps à la lecture de ces libretti, de ces scenarii plutôt, mais les arguments sont parfois vraiment curieux. On les croirait nés de la collaboration du maître à danser et du maître de philosophie de M. Jourdain. N'allez pas en conclure pourtant qu'ils soient écrits dans la langue de Molière, (Quoique Molière lui-même, forcé de sacrifier aux faux- Dieux, ait fait chanter des fleuves, danser des statues et sauter des Thessaliens sur des chevaux de bois.
Le Collège Royal Archiépiscopal n'avait pas eu en Normandie l'initiative des jeux scéniques. M. Ch. Lormier notamment a recueilli trois tragédies , représentées au collège des Bons-Enfants de Rouen entre les années 1597 et 1604, par conséquent avant l'arrivée des Jésuites : Esaii, ou le Chasseur, dédié au duc de Montpensier ; Polixène , dédiée à la Duchesse sa femme, et Hipsicratée, ou la Magnanimité, avec dédicace à Georges de la Porte, seig"" de Montigni, président à la Cour de Parlement, tels étaient les titres de trois pièces tragiques versifiées par Jean Behourt, régent du collège, et imprimées dans le format in- 12 chez Raphaël du Petit Val.
Voici en quels termes le docte régent s'adressait au très haut et très illustre Prince : « Ce chasseur append sa « trompe à l'autel de vostre excellence, comme de sa Diane « tutélaire, imite le petit Roitelet qui désireux de voler « bien haut pour contempler de plus près le soleil et
INTRODUCTION. XllI
« n'osant s'advanlurer à son foible vol , se juche sur les « aisles de l'aigle qui luy fait la mesme grâce et faveur, « laquelle cestuy cy espère et attend de vous. ...»
Gela ne passait point alors pour pédantesque ni ridicule.
Malgré l'intérêt de curiosité de ces trois sujets , c'est jusqu'à présent du collège archiépiscopal qu'est sortie la plus précieuse récolte de ces raretés. Ailleurs encore
Il s'en retrouvera, gardon?-nous d'en douter ;
et c'est leur recherche que notre publication a pour but d'encourager.
Déjà nos collègues, MM. de Merval, ont découvert un programme fort original du collège d'Avranches en 169G, et cette heureuse rencontre nous a valu une très intéressante notice de M. Eugène de Beaurepaire, notre collègue aussi, notice où figurent deux arguments, l'un de 1722, l'autre de 1747, recueillis dans la bibliothèque de M. de Vauville.
Enfin, nous avons sous les yeux un argument en pareille forme de Joseph, tragédie sainte de l'abbé Genest, de l'Académie française, représentée pour la seconde fois, en 1771, au collège de Vernon, grâce à la munificence du comte d'Eu. On y doit remarquer ce jugement superlaudatif :
« Cette tragédie doit être regardée comme la plus excel- « lente de toutes celles qu'on a données au public sous le