‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 46 sur 96 · Joly. Ibid, p · texte numérisé non relu

Joly. Ibid, p

2. V. par exemple le témoignage de M. W. D. Snell, of the Pines, rapporté par Ridder Haggard, I, p. 134 . « Depuis que les gouvernants de notre heureux pays ont décrété que nous sommes un dépotoir pour l'Europe, et depuis que nous avons Malatesta et d'autres loups à face humaine dans notre sein, ne pourrions-nous pas tout aussi bien faire accueil à d'autres de la même nation, qui ont du moins des qualités d'endurance et de frugalité. Nos villes sont déjà devenues des ghettos, des asiles pour ce qui est trop mauvais pour les ghettos du continent. Quelles que

En somme, la diminution du nombre des ouvriers agricoles ne signifie pas une diminution du prolétariat, mais un déplacement du prolétariat, de la campagne vers les villes, de l'agriculture vers l'industrie des régions à bas salaires vers les régions à salaires élevés.

A l'ouvrier sédentaire de l'ancienne économie rurale, vivant toute sa vie dans la même localité, sinon dans la même ferme, a succédé, sous l'influence directe ou indirecte du développement de l'industrie, l'ouvrier détaché de la glèbe, soucieux d'obtenir un meilleur salaire et n'hésitant pas, pour améliorer sa situation, ou dans l'espoir d'améliorer sa situation, à quitter, définitivement, ou temporairement, quotidiennement ou périodiquement, son village natal.

Cette mobilisation des travailleurs ruraux n'est évidemment pas favorable aux maintiens des traditions et des idées anciennes. Nous avons vu qu'elle favorise grandement la propagande du socialisme.

Mais que faut-il en penser au point de vue des conséquences sociales ?

Certes, il n'est pas un socialiste qui ne considère l'industrialisation des travailleurs agricoles, leur

puissent être lesqualités spéciales des Juifs deux plus ardents admirateurs ne les ont jamais appelés des agriculteurs. Par contre, les Italiens sont d'aussi bons agriculteurs que quiconque. Certes, il n'est pas déraisonnable de penser que si notre pays est devenu une patrie pour les mauvais Italiens elle pourrait le devenir également pour les bons.»

cxodc, permanent ou temporaire, vers les villes, comme des phénomènes inéluctables qui, contenus dans certaines limites, présentent plus d'avantages que d'inconvénients.

Sans eux, le développement industriel eût été impossible ; l'agriculture serait encore confinée dans ses anciennes méthodes ; les salaires seraient au taux inimaginablcment bas d'il y a soixante ans, lorsque, dans les Flandres, les hommes nourris à la ferme, avec du pain noir, du lait battu et des pommes de terre, gagnaient de o fr. 52 à o fr. 60 par jour, et les femmes de ofr. 35 àofr. 42 (1).

Seulement, une transformation nécessaire, comme la plupart de celles qui s'effectuent dans l'état d'anarchie qui caractérise le capitalisme, entraînent avec elles un cortège sinistre de misères et d'abus.

Quand on lit, par exemple. les deux gros volumes de Ridder Haggard, il est impossible de ne pas se demander avec lui ce que deviendrait l'Angleterre, si les villages continuaient à se dépeupler, et à n'être plus que des cours de miracles à l'usage des travailleurs trop faibles pour être dans les villes, tandis que les faubourgs congestionnés des grands centres s'emplissent d'une foule lamentable de travailleurs casuels, mal logés, mal nourris, imprégnés d'alcool,

1. V. à ce sujet E. Vandervelde. Le sort des campagnards s'améliore-t-il ? Monographie de la commune de Gaesoiebe. Bruxelles, Misch et Thron, 1908.

et, par conséquent, incapables de se reproduire normalement.

De même quand on étudie les conditions de travail et d'existence des ouvriers belges qui, pour se rendre à leur besogne, font parfois deux heures de chemin de fer aller et retour, plus une heure ou deux démarche, en sus de leur journée, on se demande anxieusement ce que peut être, dans telles conditions, leur vie de famille et leur vie intellectuelle (i).

Que penser également de ces milliers de travailleurs nomades qui. pendant la moitié de l'année, vivent et travaillent hors de chez eux, logés tant bien que mal, dans des granges ou des baraquements temporaires et se livrant aux travaux les plus rudes dans des conditions déplorables, parfois pour leur santé et leur moralité.

On se souvient de la description que donne Marx dans le premier volume du Capital, des gangs de femmes et d'enfants, employés aux travaux agricoles de certains comtés d'Angleterre.

Lors de l'enquête agricole belge de 1886, le gou verneur de la Flandre occidentale, faisait des cons tatations analogues, à propos des bandes ouvrières employées à l'époque de la moisson.

« Ces bandes nombreuses d'ouvriers nomades — disait-il, — correspondent exactement à celles connues

1. V. à ce sujet, l'article de de Brouckere, dans Soixantequinze dus de domination bourgeoise. Gand, Imprimerie centrale socialiste, 1905.

Vandervelde io

en Angleterre et en Ecosse, sous le nom de gangs... Il est reconnu que les chefs des gangssont d'ordinaire tout ce qu'il y a de plus vil et de plus perverti dans la basse classe : afin de grossir leur gain personnel, ils exploitent les enfants, les jeunes femmes et tous les malheureux qui, n'ayant pas de travail, doivent chercher leur pain n'importe comment. Les gangs logent tous pêle-mêle, sur place, là où ils trouvent gîte ; sinon ils se répandent aux environs ; parfois ils rentrent chez eux, et soir et matin, font plusieurs lieues avant et après le travail ; ils sont ainsi dans un état d'exténuation presque permanent, sous la conduite d'une brute qui, très souvent, les maltraite pour augmenter la somme de travail à produire (i). »

Il ne serait que trop facile, malheureusement, de multiplier ces exemples, en étudiant les conditions de travail des cueilleurs de houblon, des Sachsengangerou des.harvestmen Irlandais.

Bornons-nous à citer ce passage de l'enquête faite par la société Umanitaria de Milan, sur les travaux de lamondatura du riz, dans les provinces de Milan, de Novare et de Pavie :

« Au point de vue hygiénique, on peut reprocher à la rizière la malaria qui frappe tous ceux qui habitent dans les environs, mais plus particulièrement, ceux qui y travaillent: elle est inoculée par la piqûre

i. Enquête agricole de 1886. « Déposition du gouverneur de la Flandre occidentale », p. 42, Bruxelles, 1892.

d'un moustique du genre anophile, qui est très répandu dans les rizières. D'autres inconvénients compromettent la santé des travailleurs et notamment l'obligation de rester longtemps courbés, avec de l'eau à la moitié des jambes nues, exposés à la morsure des insectes et au contact de plantes aux bords durs et tranchants, pendant que le soleil leur darde sur la tête et l'échiné ; le mauvais état des dortoirs, installées dans les cassines, où, sur une paille qui n'est presque jamais renouvelée, hommes et femmes dorment pêle-mêle, exposés aux intempéries, au niveau d'un sol imprégné d'humidité; le manque d'une nourriture forte et saine et, souvent* l'absence d'eau salubre, etc.

«Au point de vue économique, on se plaint d'un travail excessif, sans rémunération correspondante et, par-dessus tout, du système appelé caporalato, c'est-à-dire du système par lequel les propriétaires, au lieu de s'adresser directement aux ouvriers, traitent avec des intermédiaires, caporali, de qui seuls dépendent les travailleurs embauchés. Ces intermédiaires tirent leur profit, outre ce que leur paient les propriétaires, de l'exploitation systématique des ouvriers engagés par eux, auxquels ils imposent des travaux supplémentaires non payés et auxquels ils fournissent une alimentation composée de denrées, toujours les mêmes et de qualité plus que médiocre. »

Malgré tout, cependant, plus de trente mille tra-

vaillcurs, hommes, femmes et enfants, descendent chaque année dans la plaine, pour se livrer à ce pénible et dangereux labeur.

Ils ont à se plaindre et ils se plaignent. Ils se rendent parfaitement compte qu'on les exploite, et ils se groupent en syndicats pour réagir contre cette exploitation. Mais ils ne songent pas à rester dans leurs montagnes. Ils seraient plus malheureux encore s'ils n'émigraient pas.

Or la même chose est vraie pour tous les ouvriers agricoles qui s'astreignent à de fatigantes migrations, pour améliorer leurs conditions d'existence. Rendre leurs déplacements plus difficiles — comme le veulent certains agrariens — ce serait, non pas améliorer, mais aggraver leur sort. C'est d'une transformation sociale progressive et non d'un retour à l'ancien régime qu'ils doivent attendre leur affranchissement.

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