PÉNURIE D'ORATEURS
d'organisation socialiste, ou ne peuvent faire les sacrifices matériels assez importants qu'exige l'envoi de délégués au Congrès. — Pour l'organisation locale on a choisi la forme d'associations électorales d'ouvriers, qui sont permanentes. Le pays est ainsi couvert d'un filet de Vereine. Les Associations de métiers 1 , ralliées à la démocratie socialiste, s'étendent et se perfectionnent. — Les nombreux Congrès provinciaux qui se sont constitués presque partout, dans les différents pays de l'empire, ont été une innovation heureuse, nécessitée par la croissance continuelle du parti. C'est à eux qu'il appartient de prendre des décisions concernant les questions locales, les élections municipales, celles des divers Landtags.
La propagande par les discours dans les réunions publiques, bien plus entraînante que celle des journaux et des brochures, a donné de bons résultats : l'agitation contre les droits sur le blé, poussée avec une extrême vigueur, trouvait des auditeurs tout préparés, par suite des prix élevés des subsistances, de la mauvaise récolte, des bénéfices que la loi procure à quelques milliers de grands propriétaires, au détriment de la foule. Mais, comme le remarque le rapporteur Auer, de toutes parts on se plaint de l'insuffisance numérique des orateurs*, et il ajoute qu'il est fort
1. Les unions de métiers, sous la direction de la démocratie socialiste, constituent sa plus grande force, son plus grand danger. Ces sortes de régiments tout organisés pour le combat des classes donnent aux ouvriers ainsi embrigadés le sentiment de leur puissance. C'est grâce aux frades unions que les ouvriers anglais ont fait de si grands progrès. Au congrès de Bruxelles, en d891, on a tenté de donner une organisation internationale à cinq corps de métiers, sur le modèle des mineurs.
2. On se plaint également du manque de locaux pour les réunions, bien que les brasseurs et cabaretiers fournissent d'ordinaire leurs salles gratuitement. Le parti voudrait acheter des maisons.
158 LE CONGRÈS d'eRFURT
malaisé de trouver des sujets capables. Sauf les discoureurs de profession, en petit nombre, que le parti paie, les autres, journalistes ou exerçant divers métiers, ne peuvent suffire, tant à cause de l'extrême fatigue, que du peu de loisir dont ils disposent. Les députés au Reichstag, surchargés de besogne n'agissent guère au dehors. Mais on commence à dresser dans les écoles socialistes des prédicants qui sachent s'exprimer dans les principaux dialectes de l'Allemagne. La grande difficulté vient de l'agitation agraire, essentielle pour le parti 1 . Les conditions de propagande sont si différentes de celles de la ville, si variables d'un endroit à l'autre, que le comité, pour s'éclairer, avait demandé à tous les compagnons compétents des rapports sur la question ouvrière dans les campagnes. La commission chargée de classer les innombrables notes reçues sur ce sujet, n'a pas encore terminé son travail. — Le comité directeur recommande provisoirement de courtes feuilles volantes, d'un caractère tout à fait local, des brochures qui puissent frapper les imaginations et qui s'abstiennent des théories : on ne comprend pas la prose de Liebknecht, trop littéraire, au contraire le discours prononcé par Bebel au Heichstag, sur les misères du soldat allemand, touche plus le paysan que les plus belles dissertations. Quand on s'adresse au campagnard le ton juste est fort malaisé à trouver; on a de plus à vaincre son hostilité, sa défiance naturelle à l'égard du citadin. Le rapport du comité constate que dans des villages les émissaires du parti ont été rudoyés, chassés à coups de fléau. C'est aux comités des provinces à s'inspirer des circonstances particulières pour diriger cette propagande; le comité directeur fournira les fonds nécessaires.