LES AMENDES
La discipline à la fabrique était assez rigoureuse. Les amendes s'élevaient de 25 centimes à 2 fr. 50. Dix minutes de retard se payaient 60 centimes. Il en coûtait 2 fr. 50, si on était surpris à boire de l'eau-devie et à fumer. Mais l'emploi des amendes était ignoré des ouvriers, ce qui les mécontentait. Elles servaient, disait-on, à donner des gratifications.
Les malades, remplacés temporairement, retrouvaient leur situation, une fois guéris.
La population ouvrière à Chemnitz est généralement stable. Les ouvriers viveurs qui aiment à changer sont généralement peu considérés. M. Goehre cite un compagnon qui avait quitté la fabrique le jour où sa femme accouchait d'un cinquième enfant. Ce jour même il avait pris un fiacre pour aller en partie de plaisir. On parlait de lui avec mépris.
Les bons ouvriers qui ont une spécialité, serruriers, tourneurs, trouvent aisément du travail, mais non les simples manœuvres, les ouvriers étrangers, exposés eux et leurs familles à l'horreur d'un chômage involontaire.
En fait d'organisation pour le bien-être des ouvriers, il y avait à la fabrique des secours organisés en cas d'accidents, une salle à leur disposition pour prendre leurs repas, et un magasin de vêtements de travail qu'on leur vendait à bon marché. Les bains manquaient, c'eût été le plus utile.
réclamèrent à l'Union des imprimeurs allemands : le syndicat leur donna tort.
Avec la meilleure volonté du monde, rien donc de plus malaisé à mettre en pratique que les principes socialistes. L'expérience serait meurtrière pour la plupart, et cela les juge. Le jour où un État socialiste érigerait ses rêves en lois, on verrait se produire, dans la classe même des ouvriers, des révolutions pour les abolir.
Ces journées de onze heures, au milieu du bruit, de la poussière, épuisent absolument la force de travail d'un homme. On causait pourtant h l'atelier avec animation, des loustics plaisantaient, les apprentis amoureux chantonnaient gaîment. Même pendant les dernières heures de la longue journée lassante, la bonne humeur, la jovialité ne disparaissaient pas tout à fait. C'était là le bon et frais génie qui aidait à supporter la lourde fatigue, jusqu'au signal de la cloche vers lequel chacun soupirait : « Quand sera-t-il six heures, quand serons-nous à dimanche? » Que de fois on entendait ce refrain!
Lès contremaîtres étaient obéis, mais ils n'exerçaient aucune influence morale. Les simples manœuvres qui servaient les autres ouvriers, ne se laissaient pas rabrouer par ceux-ci. On constatait d'ailleurs, à première vue, parmi tous, beaucoup de camaraderie et d'égards. Comme M. Goehre était moins entraîné, on lui donnait moins à faire. Une demi-égalité, une demisubordination, suivant les catégories d'ouvriers plus ou moins habiles, marquait les relations des ouvriers entre eux.
Entre le personnel du comptoir, les ingénieurs de la fabrique et les ouvriers il n'y avait d'autres rapports que ceux que nécessitaient les détails techniques pour la construction des machines, et le paiement des salaires.