II. — Les associations agricoles et la petite propriété
La coopération rurale, qui devait sauver la propriété paysanne ne se rencontre guère dans les pays où les paysans propriétaires forment la classe la plus nombreuse. Elle se développe surtout dans les régions de petite culture, intensive où dominent, soit le faire-valoir indirect, soit — dans les pays de vignes — la propriété minuscule de demi-prolétaires travaillant à la fois pour eux-mêmes et pour autrui.
C'est le cas, par exemple, pour l'Irlande, où la petiteculture par les fermiers locataires coïncide avec la
grande propriété ; pour la Belgique, où sur ioo hectares de cultures ordinaires, soixante-neuf sont exploités en faire-valoir indirect ; pour l'Italie septentrionale, où le gros de la population rurale se compose de fermiers et de métayers.
C'est le cas également pour la France, où les associations sont clairsemées dans les régions de grande culture et dans celles où la prédominance de la propriété paysanne coïncide avec l'état arriéré de la technique. Voici, d'ailleurs, ce que dit, à cet égard, Rocquigny, dans son livre : Les Syndicats agricoles et leur œuvre (i) :
« On peut considérer, d'une façon générale, que les syndicats agricoles se sont peu développés dans la région du Nord de la France et en Normandie où l'individualisme est plus invétéré chez les populations rurales et où, peut-être, aussi, par suite de la répartition de la propriété foncière et du mode d'exploitation l'utilité de l'action collective se fait moins sentir aux cultivateurs. Une partie du Plateau Central est également pauvre en syndicats agricoles. Par contre ils sont très nombreux et actifs dans toute la région de l'Est et du Sud-Est, dans la vallée de la Loire et dans une partie de la région pyrénéenne. Ils réussissent d'une façon marquée dans les pays de petite culture et dans la zone viticole ; les contrées de grande culture des céréales et d'élevage leur semblent moins propices. »