‹ Le socialisme agraire; ou, Le collectivisme et l'évolution agricoleChapitre 80 sur 96 · I. — Les associations agricoles et lapetite culture · texte numérisé non relu

I. — Les associations agricoles et lapetite culture

Il est certain que les coopératives agricoles mettent les petits cultivateurs à même de s'approprier une partie des avantages dont un grand fermier dispose sans devoir, pour cela, faire partie d'une association.

C'est grâce à elles que, dans les régions de culture morcelée, nous voyons employer des machines, créer des industries agricoles, pratiquer des méthodes culturales qui semblaient réservées naguère aux régions de grande culture.

Néanmoins, si l'on considère le mouvement agricole dans son ensemble, on ne saurait douter qu'en définitive, les progrès de l'agriculture depuis un demi-siècle aient profité beaucoup plus aux gros et aux moyens cultivateurs qu'aux petits.

Certes, le niveau général de la technique s'est élevé, mais il ne semble pas, bien au contraire, que l'écart ait diminué, à ce point de vue, entre les grandes et les petites exploitations.

Ce sont toujours les cultivateurs les plus riches et

les plus instruits qui donnent l'exemple. Les autres ne font que suivre, lentement et incomplètement.

Rien de plus instructif, à cet égard, que les constatations un peu mélancoliques de Méline, dans son livre : Le. retour à la Terre.

Il nous dit, par exemple, que la question du crédit est désormais résolue pour les petits cultivateurs. Rien ne les empêche plus de se procurer un fonds de roulement pour appliquer les méthodes nouvelles. Quinze cents banques mutuelles agricoles, locales ou régionales, qui embrassent maintenant toutes les régions de France, ouvrent leurs guichets à tous ceux qui ont de l'intelligence, du courage et de l'honnêteté. Depuis que les pouvoirs publics ont mis à la disposition de ces banques à titre d'avances sans intérêts, les 40 millions de la Banque de France, l'agriculture ne peut plus dire qu'elle est arrêtée dans sa marche par l'absence ou l'insuffisance de capital.

Mais :

« Les grands et les moyens agriculteurs ont vu cela tout de suite et ils ont été les plus empressés au début à se faire ouvrir des crédits dans les banques mutuelles. Les petits agriculteurs ont fini par se décider à leur tour ; ils s'enhardissent de plus en plus et on les voit maintenant prendre le chemin de la banque sans baisser la tête et sans se cacher. • un commencement de bon augure, mais qui est encore bien insuffisant. La masse des petits, et suraï.

tout des tout petits agriculteurs est toujours réfractaire aux opérations de crédit dont le mécanisme et les avantages lui échappent et ce qui a été fait n'est rien, en comparaison de ce qui reste à faire (i). »

Et ce qui est vrai du crédit ne l'est pas moins des améliorations à réaliser dans les procédés de culture.

Les engrais chimiques, par exemple, ont révolutionné l'agriculture, mais, encore une fois, ce sont les gros et les moyens cultivateurs qui ont été les premiers à en faire usage.

« La petite culture — dit Méline (2) — qui est, de sa nature timide et hésitante, n'est pas encore entrée en plein dans le courant et il reste beaucoup de progrès à réaliser de ce côté. Elle commence, cependant, à se mettre en marche : les champs de démonstration qui se multiplient ont fini par lui ouvrir les yeux et les essais qu'elle fait lui donnent des résultats tellement extraordinaires que son incrédulité ordinaire cède devant l'évidence. »

Il n'en reste pas moins que l'agriculture capitaliste a pris l'avance, et que cette avance elle la conservera, au fur età mesure des progrès nouveaux, parce qu'elle dispose de capitaux plus considérables et d'une direction intellectuelle qui s'assimile plus aisément les acquisitions scientifiques nouvelles.

Après cela, nous ne contestons point que, pour

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