Drei Monate Fabrikarbeiter... von Paul Goehre. Leipzig
proposé d'abord de les connaître. Au lieu de se plonger dans l'étude de Marx, de s'absorber dans la lecture des journaux et des brochures socialistes, de feuilleter et de comparer des statistiques qui prêtent aux interprétations les plus diverses, il a voulu observer la vie populaire dans la réalité même. Soucieux de compléter son éducation de prédicateur, il s'est souvenu des vers de Wagner au commencement de Faust :
Ah ! lorsqu'on vit toujours relégué dans son cabinet, Et qu'on ne voit guère le monde qu'aux jours de fête, A peine encore et de loin, au travers d'une lunette, Gomment apprendre à le conduire par la persuasion ?
Afin de s'éclairer sur la vraie situation ouvrière, d'où est née la question sociale, il s'est décidé, comme le font les apôtres russes, à aller parmi les ouvriers; il a quitté son costume de pasteur, qui eût excité la défiance ou l'hostilité, pour revêtir le tablier de travail, se disant avec La Bruyère : Je veux être peuple. Il ne Ta été à vrai dire que pendant trois mois, l'expérience lui a pleinement suffi, il aurait eu peine à la supporter au delà. Mais il en a tiré un de ces livres trop rares qui ont été vécus avant d'avoir été écrits, qui contiennent non des- raisonnements abstraits, mais des faits observés, étalement of facts; et il nous donne une psychologie partielle de la classe ouvrière en Allemagne.
M. Goehre a donc enfermé dans sa garde-robe son habit noir de eandidat en théologie, il a laissé croître en broussaille sa barbe et ses cheveux, passé un vieux pantalon, chaussé d'anciennes bottes du régiment, et armé d'un gros bâton, un sac usé en bandoulière, il a pris la route de Chemnitz, centre de la grande industrie saxonne, et foyer ardent de la démocratie socialiste. Là il a travaillé comme simple manœuvre dans