‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 11 sur 203 · PROLÉTAIRES, UNISSEZ-VOUS · texte numérisé non relu

PROLÉTAIRES, UNISSEZ-VOUS

t aient au mouvement une science et une méthode nouvelles.

Marx était entré en 1847 dans Y Alliance communiste, dont le centre d'action fut transporté de Paris à Londres et qui prenait un caractère international. C'est dans l'esprit des théories essentielles que nous venons d'esquisser qu'il rédigeait et lançait, en 1847, son manifeste contre la bourgeoisie. Déjà y sont formulés, comme le remarque M. de Laveleye, les principes qui guident encore aujourd'hui le socialisme contemporain : l'affranchissement des prolétaires doit être leur œuvre propre, — l'intérêt des ouvriers contre le capital, étant partout le même, doit s'élever audessus des distinctions de nationalités, enfin les travailleurs doivent conquérir les droits politiques pour briser le joug des capitalistes : « Que les classes dirigeantes tremblent à l'idée d'une révolution communiste! Les prolétaires n'ont à y perdre que leurs chaînes, ils ont un monde à y gagner... Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! »

Ge manifeste, qui a fait depuis le tour du monde et dont les devises flamboient sur les murailles de tous les congrès, s'adressait au début à des petites chapelles, à des associations de trois à vingt personnes, qui se réunissaient en secret. Il n'y avait pas encore en Allemagne de parti socialiste, il s'agissait d'en créer un. Les écrivains de la jeune Allemande, hégéliens de gauche, poètes, publicistes, orateurs, romanciers : Bœrne, Heine, Arnold Ruge, Herwegh, Freiligrath, Hartmann, Kinkel, ont donné au socialisme de beaux chants enflammés, des paroles de feu, mais c'étaient des idéologues, sans talent d'organisation. Un esprit nouveau anime Marx et après lui Lassalle, celui d'une génération à laquelle le prince de Bismarck achèvera de donner sa brutale empreinte. Ils n'ont qu'un

mépris railleur pour la « Justice éternelle » ; ils savent que, si les intérêts n'ont que la justice pour se défendre, ils ne sont guère secourus, que le droit n'est rien sans la force, qu'une cause a besoin d'une armée.

Cette armée, ils la cherchèrent en vain dans la révolution de 1848. Elle avait assurément un caractère socialiste assez marqué. Mais il s'y mêlait bien des éléments confus. Le parlement de Francfort, assemblée bourgeoise de libéraux, de juristes, de professeurs de toutes facultés, animés à la fois d'aspirations unitaires et démocratiques, en reflétait l'incertitude. À des exigences de réformes constitutionnelles et de libertés politiques, se mêlaient de vagues revendications sociales, des programmes d'organisation du travail. Mais l'industrie en Allemagne était encore peu développée. Marx vit bien vite qu'il n'y avait là qu'un levier insuffisant, qu'il était impossible d'organiser prématurément le prolétariat. Les vues positives qu'il exposait en 1850 dans la Nouvelle Gazette du Rhin contrastent avec l'enthousiasme romantique des Ledru- Roi lin, des Louis Blanc, des Mazzini, des Kossuth. Il raille froidement l'indignation morale de l'époque et les proclamations exaltées des fondateurs de gouvernements provisoires. Les tentatives révolutionnaires lui paraissent vaines pour le moment, et il se sépare de l'alliance communiste à laquelle le procès de Cologne en 1852 donna le coup de grâce *. Les chefs s'étaient réfugiés à l'étranger, les masses étaient retombées dans le repos accoutumé. — Les combats économiques furent ajournés, restèrent à l'état latent, parce qu'ils furent submergés par la préparation des

1. Introduction d'Engels aux Enthûllungen ùber den Kommunisten-Prozess zu Kôln, von Karl Marx. Hottingen, Zurich,

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